Schisme de sang

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Quatre meurtres dans quatre villes d'Europe. Leur seul point commun : Alice Defeltre, richissime financière, dite la Dame de Trèfle. L'inspectrice Pougin y perd son latin. Elle sait pourtant qu'une vérité monstrueuse se cache sous l'apparence respectable de son ennemie. De mésaventure en insuccès, elle parvient peu à peu à approcher les secrets de l'île de Montecristo et à percer le mystère du Schisme de sang.
Publié le : mercredi 15 juin 2011
Lecture(s) : 304
EAN13 : 9782748102741
Nombre de pages : 243
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Schisme de sang
© manuscrit.com, 2001 ISBN: 2748102754 (pour le fichier numérique) ISBN: 2748102746 (pour le livre imprimé)
Daniel Bertacchi
Schisme de sang
ROMAN
I.
Genève (Suisse), 8 juillet, le soir.
Les rues étaient désertes ; comme tous les di manches, la ville se drapait d’un voile fantomatique, que seuls quelques ivrognes perturbaient, en chantant ou en riant bruyamment, sous les fenêtres des citadins endormis. Il n’était, pourtant, que vingt deux heures et Antor Melczer, journaliste, roulait au volant de sa Peugeot neuve. Il regagnait son domicile, dans le quar tier de Plainpalais, après avoir copieusement mangé mexicain avec sa cousine ; les tacos et les filetitos, bien que délicieux, ne cessaient de lui ballonner le ventre et il jura de boire une tisane avant de se coucher. Une fois de plus, Antor avait refait le monde en une soirée avec cet optimisme qui le caractérisait. L’al cool aidant, il avait étalé sans gêne ses convictions de jeune socialiste, bercé par l’utopie d’un monde éga litaire et juste. Sa cousine le connaissait bien et lui excusait volontiers ses épanchements politiques ; elle avait compris le penchant idéaliste du scribouilleur et s’en accommodait. Lorsqu’ils mangeaient ensemble, les deux cousins parlaient ainsi des heures, parfois même des nuits, sans se lasser. Depuis qu’il était arrivé à Genève, quinze ans plus tôt, fuyant le communisme hongrois avec ses parents, Antor s’était épris de cette ville, de son histoire, de
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son atmosphère incertaine de liberté. L’ancienne cité de Calvin, bourgade cosmopolite, lui semblait avoir un charme particulier, pareil à la sensation sans cesse im posée du juste milieu : le grand et le petit, le beau et le laid, le calme et l’agité s’affrontaient ici avec une har monie surnaturelle. Et ces points communs faisaient de Genève une épouse parfaite pour Antor. Il travaillait depuis deux ans pour "L’Oracle de Genève", un journal qui, lui aussi, appréciait les demi mesures : ni canard local, ni grand quotidien presti gieux, plutôt support de papier pour chroniques mé diocres et faits divers sans relief. La vie d’Antor était en demi teintes, les verts les plus fades côtoyant les pourpres les plus irritants ; une vie, somme toute, bien banale. Engagé à vive allure sur l’avenue du Mail, le scri bouilleur aperçut, à hauteur du carrefour avec le bou levard du Pont d’Arve, les gyrophares excités de plu sieurs véhicules de police. Il ralentit prudemment et passa, tant bien que mal, sa ceinture de sécurité. Au bas d’un immeuble moderne d’une vingtaine d’étages, des pompiers s’affairaient à tendre un immense coussin d’air, alors que plusieurs policiers scrutaient, angoissés, les derniers étages. Antor parqua sa voiture et en descendit aussi vite ; par déformation professionnelle, il savait que le moindre événement pouvait cacher une exclusivité. Au pire, prendrait il un peu d’air, facilitant ainsi sa pénible digestion. Il n’en fut rien ! Lorsqu’il s’enquit de la situation auprès des quelques badauds présents, un homme âgé l’informa qu’une jeune femme mena çait de se jeter dans le vide si on ne lui amenait pas un journaliste ; elle avait des révélations à faire. L’homme âgé tenait cela du chef des pompiers, un ami de longue date, expliqua t il. « Une folle de plus ! » s’exclama t il en pointant des yeux bêtes vers le haut de l’immeuble.
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Antor était déjà à la recherche d’un officier de police, calepin en main, disposé à servir de confesseur à la pauvre fille. S’adressant à tous ceux qui portaient un uniforme, il se vit indiquer un homme grisonnant, le plus haut gradé des gendarmes, auquel il se présenta. Sa présence semblait déranger, mais il ne s’en formalisa pas. « J’ai entendu que cette femme désirait s’entre tenir avec un journaliste… Puis je me rendre auprès d’elle ? demanda Antor avec la suffisance idiote de la plupart des hommes de presse.  Le moment est mal choisi, jeune homme, rétor qua l’officier. Ne voyez vous pas que nous tentons de la sauver ?  Elle a des révélations à faire ! Vous n’avez pas le droit de museler ainsi la presse.  Restez à l’écart de tout cela ! La situation est bien assez complexe.  Vous avez mal compris…  Non, jeune homme ! C’est vous qui avez mal compris, lâcha le policier en se retournant agressive ment vers Antor. Retournez d’où vous êtes sorti et ne vous mêlez pas de tout ceci. » Alors que deux gendarmes approchaient, presque menaçants, pour écarter l’importun, la jeune fille se lança dans le vide en hurlant, pour se fracasser, quelques secondes plus tard, sur le macadam. Les pompiers n’avaient pas gonflé leur coussin d’air géant à temps… Antor aurait juré avoir aperçu l’officier de po lice faire une geste en direction du chef des pompiers, un geste trop explicite : « Ne bougez pas ! Laissez la s’écraser ! »
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Bazet (Hautes Pyrénées, France), le 9 juillet.
D’épais cumulus voilaient l’azur d’un ciel ora geux, pourtant, une chaleur lourde et suffocante suggé rait un été encore bien présent. A quelques centaines de mètres du village, l’Adour berçait d’un murmure cha toyant et aquatique la campagne silencieuse. Des cigales éparses amplifiaient de leurs chants cette atmosphère bucolique. Depuis un peu moins d’une semaine, Arthur Ali cotte, retraité de la SNCF, pêchait régulièrement le long de ces berges paisibles, avec, comme principal espoir, celui de se détendre. Ce Bigourdan de pure souche se consolait ainsi des trente ans passés à Rennes, au service des chemins de fer nationaux ; un retour aux sources pour colmater au mieux les rides d’une vie commune de prolétaire. Lorsqu’on a passé le plus clair de son temps à aiguiller des locomotives, on se satisfait du premier butoir venu. « Pour rien au monde je ne voudrais vivre ailleurs, pensait le sexagénaire. J’aurais pu acheter un pavillon dans le Loiret ou un appartement dans le Languedoc. Bah ! Ces plages surpeuplées de foules assommées de soleil et droguées aux crèmes solaires ! Je préfère mes Pyrénées, sauvages et tranquilles. » Arthur accrocha un petit asticot bien dodu sur l’hameçon ; l’invertébré se tortillait, rebelle au destin qu’on lui imposait. Par l’injustice de la loi du plus fort, il dut cependant se résigner et accepter un bain dans les eaux fraîches et lisses de l’Adour. Le retraité s’as sit sur un tabouret pliant et, avec une attitude de repos mérité, il allongea les jambes. Au loin, quelques pois sons hésitaient sans doute déjà à consommer le petit ver grassouillet ; le plaisir de la pêche résidait dans ce rap port paradoxal entre la victime gourmande et le bour reau nourricier.
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