Sans remords, ni regrets

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Des vacanciers se retrouvent dans un château où un suicide a eu lieu vingt-deux ans auparavant, mais des événements étranges surviennent pendant leur séjour, les faisant douter : suicide ou meurtre ? Sarah, passionnée par les énigmes, accompagnée d’Alexandra, détective, décide d’élucider cette enquête sans impliquer la police. Les deux jeunes femmes entraînent l’ensemble des vacanciers dans leurs recherches et se rapprochent petit à petit de la vérité. Ce qu’elles vont découvrir pourrait bien supplanter leurs attentes. Le meurtrier est-il présent parmi les touristes ? Il semblerait que le manoir renferme plusieurs secrets et que certains estivants y soient plus liés qu’ils ne veulent l’admettre. Entre manipulations et mensonges, les habitants sont loin de se douter de l’identité du criminel.


Publié le : jeudi 7 janvier 2016
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EAN13 : 9782334066259
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ISBN numérique : 978-2-334-06623-5

 

© Edilivre, 2016

 

Partie 1

1

M. Langevin venait de sortir du lit et regardait par la fenêtre le jour se lever. Il avait pris l’habitude de sortir du lit au crépuscule pour assister à la renaissance de cet astre lumineux sans lequel le jour n’existerait pas. Il ne manquait jamais non plus les couchers de soleil, surtout ici, au bord de la mer, le spectacle était somptueux. C’était un de ses rituels habituels depuis plus de vingt ans, se lever et regarder par la fenêtre avant de commencer à travailler. La vue était splendide et il ne se lassait à l’évidence jamais, de poser les yeux sur un tel paysage. La mer d’un bleu azur d’une pureté inouïe, séparée du ciel, bleu pâle, par le spectacle merveilleux du soleil qui fait son ascension, un mélange d’orange, de jaune et de rouge à l’horizon, le tout accompagné au premier plan de sable fin et de palmiers avec sur la droite la vue d’un jardin immense. Cette vue était digne d’une photo de carte postale et Roger ne s’en lassait pas, jamais.

Dans tous les cas, cette matinée s’annonçait excellente pour lui. Quelques minutes à regarder l’océan, d’un bleu intense et hypnotique, et il se décidait enfin à sortir de sa chambre. Il avait du travail.

Enfin, il y aurait un peu de monde dans cet immense endroit toujours un peu sinistre malgré les nombreuses rénovations. La tristesse se lisait sur son visage quand il passait devant la photographie accrochée dans le couloir. C’était une belle image représentant la famille Mathieu, il y a une trentaine d’années. Ils étaient heureux à cette époque et le petit Léo était tellement attachant. Un enfant joyeux, toujours souriant et très aimant. M. Langevin l’avait vu passer de l’âge de l’innocence à l’adolescence et il l’aimait énormément. Il regrettait tellement cette époque. Son souhait le plus cher aurait été de voir grandir ce gamin, le voir devenir adulte ; hélas, il ne l’avait pas revu après son départ de la maison avec sa mère. Maintenant, il était pratiquement toujours tout seul. Dans cet immense château, à part les quelques domestiques, il n’y avait personne, même les propriétaires refusaient d’y remettre les pieds. Certains événements qui s’étaient produits dans ce lieu avaient changé la vie de toutes les personnes concernées, à jamais. Bref, il s’égarait un peu trop certaines fois, à repenser au passé, il était devenu moins actif, sûrement la vieillesse. À presque 60 ans, il ne connaissait que le travail dans ce château qui n’avait plus rien de ce qu’il était autrefois.

Il venait de se remettre au travail ; la retraite, il n’y songeait même pas, il aimait ce qu’il faisait ici. Il contrôla tous les points stratégiques du château pour vérifier que tout était en ordre et donna des instructions précises aux femmes de ménage et à la cuisinière. La joie qui se lisait sur son visage aujourd’hui rappelait à Martine, sa femme, l’époque où une famille vivait encore ici, elle savait bien que cela était dû à l’arrivée des vacanciers le lendemain, Roger était dans tous ses états. Enfin, il pourrait s’occuper de quelqu’un, enfin il pourrait faire son métier.

Martine était la cuisinière du château. Avec 7 ans de moins que son mari, elle faisait beaucoup plus jeune que son âge. Avec ses cheveux poivre et sel, sa taille fine, elle était encore bien conservée, belle, rayonnante, elle ne laissait pas le château, qui semblait si « triste », saper son moral. À l’extrême opposé, Roger, lui, avait pris du poids et s’était laissé décrépir avec le temps. Était-il au courant d’une chose à propos de la mort de son patron ? Peut-être se sentait-il coupable de n’avoir rien dit.

Même Martine, qui ne savait rien à ce propos, et qui connaissait très peu son patron, ne pensait pas qu’il aurait pu se donner la mort. Ils n’en avaient jamais vraiment parlé, ni entre eux, ni à personne d’autre. Depuis ce jour, ils avaient fait comme s’ils s’étaient toujours attendus à ce que M. Mathieu se suicide, ils avaient fini par accepter cela, la police à l’époque avait évoqué le suicide comme cause du décès et ne paraissait pas en douter le moins du monde. Qui étaient-ils pour dire à ces policiers qu’ils n’y croyaient pas réellement ? La police avait l’habitude de ce genre de situations, ils faisaient leur métier, donc personne n’avait rien dit.

Quoi qu’il en soit, depuis cette catastrophe, la famille Mathieu avait quitté le château, et n’y avait plus jamais remis les pieds. Il faut croire que le traumatisme subi aurait été insurmontable s’ils étaient restés. Ils avaient néanmoins gardé le personnel dans le château pour ne pas laisser l’endroit tomber en ruines, bien entendu, ceux qui ne voulaient pas rester avaient été remplacés. Roger, qui tenait beaucoup à son patron, avait décidé, sans demander l’opinion de sa femme, de s’occuper du château, il voulait honorer la mémoire de M. Mathieu et même si au début, c’était difficile, il avait persévéré et s’était habitué au fil du temps à vivre dans un château sans propriétaire ; au moins, il n’avait pas de loyer à payer.

Dès lors, plus rien n’avait été pareil entre Roger et sa femme, on aurait dit qu’une partie de lui avait disparu avec Gérard, il est vrai que cet homme s’était avéré être un patron assez charmant et que le majordome avait développé une très bonne relation avec lui, étant son employé depuis longtemps ; ils étaient devenus amis. Ce n’était pas le genre de personne à traiter ses employés comme des chiens, et ils le lui rendaient bien.

2

Boris Lefèvre sortait du restaurant « le Maurice » quand il bouscula une personne qui lui rappelait étrangement Gérard. Ce n’était pas vraiment une ressemblance flagrante, juste un air, une façon de se tenir et de marcher. Ils avaient été très amis. Il se sentait un peu inquiet ces derniers jours, quelque chose le tracassait, mais il ne comprenait pas la raison de cette angoisse si soudaine. Il n’avait plus pensé aux Mathieu depuis un bon moment. Si seulement…

Un coup de téléphone vint interrompre sa rêverie.

– Allo ?

– Bonjour, je suis Léo Mathieu, je crois que vous étiez ami avec mon père, vous rappelez-vous de moi ?

Boris n’en revenait pas, il trouvait assez bizarre ce hasard de circonstances.

– Oui, en effet, je me souviens de vous, vous aviez 15 ans la dernière fois que l’on s’est vu si mes souvenirs sont exacts. De quoi s’agit-il ?

– En fait, en regardant dans les affaires de mon père, j’ai trouvé une lettre d’un certain Paul Walker, un historien expert en langues mortes, qui parlait d’une certaine énigme. Il l’aurait apparemment traduite pour mon père, l’énigme aurait permis d’avoir des informations sur un soi-disant trésor présent dans le château. Je n’y comprends rien.

– Je suis navré, je sais que votre père était en contact avec ce monsieur, mais il n’a jamais voulu m’expliquer de quoi il s’agissait. Je ne peux pas vous aider davantage.

Boris commençait à avoir peur, des gouttes de sueur coulaient sur son front, mais sa voix ne laissait transparaître aucune trace de la moindre angoisse, elle demeurait calme et posée.

– Merci, ce n’est pas grave. En fait, il se pourrait que mon père ait réussi à déchiffrer l’énigme et connaissait le lieu exact où se trouvait une statue en or d’après les indications que j’ai. Il manque certaines données. Enfin, veuillez m’excuser pour la gêne, je ne vais pas vous déranger plus longtemps.

– Non, vous ne me dérangez pas, ne vous excusez pas. Comptez-vous retourner au château pour mener l’enquête et découvrir si ce fameux trésor existe M. Mathieu ?

– J’y retournerai sûrement mais pas maintenant, malheureusement j’ai un empêchement professionnel, je ne pourrais pas m’y rendre avant 4 mois. Mais rien ne presse n’est-ce pas ?

Boris n’avait absolument rien dit à Léo, il en savait beaucoup plus sur le sujet, d’autant plus qu’il avait, à l’époque, dérobé les papiers trouvés par Gérard au sujet de cette fameuse statue. Il était au courant pour Paul Walker et la traduction, mais il n’avait pas réussi à déchiffrer l’énigme. Il venait d’apprendre que le père de Léo avait découvert l’endroit où se trouvait le trésor, mais il n’était pas bête, Gérard ne l’aurait certainement pas écrit noir sur blanc ; il avait sûrement laissé un indice au château. Décidément, il voulait absolument trouver le trésor mais…

Il ne put résister à l’envie de taper sur Internet le nom du château afin de se renseigner sur son état, et il apprit une chose très importante, le château était désormais ouvert à des vacanciers. Tout à coup l’envie lui prit d’aller en vacances à Biarritz pour se détendre au bord de la mer. Heureusement, il avait réussi à paraître désintéressé par ce que Léo lui avait raconté.

3

Le train qui partait de Paris en direction de Biarritz venait de quitter le quai. Sarah et Jérôme étaient à bord et rien ne pouvait ébranler leur joie à l’idée de partir en vacances – Enfin, plutôt partir en lune de miel. Biarritz, étrange comme destination pour une lune de miel, la plupart des gens, quittent leur pays pour aller découvrir des contrées lointaines s’ils en ont les moyens et ce n’est pas l’argent qui manquait au jeune couple. Cependant les amoureux avaient préféré rester en France, finalement l’endroit importait peu, du moment qu’ils étaient ensemble. Pas même le retard d’une heure que le train avait accusé, n’avait pu altérer leur bonne humeur. Jérôme et Sarah passèrent la durée du trajet à se câliner et à s’embrasser. Ils respiraient l’amour et le bonheur. Quoi de plus normal lorsque l’on vient de s’unir pour la vie à la personne la plus importante à nos yeux.

– Mon chéri, tu pourras encore une fois remercier ton père pour ce cadeau de mariage, c’est merveilleux.

– Mais oui ma puce, il l’a fait avec plaisir, en tout cas je suis content que tu t’entendes bien avec ma famille. Pourtant, tu es une peste, ajouta-t-il en riant.

– C’est cela, gros bêta, je suis une peste et je vais te pourrir la vie.

Elle lui souriait, et il ne put résister à l’envie de l’embrasser. Il l’aimait tellement, si belle, si douce et si forte en même temps. Elle était drôle, pouvait être immature et s’amuser comme une adolescente de 15 ans, mais elle savait aussi garder son sérieux et être responsable au moment opportun. C’était la femme parfaite à ses yeux, avec ses grandes jambes, sa taille marquée, ses yeux bleus et ses cheveux longs et bruns.

Après 5h30 de voyage, ils étaient épuisés et avaient hâte de poser leurs valises dans le fameux château. L’arrivée devant le lieu fut une très belle surprise pour Sarah. Elle trouvait l’endroit magnifique, plein de charme, elle était aux anges. L’excitation était telle que son envie de dormir la quitta sur le champ ; l’idée de découvrir le château, au sujet duquel les rumeurs allaient bon train depuis la mort de son propriétaire, ne pouvait qu’aiguiser sa curiosité. Il y avait un tas de théories pour justifier le suicide de M. Mathieu toutes plus farfelues les unes que les autres. Selon certains, il était très malheureux parce que sa femme ne l’aimait plus, mais était parfois violent, et le jour où elle se décida enfin à le quitter, il mit fin à ses jours. D’autres rumeurs prétendaient qu’il était tombé amoureux d’une jeune femme qui l’avait dépouillé de son argent et l’avait rendu complètement dingue. Il y avait également des théories de meurtre, mais sans la moindre preuve. En fait, Sarah était passionnée par les histoires de meurtres étranges et rêvait de pouvoir enquêter sur des mystères non résolus. Elle était persuadée que ce n’était pas un simple suicide, il y avait quelque chose de plus sinistre derrière cette histoire.

– Chéri, ce lieu est vraiment splendide, on ne croirait pas qu’une personne est morte de manière aussi mystérieuse dans ce château. N’est-ce pas ?

– C’est vrai que c’est un endroit sensationnel, j’espère que tu ne comptes pas passer la semaine à enquêter ma puce.

– Mais non Jérôme, n’oublie pas que c’est notre lune de miel… Tu vas adorer ce séjour mon amour, je te le promets, l’enquête sera mise au second plan. Enfin, ce ne sera pas vraiment une enquête, mais je compte bien débusquer des informations sur la vie du propriétaire, juste par curiosité.

Le plus grand défaut de Sarah selon son mari était son entêtement perpétuel ; cette passion pour les mystères et les morts non élucidés, pouvait devenir obsessionnelle quand elle s’intéressait à une affaire, ce qui avait tendance à agacer Jérôme. Néanmoins, elle aurait probablement fait une très bonne détective. De toute façon, il y avait peu de chance qu’elle trouve les éléments qui puissent l’aider à comprendre pourquoi ce type s’était suicidé. Elle passera vite à autre chose, se disait Jérôme. Il s’était, d’ailleurs, promis de rester avec elle pendant son « enquête ». En réalité, Il ne lui avait rien dit, mais cet endroit ne lui inspirait pas confiance, il avait eu un mauvais pressentiment en mettant les pieds dans ce splendide château.

– Bonjour M. et Mme Bonneron, je suis M. Langevin le majordome et je vous présente ma femme qui s’occupe de la cuisine. Nous sommes là pour vous servir pendant votre semaine ici. Quelles que soient vos requêtes, n’hésitez pas à faire appel à nous.

– Bonjour, Monsieur, le château est magnifique, dit Jérôme, il est vraiment très bien entretenu, les propriétaires ont dû décider de quitter le château avec regret n’est-ce pas ?

– Sans doute.

Sarah prit la parole à son tour, elle rajouta des détails pour parler de la beauté du château et en profita pour demander à Roger Langevin si c’était vrai que le propriétaire s’était suicidé. Il éluda un peu la question en ne rentrant pas dans les détails.

– Veuillez m’excuser, mais je demandais parce que l’on entend beaucoup de bêtises de nos jours sur ce château, c’était pour savoir s’il y a ne serait-ce qu’une chose vraie dans tout ce qui se raconte.

– Ne vous inquiétez pas, il n’y a pas de soucis. J’ai cru comprendre que vous étiez ici pour votre lune de miel, je tiens donc à vous informer que nous avons mis à votre disposition la chambre romantique et vous aurez droit à certains privilèges, afin de vous rendre le séjour le plus agréable possible.

– Oh, merci à vous. C’est le plus beau voyage de ma vie chéri.

– En même temps, tu n’as jamais quitté l’île de France, tête de mule.

Les amoureux ne cessaient de se taquiner gentiment en suivant le majordome qui les conduisait à leur chambre. N’ayant pas pu dormir dans le train, ils firent un petit somme avant de prendre une douche et de descendre à 20 h 00 pour le dîner. La cloche avait retenti dans le château pour prévenir que le repas serait bientôt servi. Il y avait 10 personnes pour le dîner ce soir-là. La décoration était incroyablement belle, avec des couverts en argent, un centre de table somptueux, constitué de roses blanches, de tulipes, de lys et de violettes, accompagnées de petites bougies. Aucun des invités n’avait l’habitude de dîner sur une table aussi bien ornée, leurs yeux pétillaient d’émerveillement. À côté du couple Bonneron se trouvait Alexandra Dussel une très belle femme de 45 ans qui dégageait une grande force de caractère. En l’observant bien, on prenait conscience que derrière cette élégance et cette féminité, se cachait une femme avec une très forte personnalité, elle devait travailler dans un milieu très masculin où il fallait savoir s’imposer. De l’autre côté était assis un très bel homme d’une quarantaine d’années également, Vince Maton, écrivain, venu se ressourcer à la mer et trouver l’inspiration pour son prochain roman.

Les autres vacanciers étaient constitués d’un couple ayant la trentaine, Alicia et Christophe Charpentier, d’une mère Corinne Chaplin avec sa fille Alana ainsi que de Boris Lefèvre et son neveu le jeune Charlie.

Dès son arrivée, Roger avait tout de suite reconnu Boris malgré les 22 ans qui s’étaient écoulés, ce monsieur n’avait pas changé et cela lui fit de la peine de penser que M. Mathieu aurait pu être encore en vie aujourd’hui et passer des moments à jouer au tennis avec son ami de toujours M. Lefèvre. Il avait toutefois remarqué un détail troublant ; Boris avait l’air quelque peu angoissé en le revoyant ; lui-même avait eu une sensation bizarre en lui reparlant. Malgré tout, il ne s’était pas attardé sur la question, estimant que cette réaction était seulement due au fait que M. Lefèvre revenait pour la première fois au château depuis la tragédie qui y avait eu lieu.

En arrivant au château, Boris se sentait vraiment mal, il était hanté par un fort sentiment de culpabilité : il avait l’impression d’avoir trahi son ami, un ami d’enfance, quelle horreur, comment avait-il pu ? Il fallait absolument qu’il se ressaisisse, il n’était pas venu ici pour ressasser tout cela, il avait un objectif et il se mettrait au boulot dès ce soir après le dîner. Il irait regarder dans la cachette de la bibliothèque où le propriétaire du château gardait tous les documents sur ses défunts ancêtres, l’histoire du château… Il était certain d’être le seul au courant de cette cachette, donc les indices y seraient probablement toujours aujourd’hui.

Charlie n’était pas dupe, certes, il n’avait que 23 ans et son oncle le prenait pour le dernier des imbéciles, mais il savait que prendre des vacances dans ce lieu n’avait rien d’anodin. Son oncle avait toujours eu le chic pour se mettre dans des magouilles de toutes sortes, il n’était absolument pas honnête. Jamais son oncle ne lui avait proposé de partir en vacances avec lui, d’ailleurs il ne quittait jamais son boulot. Cela était donc assez étrange. Il n’avait rien dit à propos de ses doutes, à quoi cela aurait-il servi ? Il avait juste accepté l’offre, pensant que cela lui permettait d’avoir des vacances gratuites en fin de compte.

4

Les habitants du château étaient tous réunis autour de la table et tentaient de créer des liens en discutant. En même temps, ils s’observaient et se jugeaient. L’Homme est ainsi fait, on ne peut s’empêcher de juger une personne en fonction de son apparence et de sa façon de s’exprimer, on oublie que les apparences sont souvent trompeuses. Vince ressentait une très forte attirance pour Alicia, bien qu’elle soit mariée, il sentait qu’il y avait une ouverture. Son côté séducteur était encore très présent. Il ne pensait absolument pas être trop vieux pour recourir à la drague et à la séduction, et puis 40 ans, c’est l’âge idéal pour profiter de la vie, disait-il souvent. « C’est l’âge de la lumière, on a acquis suffisamment d’expérience pour savoir ce qui nous plaît et l’on peut ainsi profiter de la vie sans refaire les erreurs du passé. C’est le moment parfait pour se fixer de nouveaux défis, revivre une seconde jeunesse… ».

Vince trouvait Alicia très jolie avec ses yeux couleur amande, et ses cheveux châtain clair, sa silhouette très féminine, son corps galbé et bien entretenu le faisait fantasmer comme jamais. Son côté pétillant, plein d’humour et sa façon de réfléchir et de s’exprimer n’en étaient pas moins charmantes, il la trouvait vraiment séduisante. Pourtant, son mari avait l’air de ne pas se rendre compte de la chance qu’il avait, leur ménage n’avait pas l’air très heureux et l’écrivain n’avait pas l’intention de leur laisser une chance d’arranger les choses. Il était très futé, c’est pour cette raison qu’il faisait mine de s’intéresser plus au mari qu’à elle afin de ne pas éveiller les soupçons. Vince était en pleine discussion avec Christophe quand elle se retourna vers eux. Il n’allait pas lui faire du rentre-dedans devant son mari, c’était tout à fait insensé, il devait rester subtil.

– Votre mari a suscité toute mon attention madame, nous parlions de son travail d’avocat. C’est un métier qui m’a toujours fasciné, un homme qui représente devant un jury une personne accusée à tort ou à raison, tout en cachant sa véritable opinion. Il faut une force de caractère énorme pour faire un métier pareil. Vous savez, je suis tombé un jour sur une citation au sujet des personnes exerçant cette profession, qui m’a profondément marquée : « Vous ne pouvez être maladroit, aucune maladresse n’est possible au défenseur d’une cause perdue. L’avocat du malheur est toujours éloquent ».

– Vous avez l’air d’être un philosophe monsieur à ce que je vois, figurez-vous que comme mon mari, je suis également avocate. Puis-je savoir le métier que vous exercez ?

– C’est tout à votre honneur madame, je suis épaté de le savoir. Eh bien, moi je suis un peu philosophe en effet, je suis écrivain en réalité. Mais je trouve que les avocats sont des écrivains à leur manière. Bien que leurs textes soient oraux, ce sont des textes très bien construits. En effet, réussir à manipuler un jury et des preuves afin de rendre un coupable innocent, ou à l’inverse, faire paraître un innocent totalement coupable, c’est passionnant.

Cet homme avait beaucoup de charme, il avait tout de suite plu à Alicia mais pas à Christophe qui le trouvait un peu trop prétentieux à son goût. Il avait l’air un peu trop complaisant, à force de les complimenter sans cesse. J’ai horreur des gens qui essayent de se faire aimer de tout le monde et surtout on sent bien qu’il est hypocrite, pensait Christophe. Ce dernier semblait avoir des facilités à déchiffrer la personnalité des gens, il avait un don pour déceler les personnes « fausses », et cela lui avait toujours beaucoup servi. En réalité, son passé était ce qui lui avait permis de développer cette aptitude, mais il avait tendance à se méfier de tout le monde à force. Tout le monde cache des choses, mais tout le monde ne te veut pas de mal, lui répétait-on assez souvent. Il s’efforçait donc de moins se méfier des autres, ce n’était pas toujours évident.

Après le dîner, ils s’étaient tous attardés dans la salle d’accueil de la maison pour faire plus ample connaissance et digérer tranquillement. Il avait remarqué que tout le monde appréciait déjà cet écrivain, inévitablement, c’était un très bon orateur, meilleur que lui, qui était resté plutôt calme ce soir-là. Il s’efforçait tout de même de discuter avec tous les invités ; une personne manquait à l’appel, c’était M. Lefèvre qui avait très vite quitté la salle. Il n’avait pas beaucoup parlé.

5

Alexandra Dussel était montée se coucher en même temps que la plupart des habitants. Allongée sur son lit, elle n’arrivait pas à trouver le sommeil. Elle s’interrogeait sur les autres vacanciers présents dans l’immense bâtisse, repensant à leurs conversations ; Corinne qui était à côté d’elle pendant le dîner, était le genre de femme assez discrète et calme que l’on ne remarquait jamais dans une foule. Petite brune, un peu ronde avec des taches de rousseur, elle aurait pu être très jolie si elle prenait un peu plus soin d’elle. En revanche, elle paraissait vraiment très gentille, même si ses yeux étaient tristes, et malgré ses efforts pour le camoufler, tout le monde le remarquait. Lorsqu’elle souriait, elle avait l’air de faire une grimace, son regard trahissait son ressenti réel. Sa fille Alana était beaucoup plus épanouie et beaucoup plus bavarde, elle semblait ne pas porter le poids des blessures de sa mère, cette dernière avait probablement réussi à la protéger, à mettre une barrière entre les souffrances de son monde à elle et l’univers de sa fille. Après le dîner, la détective avait tenté de faire connaissance avec toutes les personnes présentes dans la pièce, une affinité s’était tout de suite créée entre elle et Sarah Bonneron. Cette dernière lui rappelait sa jeunesse, et en regardant le couple qu’elle formait avec Jérôme, Alexandra se remémorait ses années de bonheur avec son Albert. Les amoureux étaient heureux et leur bonheur était communicatif. L’affection qu’elle ressentait pour le couple étonnait d’autant plus la détective, qu’ils n’étaient pas du tout de la même génération. Alexandra n’avait pas l’habitude de côtoyer des jeunes gens ; elle n’avait pas eu d’enfant.

Son esprit restait en éveil, impossible de s’endormir alors qu’il était déjà minuit. Elle décida donc de redescendre et d’aller se promener dans le jardin. Elle croisa Christophe dans le hall en train de lire. Il n’avait manifestement pas envie de discuter, elle se contenta de brèves salutations avant de se diriger vers le jardin. Le vent était frais et la nuit si paisible. En se retrouvant à l’extérieur, elle prit conscience d’une chose ; dans l’enceinte du château, on étouffait un peu. Sortir lui avait fait beaucoup de bien. Ce n’était pas flagrant, mais, en fait, cet endroit était très sinistre, même assez glacial la nuit dans les couloirs sombres du château. On avait l’impression que l’endroit ne s’était pas remis de la mort de son propriétaire. Ce que l’on ressentait était pour ainsi dire, inexplicable, on aurait dit que le château était vivant et qu’il était triste et déprimé. C’est ce que ressentait Alexandra, malgré tous les efforts de rénovation, il subsistait quelque chose de macabre ici. Néanmoins, cette impression ne restait pas très longtemps, il suffisait qu’il y ait du monde pour redonner un semblant de vie à la luxueuse habitation. En retournant se coucher, la détective croisa Boris dans les couloirs, il lui expliqua qu’il était insomniaque pour justifier sa présence hors de sa chambre, à une heure aussi tardive. Elle décida d’aller se coucher et dormi d’une traite jusqu’à 8 h.

Le petit déjeuner était servi à 9 h, des prospectus étaient mis à la disposition des invités pour qu’ils aient l’occasion de visiter la ville. Il y avait également la possibilité de rester à proximité du château, puisqu’il y avait toutes sortes d’activités prévues aux alentours par le propriétaire en plus de la plage. Les vacanciers avaient tous l’air de très bonne humeur ce matin, ils étaient prêts à démarrer la journée en toute insouciance, pouvoir enfin profiter de leurs vacances. Après le petit déjeuner, ils se séparèrent, chacun vaquant à ses occupations. Autour de la bâtisse était présent un gigantesque jardin avec des arbres aux feuillages colorés, des rosiers, des arbustes luxuriants, de belles associations de couleurs avec des feuilles de formes diverses et variées. Il était hypnotique, merveilleux, le lieu paraissait irréel, tellement il était beau, d’autant plus qu’on ne s’attendait absolument pas à voir un pareil décor près d’une plage. Le fils du défunt propriétaire avait très bon goût, ce qu’il avait fait de cet endroit était surprenant, d’autant plus qu’apparemment il avait tout organisé à distance, il n’avait pas mis les pieds ici depuis la mort de son père.

La plage tout au bout, un court de tennis, un terrain de basket-ball, une piscine, il y avait tout pour passer du bon temps dans ce château. Tout allait pour le mieux, jusqu’à cette fameuse découverte en fin d’après-midi, par Sarah et son mari. En rentrant du tennis, ils furent choqués de découvrir sur un des murs du salon, un tag à la peinture rouge, rouge sang, « je sais que c’est toi qui a fait ça, il est mort et tu vas payer ». Une très « jolie » tête de mort accompagnait cette phrase.

– Eh bien, les vacances commencent plutôt bien, qu’est-ce que c’est que cette horreur ? Et oser faire ça dans un château aussi luxueux, mais quel culot. Chéri, peux-tu appeler le majordome ?

Jérôme courut chercher Roger pour l’informer de la découverte. Les autres habitants arrivèrent à tour de rôle et tout le monde se retrouva réuni dans le salon à essayer de comprendre ce que ce message signifiait. La majorité des invités pensaient que ce n’était qu’une farce, au début leurs soupçons s’étaient même portés sur les plus jeunes du groupe. Alana et Charlie s’empressèrent de donner leur planning de la journée pour expliquer qu’ils n’avaient rien à voir avec cela. Ils étaient à la plage en train de se prélasser. Christophe Charpentier qui venait d’arriver, confirma leur « alibi ».

– En effet, je les ai aperçus cet après-midi en me baladant sur la plage ; et ils avaient l’air plutôt occupé nos tourtereaux, dit-il en leur faisant un clin d’œil.

À l’exception de Sarah et Alexandra, les autres invités pensaient que cet événement n’avait pas beaucoup d’importance ; personne n’avait compris que ce n’était que le début d’une semaine de vacances très mouvementée. On ne fit pas appel à la police, le majordome chargea les femmes de ménage d’effacer le message avec une éponge. Heureusement, c’était de la peinture à l’eau, facile à effacer.

Sarah ne pensait pas qu’il s’agissait d’un canular. Ce château révélerait bien des surprises, elle en était persuadée. Elle réfléchissait très rapidement et pouvait avoir des conclusions un peu hâtives parfois. En général, elle faisait en priorité confiance à ses intuitions, ici en l’occurrence il n’y avait aucune preuve qui justifiait l’idée qui lui trottait dans la tête. La phrase marquée sur le mur lui faisait penser à l’ancien propriétaire des lieux, « quelle idée farfelue ! » lui aurait dit son mari. Et si M. Mathieu ne s’était pas suicidé ? Non, c’était ridicule, mais elle était persuadée que si personne ne l’avait tué, quelqu’un l’avait au moins nécessairement poussé au suicide. Et la curiosité lui donnait envie de se mettre à enquêter sur les...

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