Suspicion (Harlequin Mira)

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Suspicion, de Helen R. Myers

Bay Butler vient de passer six ans en prison, quand l’intervention de Madeleine Ridgeway, une riche cliente à qui elle a autrefois vendu une de ses sculptures, met fin à son incarcération.
Sitôt libérée, Bay est tourmentée par d’innombrables questions : pourquoi a-t-elle passé six ans derrière les barreaux pour un crime qu’elle n’a pas commis ? Que s’est-il vraiment passé ce fameux soir où son associé et ami a été retrouvé mort, assassiné… et où sa propre vie a basculé ? Quels moyens a employés Madeleine Ridgeway pour obtenir sa libération ? Loin de soutenir sa recherche de la vérité, sa protectrice la gêne par sa présence envahissante et ses incessantes manipulations. Au point que Bay se demande si l’église que gère Madeleine Ridgeway parmi d’autres affaires fructueuses, est aussi vertueuse que le laisse supposer sa vocation…
Bay ne trouve pour allié qu’un homme qu’elle devrait pourtant haïr : Jack Burke, l’inspecteur de police qui l’a arrêtée six ans plus tôt, et qui est prêt à reconsidérer l’affaire Bay Butler…
Peu à peu, Bay et Jack découvrent des vérités insoupçonnées. Des vérités qui pourraient faire trembler la petite ville de Tyler, où le pouvoir se paie parfois au prix du sang…

Publié le : jeudi 1 novembre 2007
Lecture(s) : 29
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782280266253
Nombre de pages : 432
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A Norma L. Wilkinson,
qui sait ce que c’est que de se retrouver seule contre tous.

Prologue

Tyler, Texas
Août 1995

Il ne devait pas être loin de 22 heures, et Bay Butler tenait encore un chalumeau à la main. Encore deux lances ornementales à souder et son vantail serait terminé. Théoriquement, elle aurait dû être chez elle depuis longtemps, mais il était hors de question qu’elle quitte l’atelier avant d’avoir mis un point final à cet ouvrage. Le portail devait être installé le surlendemain, et le délai serait respecté, coûte que coûte, même si Bay tombait de fatigue, même si sa chemise en denim et son jean étaient trempés de sueur, même si ses partenaires de travail étaient partis depuis longtemps.

Bay ne portait pas le tablier de cuir que la prudence recommandait, car elle le trouvait aussi peu pratique qu’une armure de chevalier et, lorsqu’elle était engoncée, elle ne pouvait pas travailler correctement. Or, si elle ne donnait pas satisfaction à ses clients, elle n’aurait plus qu’à mettre la clé sous la porte…

Ses jeans la protégeaient des projections incandescentes, mais, à ce régime, ils s’usaient à la vitesse grand V, et leur renouvellement grevait quelque peu son budget.

Encore deux piques à poser… La chaleur devenait de plus en plus difficile à supporter. Pour les ferronniers, climatisation était synonyme de faillite… Bay s’efforça de penser au bain frais qu’elle se ferait couler en arrivant chez elle. Depuis plus d’un mois, le thermomètre n’était pas descendu en dessous de 35 °C. Un bain, oui, et une bière bien fraîche, voilà qui soulagerait la tension dans les muscles de son dos et de sa nuque.

— Tu as bientôt fini ?

Bay remonta son masque de Dark Vador, et jeta un regard par-dessus son épaule. Glenn English avait fait le même geste qu’elle. Derrière lui, sur une table roulante, reposaient encore cinq barres de fer aux pointes en flèche de trois mètres de long. Glenn avait encore plus de retard que la jeune femme, et elle savait ce qu’il voulait lui demander. Oubliant son bain et sa bière, elle lui lança d’une voix suffisamment forte pour couvrir le bruit des moteurs :

— Vas-y, si tu as des trucs à faire. Je terminerai ton boulot.

Glenn devait avoir hâte de retrouver Holly. Ils étaient peut-être invités à dîner chez des amis. Alors que personne n’attendait Bay…

— Ça t’arrangerait, hein, que je te laisse finir toute seule ? Ça te ferait un sacrifice à rajouter à ta longue liste.

Interloquée, Bay dévisagea son associé. Elle aimait son métier, même s’il était pénible. Pourquoi cette remarque désagréable de la part de Glenn ? Sans doute était-ce à cause de la fatigue due à la canicule qui, depuis quelques semaines, tapait sur les nerfs de tout le monde. Sans parler de la situation financière critique dans laquelle se trouvait l’entreprise…

— Il ne nous reste plus que demain pour terminer, dit-elle en s’exhortant au calme. Et, tu sais, si le portail n’est pas prêt vendredi matin, tu n’auras plus d’heures supplémentaires à faire…

Ce portail était une commande importante : une chance inespérée pour l’entreprise menacée par le dépôt de bilan. Mme Herman Ridgeway, unique héritière de Duncan Holt, feu le propriétaire d’une chaîne de supermarchés, était tombée amoureuse de la maquette exposée devant l’atelier, et avait décrété qu’elle voulait le même portail à l’entrée de sa nouvelle propriété. Pour faire un clin d’œil aux incessantes plaisanteries de Glenn à propos de sa rigueur professionnelle, Bay avait baptisé ce modèle « la Vierge d’acier ». Elle n’avait encore jamais eu l’occasion de le réaliser en grandeur nature, et Mme Ridgeway ne lui avait accordé qu’un délai très court.

Ce soir, la Vierge serait entièrement assemblée, mais il faudrait ensuite la peindre : deux couches de gris acier de première qualité, peut-être trois si cela s’avérait nécessaire. Puis, quand la peinture serait sèche, il faudrait encore fixer des torsades de laiton en trois points stratégiques le long de chacun des barreaux de la grille : un travail particulièrement long et minutieux.

— Vendredi, répéta Bay avec insistance. La duchesse veut que les traiteurs et les fleuristes franchissent son nouveau portail en début d’après-midi. Même si tout se passe pour le mieux, on est vraiment justes au niveau du temps. Imagine que Zamora ait la tremblote, demain matin, et que la peinture coule… ou que le laiton se casse un peu trop souvent…

— Ce sont des choses qui arrivent.

— Alors, on pourra faire une croix sur notre chèque.

— Et Mme Ridgeway n’aura pas son portail pour sa réception. Remarque, sa baraque est déjà suffisamment tape-à-l’œil pour faire baver d’envie tous ses invités !

C’était vrai, et Bay s’abstint de répliquer, surtout après avoir remarqué l’expression contrariée de Glenn. Quelque chose le tracassait, et ça n’avait rien à voir avec le boulot. Il s’était montré aussi enthousiaste qu’elle lorsqu’on leur avait confié la réalisation de la Vierge. Quand ils avaient signé le contrat, il lui avait sauté au cou, ce qui avait surpris la jeune femme, étant donné que, quelques semaines plus tôt, elle avait refusé sa demande en mariage.

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