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Tarnac

De
84 pages
Sous le nom de Tarnac, le village de son père, dans le haut Limousin, un futur comptable devient un expert en matière d'art, à quoi il ne connaît rien mais que son assiduité maladive aux vernissages rend plausible. Il devient célèbre. Il existe sans exister. Il aime la boisson, l'amour et, plus que tout, la netteté des chiffres.
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D U M Ê M E A U T E U R
Aux Éditions Gallimard
L A V OI X D’ A L T O, 2001 (« Folio »,n° 3905). L E R E NA R D DA NS L E NOM, 2003 (« Folio »,n° 4114). MA V I E P A R MI L E S OMB R E S , 2003 (« Folio »,n° 4225). MUS I QUE S E C R È T E , 2004. HA R C È L E ME NT L I T T É R A I R E , entretiens avec Delphine Descaves et Thierry Cecille, 2005. L E GOÛT DE S F E MME S L A I DE S , 2005 (« Folio »,n° 4475). DÉ V OR A T I ONS , 2006 (« Folio »,n° 4700). L ’ A R T DU B R E F , 2006 (Le Cabinet des Lettrés). DÉ S E NC HA NT E ME NT DE L A L I T T É R A T UR E ,2007. P E T I T É L OGE D’ UN S OL I T A I R E , 2007 (« Folio 2»,n° 4485). P L A C E DE S P E NS É E S , sur Maurice Blanchot, 2007. L ’ OP P R OB R E , essai de démonologie, 2008. L A C ONF E S S I ON NÉ GA T I V E , 2009. B R UME S DE C I MMÉ R I E , 2010. L E S OMME I L S UR L E S C E NDR E S , 2010. L ’ E NF E R DU R OMA N, réflexions sur la postlittérature, 2010.
Au Mercure de France
L ’ OR I E NT DÉ S E R T, coll. « Traits et portraits », 2007 ( « Folio »,n° 4973).
Aux Éditions P.O.L
L ’ I NV E NT I ON DU C OR P S DE S A I NT MA R C , 1983. L ’ I NNOC E NC E , 1984. S E P T P A S S I ONS S I NGUL I È R E S , 1985.
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© Éditions Gallimard, 2010.
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G E O R G E B E R K E L E Y
Si nous voyons la Voie lactée, c’est qu’elle existe véritablement dans notre âme.
L É O N B L O Y
Des livres, à Siom, au temps encore proche où mon père avait ouvert une agence immobi lière, à l’entrée de la rue Haute, prévoyant que les campagnes ne pourraient se vider davantage et que les citadins, comme les peuples du nord de l’Europe, se trouveraient à l’étroit chez eux, pariant aussi que le réchauffement climatique ferait rechercher ces hautes terres désertes et ver doyantes, et ne se trompant pas làdessus mais ayant le tort d’avoir raison trop tôt, des livres, donc, il n’y en avait pas plus, à Siom, que des femmes, des palmiers ou des piscines, ma mère ni mes sœurs ne pouvant entrer, à mes yeux, dans la catégorie que j’appelle ici les femmes, et qui relève avant tout du grand songe érotique où vivent les hommes seuls, chaque homme étant condamné à vivre avec au fond de soi la
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brûlure du désir, à quoi il ne peut échapper que par le vertige et qui explique pourquoi on a si peur d’aimer et d’être aimé. Ni femmes ni livres, donc, sinon dans notre maison, et encore ne les voyaisje pour ainsi dire pas, tant il est vrai qu’on peine à considérer ce qu’on a sous le nez, et que ce qu’on découvrait dans le regard des autres, à Siom, il y a une vingtaine d’années, ne reflétait déjà que le vide, le bourg dépeuplé, silencieux, même en plein jour, ses habitants presque tous morts, ou partis, les rares qui restaient étant de nouveaux venus, des étrangers en quelque sorte, comme mon père, originaire de Tarnac, à une quinzaine de kilomètres de là, et qui avait épousé une Siomoise, l’une des dernières, probablement l’ultime, disaitil, et répétaitelle en souriant avec la mélancolie et la résignation particulières aux fins de race, surtout sur ces territoires reculés. Avec ma mère, les livres étaient entrés à Siom, et non pas des romans ni de la poésie, mais des bio graphies de toutes sortes, ma mère s’étant très tôt persuadée que la vie des autres a toujours valeur d’exemple, et que les romans ne sont que de piètres miroirs et leurs lecteurs des alouettes, jugeant en outre néfastes des choses qui n’exis tent qu’en reflet, ce qui n’empêcherait pas mes
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