Terminus radieux

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Des siècles après la fin de l’Homme Rouge, dans une Sibérie rendue inhabitable par les accidents nucléaires, des morts-vivants, des princesses et des corbeaux s’obstinent à poursuivre le rêve soviétique.
Publié le : jeudi 21 août 2014
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EAN13 : 9782021141672
Nombre de pages : 623
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T E R M I N U S R A D I E U X
Du même auteur
Biographie comparée de Jorian Murgrave,roman, Denoël, 1985 Un navire de nulle part,roman, Denoël, 1986 Rituel du mépris,roman, Denoël, 1986 Des enfers fabuleux,roman, Denoël, 1988 Biographie comparée de Jorian Murgrave – Un navire de nulle part – Rituel du mépris – Des enfers fabuleux(réédition en un volume), Denoël, 2003 Lisbonne, dernière marge,roman, Minuit, 1990 Alto solo,roman, Minuit, 1991 Le nom des singes,roman, Minuit, 1994 Le port intérieur,roman, Minuit, 1996 Nuit blanche en Balkhyrie,roman, Gallimard, 1997 Vue sur l’ossuaire,romånce, Gallimard, 1998 Le post-exotisme en dix leçons, leçon onze,Gallimard, 1998 Des anges mineurs,n° P918,Points », narrats, Seuil, 1999, coll. « 2001 Dondog,roman, Seuil, 2002, coll. « 2004Points », n° P1129, Bardo or not Bardo,roman, Seuil, 2004, coll. « Points »,n° P1397, 2005 Nos animaux préférés,entrevoûtes, Seuil, 2006 Songes de Mevlido,roman, Seuil, 2007 Macau,roman, avec des photographies d’Olivier Aubert, Seuil, 2009 Écrivains,roman, Seuil, 2010
Fi c t i o n & C i e
A n t o i n e Vo l o d i n e
T E R M I N U S R A D I E U X
roman
Seuil e 25, bd RomainRolland, Paris XIV
c o l l e c t i o n « Fiction & Cie » fondée par Denis Roche dirigée par Bernard Comment
 978---66-5
© Éditions du Seuil, août 
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KOLKHOZE
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• Le vent de nouveau s’approcha des herbes et il les caressa avec une puissance nonchalante, il les courba harmonieu-sement et il se coucha sur elles en ronflant, puis il les parcourut plusieurs fois, et, quand il en eut terminé avec elles, leurs odeurs se ravivèrent, d’armoises-savoureuses, d’armoises-blanches, d’absinthes. Le ciel était couvert d’une mince laque de nuages. Juste derrière, le soleil invisible brillait. On ne pouvait lever les yeux sans être ébloui. Aux pieds de Kronauer, la mourante gémit. – Elli, soupira-t-elle. Sa bouche s’entrouvrit comme si elle allait parler, mais elle ne dit rien. – T’inquiète pas, Vassia, murmura-t-il. Elle s’appelait Vassilissa Marachvili. Elle avait trente ans. Deux mois plus tôt, elle marchait d’un pas souple dans les rues de la capitale, à l’Orbise, d’un pas dansant, et il n’était pas rare que quelqu’un se retourne sur son passage, car son aspect de jolie combattante égalitariste donnait chaud au cœur. La situation était mauvaise. Les hommes avaient besoin
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de contempler de tels visages, de frôler de telles silhouettes pleines de vie et de fraîcheur. Ils souriaient, et ensuite ils partaient en banlieue se faire tuer sur la ligne de front.
• Deux mois plus tôt : une éternité. La chute annoncée de l’Orbise avait eu lieu, immédiatement suivie de l’exode et d’une totale absence d’avenir. Les centres urbains ruisse-laient du sang des représailles. Les barbares avaient repris le pouvoir, comme partout ailleurs sur la planète. Vassilissa Marachvili avait pendant quelques jours erré avec un groupe de partisans, puis la résistance s’était dispersée, puis elle s’était éteinte. Alors, avec deux camarades de désastre – Kronauer et Iliouchenko –, elle avait réussi à éviter les barrages mis en place par les vainqueurs et elle était entrée dans lesterritoires vides. Une clôture ridicule en interdisait l’accès. Elle l’avait franchie sans frémir. Elle ne retournerait plus jamais de l’autre côté. C’était une aventure sans retour, et, tous les trois, ils le savaient. Ils s’étaient engagés là-dedans en toute lucidité, conscients qu’ainsi ils accompagnaient le désespoir de l’Orbise, qu’ils s’enfonçaient avec elle dans le cauchemar final. Le chemin serait pénible, cela aussi, ils le savaient. Ils ne rencontreraient personne et ils devraient compter sur leurs propres forces, sur ce qui subsisterait de leurs propres forces avant les premières brûlures. Les terri-toires vides n’hébergeaient ni fuyards ni ennemis, le taux de radiation y était effrayant, il ne diminuait pas depuis des décennies et il promettait à tout intrus la mort nucléaire et rien d’autre. Après avoir rampé sous les barbelés de la deuxième clôture, ils avaient commencé à s’éloigner vers le sud-est. Forêts sans animaux, steppes, villes désertes, routes
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