Tranchecaille. Une enquête dans les tranchées

De
Publié par

Chemin des Dames, 1917, l'offensive du général Nivelle tourne à l'hécatombe. Dans l'enfer des combats, un conseil de guerre s'apprête à juger le soldat Jonas, accusé d'avoir assassiné son lieutenant. Devant l'officier chargé de le défendre défilent, comme des fantômes, les témoins harassés d'un drame qui les dépasse. Coupable? Innocent? Jonas est-il un simulateur ou un esprit simple? Le capitaine Duparc n'a que quelques jours pour établir la vérité. Et découvrir qui est réellement celui que ses camarades ont surnommé Tranchecaille.
Trophée 813 du meilleur roman noir francophone
Publié le : vendredi 12 juillet 2013
Lecture(s) : 11
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782072493256
Nombre de pages : 315
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
F O L I O
P O L I C I E R
Patrick Pécherot
Tranchecaille
Gallimard
Retrouvez Patrick Pécherot sur son site Internet : www.pecherot.com
© Éditions Gallimard, 2008.
Né en 1953 à Courbevoie, Patrick Pécherot a exercé plusieurs métiers avant de devenir journaliste. Il est également lauteur deSoleil noir, de Tiuraï, première enquête du journaliste végétarien Thomas Mecker que lon retrouve dansTerminus nuit, et de la trilogie dédiée, via le personnage de Nestor, au Paris de lentredeuxguerres. Entamé parLes brouillards de la Butte(Grand Prix de littérature policière 2002), cet ensemble se poursuit, toujours aux Éditions Gallimard, avecBellevilleBarceloneetBoulevard des Branques. Patrick Pécherot sinscrit, comme Didier Daeninckx ou Jean Amila, dans la lignée de ces raconteurs engagés dhistoires nécessaires.
Le soldat français rit de partout. Le rire des tranchées, cest un rire exceptionnel, merveilleux. Il apaise la faim, trompe la soif. Il rassasie et désaltère quand on na rien que du Boche à se mettre sous la dent et au creux de lestomac. Qui rit dîne et le tour est joué ! Dailleurs, le soldat français ne pourrait pas se passer de rire, car toute épreuve nest pour lui quune récréation. Au combat comme à la fête, il faut quil y aille à gorge déployée. Allez y, les joyeux, les bons enfants, les types, les lascars ! Soyez gais ! Amusezvous ! Dansez ! Riez ! Chantez ! H E N R I L AV E D A N, LIntransigeant
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre. F R A N Ç O I S V I L L O N, Ballade des pendus
Villemoye, Aisne, zone du front 30 juin 1917
Questce qu?il a dit Je ne suis pas certain davoir comprisça fait mal quand onQuelque chose comme « meurt »Je crois quil posait la question. Ça fait mal quand on meurt ? Oui, cest cela, il demandait. Je nai pas entendu. Mon Dieu, avec le bruit de la pluie, je nai pas entenduCela naurait rien changé. Personne ne lui a réponduÀ présent, il sait.
Laffaire Jonas est close. Justice a été rendue. Jus tice. En écrivant, ma plume hésite. Pour la première fois, je doute. Je savais la justice faillible, elle est une action humaine. Aujourdhui, elle me semble pareille à ces lacs dont les reflets donnent aux choses lappa rence trompeuse de la vérité. Antoine Jonas est mort à cinq heures hier matin. Le commandant de Guermantes lui a donné le coup de grâce. Pauvre Guermantes, nul mieux que lui ne
11
sait désormais combien le privilège de porter un pis tolet est un fardeau écrasant. Tandis quil pressait la détente, il a eu cette expression de détresse résignée quont parfois les suicidaires devant léchec de leur vie. Sous la pluie battante, les hommes ont présenté les armes et leur demitour réglementaire a résonné comme un glas. Demain, ils remonteront en ligne. Leur assaut aura la rage dérisoire des causes aux quelles on ne croit plus. Ils sen acquitteront avec cette discipline dont on prétend quelle fait la force des armées. Elle nest que fatigue et renoncement. Nous continuerons à combattre, pourtant. Le devoir nous fera commander des attaques vides de sens. Nous y donnerons lexemple, nous efforçant de devancer le sort des hommes pour mieux le partager. Tomber à leurs côtés est la seule fierté qui nous reste. La charge qui ma été confiée pesait dun poids inhumain. Jusquau bout, je me serai pourtant battu pour défendre Jonas. Je lai fait avec le sentiment que la justice militaire, parce quelle est justice, était lhonneur de larmée. En se reniant, elle laura servie comme un valet son maître. Je ne sais si cette lettre vous parviendra. La censure népargne pas le cour rier des officiers, et, pour illusoire quelle soit, cest une forme dégalité que je me refuse à contester. Quon lise donc ce que le capitaine Duparc a dans le cœur ! Le jour se lève, jignore si le crépuscule me trou vera en vie. Ordre nous a été donné dattaquer. Je ne lai pas encore annoncé à la compagnie. Que ceux qui le peuvent se reposent. Il est trois heures. La tranchée résonne des bruits étouffés qui saccrochent à la nuit.
12
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

2084. La fin du monde

de editions-gallimard

Le nouveau nom

de editions-gallimard

La sœur

de editions-gallimard

suivant