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Serial loser

De
122 pages


Chanteur à succès c'est pas une sinécure, surtout quand on est trop gros pour passer par la porte formatée du showbiz. Suivant le vieil adage, les derniers seront les premiers, après avoir fait le ménage, notre héros pense avoir trouvé la solution. Aussi minutieux et méthodique que Landru, il procède en éliminant la concurrence, résultat moins fumant mais tout aussi efficace. Cependant ne pas confondre serial killer et serial loser, le seul point commun résultant en un avenir précaire. Road book stylé et jubilatoire, alliant poésir noire et humour vitriolé, ce récit en phase avec son époque nous livre la vison critique d'une société du spectacle en voix de décomposition.


Un ouvrage baroque, salutaire et prophylactique où, comme dans tout bon polar rock, ça se termine mal et la morale se sauve.

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Je suis gros. Du cul, du cou, des joues, du bide, des mollets, des genoux. Je déborde, je dépasse, j’envahis, j’annexe. J’ai des cuisses de pilier de rugby, les mains d’un déménageur, je suis épais, un visage sans compromis-sion taillé à la hache dans le sens du lard, une gueule de pâte à modeler, et au beau milieu, un nez à faire pâlir les hardeurs. Le nez gros. Ça y est, on est déjà dans l’injure. Les gens n’aiment pas les gros, c’est bien connu. Dès l’école primaire, en cour de récréation, on a droit aux fruits et légumes : grosse pomme de terre pourrie, grosse tomate, grosse banane, gros coing, gros navet, grosse courge ! Puis, à l’échelon supérieur, sur les bancs du lycée, gros cochon, grosse pédale, grosse tantouze, gras-double, saindoux, gros tas de merde ! Les autres conjuguent agilité du corps et de l’esprit, trustent les prix
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d’excellence, récoltent les félicitations du jury, mais toi, relégué près du radia-teur, tu n’es qu‘une grosse vache, une truie, un sumo, un hippopotame, un bourrin, - pas les yearlings, un Ardennais -, museau camus, poitrine ample, hanches écartées, croupe callipyge et jarrets bas, tu dégoulines, t’es gros, je dirais même que t’es un gros con ! Et au final, quoi qu’il arrive, c’est toujours le même constat : grosse déception, gros chagrin, gros sur la patate, grosses larmes, t’avais les yeux plus gros que le ventre, t’es Gros Jean comme devant. Alors que les maigres… Espèce protégée, compassion, médicaments, vita-mines, protocole thérapeutique, empathie ! Le maigre, on le soigne, il est dou-loureux, malade, cancérigène, anorexique, on lui fout la paix, on lui offre des cho-colats noirs à la nougatine, on lui apporte des fleurs qui sentent bon, on le per-fuse, on le maintient en vie, on le bichonne, on le fait manger ! Allez, reprends une cuillère, reprends du pâté, encore une tranche, y faut que tu grossisses ! Respect pour les maigres, car à eux l’intelligence et la finesse d’esprit. Les gros ont de la matière grasse, les maigres de la matière grise. C’est le syndrome Obélix, le petit sec à moustaches aura toujours raison, pas de potion pour le gros, il est tombé dans la marmite. Ou comme pour Laurel et Hardy : Stanley picole mais c’est Oliver qui trinque, c’est bien fait, parfois c’est même justice ! D’ailleurs le gros, génétiquement, c’est son fatum, le gros est fait pour perdre, le gros est un loser et attire les quolibets : est-ce qu’on n’a jamais dit “espèce de maigre tarlouze, espèce de maigre pute” ? Vraiment, on vit dans un monde de merde.
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