Trafic d'énergie

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Décembre 2029 Fan de « skunk rock », Benn Hendrix n’est pas sûr de faire le bon choix. L'attraction d'une inconnue touche chez lui de telles cordes sensibles... Il lui fait le grand jeu, concert trash, dernier verre, affinités... Il se retrouve avec sur les bras trafic et corruption! Bien sûr, la neige dont elle abuse permet à cet hâbleur de l’enchanter grâce à l’opéra qu’il décore. Statues d’Anubis ou d’Osiris, toutes sont frappées par un déluge de neiges artificielles. Pour en sortir, chacun aura la manière. N’empêche, se taper la compagne d'un recouvreur de dettes... Mais est elle réelle cette créature aux yeux bleus ?
Publié le : samedi 10 avril 2004
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EAN13 : 9782748142266
Nombre de pages : 310
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Trafic d’énergie
Mandrach M.
Trafic d’énergie
Le Manuscrit www.manuscrit.com
Éditions Le Manuscrit, 2004. 20, rue des Petits-Champs - 75002 Paris Téléphone : 01 48 07 50 00 Télécopie : 01 48 07 50 10 www.manuscrit.com contact@manuscrit.comISBN : 2-7481-4227-6(Fichier numérique) ISBN : 2-7481-4226-8(Livre imprimé)
MA N D R A C HM .
26 décembre 2029 District "Capitale Fédérale"
Conurb @ Multi.Com/E.U. Scintillant au cœur d'écrans plasmas gigantesques, la statue stylisée d’un homme à tête de chacal achève la traversée fulgurante d’un désert digital. Par de rapides fondus enchaînés, d’étranges images animées se superposent à cette vision furtive d’un Zardoz futuriste. Solarisés, ce sont de jeunes musiciens qui agitent leurs mèches colorées sur ce fond désertique, tout à coup agrémenté de pylônes métalliques. Ces superstructures en mouvement perpétuel crachent ce qu’elles peuvent d’un pétrole éclaboussant la virginité d’une image innocente. Décidément répugnante, cette énergie fossile salit tout ce qu'elle touche... Avec un acharnement passé de mode, quoique digne d’une admiration amusée, les rockers anachroniques "samplés" en direct essayent en vain de dénoncer ce raz de marée fécal, faisant hurler guitares, basse, batterie... Simplement, sans que le film soit muet, leur son des années quatre-vingt ne parvient plus aux auditeurs actuels. Leur bande sonore est remplacée par la prestation directe, vivante, d'un autre combo qui s'agite sur une scène nouvelle, celle des années trente, 2030, à l’affiche dans quelques jours... Éclairés de couleurs mouvantes les musiciens ont un look inspiré des images diffusées par l'écran géant, adapté à une époque d'effets lumineux omniprésents. L’introduction musicale lance des battements technologiques lancinants, d'une violence inouïe. Le coup principal souligne un tempo martelé tandis que les percussions interviennent à contre temps. La basse répétitive, elle, déroule un tempo "raggasonic" autour duquel la guitare distord des interventions de plus en plus saccadées. Par une multiphonie de la plus haute fidélité, des "VaudouX Blasters" en folie
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font tourner les sons en échos, dans toutes les directions. Moment magique où un voile de fumées artificielles devient nuage bleuté, donnant naissance à une silhouette effilée. D’une maigreur impressionnante, le crâne rasé, l’apparition a l'air mystérieux des femmes du désert de Nubie, les yeux barrés d'un rai blanc énigmatique. Le maquillage modifié au gré des couleurs lumières, elle lève lentement ses bras nus entourés de bracelets symboliques pour lancer un de ces regards à la foule: celui de la proie qui n'en est plus une... Celle qui a été au bout de la terreur et en est revenue, vivante ! Elle s'y est armée, et ne se laissera plus faire... Dans le micro, elle pousse un cri primal repris par toutes les enceintes. “ King of the beasts will rock the place ... ” Une ovation s'élève de la foule en délire qui n'avait pas encore reconnu le tube de l'hiver dans son remix “live”. Le clip qui a remplacé à l'écran l’image d’introduction, une archive toute griffée tournée à l'époque, a bien mis la puce à l'oreille de quelques spécialistes... C’est le "cover" d'un succès des années 80, un titre commis par un des groupes punks les plus politiques de la scène londonienne à la fin des heighties, "Rock the casbahMais l'air des Clash est" ! pratiquement méconnaissable. Dans ce mixage inédit, le grand public n'y voit que du feu, il ne connaît que cette version sortie il y a peu par ce groupe hybride en concert ce soir, association momentanée de musiciens improbables. La chanteuse noire au look si mystérieux a quitté l’énergie "trash skunk" de son groupe de "clit rock" en plein succès pour ce "Can you trust" tour, une courte tournée des clubs. Influencés par un DJ au style très pointu, des musiciens jamaïcains issus de la métropole occidentale la moins décatie, London is still burning”, ont renoué avec un rock des plus basiques. Pour le moment, ils laissent de côté leurs expériences de fusion néo-rap et musique orientale inspirées
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des "World wide Banghra" et autres "Fun-Da-Mental" des nineties. Cette reprise détournée d'un titre historique par cette réunion détrimentale est devenue un tube planétaire, soutenu par les plus grands indépendants de l'industrie du disque. Dans le district, c’est un label libre du nom de "Cat's Addiction" qui a obtenu l'exclusivité du titre hors droits TV. Ce parrainage prestigieux permet de diffuser à l'écran les images vivantes du groupe mythique des eighties, comme s'il n'avait jamais quitté la scène, jamais été oubliés. Treize minutes de pure magie musicale suivent l'intro tonitruante: construction rythmique parfaite, influences mélangées richement dentelées, solos instrumentaux libres et sauvages. Subjuguée, l'audience suit ces développements musicaux avec un intérêt mêlé de transe extasiée, pas moins. Tout doucement, le mouvement prend le public qui s'emporte, pour finir par danser furieusement entraîné par les fans les plus acharnés. Disséminés, les fans remuent la foule, par cercles concentriques, comme s’ils noyautaient une assemblée informelle… Ce remue ménage apporte aux musiciens une énergie supplémentaire, qu'ils rendent volontiers, en riffs et accords dynamiques sans fin. Complètement dans le rythme, un de ces fans rejoindrait volontiers cette vibration artistique infinie, si rare. Mais il se sent trop seul, les spectateurs les plus proches ne décollent pas vraiment. Pourtant, dans ce petit groupe, les organisateurs du concert observent l’évolution de leur espace avec un certain plaisir. Ils ont obtenu ce concert dans leur salle, le "Chenil Culture", malgré la concurrence des lieux alternatifs les plus actifs. Leur contact privilégié avec le management international leur a permis de court-circuiter le petit label local. Ils pensaient bien créer un événement en provoquant cette rencontre, mais là, ils sont tout de même surpris par l'ampleur du délire généralisé. Pas tout à fait dépassés, mais heureux, leur pari est réussi. Bien entendu, les chiens présents dans ce bâtiment avant sa réaffectation
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n'auraient sans doute pas supporté ces sons extrêmes, qui approchent l'infrason et l'ultrason de chaque côté du spectre. Mais depuis l'incendie fatal qui a détruit l'abattoir voisin, et l'évacuation improvisée des canidés réfugiés ici, on n’a pas jugé bon de rouvrir un chenil public. De toute façon, vu l’état de dégénérescence génétique de ces bêtes issues de plus de trente ans de mode molossoïde, il n’était presque plus possible de gérer un tel abri. Trop d’inconscients se sont débarrassé de leur animal dangereux dès que la mode est passée. Au fond, le problème s’est déplacé si “naturellement” que peu de demandes sont apparues pour le ressusciter, tout le monde s’en est désintéressé. Un groupe de très jeunes gens affiliés à un parti progressiste ont alors décidé de suivre l'exemple d'animateurs culturels de l'ancienne génération qui investissaient des lieux improbables avant de disparaître. De haute lutte, ils ont réussi à convaincre les responsables du parti de transformer cet ancien chenil en salle culturelle polyvalente. Les autorités qui ont fait main basse sur le district ont été beaucoup plus difficile à circonvenir. Avant de leur accorder la précieuse autorisation, on leur a parachuté un directeur humaniste très classique, mais des plus ouverts. Il les laisse organiser ce type d'événements, si la mission de vitrine officielle des activités culturelles du parti est scrupuleusement remplie. Tant que l'ordre est strictement maintenu, il couvre leur volonté d'ouverture. Ces instances socioculturelles préfèrent tenir en laisse les germes de rébellion, et, si possible, les encadrer. Mais là, la liberté devient sauvage et le couple d’organisateur aux noms composés craint un peu la suite. Paul-Jean et Pierre-Henri se laisseraient bien aller à cette danse endiablée... S'il n'y avait les représentants de la presse musicale autour d'eux, ils danseraient déjà. Mais ils ont un rôle à jouer et hésitent un peu. Leur petite meute médiatique est assez disparate, presque hétéroclite. Tendance "people", des plumitifs jeunes-vieux suivent les évolutions musicales
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