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Silence mortel

De
448 pages
Étouffée par un sac poubelle, les lèvres collées à la glue : autant dire que les dernières heures d’Angie Vance, 18 ans, ont été un calvaire. Le meurtre semble être personnel, c’est pourquoi la détective Carine Kincaid concentre tous ses efforts sur l’ex-compagnon de la victime.
Malheureusement, sans preuve matérielle, impossible de boucler l’affaire, surtout quand le Shérif Nick Thomas – frère du suspect – mène une enquête parallèle. Mais les certitudes de chacun vont être ébranlées lorsqu’une amie de la victime disparaît à son tour. 
Carine et Nick décident alors d’unir leurs efforts. Le diable a parlé. Il va maintenant montrer de quoi il est capable.
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couverture
ALLISON
BRENNAN

Silence mortel

Traduit de l’anglais (États-Unis)
par Paola Appelius

Présentation de l’éditeur :
Bâillonnée, les lèvres collées à la glue et étouffée : autant dire que les dernières heures d’Angela Vance ont été un calvaire. Et selon Carina Kincaid, l’inspecteur chargée de l’enquête, tout laisse à penser qu’il s’agit d’une affaire personnelle.
Pourquoi l’ex de la victime était-il inquiet à son sujet ?
Quel secret ses amies cherchent-elles à dissimuler ?
L’arrivée de Nick Thomas, shérif de Gallatin, dans le Montana, pourrait simplifier les choses… s’il n’était le frère du principal suspect.
Biographie de l’auteur :
Consultante juridique, Allison Brennan est une fervente lectrice d’Agatha Christie et de Stephen King, mais aussi de Nora Roberts et Janet Evanovich. Elle est arrivée trois fois finaliste des RITA Awards, le prix de romance le plus prestigieux aux États-Unis.


Du même auteur

PIÈGE FATAL

N° 8274

 

TRAQUE FATALE

N° 8395

 

POURSUITE FATALE

N° 8497

Les mots sont inutiles…

Il n’y a plus qu’à hurler.

À Trisha McKay Richins,
mon amie loyale et sincère,
et la première personne en qui
j’ai eu suffisamment confiance
pour lire mes histoires.

Remerciements

En premier lieu, je veux remercier mes lecteurs. Si vous avez aimé ce livre, j’espère que vous irez faire un tour sur mon site www.allisonbrennan.com. Vous y découvrirez des contenus inédits, dont les scènes coupées et les bandes-annonces de ce titre et de mes autres romans.

San Diego est une ville magnifique que j’ai visitée en maintes occasions et où je retourne toujours avec plaisir. Bien que je m’astreigne à la plus grande exactitude, je me suis autorisé quelques libertés avec les lieux pour les besoins de l’intrigue.

Comme toujours, beaucoup de gens m’ont aidée pour tous les détails de ce livre.

Jennifer Hennessy, qui a dépoussiéré pour moi son diplôme en criminologie ; Wally Lind, Dan Pollock et Patrick Murray de l’Amicale des écrivains de scène de crime, toujours prompts à répondre à mes questions allant des blessures post mortem à la façon de traquer les prédateurs sexuels sur Internet ; l’écrivain-infirmière Candy Calvert, qui a répondu à nombre de mes questions médicales ; et Gary Olson, consultant pour l’assemblée de l’État de Californie, qui a bien voulu une fois de plus partager avec moi ses connaissances juridiques en matière de sécurité publique pour m’éviter de longues journées à fouiner dans la législation californienne.

Un grand merci à Karin Tabke et son mari, ex-policier résolument du bon côté, qui ont pris mes appels en toute connaissance de cause chaque fois que je les ai contactés, même pressée par les délais, pour leur soumettre mes questions de dernière minute toujours plus compliquées que je ne croyais.

Mon mari Dan et nos enfants méritent ma reconnaissance éternelle pour m’avoir ménagé le temps d’écrire et de voyager ; ma mère, qui est ma toute première fan ; et tous les membres de la section Sacramento Valley Rose des Romance Writers of America qui ont toujours éclairé mes interrogations les plus obscures et m’ont accordé leur soutien et leur affection sans condition.

Enfin, je voudrais remercier tous ceux qui ont œuvré à la réalisation de ce livre : l’équipe de Ballantine et tout particulièrement mon éditrice très avisée Charlotte Herscher, Dana Isaacson, Kim Hovey et Gilly Hailparn qui m’ont toutes été d’un grand secours ; la direction artistique qui a toujours su me proposer des couvertures que j’adore ; mon extraordinaire agent Kimberley Whalen ; et le Trident Media Group au grand complet.

Prologue

Quand tout avait commencé, elle avait vu son visage et su qu’il ne la laisserait pas vivre.

Elle ne pouvait pas plaider sa cause, il lui avait scellé les lèvres. Impossible de l’implorer, d’en appeler à son humanité. Il en était dépourvu. Pourquoi ne s’en était-elle pas aperçue plus tôt ? Était-elle aveuglée par son regard au point de n’avoir pas vu la haine, la colère et la perversion maladive dans ses yeux ?

Elle lui avait fait confiance, n’ayant aucune raison de se méfier de lui, mais en l’observant maintenant, elle découvrait la cruauté qu’il avait si bien cachée tout ce temps.

La douleur qui la tenait éveillée depuis deux nuits s’était émoussée, le corps engourdi à force d’avoir été violenté. Elle préférait ne pas y penser, refusant de penser à lui ; elle se réfugia en elle-même et se revit à la plage en train de nager. De bavarder avec ses amis. La fierté de sa mère quand elle avait obtenu son diplôme avec mention.

Des larmes brûlantes débordèrent de ses yeux.

Je suis tellement désolée, Maman.

Il l’avait détachée une fois, pour lui donner un bain. Elle était trop faible pour s’enfuir, trop lasse pour lutter. Mais la douleur se raviva, fulgurante, quand il frotta tout son corps au savon, lui arrachant des hurlements, borborygmes étouffés au plus profond de sa poitrine, incapables de franchir ses lèvres scellées.

— Je dois nettoyer ton corps, lui avait-il dit calmement. Juste au cas où.

Au cas où quoi ? L’eau lui faisait mal, mais ça l’avait réveillée. Elle avait peut-être une chance. Elle pourrait peut-être s’échapper. Si seulement elle pouvait crier, quelqu’un viendrait à son secours, non ?

Elle ne savait même pas où elle était.

Il la transporta jusqu’au lit puant, souillé de son sang, de ses urines et pire encore. Elle tenta de se relever, de fuir, mais ses jambes se dérobèrent et elle s’écroula sur le sol. Il émit un drôle de rire rauque devant sa piètre tentative avant de la ramasser comme si elle ne pesait rien et de la rejeter sur le lit.

C’est alors qu’elle vit le sac-poubelle.

Non !

Elle fut la seule à s’entendre crier quand le sac lui couvrit la tête. Elle se débattit de toutes ses forces et le sac se rompit.

Paf.

La douleur de la gifle n’était rien comparée à tout ce qu’elle avait déjà subi, mais il était trop fort pour elle. Un second sac plastique vert glissa sur son visage. Elle tenta de retenir sa respiration, mais c’était impossible. On lui enfilait aussi quelque chose sur les jambes. Elle se sentit partir. C’est à peine si elle se rendit compte qu’il lui ficelait tout le corps. Elle était légère, une plume.

La mort était son salut. Il y avait forcément un monde meilleur, plus lumineux, heureux.

Une masse oppressante la recouvrit. Lui. Il s’était allongé sur elle et elle ne pouvait pas respirer.

Le plastique se plaqua sur son nez et sa poitrine se contracta.

Plus d’air…

Elle ne pouvait pas lutter, mais son corps essaya pourtant. Ses jambes lancèrent de faibles ruades, ses doigts cherchèrent à crocheter la matière lisse.

Si fatiguée. Peux pas.

Dans le bref laps de temps entre la vie et la mort, quand son corps se battait encore mais que son esprit savait qu’il n’y avait plus d’espoir, une étrange paix l’envahit.

Je suis désolée, Maman.

1

Elle n’avait pas eu une mort douce.

 

L’inspecteur Kincaid de la brigade des homicides de la police de San Diego examinait le corps nu et sans vie de la jeune femme, tâchant d’éviter les yeux écarquillés par la terreur gravée comme à l’eau-forte sur son visage. Elle était bâillonnée, mais ce fut le mot « pute » griffonné à la hâte au marqueur noir sur sa poitrine qui attira l’œil de Carina. Elle avait une petite rose rouge tatouée sur le sein gauche.

La victime était allongée en position fœtale désarticulée, le sang séché entre ses jambes et les vilaines zébrures rouges sur ses seins témoignant d’une agression sexuelle avant la mort. En Californie, le tueur était passible de la peine capitale. Un petit pas vers la justice, mais ce n’était pas suffisant pour Carina. Ça ne rendrait pas la vie à cette pauvre fille.

Elle détourna les yeux du corps un court instant pour contempler les vagues déferlant sur la plage. Elles arrivaient, se retiraient, apaisantes. Le vent salé du petit matin lui irritait les joues, mais dans seulement quelques heures, elle se débarrasserait de son coupe-vent, quand le soleil serait au zénith sur San Diego.

En arrivant sur la scène de crime, la première chose qu’avaient notée Carina et Jim Gage, médecin expert en chef de l’institut médico-légal de la police de San Diego, avait été la contamination des indices. Les trois couches de sac-poubelle vert pour gros travaux qui entouraient le corps avaient été découpées. N’arrivant pas à soulever ce qu’il prenait pour un sac d’ordures, le garde forestier l’avait ouvert. À quoi pensait-il donc ?

— Je ne pouvais pas imaginer qu’il y aurait un corps à l’intérieur, avait-il répondu à la question de Carina.

À la crispation de sa mâchoire, elle vit que Jim était contrarié. Mais, fidèle à lui-même, il se murait dans le silence. Il ne disait jamais rien, ce qui avait été la première cause de leur rupture l’année précédente. Elle était apte à gérer ses sautes d’humeur – elle avait quatre frères et pouvait supporter presque tout –, mais son incapacité à partager ses soucis, au boulot comme en dehors, avait été un véritable tue-l’amour dont leur couple ne s’était pas remis.

Ou c’était qu’ils ne s’aimaient pas assez pour que ça fonctionne.

Carina se retourna au bruit d’une voiture. Le fourgon du coroner se gara sur le parking vide et un petit homme de type asiatique, soigné et bien vêtu, sortit du véhicule. Ted Chen, médecin légiste du bureau du coroner, le perfectionniste. Carina aimait bien travailler avec lui, même s’il la mettait un peu mal à l’aise. Elle vérifiait trois fois ses rapports lorsque c’était lui qui menait l’enquête judiciaire, craignant d’avoir l’air d’une novice malgré ses onze années de service.

— Le Dr Chen est arrivé, dit-elle à Jim.

— Hum.

Jim continua de prendre des clichés du corps et de la zone environnante, levant les yeux quand le Dr Chen foula le sable jusqu’à l’emplacement du cadavre.

— Bonjour, Ted.

— Gage. Inspecteur. (Chen désigna la victime du menton.) Le corps a-t-il été trouvé tel quel ?

— Le sac était intact. Le garde forestier l’a ouvert.

— Et pourquoi diable a-t-il fait ça ?

Jim retira ses lunettes cerclées d’acier et s’essuya les yeux sur son avant-bras.

— Il pensait que c’était un sac d’ordures et avait l’intention de les emporter en plusieurs fois.

Chen secoua la tête d’un air dégoûté, pinçant ses lèvres minces. Il s’accroupit dans le sable en prenant garde de ne pas en faire rouler davantage dans le plastique.

— Mort par étouffement, annonça-t-il d’une voix calme.

— Vous voulez dire qu’on l’a enfermée vivante dans ce sac ? demanda Carina pour être sûre de comprendre.

— On dirait bien, à première vue, mais le labo devra examiner le sac pour le confirmer, répondit Chen. Vous voyez cette décoloration ?

La peau de la victime était bleuâtre, presque violette.

— Privation d’oxygène. Aucun signe de strangulation, pas de sang dans les yeux et les oreilles qui l’indiqueraient. Je vous en dirai davantage après l’autopsie. (Il consulta sa montre.) J’en ai trois programmées ce matin, mais je vais décaler celles de l’après-midi pour pouvoir la caser.

— Merci, docteur Chen. Je vous en sais gré.

— Elle sera sur la table à quatorze heures.

Carina acquiesça, puis croisa le regard indéchiffrable de Jim.

— Tu viens aussi ? demanda-t-elle.

— Nous verrons où en seront mes équipes avec le sac. Nous sommes complètement débordés en ce moment.

Rien d’étonnant. Contrairement à ce qu’on voit dans les séries télé, il faut attendre dans la plupart des cas qu’un suspect soit appréhendé et la date de sa comparution fixée pour procéder à l’analyse des indices. Le laboratoire n’était qu’un rouage qui tournait au rythme de la machine judiciaire.

Carina s’efforça de regarder le visage de la victime pendant que Chen et Jim la préparaient pour le transport à la morgue. Elle avait l’air si jeune. Dix-huit ans, à tout casser. Était-elle étudiante à l’université ? Il y avait deux facultés à deux pas de la plage. Elle était peut-être encore au lycée.

Elle songea à sa petite sœur. Enfin, Lucy n’était plus vraiment « petite ». Elle était en terminale et assez douée pour fréquenter l’université de son choix. Leurs parents voulaient qu’elle s’inscrive dans la région et habite chez eux ; Lucy mourait d’envie de quitter le nid. Mais les campus étaient des endroits dangereux, et Carina soutenait ses parents, sur ce coup-là.

Quatorze années plus tôt, elle aspirait pourtant exactement à la même chose : quitter le giron familial. C’était avant qu’elle choisisse de devenir flic. Avant qu’elle comprenne les véritables dangers de la ville. Avant qu’elle se rende compte que la justice était un mammouth et que le système avait des ratés.

Que certains meurtres ne seraient jamais élucidés.

Elle se détourna de la scène morbide pour plonger de nouveau son regard sur l’océan Pacifique, enroulant machinalement ses bras autour de sa taille. Il ferait bon aujourd’hui, comme tous les jours ou presque à San Diego. Là, sur la plage, la brise matinale faisait voleter quelques mèches de la tresse que portait toujours Carina en service. La mer descendait, vaguelettes taquines qui laissaient le sable mouillé. Les coquillages et les cailloux accrochaient les premiers rayons du soleil derrière elle, l’océan encore sombre et mystérieux. Un couple matinal, un homme et une femme, faisait son jogging sur le sable tassé.

La victime avait-elle été tuée sur cette plage tranquille et bien entretenue ? Ou le meurtrier s’était-il débarrassé du corps ici ?

Carina penchait pour la seconde option, mais demanda l’avis des experts.

— Je dirais qu’on l’a déposée là, répondit Jim. Aucune trace de lutte, mais la scène a forcément été polluée.

Il balaya la zone des yeux pour confirmer son hypothèse.

Carina suivit son regard jusqu’au parking contigu à la plage. Au-delà, les automobilistes qui partaient travailler commençaient à pulluler sur la grand-route. Plusieurs dizaines de petites maisons scandaleusement chères s’alignaient de l’autre côté. Quelques centaines de mètres plus au nord, une zone commerçante sur le front de mer possédait plusieurs restaurants souvent bondés et un bar servant de QG aux étudiants, qui, même un dimanche soir, seraient restés ouverts jusqu’à la fermeture, à deux heures du matin.

Cela ne signifiait pas que le corps n’avait pas été laissé ici avant deux heures du matin, mais d’après ses propres souvenirs d’étudiante et des années de patrouille, Carina savait que cette plage était fréquentée jusqu’au petit jour.

En général, les tueurs se débarrassaient des corps quand il n’y avait personne afin de réduire leurs chances de se faire prendre.

Carina ne pouvait pas écarter la possibilité que la fille ait été abandonnée plus tôt sur la plage, mais en toute logique, la chose avait dû se produire entre trois heures et cinq heures du matin. Les gens prenaient la route tôt pour aller travailler, et dès cinq heures et demie, la circulation était dense à moins de trente mètres. Le soleil n’était levé que depuis une demi-heure.

— Pouvez-vous déterminer l’heure de la mort ? demanda-t-elle à Chen.

Il leva les yeux sur Carina de sa position accroupie près du corps.

— Les lividités cadavériques sont encore mobiles, le corps a visiblement été déplacé. Sa température corporelle est de trente degrés, mais je ne connais pas l’effet produit par les sacs-poubelle dans lesquels elle était enveloppée sur le refroidissement du corps.

Il consulta Jim du regard.

— Je vais me renseigner, répondit ce dernier. M’est avis que ça doit le retarder, mais pas de beaucoup.

Chen hocha la tête.

— Ça voudrait dire que le décès remonte à entre quatre et huit heures, parce que la rigidité cadavérique n’est pas complète. Certains de ses grands muscles sont encore souples.

Carina prit des notes. Entre vingt-deux heures et deux heures du matin. Dans la nuit de dimanche à lundi. Il avait tué la fille ailleurs. Dans une voiture ? Dans la forêt ? Dans une maison ? Sur un coin de plage isolé ? Elle écarta cette dernière hypothèse. Il n’y avait pas de coin de plage isolé sur cette partie de la côte, et la police patrouillait à intervalles réguliers à cause de la proximité de l’université.

Quelqu’un l’avait tuée, embarquée dans son véhicule et transportée jusqu’ici, sur une plage publique, où son corps avait toutes les chances d’être vite découvert.