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Tombé hors du temps. Récit pour voix

De
201 pages

Un homme quitte soudain la table du dîner, fait ses adieux à sa femme, après avoir gardé pendant cinq ans le silence sur " cette nuit-là ". Il se met en route pour " là-bas ", à la recherche de son fils mort.


De jour en jour, sa marche autour de la ville se fait plus obstinée. D'autres parents qui ont aussi perdu un enfant le suivent. Parmi eux, un cordonnier, une sage-femme, un centaure-écrivain tentent d'accepter l'intolérable, de matérialiser l'absence radicale de ceux qu'ils pleurent. Un chroniqueur commente leurs faits et gestes.


Ainsi, par la force et la grâce de la poésie, les personnages de ce récit polyphonique envoûtant parviennent un bref instant à rejoindre leurs disparus et à rompre la solitude que le deuil impose aux vivants.


David Grossman nous surprend une fois encore par la délicatesse de son écriture et par son humanité.



David Grossman, né à Jérusalem en 1954, est l'auteur réputé de huit romans abondamment primés et d'essais engagés. Lauréat du prix Médicis étranger 2011 pour son roman Une femme fuyant l'annonce, il est officier de l'ordre des Arts et des Lettres.



Traduit de l'hébreu par Emmanuel Moses




rabat jaquette 1 :


David Grossman, né à Jérusalem en 1954, est l'auteur réputé de huit romans abondamment primés dont Une femme fuyant l'annonce, couronné par le prix Médicis étranger 2011. Il est aussi l'essayiste engagé de trois ouvrages qui ont ébranlé l'opinion israélienne et internationale, notamment Le Vent jaune, qui a précédé la première Intifada. En 2010, il a reçu en Allemagne le prix de la Paix des libraires allemands. David Grossman est officier de l'ordre des Arts et des Lettres.



Emmanuel Moses est poète et romancier. Il a traduit quelques-unes des voix majeures de la littérature hébraïque moderne dont S.Y. Agnon, Yehuda Amichaï et Yaacov Shabtaï.



rabat jaquette 2:


Une femme fuyant l'annonce, élu meilleur livre de l'année 2011 par la revue Lire.



" Une femme fuyant l'annonce est un livre d'une force et d'une intensité extraordinaires, c'est LE chef-d'œuvre de David Grossman. Flaubert a créé son Emma, Tolstoï son Anna, et à présent Grossman a son Ora – un être pleinement vivant, parfaitement incarné. J'ai dévoré ce long roman dans une sorte de transe fiévreuse. Sidérant, magnifique, inoubliable. " Paul Auster



" Parmi tous les écrivains que j'ai lus, David Grossman est sans doute le plus remarquable. Non seulement pour son imagination, son énergie, son originalité, mais parce qu'il accède à ce qui est proprement indicible, parce qu'il sait lire à l'intérieur d'un être et découvrir la singulière essence de son humanité. " Nicole Krauss



" David Grossman a écrit un livre prodigieux sur le quotidien des Israéliens et la mort annoncée de son fils. Du roman comme exorcisme. " André Clavel



" Avec Une femme fuyant l'annonce, l'écrivain israélien conjure la perte et célèbre la vie. Magistral." Le Monde


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DAVID GROSSMAN
TOMBÉ HORS DU TEMPS
récit pour voix
TRADUITDELHÉBREU PAREMMANUELMOSES
ÉDITIONS DU SEUIL e 25, bd RomainRolland, Paris XIV
Extrait de la publication
Ce livre est édité par Anne FreyerMauthner
Titre original :Nofel mihutz lazman Éditeur original : Hoza’at HaKibbutz HaMeuchad, Siman Kr’ia (TelAviv) © original : 2011, David Grossman
ISBN9782021094305
© Octobre 2012, Éditions du Seuil, pour la traduction française.
Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 3352 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
www.seuil.com
Extrait de la publication
Le chroniqueur de la ville :Alors qu’ils sont en train de dîner, le visage de l’homme se transforme brus quement. D’un geste vif, il repousse l’assiette posée devant lui. Des couteaux et des fourchettes s’entre choquent. Il se lève, et semble ne plus savoir où il est. La femme tressaille sur sa chaise. Le regard de l’homme flotte autour d’elle sans se fixer et elle – un malheur l’a déjà frappée – le sent aussitôt : Voilà que ça recom mence, ça me touche déjà, des doigts froids sur mes lèvres. Mais que s’estil passé ? Ses yeux murmurent, et l’homme la considère avec stupéfaction –
– Je dois partir. – Où ça ? – Le rejoindre. – Où ? – Le rejoindre. Làbas. – À l’endroit où c’est arrivé ? – Non, non. Làbas.
7
T OMB ÉHOR SD UT E MP S
– C’est quoi, làbas ? – Je ne sais pas. – Tu me fais peur. – Le revoir rien qu’un instant. – Mais qu’estce que tu peux bien voir ? Il reste quoi à voir ? – Làbas on peut peutêtre voir ? Peutêtre même lui parler ? Parler ?!
Le chroniqueur de la ville :Et à présent ils s’ouvrent, se réveillent. Et l’homme dit :
– Ta voix. – C’est revenu. La tienne aussi. – Ta voix m’a tellement manqué. – J’ai cru que nous… que plus jamais – – Plus quemavoix, c’est la tienne qui me manquait. – Mais c’est quoilàbas, dismoi. Un tel endroit n’existe pas, il n’y a pas de làbas ! – Si on va làbas, il y a unlàbas. – Et on ne revient pas de làbas, personne n’en est encore revenu. – Parce que seuls les morts y sont allés. – Et toi, comment vastu y aller ? – Je vais y aller vivant. – Et tu ne reviendras pas. – Il attend peutêtre qu’on vienne le voir.
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T OMB ÉHOR SD UT E MP S
– Il n’attend pas. Cinq ans déjà qu’il n’est que ça : non et non. – Il ne comprend peutêtre pas comment nous avons pu renoncer à lui comme ça, d’un coup, à l’instant où on nous a annoncé… – Regardemoi. Droit dans les yeux. Qu’estce que tu nous fais, là ? C’est moi, tu vois ? C’est nous, nous deux. C’est notre maison. La cuisine. Viens, assieds toi.Jevaistedonnerdelasoupe.
L’homme : Belle – Si belle – Belle La cuisine À cet instant, Quand tu verses la soupe Et il fait chaud et doux ici, la buée Couvre la vitre Froide –
Le chroniqueur de la ville :En raison des longues années de silence, sa voix est rauque et se réduit à un murmure. L’homme ne la quitte pas des yeux. Il la regarde avec tant d’insistance que la main de la femme tremble.
9
T OMB ÉHOR SD UT E MP S
L’homme : Et tes bras Sont plus beaux que tout, Ronds, tendres. La vie est là, Ma très chère, Je l’avais un instant oublié : La vie est là Où tu Verses de la soupe Sous le cercle de lumière, Tu as bien fait de me le rappeler : Nous sommes ici Et lui làbas, Et entre ici Et làbas, Passe une frontière éternelle. Je l’avais un instant oublié – Nous sommes ici Et lui – Mais ça ne peut plus durer – Impossible !
La femme : Regardemoi. Non, Pas avec ce regard Vide. Arrêtetoi.
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Extrait de la publication
T OMB ÉHOR SD UT E MP S
Reviens vers moi, vers nous Reviens. Il est Si facile de nous renier, De renier le cercle de lumière, ces bras Tendres, De renier la pensée que nous sommes revenus À la vie, Et que le temps Pose malgré tout De minces Emplâtres –
L’homme : Non, ça ne peut plus durer Comme ça, Impossible Que nous, Que le soleil, Que les horloges, les boutiques, Que la lune, Les couples, Que les arbres dans les avenues Verdissent, que le sang Dans les veines, Que le printemps et l’automne, Que les gens En toute innocence, Que le monde soit léger.
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Extrait de la publication
T OMB ÉHOR SD UT E MP S
Que les enfants Des autres, Que leur lumière Et leur chaleur –
La femme : Fais attention, Tu dis des Choses. Les fils sur lesquels nous marchons Sont si fins –
L’homme : La nuit des gens sont venus, Une nouvelle à la bouche. Ils ont parcouru un long chemin, Sévèrement silencieux, Et peutêtre que tout du long Ils la goûtaient, la suçaient En tapinois. Avec un étonnement d’enfants Ils avaient découvert qu’on pouvait garder La mort en bouche comme Un bonbon De poison contre lequel ils étaient miraculeusement Immunisés. Nous leur avons ouvert la porte, Cette même porte, nous nous sommes tenus là,
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