Stay alive

De
Publié par

Un témoin, un secret, aucune issue. Un thriller d'une efficacité à couper le souffle.
" C'est une journée ensoleillée et vous êtes parti en pleine nature avec votre famille pour descendre une rivière en canoë-kayak. L'après-midi touche paisiblement à sa fin quand soudain un coup de feu retentit... et votre vie bascule en un instant.
Une femme court dans votre direction, poursuivie par trois hommes armés.
Il est évident qu'elle se trouve en danger de mort. Et maintenant vous aussi. Vous ne le savez pas, mais elle cache un lourd secret. La nuit tombe. Vous courez, terrifié, désespérant de trouver un endroit sûr. Tout ce que vous savez, c'est que les hommes qui vous poursuivent ont déjà tué. Et s'ils vous rattrapent, vous serez le prochain... "


Amanda, une jeune femme apparemment sans histoire, découvre avec horreur en rentrant chez elle deux corps sauvagement assassinés dans le lit conjugal : son mari et une jeune femme inconnue qui était manifestement sa maîtresse. Mais le cauchemar ne fait que commencer : le meurtrier est encore sur place et la prend en chasse.
Démarre alors une course poursuite extrême dans une nature sauvage, dans laquelle Amanda entraîne malgré elle une famille ordinaire.
Entre flics ripoux, témoins gênants et tueurs professionnels, les rebondissements spectaculaires s'enchaînent pour un thriller à couper le souffle !



Publié le : jeudi 29 janvier 2015
Lecture(s) : 5
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782810414086
Nombre de pages : 327
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
couverture
4eme couverture
pagetitre

À mes filles, Amy et Rachel.

1

21 jours plus tôt

Amanda Rowan venait de franchir le seuil de sa maison, un sac contenant sa nouvelle paire d’escarpins dans une main, et ses clés dans l’autre, lorsqu’elle entendit un son qui la figea sur place.

Une exhalaison, soudaine, étouffée. Comme un petit souffle d’air s’échappant d’un pneu crevé. Qui provenait de l’étage.

Amanda écouta, se concentra, mais ne décela plus rien qu’un silence profond, seulement rompu par le tic-tac de la pendule ancienne, dans le couloir ; et, l’espace de quelques secondes, elle se demanda si elle n’avait pas rêvé.

Les lumières étaient allumées, dans toute la maison, et la Porsche de son mari était garée dehors, ce qui signifiait qu’il était là. Il n’aurait pas dû. Il était censé être en voyage d’affaires, à Manchester, jusqu’au lendemain après-midi. Tôt ce matin-là, Amanda l’avait vu partir au volant de sa voiture et elle l’avait même eu au téléphone depuis, en début de soirée, alors qu’il s’apprêtait à sortir dîner avec un client. Sauf qu’il n’y avait pas de client, pas plus que de dîner, comme le prouvait la présence de sa voiture trois heures après cet appel, à plus de trois cent vingt kilomètres de Manchester.

Quelque chose l’avait poussé à rentrer plus tôt. Et Amanda savait pertinemment de quoi il s’agissait.

Depuis des mois, George avait une maîtresse. Elle l’avait découvert, tout à fait fortuitement, quelques semaines plus tôt. Un soir, il avait oublié de se déconnecter de son compte de messagerie, sur l’un des deux iPads utilisés par le couple. Et lorsqu’Amanda avait allumé la tablette pour consulter son propre compte Hotmail, une longue liste de messages adressés à George par une certaine Annie Mac – dont Amanda n’avait jamais entendu parler – s’était affichée, chacun ayant pour objet des « Chéri, j’ai besoin de toi », et autres « Tu me manques tellement ». Sonnée, mais au fond pas réellement surprise, Amanda avait ouvert le premier e-mail et l’avait lu jusqu’au bout. Elle n’avait pas ressenti le besoin de lire les autres. Elle avait compris l’essentiel.

Pourtant, elle ne put s’empêcher d’en vouloir à son mari d’être assez blasé pour oser ramener sa maîtresse au domicile conjugal. Peut-être cette femme était-elle à l’origine du bruit étrange surpris par Amanda ? Cela dit, ce son ne ressemblait ni de près ni de loin aux diverses exclamations pouvant être produites lors d’ébats sexuels.

Amanda posa son sac et referma la porte sans faire de bruit. Elle n’était pas supposée rentrer, ce soir-là, pas plus que George. Elle avait prévu de passer la nuit à Londres, chez son père ; mais c’était un vieil acariâtre et, comme toujours, ils avaient fini par se disputer. Cette fois, au lieu de laisser ses attaques fielleuses glisser sur elle comme elle le faisait toujours lors de ses rares visites chez lui, Amanda était partie d’une colère terrible, finissant par s’en aller comme une furie, avec pour seul au revoir une insulte lâchée en franchissant la porte. Elle avait sauté dans sa voiture et était rentrée tout droit chez elle.

C’était étrange, tout de même. Elle n’entendait pas de musique et le téléviseur était éteint. Or, ça ne ressemblait pas du tout à George : il avait toujours besoin d’un bruit de fond.

À l’étage, une lame de parquet craqua. Quelqu’un se déplaçait discrètement et, même si elle savait de qui il s’agissait, Amanda se crispa. Voilà ce qui arrive, quand on vit dans un cottage trois fois centenaire au milieu des bois, songea-t-elle. Elle adorait cette maison. Une vraie belle demeure de caractère, qui prodiguait la solitude dont Amanda avait tant besoin, bien qu’elle ne se trouvât qu’à quelques kilomètres de l’autoroute M3, et donc à une heure à peine des lumières de Londres. Pourtant, la nuit, lorsqu’il n’y avait d’autre son dans les ténèbres que les hululements des chouettes et, parfois, le lointain bourdonnement d’un avion survolant la zone, il arrivait à Amanda de se sentir vulnérable. En particulier sans le bruit de fond que George adorait.

Le parquet craqua de nouveau. Cela venait de l’une des chambres. Amanda fronça les sourcils, perplexe. George n’avait rien d’un poids plume et en général, à cette heure, il avait déjà descendu une bouteille de vin rouge. Qu’il fût seul ou accompagné. Et il avait plutôt tendance à faire beaucoup de bruit lorsqu’il se déplaçait, même quand il s’efforçait de se montrer discret. Il avait également l’habitude très pénible de se racler bruyamment la gorge, en particulier lorsqu’il avait bu.

Mais le silence, total, régnait de nouveau à l’étage.

La conclusion était évidente : George essayait de se cacher, car il savait qu’il avait fait quelque chose de mal. Comme ramener sa maîtresse chez lui à la faveur de l’absence de sa femme.

Amanda se tint, immobile, dans le couloir. Elle sentait son cœur battre fort et constata qu’elle avait la bouche sèche. Elle n’était pas du style à apprécier les confrontations violentes. Elle préférait tourner le dos et s’en aller lorsque la situation dégénérait. Et elle s’était déjà énervée une fois, ce soir-là.

Reprends-toi, se dit-elle. Tu es chez toi, ici.

Elle respira un grand coup, avant d’appeler George d’une voix forte, mais teintée d’un soupçon de nervosité, qui fendit le silence.

Pas de réponse.

– George ? Tu es là-haut ? C’est moi, Amanda.

Toujours pas de réponse.

– Écoute, je sais que tu es là. Ta voiture est garée devant la maison.

Dans un long soupir, Amanda ôta ses escarpins et monta lentement l’escalier, avant de longer le palier étroit qui occupait toute la longueur de la demeure. Les lampes y étaient allumées, bien qu’Amanda n’y vît personne. Sur sa gauche se trouvait la porte menant à la suite parentale qu’elle partageait avec George. Du moins, quand il ne ronflait pas comme une tronçonneuse. La porte était grand ouverte. Il y faisait sombre, mais elle vit clairement que le lit était défait : les draps étaient froissés, en boule. Aucun doute, le lit avait été utilisé récemment.

Amanda tourna la tête et constata qu’il y avait de la lumière dans la chambre d’amis, à l’autre bout du palier, et que la porte était entrouverte.

Elle fit un pas dans cette direction, puis un autre, avant de marquer un temps d’arrêt pour respirer à fond. Son souffle lui parut assourdissant. Une chape de silence écrasait la maison. Amanda reprit sa progression vers la chambre d’amis, ses pieds nus ne faisant pas le moindre bruit sur le parquet lustré. Elle s’arrêta, à un pas à peine de la porte.

Aucun son ne lui parvenait. Pas même celui d’une respiration. C’était comme si l’univers tout entier s’était figé.

Elle tendit une main légèrement tremblante et poussa la porte ; celle-ci pivota de quelques centimètres, dans un grincement. Une puissante odeur de sang et d’excréments assaillit aussitôt Amanda, et elle aperçut un pied, nu, ensanglanté, sur le tapis. Un pied de femme : fin, délicat, et aux ongles soignés, arborant un vernis d’un rouge vif arrogant, de quelques tons plus clair que l’épaisse mare de sang qui se formait, non loin de la porte.

Était-ce le son qu’elle avait entendu en arrivant ? Le dernier souffle d’une femme au moment de mourir ?

Si c’était le cas, cela ne pouvait signifier qu’une chose. Le tueur était encore dans la maison.

Dans son dos, Amanda entendit craquer le parquet. Des doigts glacés coururent le long de son dos.

Elle se retourna vivement, au moment même où un homme, plus grand et plus élancé que George, vêtu de noir et le visage dissimulé par un passe-montagne, apparaissait à la porte de leur chambre. À cinq ou six mètres d’Amanda, tout au plus.

Pendant une interminable seconde, elle resta paralysée, le regard rivé au couteau de chasse qu’il tenait à la main. Du sang, du sang frais coulait le long de la gouttière au centre de la lame, et formait à sa pointe des perles écarlates qui allaient s’écraser au sol.

Elle déglutit péniblement. Jamais elle n’atteindrait l’escalier avant lui, c’était impossible.

Et soudain, l’intrus se dirigea vers elle, sûr de lui ; ses bottes martelaient le parquet, dans un rythme implacable.

L’instinct d’Amanda prit le dessus. Elle enjamba avec difficulté la rambarde, sauta et atterrit sur le palier intermédiaire, un peu moins de deux mètres plus bas, tombant douloureusement sur les fesses avant de se relever d’un bond pour dévaler les marches restantes, en avalant les cinq dernières d’un coup. Dans son dos, elle l’entendait approcher, aussi rapide qu’elle dans sa fuite.

Lorsque les pieds d’Amanda touchèrent le sol, elle dérapa et chuta lourdement sur le flanc, perdant de précieuses secondes, tandis que l’intrus se ruait bruyamment dans l’escalier, juste derrière elle.

Elle se remit debout en un mouvement rapide, alors qu’il sautait à son tour les dernières marches pour atterrir à un mètre d’elle.

Amanda avait le choix entre deux issues : l’arrière de la maison, ou la porte d’entrée. Et elle n’avait qu’une fraction de seconde pour trancher. Sachant que, contrairement à ses habitudes, elle n’avait pas verrouillé la porte à double tour derrière elle, elle se précipita vers le couloir menant à l’entrée, s’efforçant tant bien que mal de ne pas glisser à nouveau avec ses pieds nus. Son poursuivant était si proche qu’elle entendait ses halètements, et elle dut mobiliser toute sa volonté pour s’obliger à ralentir, juste ce qu’il fallait pour se saisir des poignées de la porte et ouvrir les deux battants en grand, avant de s’élancer dehors, dans la fraîcheur nocturne.

Mais elle avait à peine parcouru deux mètres qu’une main l’attrapa par la veste pour la tirer en arrière. Elle se trouva happée dans l’étreinte brutale de l’intrus qui passa son bras autour de son cou. Aussitôt, il commença à serrer. Amanda hurla à pleins poumons et se débattit furieusement, avec toute la force procurée par l’adrénaline. Elle essaya de se libérer de l’étreinte suffocante, et ses bras fendaient l’air en tous sens. Soudain, l’un d’eux heurta le couteau, et elle sentit une douleur pure, pénétrante, lorsque la lame entailla aisément le tissu léger de sa veste, puis son chemisier, avant d’inciser sa chair. Mais, par chance, elle parvint à asséner un coup de coude à la tempe de son agresseur avec assez de puissance pour qu’il relâche quelque peu sa prise. Amanda se rendait à son club de gym cinq fois par semaine et, l’année précédente, elle avait suivi avec assiduité un cours de boxe. Elle était athlétique, elle avait de la force, et à cet instant précis, ces deux atouts jouèrent en sa faveur. Elle se tortilla pour s’extirper de l’emprise de l’homme en noir, évita son couteau, et lança un coup de poing dans sa direction. Le coup, peu précis, le prit clairement par surprise, car il n’esquiva pas et le reçut en plein visage.

L’inconnu tituba en arrière et porta une main à son nez. Mais jamais il ne baissa la lame, toujours brandie en direction d’Amanda. Déjà, il se reprenait, et elle sut qu’elle n’avait que quelques secondes pour agir. Elle ramassa d’un geste vif une poignée de graviers et les jeta à la tête de son assaillant, avant de partir en courant vers l’épaisse haie de bouleaux qui occupait trois des côtés de leur propriété, ignorant la morsure des cailloux de l’allée sous ses pieds nus.

Leur voisin le plus proche était une voisine, Mme Naseby, une vieille dame, veuve, dont la maisonnette se trouvait à une petite centaine de mètres de là. En dehors des traditionnels envois de cartes de vœux et de quelques rares échanges courtois lorsqu’il leur était arrivé de se croiser dans les bois, George et Amanda ne la fréquentaient pas. Mais Amanda espérait bien qu’elle serait chez elle, ce soir-là, et fila à toutes jambes entre les arbres, tentant de s’éloigner le plus vite possible de sa propre demeure. Elle osa un regard rapide en arrière : rien. La nuit, derrière elle, était vide.

Le cottage de Mme Naseby émergea des ténèbres, droit devant elle, éclairé de l’intérieur par une lumière tamisée.

– Faites qu’elle soit là, siffla-t-elle la mâchoire serrée. Faites qu’elle soit là !

Elle franchit d’un bond la petite clôture en bois qui ceignait le jardin à l’abandon de sa voisine et poursuivit vers la façade principale sans ralentir. Amanda regarda une nouvelle fois derrière elle, tout en tambourinant fortement à la porte. Puis, elle se courba pour crier à travers la fente réservée au courrier.

– Madame Naseby ! Vous êtes là ? C’est Amanda Rowan, votre voisine. Est-ce que je peux entrer ? Je vous en prie ! C’est très urgent !

Amanda entendait des voix provenant de la télévision. Mais rien d’autre. Elle se remit à frapper à la porte, tout en scrutant les alentours, pour s’assurer que son agresseur n’arrivait pas. Elle ne remarqua rien et n’entendit que le martèlement de son cœur dans sa poitrine. L’entaille sur son bras droit devait bien faire quinze centimètres de long et saignait abondamment, mais Amanda ne ressentait plus aucune douleur. L’adrénaline pulsait dans ses veines.

– Vite, vite, cria-t-elle en cognant de plus belle sur le panneau de bois.

– Qui est-ce ?, demanda une voix inquiète.

Amanda se pencha de nouveau vers la boîte aux lettres et répondit rapidement, d’une voix terrifiée.

– C’est moi, Amanda, votre voisine. Il y a eu un accident, il faut que j’appelle la police, tout de suite. Vous voulez bien m’ouvrir ?

Après un instant d’hésitation, la porte s’ouvrit, lentement, avant d’être bloquée par une chaînette de sécurité. Le visage de Mme Naseby apparut dans l’entrebâillement. La vieille dame n’avait pas l’air rassurée, mais en découvrant une Amanda morte de peur, sa crainte laissa place à l’inquiétude.

– Bonté divine !, s’exclama-t-elle. Mais vous êtes blessée. Entrez vite, que j’appelle un médecin.

Elle retira la chaînette, avec des gestes rendus lents et maladroits par l’arthrite, et s’effaça doucement pour qu’Amanda pût entrer se mettre au chaud.

Celle-ci faillit renverser la vieille dame dans sa hâte.

– Fermez la porte, vite, s’écria-t-elle. Quelqu’un me poursuit.

La veuve écarquilla les yeux, choquée par l’état de la veste d’Amanda, empourprée par le saignement de sa blessure. Elle avait une main posée sur la poignée de la porte, l’autre sur le pommeau de sa canne, mais ne semblait pas vouloir fermer.

Sachant que chaque seconde comptait, Amanda voulut claquer la porte elle-même, mais elle n’en eut pas le temps : la porte s’ouvrit à la volée, envoyant Mme Naseby percuter le mur. Amanda elle-même dut reculer de quelques pas. La vieille dame poussa un cri, tandis que sa canne, malgré ses efforts, lui échappait pour rouler au sol. Ses jambes se dérobèrent sous elle, et elle tomba au moment exact où l’inconnu jaillissait dans la maison, plus empressé que jamais.

Ignorant totalement la vieille dame, il se jeta sur Amanda, couteau tendu, les yeux sombres brûlant sous sa cagoule.

Elle l’esquiva, se rua vers l’escalier et grimpa les marches en quelques bonds, en sentant le bois gémir et grincer sous ses pieds. Elle ne savait pas où elle allait, mais elle savait qu’elle devait mettre de la distance entre son agresseur et elle, autant que possible.

Droit devant, elle vit une porte ouverte et se précipita. Elle se retrouva dans la chambre de Mme Naseby et claqua aussitôt la porte qui, elle le constata avec soulagement, fermait à clé. Pesant de tout son poids contre le bois, elle la verrouilla d’une main tremblante. Elle pouvait entendre l’homme en noir, de l’autre côté, elle percevait sa respiration, calme et régulière ; il essaya de tourner le bouton de porte, en vain.

Un dixième de seconde plus tard, le panneau tout entier vibra sur ses gonds. L’inconnu s’était jeté contre lui de toutes ses forces. La serrure n’avait pas l’air très solide, et Amanda savait qu’elle ne résisterait pas très longtemps.

Merde. Elle était prise au piège. La porte trembla de nouveau, et elle entendit le bois commencer à se rompre.

Désespérée, elle regarda partout autour d’elle et vit que la fenêtre n’était pas totalement fermée : l’ouvrant était à demi levé. Elle se précipita et, avec force, le remonta complètement. Puis elle se glissa par l’ouverture, alors même que la porte cédait. L’inconnu entra, déterminé, et fonça droit sur Amanda, son couteau ensanglanté brandi haut, comme un monstre échappé de ses pires cauchemars.

Amanda s’agrippa au rebord de la fenêtre, des deux mains, et se retourna pour se laisser glisser le long du mur. Soudain, au moment où elle allait lâcher prise pour se laisser tomber, une main gantée surgit et l’attrapa par le poignet. Amanda était suspendue dans le vide, sans défense.

La manche de son agresseur remonta le long de son bras, et elle eut le temps d’apercevoir un tatouage.

De sa main libre, il abattit son arme vers le poignet d’Amanda. Mais elle tira, se démena comme une diablesse, et la prise de l’inconnu se fit plus précaire. Puis, subitement, elle tomba dans le vide.

Elle heurta le ciment, retombant sur ses pieds. L’impact envoya des éclairs de douleur dans ses tendons d’Achille, et elle fit une roulade avant, pour mieux se relever d’un bond. Elle reprit aussitôt sa course, en direction des arbres et de la liberté, filant à travers l’épaisse frondaison. Elle sentit une douleur aiguë, montant de sa cheville droite, mais l’ignora et continua de courir, de courir, de courir, pour tenter d’atteindre la route, d’atteindre n’importe quel lieu où il y aurait des gens pour lui venir en aide.

Le trou apparut, sorti de nulle part, et le pied d’Amanda s’y enfonça profondément. Elle trébucha et s’étala douloureusement de tout son long sur un sol dur.

Pendant un instant, elle resta immobile, se concentra sur son souffle, dont elle s’appliqua à reprendre le contrôle.

Alors, elle l’entendit. Un craquement, une brindille brisée, et le bruissement de feuillages dérangés.

Il la poursuivait toujours.

S’aidant de ses mains, Amanda rampa jusqu’à un grand buisson de houx et se nicha en dessous. Elle s’efforça de s’enfouir le plus possible entre les branchages et, enfin, elle cessa de bouger et retint sa respiration.

Pas un geste. Pas un bruit. Pas un souffle. Pas un geste.

Elle songea à sa propre vulnérabilité et à la manière dont la vie d’une femme pouvait changer du tout au tout en un clin d’œil, en un coup de couteau, profond, impitoyable. L’instant d’avant, elle était une femme mariée, vivant une existence facile dans un cadre idyllique, une vie insouciante ; la minute suivante, elle avait découvert qu’un crime avait été commis sous son propre toit, avant de se retrouver, soudain, seule dans les bois, pourchassée par le meurtrier, l’arme au poing.

Il lui sembla qu’elle resta étendue là un long moment. Une minute ? Deux ? Difficile à dire, et elle n’osait pas regarder sa montre. Quelle que fût la durée de cette attente, Amanda n’entendit de toute façon plus aucun bruit indiquant la présence de son assaillant.

Manifestement, il avait renoncé et était parti.

Ce fut lorsqu’elle arrivait à cette conclusion qu’elle aperçut de la lumière, provenant de la route qui traversait les bois, à peine à cinquante mètres d’elle. Des phares. Elle ignorait de qui il pouvait s’agir : peu de voitures passaient sur ce tronçon, et encore moins à une heure aussi tardive, pour la bonne raison que cette route ne menait nulle part, en dehors des quelques maisons perdues dans la campagne.

Mais, au fond, ça n’avait aucune importance. Seule comptait la certitude qu’il ne pouvait s’agir de l’homme qui voulait la tuer car la voiture venait de l’autre direction. Ce qui voulait dire que ces phares, qui ne se trouvaient pas à plus de cent mètres, représentaient la sécurité.

Une branche se rompit bruyamment à quelques pas d’Amanda, et son cœur bondit dans sa poitrine. L’instant d’après, elle était déjà debout et sprintait entre les arbres, tentant désespérément d’atteindre le véhicule avant qu’il ne fût passé. En hurlant. En hurlant de toutes ses forces, sachant bien qu’elle allait sûrement faire peur à la personne qui traversait ces bois perdus en pleine nuit. Mais elle n’en avait plus rien à faire.

Elle crut que ses poumons allaient exploser quand elle jaillit, à l’orée du bois, et déboucha sur la route, à moins de dix mètres de la voiture et de ses phares aveuglants.

– Au secours !, hurla-t-elle en agitant les bras.

Elle entendit à peine le crissement des pneus lorsque le conducteur freina pour tenter de s’arrêter. À la dernière seconde, Amanda comprit qu’il n’y arriverait pas. Pas à temps.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

suivant