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T'as le bonjour d'Hubert

De
225 pages
Le capitaine Estérantait a l'habitude de naviguer en eaux troubles. Mais cette fois-ci les éléments sont particulièrement nauséabonds. Entre cachotteries au parfum de raison d'Etat et ceux qui aimeraient bien le voir disparaître du paysage, il a intérêt à courir vite. A la grande maison le policier ne peut plus compter sur personne, même son patron lui sert un plat particulièrement indigeste. Il devra trouver de nouvelles ressources pour se sortir du filet qui se resserre autour de lui. Comme d'habitude il ne sera pas trop regardant sur les renforts, s'ils sont acquis aux causes justes. Et Hubert que vient-il faire là-dedans ? C'est évidemment la question qu'il convient de se poser!
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2 Titre
T'as le bonjour d'Hubert

3
DU MÊME AUTEUR
AUX ÉDITIONS LE MANUSCRIT
A bout de souffle, Roman, 2005
Nom d'un chien, Polar, 2005
Plaisir au black, Polar, 2005
Titre
Annie Colpin
T'as le bonjour d'Hubert

Polar
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit 2007
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-00836-4 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304008364 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-00837-1 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304008371 (livre numérique)

6



8
1
Les boules de papier s’éparpillaient autour de
ma corbeille, je trouvais qu’il y avait là les signes
précurseurs d’un nouveau mouvement pictural.
Selon qu’elles avaient été plus ou moins
fortement froissées, il s’en dégageait une
différence de couleurs malgré leur blancheur
initiale ; un instant je me perdis dans la
recherche du point de fuite qui pouvait se situer
quelque part sur une ligne d’horizon
improbable. Quelques-unes plus futées que les
autres avaient atterri à l’intérieur de la poubelle,
sauf qu’elles gâchaient l’harmonie générale.
Trop peu, de l’avis de Gérard qui m’observait
depuis quelques instants et qui n’avait aucun
sens artistique.
– Y a combien de temps que tu n’as pas été
au stand de tir ?
Adieu couchers de soleil et tournesols
désemparés, les nymphéas peuvent piquer du
nez dans leur bassin, l’atterrissage est enclenché
et ma ligne d’horizon devient instable…
comme elle l’a toujours été d’ailleurs.
9 T’as le bonjour d’Hubert !
– Hein ! Tu as dis quoi ?
Je regardai Gérard. En vain, son visage était
aussi innocent que celui de l’enfant qui venait
de naître.
– J’ai dit que tu visais de plus en plus mal et
que tu avais besoin d’entraînement !
Je réalisai le sens de sa question initiale.
– Tu n’as pas besoin de crier, je ne suis pas
sourd. Ça n’a rien à voir !
– Tu dis ça…
– Comment on appelle le percepteur ?
– Ne détourne pas la conversation
– Je n’aime pas les armes à feu !
– On dit Monsieur le percepteur ! Tu es
toujours sur ta lettre ?
– Je n’y arrive pas !
– Tu as essayé de téléphoner ?
Des dizaines de fois. Ils veulent un courrier.
– Ah ! Quand l’administration déploie ses
grandes ailes protectrices, y a plus qu’à
obtempérer. Ça me rappelle la fois où j’ai
déménagé
Ça y était, Gérard était reparti pour la
centième fois dans la narration de ses démêlés
avec les services fiscaux lorsqu’il était arrivé à
Paris. Moi j’essayais de faire comprendre à mon
ex-percepteur que je ne devais plus payer ma
taxe d’habitation dans sa commune, mais à
Paris désormais. Depuis deux ans, j’en recevais
régulièrement deux. J’avais décidé de mettre fin
10 T’as le bonjour d’Hubert !
à cette aberration, d’où la rédaction pénible
d’une lettre circonstanciée et motivée.
Finalement mes coups de fil pris en compte
auraient coûté moins cher à l’administration en
temps et en papier.
– Salut les garçons !
Brigitte était parmi nous. Le temps que
j’émerge de ma profonde réflexion et que je
réalise que notre petite fée du logis était de
retour, il ne me vint à la bouche que la banalité
habituelle.
– Tu pourrais frapper !
Et j’ajoutai d’un ton qui se voulait ferme,
mais qui sonna finalement très connement :
– Je te l’ai dit cinquante fois !
– Frapper à la porte de mon bureau, c’est pas
un peu naze ?
Un peu à cause de mon percepteur et
beaucoup contre ma bêtise personnelle réalisée
mais inavouable, je tentai une joute oratoire
perdue d’avance.
– Je t’ai déjà expliqué que nous pouvions être
en interrogatoire et que le simple fait de frapper
nous prévenait. Tu n’es pas obligée d’attendre la
réponse pour entrer…
– Encore heureux… C’est n’importe quoi
ton truc d’interrogatoire… Il y a une salle pour
ça !
– Indécrottable, décréta Gérard.
11 T’as le bonjour d’Hubert !
Lieutenant Brigitte Lemerle pour
l’administration. Brigitte tout simplement pour
nous. Suite à l’affaire des agences 13 , le patron
avait décrété que notre groupe devait s’étoffer.
Il avait demandé un poste supplémentaire.
Quinze jours plus tard, il m’annonça l’arrivée du
lieutenant Lemerle. J’étais un peu étonné de la
rapidité avec laquelle notre administration
accédait à sa demande, je l’étais un peu moins
lorsqu’il m’expliqua que le lieutenant sortait
d’un arrêt de longue maladie de près de deux
ans. Le patron tenta de me faire l’article pour
que j’adopte le produit.
– Le lieutenant Lemerle est un élément de
qualité. Elle a un peu craqué… un incident de
parcours… mais elle a été reconnue apte au
service. Capitaine Estérantait, je vous demande
de l’accueillir avec votre sens de l’hospitalité
habituel, vous verrez… vous ne serez pas déçu.
Un peu craqué, les flics qui dépriment ou qui
se foutent en l’air, du banal dans la profession.
Enfin j’aurais préféré que le colis étiqueté fragile
atterrisse sur le bureau d’un autre collègue.
Basique de conception, j’imaginais l’opération
qui avait mal terminé, la bavure lambda. Les
hommes policiers supportent mal d’avoir à
donner la mort, je faisais de mon cas une
généralité. Quant aux femmes ! Avec mon fond
profondément machiste, j’étais complètement à
côté de la plaque, il s’agissait simplement d’une
12 T’as le bonjour d’Hubert !
histoire personnelle. Un couple qui se défait, un
fils qui préfère aller vivre avec son père et une
femme qui se tape une dépression… Enfin
restait la fragilité du lieutenant Lemerle et cela
ne m’enchantait qu’à moitié.
Je commençais à comprendre pourquoi elle
avait atterri dans mon groupe quand je reçus
son dossier et que je lus les observations de sa
dernière évaluation :
Le lieutenant Brigitte Lemerle est un
excellent professionnel. Néanmoins ses velléités
à vouloir travailler seule, sans tenir au courant
sa hiérarchie, ne permettent pas son intégration
au sein d’une équipe. Elle devra progresser dans
ce sens afin de s’adapter complètement à un
projet collectif ; pour y parvenir, elle doit tenir
compte des observations qui lui sont faites.
Lorsque je l’interrogeai sur le sens de cette
évaluation, elle me rétorqua :
– Les enfoirés… Ils n’ont pas été très
regardants quand, après des jours et des nuits
de filatures et de planques, nous avons
démantelé un réseau entier de prostituées de
l’Est. Sauf que quand je suis rentrée chez moi,
ma place dans le lit conjugal était occupée…
Voilà tout était dit… nous adoptâmes
Brigitte. Je lui fis remarquer qu’elle ne devait
pas attendre de promotion dans notre groupe,
le plus mal apprécié du commissariat.
13 T’as le bonjour d’Hubert !
– Nous passons pour l’équipe la plus
bancale ; jamais dans les grand-messes, toujours
en train de détourner les règlements… en plus
nous ne possédons aucun sens du respect de la
hiérarchie. Ce n’est pas pour rien qu’on nous
surnomme les Pieds nickelés à l’extérieur. On
écope des affaires les plus tordues. Notre taux
d’élucidation en la matière est bon mais jamais
exposable, because les détails doivent toujours
rester dans l’ombre. Pour le patron, seuls
comptent les résultats ! En règle générale, étant
donné la nature des dossiers que l’on nous
confie, il n’est pas trop regardant sur les
moyens pour y parvenir. En cas de bavures et
de résultats, il couvre tout. En cas de bavures
sans résultats, les erreurs des cinq dernières
années de la brigade tout entière nous sont
reprochées. Et crois-moi il tient les comptes à
jour ! Quant aux promotions, elles sont d’abord
pour lui. S’il y a du rab, ils pensent à nous, mais
seulement au deuxième tour de distribution…
Brigitte eut ce geste de lassitude qui voulait
dire que je pouvais arrêter la présentation et
avait scellé notre collaboration par ces quelques
mots.
– T’inquiète pas, je m’en fous de ma carrière.
Elle ajouta dans un clin d’œil à notre
intention :
– Si on m’avait dit il y a deux ans que
j’accepterais de participer à un ménage à trois…
14 T’as le bonjour d’Hubert !
Comme quoi, il n’y a que les imbéciles qui ne
changent pas d’avis.
Les jours avaient passé et nous nous étions
organisés.
Gérard avait essayé de lui refiler la rédaction
de ses procès-verbaux et autres paperasses qui
polluent notre administration. Elle avait
gentiment mais fermement refusé.
– Je suis désolée mais j’ai toujours été nulle
en rédaction. Déjà à la communale, mon vieil
instit disait que j’étais une handicapée du
cerveau. Aucune imagination.
Gérard avait rangé provisoirement ses
arguments. Moi, je ne m’en étais pas mêlé, il
espérait sans doute que je donne un ordre à
Brigitte. L’abus de pouvoir ce n’était pas mon
truc. Gérard se contentait de ressortir ses
doléances de temps à autre. En ce moment il
essayait une autre approche de la question. Il
tentait de lui faire comprendre qu’elle pourrait
participer à l’effort général. Il se noyait dans des
raisonnements qui tournaient autour de la
solidarité, de l’esprit de corps et autres
conneries du même acabit. Brigitte semblait
s’en balancer comme de ses premières
chaussettes… Je mis fin à la discussion.
– Ça a donné quoi au tribunal ?
– Relaxé !
– Quoi ! Même pas un travail d’intérêt
général.
15 T’as le bonjour d’Hubert !
– Même pas… Si, une admonestation pour
notre petit chéri et une leçon de morale pour la
maman !
– Et le père ?
– Pas venu. Tu sais, je comprends un peu le
juge. Comment veux-tu qu’il ordonne une
mesure éducative ? Dans trois mois il est
majeur. Les services de la protection judiciaire
de la jeunesse sont surbookés ; il leur faut six
mois pour mettre en place la moindre mesure…
Quant à lui, s’il replonge, il sera bon pour la
correctionnelle et la taule… on économise…
– On n’économise rien du tout ! La
prochaine fois que nos services l’arrêteront, il se
foutera de notre gueule ! Comme si la prison
avait un pouvoir éducatif… il ressortira encore
plus teigneux…
– J’sais bien, Jacques… Mais que veux-tu,
avec un peu de chance, il sera bon pour le
bracelet électronique.
Gérard, qui avait suivi la conversation tout
en rédigeant ses P. -V. , se mêla de notre débat.
– C’est quoi cette histoire de bracelet
électronique ?
– La dernière trouvaille de nos dirigeants
pour engraisser le marché de l’électronique. Il
fallait bien trouver quelque chose, il paraît que
les caméras ne font plus autant recette. Quand
on laissera sortir des prisonniers avec mise à
l’épreuve, on les équipera de bracelets
16 T’as le bonjour d’Hubert !
électroniques reliés à une ligne téléphonique
pour suivre leurs déplacements. Tu vois quand
notre petit gars s’approchera trop près d’une
supérette ou d’un distributeur bancaire, on lui
enverra une impulsion électrique qui le clouera
au sol.
Bouche bée, Gérard me regardait sans
comprendre. Il finit par refermer la bouche
pour s’exprimer.
– C’est vrai cette connerie…
– Non ! Enfin pour les bracelets
électroniques c’est vrai, pour le reste, je ne sais
pas comment ça fonctionne. De toute façon, ça
ne remplacera pas les éducateurs et tout le
personnel des services de probation qu’on est
en train de dégraisser. Pour ces mômes mal
construits, il faut de l’éducatif et du temps, pas
la taule, ni de l’électronique à distance. En ça,
l’ordonnance de 1945 est parfaitement adaptée
si on donne aux services de la protection
judiciaire de la jeunesse les moyens pour
l’appliquer.
Sur ces bonnes paroles, je jetai un coup d’œil
à ma montre et décidai que notre journée était
terminée.
– Bon, ce n’est pas la peine de cumuler les
heures, en ce moment c’est le calme plat.
Brigitte s’approcha de mon bureau avant de
partir. Je voyais que ce n’était pas son après-
17 T’as le bonjour d’Hubert !
midi au tribunal qui la tarabustait. Elle se
décida.
– Jacques… Est-ce que je peux arriver plus
tard, demain ? Il faut que je passe au collège. Je
suis convoquée…
Brigitte n’avait plus la garde de son fils mais
en avait toujours les emmerdes. Et le fiston,
pour ce que j’en savais, il les cumulait. Je
regrettai maintenant de l’avoir laissée aller au
tribunal. J’aurai dû m’y rendre à sa place. Elle
n’avait peut-être pas besoin de prendre en
charge toutes les péripéties des ados en ce
moment.
– Bien sûr, prends ton temps… Tu auras
plein d’occasions de rattraper… Tu veux que je
lui parle…
– Non merci, c’est sympa. Je ne suis pas sûre
qu’il ait envie d’entendre le discours d’un flic en
ce moment. Enfin je ne dis pas ça pour toi…
c’est juste qu’il est un peu… remonté contre
tout ce qui est ordre établi… enfin tu sais
bien… l’adolescence… ça passera…
18
2
Après le départ de nos amis auvergnats de
l’Aveyron , qui avaient tenu une brasserie très
accueillante pendant plus de quarante ans, il
avait fallu se retrouver un pied-à-terre, un QG,
enfin, un espace où nous pouvions tous
déposer notre fardeau en fin de journée, avant
de rentrer dans notre tanière personnelle. La
manœuvre de reconstruction n’était pas aisée,
nous avions perdu lors de notre précédente
enquête plusieurs colocataires, Buffalo et Lucky
Luke nous manquaient. Le deuil n’était pas
achevé que nous devions trouver un endroit où
poser nos valises. Mes amis, les vieux jeunes des
beaux-arts, ceux qui n’avaient pas dévié de leur
trajectoire, un peu à cause de leur insouciance
éternelle, avaient débusqué un bistrot
accueillant.
A deux pas de Montparnasse et de notre
ancien repaire, ils avaient dégoté le Smoke. Le
petit resto bistrot était logé au bas d’un
immeuble appartenant à l’administration de
l’Assistance publique. A force de persévérance
19 T’as le bonjour d’Hubert !
durant des années, le patron l’avait transformé
en un lieu accueillant. L’Etat propriétaire s’était
mis en tête de vendre une de ses réserves
foncières et de réaliser une opération
immobilière juteuse. En ces temps difficiles, les
grandes administrations françaises bradaient les
bijoux de famille. Sauf que le Smoke était entré
en résistance. L’établissement était particulier : il
accueillait bon nombre d’artistes, musiciens et
personnes âgées du quartier dans un petit resto
sympa le midi et se transformait en café
littéraire musical le soir et le week-end. Il avait
été baptisé le Smoke en hommage à un ouvrage
de son parrain, l’auteur américain Paul Auster.
Des pétitions circulaient dans tout le Paris
branché littéraire pour la sauvegarde de
l’établissement. Dans un grand élan
humanitaire, l’administration avait proposé un
autre local au patron, une espèce de boui-boui
dans le 18 e en plein quartier à putes. Les
pétitions avaient repris de plus belle et les amis
du Smoke étaient décidés à aller jusqu’au bout
de leur action, ils estimaient qu’il avait sa place
au bas du nouvel immeuble et dans ce quartier
encore empreint de plusieurs générations
d’artistes qui avaient bâti sa renommée.
En passant la porte avec Gérard, je me dis
que rien ne remplacerait nos vieux bougnats.
L’ambiance était cassée et il était illusoire de
vouloir courir après le temps pour la
20 T’as le bonjour d’Hubert !
reconstituer dans un lieu si fragile dans son
avenir. L’action de ces damnés de la plume était
un autre combat parmi tant d’autres et en ce
moment il s’en menait tellement.
Devant un verre, je continuais à me dire qu’il
était grand temps de devenir adulte, de rentrer
directement à la maison après le travail pour
retrouver… une femme, des gosses, une famille
quoi. Restait à savoir quelle femme voudrait de
moi. J’eus bien une pensée vers Clémentine…
Depuis combien de temps n’avais-je pas eu de
nouvelles ? Un mois, deux… plutôt trois ! Léon
était reparti dans sa Normandie au prétexte qu’il
n’était pas adapté à la vie parisienne. Se
revoyaient-ils là-bas ? Peu probable, après ce
qui s’était passé…
A l’autre bout de la salle, Gérard et les autres
avaient entamé une partie de cartes acharnée.
Cela pouvait durer des heures. Il n’y avait pas
ici ces grands repas autour des potées
auvergnates où le patron imposait ses points de
vue. Pourtant certains soirs les discussions
s’éternisaient jusqu’au matin, il était question de
révolution littéraire ou de révolution tout court.
Le Smoke restait un des rares lieux d’échange
artistique du quartier de Montparnasse. Certains
dimanches, on pouvait écouter du Boris Vian
ou les vers d’un parfait inconnu. C’était
l’endroit idéal pour parler de mes bracelets
électroniques. Aujourd’hui les tribuns étaient
21 T’as le bonjour d’Hubert !
absents. Ils n’intéresseraient pas les présents. Ils
seraient capables de me répondre que cela
créerait des emplois…
– Hé crâne d’obus, tu ne me reconnais pas ?
Le verre que je tenais atterrit au milieu de la
salle avant de se briser au pied des joueurs de
cartes. Je mis quelques secondes avant de réagir
et de me tourner vers le gus qui venait de me
pousser le coude.
Visiblement il n’avait pas voulu cette
situation. Il était encore plus étonné que moi.
Sauf que mon étonnement se transforma vite
en exaspération. J’avais une sainte horreur
qu’on me bouscule quand j’étais en grande
réflexion avec mon moi intime. Le casseur de
rêve était quelconque, taille moyenne, teint
blafard, cheveux châtains, yeux marron, nez
ordinaire… J’arrêtai ma description visuelle
pour exploser.
– C’est quoi ce délire ?
Il continua de me regarder, étonné d’une part
par l’envergure de son geste et d’autre part par
ma réaction. Il choisit de continuer sur sa
lancée.
– Enfin, Hubert, tu ne te souviens pas de
moi ? La Renaissance, Bayeux !
Les joueurs de cartes avaient interrompu leur
partie, le patron avait arrêté d’essuyer ses verres
et moi je trouvai qu’il commençait à me gonfler,
22