Un parfait coupable

De
Publié par

Un parfait coupable, Maggie Shayne

Dangereuse coïncidence. Le jour de son arrivée dans le Vermont, Cassandra Jackson recueille River, un criminel en fuite - alors qu'elle vient d'être nommée chef de la police ! Elle risque d'être accusée de complicité et de perdre sa place. Ou de perdre la vie. Car River, tout droit sorti de l'hôpital psychiatrique, est accusé d'avoir tué sa femme dans un gigantesque incendie nocturne...
Cassandra a appris à se méfier des hommes, mais n'arrive pas à se convaincre que River est un meurtrier. Elle est sûre, au contraire, qu'il court un grand danger. C'est à elle de découvrir la vérité et de protéger le fugitif des démons du passé. Car le feu de la nuit criminelle couve encore, et ne demande qu'à se rallumer...

Publié le : mardi 1 mai 2007
Lecture(s) : 30
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782280266185
Nombre de pages : 432
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Prologue

Quatorze ans plus tôt…

Cassandra Marie Jackson broya la main de sa mère dans la sienne. L’homme qui avait violé et assassiné sa sœur venait de se lever pour entendre le verdict. Le temps parut s’arrêter. Cassandra ferma les yeux, s’efforçant de refouler le passé. Peine perdue : le moment où sa vie avait basculé envahissait sa mémoire, plus vivace que jamais.

Quand on avait sonné à la porte, il était 22 heures. Elle faisait ses devoirs sur le canapé. Papa, lui, revoyait ses notes, comme toujours à la veille de pratiquer une intervention chirurgicale. Maman regardait un film à la télévision tout en faisant du crochet : une couverture mauve et blanche qui était presque terminée…

Cassie revoyait la scène comme si c’était hier.

Sa mère s’était levée pour aller ouvrir. Puis elle avait froncé les sourcils : un policier se tenait sur le seuil.

Avant même qu’il eût le temps de prononcer un mot, elle avait compris.

— Ben ! avait-elle crié. Ben, viens !

Papa était sorti de son bureau et avait marqué une pause au milieu du salon. Il tenait une chemise cartonnée dans une main. De l’autre, il avait ôté ses lunettes et les avait glissées dans sa poche. Puis il avait marché vers l’entrée.

— Docteur Benjamin Jackson ?

— Oui ?

— Vous avez une fille répondant au nom de Carrie ?

En entendant le nom de sa sœur aînée, Cassie avait bondi du canapé et avait jeté un regard du côté de la pendule. Il n’était que 22 heures. Carrie avait l’autorisation de 23 heures. Cela signifiait que rien de grave ne pouvait s’être produit… Non ?

Mariah avait pris la main de son mari.

— Oui, avait-il répondu d’une voix blanche et monocorde.

— Je suis vraiment désolé, docteur Jackson, mais votre fille…

Cassie ne se rappelait pas la suite de la phrase. Elle avait oublié les mots exacts, sans doute à cause de ce qui avait suivi. Son père avait lâché la chemise cartonnée, et des feuilles de papier avaient volé à travers le vestibule. Sa mère avait crié « Non ! » encore et encore, puis elle avait laissé échapper une sorte de râle inintelligible, et elle s’était écroulée sur le tapis.

Aussitôt, le père de Cassie et le policier s’étaient accroupis près d’elle pour essayer de l’aider à se relever et à se calmer. Mais il n’y avait pas moyen d’apaiser Mariah Jackson. Finalement, son mari était allé chercher sa trousse de médecin, et il lui avait fait une piqûre.

Cassie s’était agenouillée près de Mariah et l’avait serrée contre elle. Elle n’avait encore jamais vu sa mère dans cet état. Jamais. Finalement, Mariah s’était endormie dans ses bras, là, à même le sol.

Papa était resté tout près, impuissant, parlant à voix basse avec les deux policiers. Puis il s’était accroupi, il avait pris sa femme dans ses bras et l’avait portée jusqu’au canapé.

Cassie avait l’impression de vivre un cauchemar. Rien ne lui semblait réel. Sa sœur ne pouvait pas être morte. C’était impossible…

Et elle ne savait rien encore. Elle n’imaginait pas l’étendue de l’horreur qui venait de s’abattre sur leur famille. Elle pensait qu’il s’agissait d’un accident de voiture, et elle se demandait si l’un ou l’une des amis de Carrie était également mort ou blessé.

— Ça va aller ? lui avait demandé son père. Il faut que j’aille avec l’officier de police pour…

« Pour identifier le corps », avait songé Cassie en repensant à tous les feuilletons télévisés au cours desquels les acteurs prononçaient cette petite phrase.

— L’agent Crowley peut rester avec votre épouse et votre fille, avait dit le policier.

Cassie avait alors remarqué que le second officier était une femme. Elle se tenait encore sur le seuil, luttant visiblement contre les larmes. Elle n’était pas bien vieille. A peine quelques années de plus que Carrie.

Cassie avait croisé le regard de son père et hoché la tête pour lui signifier qu’il pouvait s’en aller. Il l’avait serrée contre lui, très fort.

— Je t’aime, avait-il murmuré à son oreille.

Cassie avait passé l’heure suivante en état de choc, les yeux fixés sur le portrait de Carrie qui était accroché au mur. La photo avait été prise au lycée, le jour de la remise de son diplôme de fin d’études.

Cassie se disait constamment qu’elle devrait pleurer, mais elle n’y arrivait pas. Sans doute parce que rien de tout cela n’était réel. Elle s’attendait à voir Carrie franchir le seuil de la maison en demandant ce qui se passait.

La jeune femme policier lui avait dit qu’ils allaient retrouver et arrêter l’homme qui avait fait cela. Elle lui en avait fait la promesse solennelle, avec au fond des yeux une lueur farouche.

C’est à ce moment précis que Cassie avait compris la vérité. Sa sœur n’avait pas été la victime absurde d’un accident de voiture. Quelqu’un l’avait tuée.

Tuée.

Cassie avait survécu à cette nuit de cauchemar en grande partie grâce à cette femme policier et à la promesse qu’elle lui avait faite. L’idée qu’ils allaient retrouver le meurtrier de sa sœur lui avait permis de se concentrer sur un objectif ; elle lui avait fourni une ombre sombre et sans visage à haïr. Une cible. Elle espérait que la police allait le tuer…

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi