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Un peu de fatigue

De
272 pages
Au retour d'un souper chez Claire et Michel, les amis de toujours, Édouard arrive au moment où son fils Maxime quitte la maison pour aller vivre chez sa mère. Littéralement sous le choc, Édouard est victime d'un malaise physique qui l'amène à réaliser que sa vie a pris une tangente peu souhaitable. Pour se sortir de cette impasse, il tente la confrontation. Au rendez-vous, il y aura Véronique, son ex-femme, puis Simone, sans compter Claire et Michel… un jardin rocambolesque, une vasectomie shakespearienne, un fusil bien encombrant et de la tendresse, beaucoup de tendresse. Se sortira-t-il indemne de cette prise de conscience ?
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Stéphane Bourguignon
Un peu de fatigue
QUÉBEC AMÉRIQUE
Extrait de la publicationExtrait de la publicationCollection QA compact
Extrait de la publicationExtrait de la publicationUn peu de fatigue
Extrait de la publicationDu même auteur
Le Principe du Geyser, roman, Montréal, collection QA compact,
Québec Amérique, 1996.
L’Avaleur de sable, roman, Montréal, collection QA compact,
Québec Amérique, 1993.
Sonde ton cœur, Laurie Rivers, roman, Montréal, collection Littérature d’Amérique,
Québec Amérique, 2006.Stéphane Bourguignon
Un peu de fatigue
roman
Extrait de la publicationCatalogage avant publication de Bibliothèque et Archives Canada
Bourguignon, Stéphane
Un peu de fatigue
(Collection QA compact)
Publ. à l’origine dans la coll.: Collection Littérature d’Amérique.
c2002.
ISBN 978-2-7644-0529-1 (Version imprimée)
ISBN 978-2-7644-2419-3 (PDF)
ISBN 978-2-7644-2428-5 (EPUB)
I. Titre. II. Collection.
PS8553.O855U56 2006 C843’.54 C2006-941046-1
PS9553.O855U56 2006
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de l’édition (PADIÉ) pour nos activités d’édition.
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l’édition de livres – Gestion SODEC.
Les Éditions Québec Amérique bénéfcient du programme de subvention
globale du Conseil des Arts du Canada. Elles tiennent é galement à
remercier la SODEC pour son appui fnancier.
Québec Amérique
e329, rue de la Commune Ouest, 3 étage
Montréal (Québec) Canada H2Y 2E1
Téléphone : 514 499-3000, télécopieur : 514 499-3010
eDépôt légal : 3 trimestre 2006
Bibliothèque nationale du Québec
Bibliothèque nationale du Canada
Révision linguistique : Diane Martin
Mise en pages : Andréa Joseph [PageXPress]
Réimpressions : février 2007
Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés
© 2006 Éditions Québec Amérique inc.
www.quebec-amerique.com
Imprimé au Canada
Extrait de la publication« Les êtres humains se tuent ; il faut aussi qu’ils s’unissent.
Cela presse. »
J. Lusseyran
« I’m no fucking buddhist… »
Björk
Extrait de la publication
Extrait de la publicationÀ vingt ans, je rêvais d’une alcôve secrète où j’irais rejoindre
une femme mature avec des seins, des fesses et un ventre
généreux. Un paradis où on laisse sa tête au vestiaire et son
cœur au réparateur. Aujourd’hui, j’irais voir cette femme,
je ferais l’amour avec elle – en admettant que je réussisse à
avoir une érection – et, aussitôt que ce serait fni, je recom -
men cerais à tourner en rond comme un chien inquiet. J’ai
quarante et un ans et je suis en pleine dégringolade. Je roule
vers la rivière comme un cadavre gênant enroulé dans un
tapis persan (qu’on va tout de même regretter un peu).Extrait de la publicationPREMIÈRE PARTIEExtrait de la publication1
ichel a laissé s’installer son sourire de zinc. Une sorte Mde blindage lustré, presque lumineux, derrière lequel il
allait se réfugier quand les balles se mettaient à siffer.
— T’en fais pas, m’a-t-il répondu, on est tous comme
toi, on a tous nos moments. Tu sais ce qu’on devrait faire ?
Descendre dans la rue et traverser la ville le majeur dressé
bien haut dans les airs !
J’ai ri. J’ai ri puis j’ai pris une grande gorgée de vin.
Les deux choses qui m’allumaient encore un tant soit peu.
Quoique rire, je commençais à trouver ça de plus en plus
chiant.
— « Descendre dans la rue », t’es un petit comique, toi.
Je suis pas en train de te parler de la précarité de l’emploi ou
des coupures dans le système de santé !
Chaque fois que je discutais avec lui, peu importe le
sujet, nous nous retrouvions les mains à plat sur la table et
les yeux exorbités. Si on avait pris la peine de réduire ces
scènes à leur plus simple expression, on aurait recueilli le
concentré d’un sempiternel affrontement entre un colosse
qui refuse de regarder la vie en face et son plus vieil ami, un
observateur du désastre.
Extrait de la publicationSimone est sortie des toilettes et elle est venue se rasseoir
à ma gauche. Elle m’a tapoté la cuisse. Je l’ai regardée longue -
ment, ses yeux rassurants, son corps chaud et lourd… et j’ai
recommencé à respirer.
Rire. Boire du vin. Regarder Simone.
— Ben alors, a repris Michel, de quoi tu parles ?
— Je te parle de l’être humain. Tu te souviens, l’être
humain ? Le grand singe prétentieux ? L’orang-outan rasé de
près ? Quand je le regarde en face, avec sa mesquinerie et sa
lâcheté, j’ai envie de m’envoyer une balle entre les yeux. Ou
de me déguiser en chien, tiens.
Il a regardé Simone puis Claire, sa femme, en levant ses
grands bras au ciel.
— Quelqu’un peut me traduire tout ça en français ?
Claire, qui avait depuis toujours adopté la voie de la
neutralité, a simplement haussé les épaules. Michel s’est
penché vers moi, la bouche un rien tordue.
— Tu nous refais le numéro du misanthrope, Eddy ?
Toutes ces années, chaque fois que j’avais essayé de lui
faire voir le vrai visage de l’Homme, je m’étais senti comme
un guide touristique chargé d’un groupe d’aveugles. Je
pouvais bien décrire telle ou telle faillite de l’humanité, telle
ou telle preuve de notre insignifance, il n’arrivait jamais à
s’en faire une idée plus qu’approximative. Autrement dit,
Michel avait la faculté de tomber en pâmoison devant un
paysage peint en trompe-l’œil sur une toile de dix mètres
carrés et d’ignorer tout simplement qu’à l’arrière, en direct,
des cadavres basculaient dans des charniers.
— Toi, t’es pas opticien pour rien, lui ai-je dit, tu vois
vraiment clair en tout. Le malheur, c’est que tu lèves jamais
les yeux de ton nombril. — Chaque fois que je t’invite à la maison, tu finis par
nous faire chier. C’est quand même extraordinaire !
Expliquemoi comment tu t’y prends.
Je me suis levé et j’ai glissé ma chaise sous la table.
Simone n’a pas remué le petit doigt.
— Qu’est-ce que tu fabriques ? a lancé Michel.
J’ai traversé la salle à manger alors qu’il prenait les flles à
témoin.
— Mais qu’est-ce qu’il fait ? Qu’est-ce que j’ai dit ?
Simone me suivait des yeux avec son sourire un peu
triste.
— Je pense que je vais rentrer, ai-je dit.
C’est à ce moment-là que Claire s’est opposée. Comme le
phénomène était assez rare, je me suis arrêté net.
— Tu vas pas t’en aller comme ça, pas avant le dessert.
Claire est nutritionniste. Elle avait prévu un tas d’acides
aminés dans la dernière partie du repas. Comment
pouvaisje lui faire un coup pareil ? Michel m’a souri en hochant
la tête. Sa gueule avait retrouvé cet éclat métallique que je
n’arrivais pas à expliquer. Il a fondu sur moi, il m’a pris à
bras-le-corps et m’a soulevé dans les airs.
— Je t’aime, Eddy ! Demande-moi pas pourquoi, mais je
t’aime.
Il a plaqué ses grosses lèvres humides sur ma joue
avant de me laisser regagner la terre ferme. J’ai replacé mes
vêtements, j’ai essuyé mon visage. Les flles riaient, Simone
en remplissant les verres, Claire en empilant les assiettes.
Tout venait de rentrer dans l’ordre ; Michel avait décrété
qu’on pouvait reprendre le car et poursuivre notre tour guidé
de la surface des choses. J’ai regagné ma place, les sourcils
froncés à m’en boucher la vue.
— Et arrête de m’appeler Eddy, s’il te plaît.
Extrait de la publication2
n calme sourd déferlait dans les rues. Le ciel se tendait Ucomme un arc et ça sentait l’orage à plein nez. La
synchro nisation des feux étant parfaite, je roulais lentement,
silencieusement, de manière à ne rien déclencher. Filer comme
un sous-marin à piles dans l’air gris et liquide de la nuit.
Simone, tournée vers la fenêtre, regardait défiler des
cha pe lets de cottages et de bungalows en pensant à je ne sais
quoi. Peut-être au calme qui régnerait à la maison, à toutes
ces heures qu’elle égrènerait dans son fauteuil de lecture, à
sa vie, déroulée sous ses yeux, enluminée, comme il arrive
parfois quand les vents sont favorables et le vin clément.
La lueur de chaque réverbère venait lui polir le visage.
J’aurais roulé des jours, comme ça, à proximité de son corps
tranquille, de la tristesse qu’elle portait sur son cœur comme
un legs familial, comme une chaîne précieuse qu’on se passe
de mère en fille. Quand j’ai immobilisé la voiture, elle a
glissé ses yeux jusqu’aux miens. Voilà, me suis-je dit, elle
va s’activer, elle va contracter ceci, soulever cela pour venir
poser ses lèvres chaudes sur ma joue et m’abandonner.
Elle s’est dirigée lentement vers la maison. J’aurais accepté
un café, un verre d’eau, j’aurais gardé la porte, couché en
Extrait de la publicationboule sur le paillasson. Elle a esquissé un petit signe de la
main puis elle est disparue.
Il n’était pas encore minuit. J’avais vingt minutes de
route devant moi et c’était nettement insuffsant. J’ai traîné
les pieds jusqu’à la sortie dix mille, jusqu’à cette banlieue
magistralement dortoir où l’on dansait, le jour, au rythme
des tondeuses à gazon et dormait, la nuit, porté par le ronron
des fltres de piscine.
Le vent s’était levé durant le trajet. Je le voyais tourmen -
ter le sorbier d’Amérique que Véronique, ma femme, m’avait
offert pour mes trente ans. Ses grappes de fruits, même
immatures, alourdissaient ses branches et les plus graciles
d’entre elles ployaient dramatiquement. La haie de cèdres
qui longeait le stationnement était parcourue d’ondes aux
fréquences et aux amplitudes variées, comme brossée par
une gigantesque main invisible. Un éclair fabuleux a tiré une
ligne tortueuse dans le ciel et le tonnerre a retenti quelques
secondes plus tard.
J’ai ouvert la porte-fenêtre et je suis tombé sur deux de
mes valises. Je les ai soulevées pour voir si mes soupçons
étaient fondés. Ils l’étaient. Je n’ai pas compris tout de suite
que le sol venait de se dérober sous mes pieds. En fait, je n’ai
rien éprouvé, rien ressenti, rien pressenti.
Mon fls était allongé sur le divan, les yeux fermés. Je l’ai
observé quelques instants en regrettant qu’il n’ait plus cet
âge tendre où il est encore émouvant de les regarder dormir.
Cet âge fabuleux où chaque drame et chaque joie dégagent
leur pesant d’émotion pure et précise, nette et découpée ;
où la colère est de la colère brute, non amalgamée avec des
bons sentiments ou du savoir-vivre ; où la tristesse est celle
d’avant la pudeur, d’avant la peur du ridicule ; où la joie
Extrait de la publicationUn peu de fatigue
Stéphane Bourguignon
Des dialogues percutants, des situations souvent
excessives mais toujours justes et cet étonnant
mélange d’humour et de gravité qu’apprendront
à connaître ceux et celles qui ne se seraient pas
encore familiarisés avec l’univers de Stéphane
Bourguignon.
Un jardin ahurissant, une vasectomie existentielle, un revolver
presque burlesque et de la tendresse, beaucoup de tendresse.
Voici donc un électrocardiogramme. Celui du monde d’Édouard
— amours déchus, amitiés tourmentées, famille trouble — et de
sa désintégration…
« Un retour étonnant à la litté­ « La maturité de son écriture
rature pour l’auteur du mer­ transpire dans sa maîtrise des
veilleux La Vie, la vie, dont évènements et des émotions
on découvre une autre facette. de ses personnages, lui qui
Un roman grinçant, drôle et tente de toucher du bout de
noir. » sa plume à l’essence même des
Voir êtres humains, au noyau qui
les unit, une fois les couches et
« Il a ainsi plongé dans la vie le vernis social enlevés. »
d’Édouard et aura amené avec Valérie Lessard, Le Droit
lui une profondeur et une
maturité dans son écriture que
lui aura apporté La Vie la vie. »
Le Journal de Québec
www.quebec-amerique.com
Extrait de la publication
Photo : Martine Doyon
En couverture : François Vincent, Jaguar, 1995.
Un peu de fatigue Stéphane Bourguignon

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