Suzanne sans crier gare

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?Et si Suzanne Bouif ne s’était pas suicidée ? Une nuit d’automne, un train roule lentement vers Châteauroux. Une silhouette surgit devant les phares de la locomotive. L’impact est violent, inévitable. Grâce au sac à main retrouvé près de la voie ferrée, la police a rapidement identifié Suzanne Bouif. Une femme seule, sans histoires, ni heureuse, ni malheureuse. Les causes de la mort sont évidentes. Les circonstances, bien obscures.

Un peu avant le drame, la voiture de la victime a été utilisée pour cambrioler un magasin. Pas le genre de Suzanne Bouif... Le capitaine Athibard sait qu’il ne doit rien laisser au hasard. Entre une magistrate tatillonne, des élus susceptibles et un chef apathique, il va devoir jouer serré. Avec délectation, Pierre Belsœur tisse une intrigue captivante sur la trame d’une société provinciale tout en non-dits. Il y a du Simenon dans les intuitions du policier castelroussin.
Publié le : samedi 30 avril 2016
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782369750628
Nombre de pages : 214
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Aux commandes de l’Intercité3600 en provenance de Limoges bénédictins, Gaston Blanchoin s’apprête à rejoindre la gare de Châteauroux. Le halo des phares peine à trouer le brouillard d’eau, d’un portique soutenant la caténaire à l’autre. Une sale nuit de novembre, froide, poisseuse d’humidité où la seule perspective de mettre un pied dehors vous hérisse l’échine d’un frisson d’appréhension. Seul l’éclairage public, lorsque son train longe une rue, ou franchit un pont, élargit son champ de vision avant de le replonger dans une obscurité encore plus opaque.
Ce cadre sinistre lui offre la vision la plus horrible de son existence de conducteur. Il ne roule pourtant pas vite, mais le temps qu’une ombre apparaisse dans le faisceau de la loco, devienne silhouette, le temps qu’un visage déformé par la peur, la bouche ouverte en un cri, jaillisse devant son pare-brise, il est trop tard.
Le choc, à peine perceptible, précède tout juste l’apparition d’un liseré rosé sur le parcours de son essuie-glace gauche. Pourtant il sait.
L’autolyse ferroviaire, hantise des «roulants», vient de le rattraper, après vingt-cinqans de bons et loyaux services. Gaston Blanchoin n’a plus qu’à enclencher la procédure d’alerte et attendre secouristes et police. Grand et sec, la cinquantaine athlétique, Gaston, va y perdre ses derniers cheveux. C’est vrai qu’il intériorise ses émotions. N’empêche sa calvitie a sacrément progressé et ses cheveux rapidement viré au blanc lorsqu’il a eu ses ennuis avec sa grande gamine qui l’a fait grand-père avant même qu’elle et son compagnon ne gagnent leur vie. Alors là, écraser quelqu’un, lui qui n’a jamais triché avec les règlements… Seul dans sa cabine, les coudes posés sur le tableau de bord de sa loco, la tête dans les mains, Gaston ne pleure pas, mais l’émotion lui noue le ventre, ses mains tremblent. Une énorme lassitude l’étreint. Son train vient de donner la mort.

***

«Le comité de défense des usagers de la SNCF va encore pouvoir s’en donner à cœur joie». Sur le quai grisou de la gare de Châteauroux, balayé par le vent d’ouest chargé, comme il se doit, d’une humidité piquante, Antoine calcule, fataliste, les complications qu’il lui faudra surmonter pour mener à bien son expédition parisienne.
Sauter du lit à cinqheures du mat’ pour raisons professionnelles mérite tout de même quelques égards de la part de la SNCF. Non, plus de six heures quatorze ont déjà fondu de ce triste matin d’automne et personne n’a encore invité Antoine et ses futurs compagnons de galère à s’éloigner de la bordure du quai, signe avant-coureur de toute épopée ferroviaire. Les sinistrés de l’Intercité abandonnent le mode d’attente individuel. Le mécontentement les soude peu à peu et l’instinct grégaire reprend le dessus. Chacun a une anecdote à mettre au pot. Pour un peu on en oublierait que les trains arrivent parfois à l’heure. Leur Intercité3600 est immobilisé juste après le pont de la route d’Argenton, à un gros kilomètre de la gare.

***

François Athibard, de service au commissariat cette nuit-là, hérite des constatations d’usage, suite logique de tout accident mortel, ferroviaire ou non. Car les secouristes ont évidemment retrouvé un corps sans vie au bord de la voie du fameux POLT. François retire avec lassitude ses longues jambes de sous son bureau, attrape son blouson, vérifie que son bonnet imperméable est bien dans sa poche droite, son bloc-notes et son stylo dans la gauche avec son portable de service et quitte la tiédeur du commissariat. Il a déjà laissé un message au parquetier. Le policier et le magistrat feront le point à une heure plus décente.
Quelle idée de choisir un si triste matin pour mourir. Quelle idée d’aller se tremper les pieds dans l’herbe haute d’un petit pré, pris en sandwich entre la voie de chemin de fer et les biscottes Auga, sabordées depuis quelques années déjà pour cause de transfert en Anjou, alors que le voisin d’en face, Harry’s, est tombé, lui, dans l’escarcelle de l’italien Barilla. En effectuant ce parcours entre la route d’Argenton et le lieu du drame il a l’impression de mettre ses pas dans ceux du ou de la désespéré(e).
L’étude des mérites comparés de la biscotte et du pain moelleux, devant un bon bol de café correspond davantage à l’horaire que ce sinistre déplacement.
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