Un bateau plein de riz

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Au fil de ses romans, le monde d'Alicia Giménez Bartlett s'enrichit. Aux figures connues viennent se joindre de nouveaux personnages. Entre le 87e district d'Ed McBain et les comédies de Woody Allen, elle a trouvé, dans cette sixième aventure de Petra Delicado, le ton libre, caustique et fantaisiste qui fait d'elle l'une des plus originales représentantes du polar féminin.
Publié le : mercredi 22 janvier 2014
Lecture(s) : 18
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782743626990
Nombre de pages : 456
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Un bateau plein de riz
Du même auteur chez le même éditeur
Rites de mort Le Jour des chiens Les Messagers de la nuit Meurtres sur papier Des serpents au paradis Un bateau plein de riz Un vide à la place du cœur Le Silence des cloîtres
Alicia Giménez Bartlett
Un bateau plein de riz Traduit de l’espagnol par Olivier Hamilton et Johanna Dautzenberg
Collection dirigée par François Guérif
Rivages/noir
Retrouvez l’ensemble des parutions des Éditions Payot & Rivages sur
www.payot-rivages.fr
Titre original :Un barco cargado de arroz
© 2004, Alicia Giménez Bartlett © 2009, Éditions Payot & Rivages pour la traduction française 106, boulevard Saint-Germain – 75006 Paris
ISBN : 978-2-7436-2774 -4
À Selley Godsland, Stewart King, Jackie Collins, Nancy Vosburg, David Knutson, Gianna Martella et Kate Quinn, qui forment une bande de délicieux professeurs fous, éga-lement connue sous le nom de « groupe de Holloway ». Avec toute mon amitié.
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Garzón ne comprenait pas pourquoi ce cadavre m’impressionnait tout particulièrement ; il n’arrivait pas non plus à saisir la nature de mes sentiments. Selon lui, à ce stade de notre collaboration, nous avions déjà vu plus de morts que Napoléon et Nelson réunis, et pourtant le parc de la Ciudadela n’est pas exactement la plaine de Waterloo. Un simple men-diant étendu sur un banc, c’est tout ce qu’il y avait à voir. On aurait pu croire que l’homme était endormi et que ce matin il n’avait pas réussi à se réveiller. Mais ce n’était pas le cas. On l’avait battu à mort, et pour-tant rien ni personne n’avait pu effacer de son visage une expression digne et sereine. De longues mains, une barbe fleurie… il était comme le roi Lear seul contre les éléments déchaînés, abattu par une foudre arbitraire, solitaire, immobile dans la tempête et livré à son sort, rappelant par sa superbe que, même aban-donné de tous, il continuait d’être roi. « Conneries, inspectrice… » Mon adjoint me ramena à la réalité. « Le roi de la crasse peut-être. Vous voulez qu’on lui enlève ses bottes pour jeter un coup d’œil à ses pieds ? Sûr qu’aucun roi ne pue comme ça. » Pourquoi considérons-nous tous qu’il y a davantage d’authenticité dans la laideur que dans la beauté, dans
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le visuel plutôt que dans l’écrit, dans le vécu plutôt que dans l’imaginaire ? Un absurde conformisme. Je fis l’effort d’expliquer à Garzón le fond de ma pensée ; je lui témoignais trop de respect pour ne pas au moins essayer. « Voyez-vous, inspecteur adjoint, un vagabond ne manque pas d’une certaine noblesse, il est une sorte de saint, quelqu’un qui aurait trouvé la sagesse, ou atteint un niveau de connaissance supérieur. Il n’accorde pas forcément d’importance aux petits tracas quotidiens qui nous tourmentent, il est libre, il est meilleur. Il n’a pas de dettes, par exemple, il ne regarde pas la télé, il n’achète pas de tickets de bus… il est au-dessus de ça, il est libre, vous voyez ? » Garzón fixait le visage de l’homme, mes mots résonnaient en lui et il les analysait. Encouragée par cette réaction, je continuai : « Ça a un côté mystique, vous comprenez ? C’est comme contempler une immense cathédrale. – Je comprends, oui. J’aurais voulu vous voir en avocate devant un tribunal, Petra. Vous faites ça telle-ment bien ! – Dans un tribunal je n’aurais jamais pu dire ces choses-là, Fermín, on m’aurait prise pour une folle. – Ben en tout cas, en ce qui nous concerne… pas plus mal que le juge ne soit plus là… ! Parce que toute cette histoire de mystique et de tickets de bus c’est bien joli, mais ce n’est pas ça qui va nous aider. Regardez, ce saint a reçu une raclée de tous les diables et dans les règles de l’art, les faits sont là, et pour ce qui est des cathédrales, je choisis celle de Burgos, qui est la plus grande, donc… » Avait-il besoin de faire le malin, en plus d’être
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