Scarlet a disparu !

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Scarlet a disparu !

Un étalon de grande valeur est kidnappé dans le haras de Vauville, en Normandie. Il est demandé au propriétaire, Ladislas Gorinsky, cinq millions d'euros contre la restitution de l'animal.





Publié le : jeudi 4 avril 2013
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782823806915
Nombre de pages : 13
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Jean-François Pré

Scarlet a disparu !

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– Scarlet a disparu !

Franck Jourdain, stud groom au haras de Vauville, fit irruption dans le bureau du patron, les yeux écarquillés.

– Scarlet a disparu, monsieur, répéta-t-il, hors d’haleine.

Scarlet flow était l’étalon vedette du plus gros haras de la périphérie deauvillaise. Une vraie bombe à chromosomes. Champion sur piste, géniteur hors grade (ses produits se distinguaient dans les plus grandes épreuves des cinq continents), le quadrupède au sperme d’or donnait le tournis aux éleveurs de la planète cheval. Ses saillies, dont on disait qu’elles tutoyaient le demi-million, avaient été retirées du marché officiel. Elles se négociaient de gré à gré avec des « fiancées » triées sur le volet, qu’elles soient elles-mêmes des championnes, ou bien de naissance royale.

Ainsi se présentait le joyau génétique dont un stud groom affolé venait d’annoncer la disparition. Une disparition qui, outre le fait que l’animal fût inestimable, se traduisait (en pleine saison de monte) par un manque à gagner de plusieurs millions par jour.

Ladislas Gorinsky, le propriétaire du haras, resserra son champ visuel, visant le héraut maléfique de ses yeux chafouins.

– Vous voulez dire que Scarlet n’est plus dans son box, Franck ?

– Ni dans son box, ni dans son paddock, ni dans les moindres recoins du haras. J’ai pris deux gars avec moi… depuis 6 heures, ce matin, nous avons tout fouillé. Rien !

– Mais il faut le retrouver ! pesta Gorinsky. Il doit saillir six juments dans la journée… dont trois qui viennent spécialement d’Irlande.

– Je sais monsieur, pleurnicha Jourdain les bras au ciel, mais que voulez-vous que je vous dise… il a disparu !

Gorinsky se leva. C’était un homme de petite taille, assez corpulent, aux cheveux argentés. Il avait le regard dur et rusé des maquignons. Maquignons de haut vol qui ne traitaient pas d’affaires à moins de cent mille dollars. Il ordonna à Jourdain d’aller chercher le pick-up.

– Il est là, monsieur. Je savais que vous voudriez constater de visu le malheur.

Gorinsky n’était pas homme à laisser l’adversité lui prendre la main, mais on le sentait déstabilisé. Plus par la surprise que par la gravité de la nouvelle. Le haras couvrait une surface de deux cents hectares. Une herbe grasse, vallonnée comme les rondeurs d’une mère nourricière. Il faudrait une bonne partie de la matinée pour en faire le tour, passer au peigne fin tous les herbages.

– J’espère qu’il ne s’est pas échappé à l’extérieur, dit Gorinsky. Si tel est le cas, il y aura des sanctions, ajouta-t-il d’un ton menaçant.

La seconde fouille du haras ne se révèlera guère plus fructueuse que la première. En fin de matinée, Ladislas Gorinsky dut se rendre à l’évidence : sa principale source de revenus s’était volatilisée. Au moment où il s’apprêtait à s’emparer du téléphone pour prévenir la police, il repéra une enveloppe sur le maroquin de son bureau. L’éleveur avait le sens de l’observation, une faculté qui avait largement contribué à sa fortune dans la sélection des poulains. Lorsqu’il était parti faire le tour du haras avec Franck, cette enveloppe n’y était pas. Fébrile, il la décacheta.

« Votre cheval vous sera rendu contre un virement de cinq millions d’euros sur le compte X. Vous disposez de 48 heures pour procéder à ce virement, après quoi Scarlet flow sera abattu. Aucune négociation, aucune garantie ! Tout ce que vous avez à faire, c’est de verser les cinq millions au plus vite si vous désirez que votre cheval reprenne la monte, afin de limiter les dégâts. Dès que le virement sera validé, votre cheval vous sera rendu. Il vous attendra, sain et sauf, dans un lieu dont la localisation vous sera communiquée par SMS. Sachez qu’il est traité avec le plus grand soin et que vous le retrouverez en l’état si vous suivez ces instructions. Évidemment, le pauvre animal ne survivrait pas à la très mauvaise idée de prévenir la police, si tant est que vous l’envisagiez. Son avenir est entre vos mains. »

Le visage de Gorinsky ne laissait transparaître aucune émotion. Un psychologue aurait noté un léger durcissement des traits, mais Franck Jourdain, qui décryptait mieux le comportement équin que celui de ses semblables, ne vit aucune différence. Il conclut à une affaire courante et fut même surpris par le peu de réaction de son patron devant un fait aussi alarmant.

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