Une femme en fuite (Mira)

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Une femme en fuite, Carla Neggers

Un métier satisfaisant, un mariage heureux avec Jack, lieutenant des Texas Rangers, des jumelles qu’elle adore, Susanna Galway a tout pour être heureuse. Jusqu’au jour où une affaire de meurtre suivie par son mari fait voler en éclats cette existence idyllique. Pour une raison qu’elle ignore, le meurtrier présumé que Jack Galway ne parvient pas à inculper faute d’indices fait irruption dans sa vie pour la menacer. Du jour au lendemain, Susanna boucle ses valises et, laissant son mari au Texas, se réfugie chez sa grand-mère à Boston, sous le faux prétexte d’y accompagner ses filles. En réalité, elle a peur. Une peur viscérale qui la poursuit où qu’elle aille.
Pourquoi cet homme est-il venu la voir ? Simplement parce que son mari est en charge de l’enquête ? Non. Il y a plus. D’une façon ou d’une autre, elle est concernée par ce meurtre. Mais comment ?

A propos de l’auteur :
Passionnée par l’écriture sous toutes ses formes – elle a fait des études de journalisme et rédigé des centaines d’articles pour divers journaux –, Carla Neggers s’est lancée à vingt-quatre ans dans le roman. Depuis, ses livres se sont vendus à plus de dix millions d’exemplaires et ont été traduits dans une vingtaine de langues. Ils sont régulièrement classés sur la liste des bests-sellers du New York Times, de USA Today et de Publishers Weekly.

Publié le : lundi 1 mars 2010
Lecture(s) : 4
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782280288057
Nombre de pages : 480
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A Kate Jewell du centre du Vermont, Elizabeth Cesarini du milieu du Tennessee, Mikisha Doop de l’ouest du Tennessee et Nicole Carbrera du sud-est du Texas. A vous toutes qui êtes venues dans l’ouest du Massachusetts en ce terrible week-end du 4 juillet, et avez arrangé la situation. Vous êtes une source d’inspiration.
Je vous aime toutes,

Maman/Carla

1.

Installée au comptoir, Susanna Galway sirotait sa margarita tout en regardant le compte à rebours du nouvel an à la télévision. Il faisait sombre dans le Jim’s Place, ce petit pub situé à deux pas de la maison de sa grand-mère où elle habitait. Dans sa mémoire, l’établissement avait toujours fait partie du quartier.

Encore une heure à attendre, songea-t-elle. Dehors, la température avoisinait les moins 10°. Pourtant, malgré la nuit sombre et froide qui régnait sur Boston, des milliers de gens étaient sortis afin de profiter des multiples fêtes du réveillon. Bientôt, des feux d’artifice éclateraient de toutes parts pour célébrer la nouvelle année.

Jim Haviland, le patron du pub, considérait Susanna avec une réprobation non dissimulée. Il estimait que cela faisait des mois qu’elle aurait dû retourner auprès de son mari, dans le Texas. Et elle ne lui donnait pas tort. Cependant, elle n’avait toujours pas pris sa décision.

Jim, un torchon d’un blanc éblouissant sur son épaule massive, se pencha vers elle.

— Tu es en train de te morfondre.

Elle lécha le sel sur son verre. Il faisait chaud dans le bar, et elle regrettait d’avoir mis un pull en cachemire. De la soie aurait mieux convenu. Ce soir-là, elle avait décidé de s’habiller avec élégance. Mais à peine Jim l’avait-il vue arriver, toute vêtue de noir et ses cheveux ébène lâchés sur ses épaules, qu’il l’avait traitée de « Méchante Sorcière de l’Est ». Apparemment, seuls ses yeux verts la sauvaient. Sans tenir compte de sa remarque, elle s’était débarrassée de son manteau et de ses gants noirs — elle n’avait pas pris la peine de prendre un bonnet, le bar étant tout près de la maison de sa grand-mère —, puis elle était allée s’installer sur un tabouret.

— Je ne me morfonds jamais, répliqua-t-elle. J’ai simplement examiné les choix que j’avais pour la soirée, et j’ai pensé que je n’aimerais rien tant que fêter le nouvel an avec l’un des plus vieux amis de mon père.

Jim fit la grimace.

— Je sais reconnaître les mensonges quand j’en entends.

Elle reposa son verre sans répondre.

— Tu fais une margarita assez buvable pour un Yankee, déclara-t-elle. Et si tu m’en préparais une autre ?

— D’accord, mais ce sera la dernière. Pas question que tu tournes de l’œil dans mon bar. Je me vois mal appeler ton Texas Ranger de mari pour lui apprendre que sa femme s’est fracturé le crâne parce que je l’ai laissée dégringoler d’un de mes tabourets…

— Premièrement, je ne suis pas en train de me soûler. Deuxièmement, quitte à avertir quelqu’un, appelle plutôt mamie. Elle au moins habite juste à côté, alors que Jack, lui, se trouve à San Antonio. Troisièmement, je sais que son statut de Texas Ranger ne t’impressionne pas le moins du monde.

Il lui renvoya un petit sourire.

— Il fait 20° à San Antonio.

Elle préféra ne pas relever la pique. Jim Haviland était le père de sa meilleure amie et l’ami d’enfance de son propre père. Il lui avait tenu lieu d’oncle au cours de ces quatorze derniers mois où elle s’était retrouvée livrée à elle-même à Boston. C’était un être de conviction, solide et prévisible.

— Alors, cette margarita, tu me la prépares ? lança-t-elle.

— Tu devrais plutôt être au Texas avec ta famille.

— J’ai eu Maggie et Ellen pour Thanksgiving. Jack, lui, les a prises pour Noël et le nouvel an.

Il se renfrogna.

— On croirait t’entendre parler des pourboires que l’on donne aux cantonniers chargés de déblayer la neige des allées.

— Il ne neige pas à San Antonio, lui rappela-t-elle avec un sourire charmeur.

Elle avait décidé que rien ne pourrait entamer l’armure imaginaire qu’elle avait endossée pour survivre à cette soirée — ni le regret, ni la peur, ni le souvenir du seul homme qu’elle avait jamais aimé. L’année précédente, Jack et elle avaient passé les vacances de Noël ensemble, et cela ne s’était pas très bien déroulé. Tous deux avaient encore le cœur trop à vif et n’étaient pas prêts à engager une discussion. Si tant est que Jack fût jamais prêt à discuter.

— Tu sais, si j’étais Jack…

— Si tu étais Jack, le coupa-t-elle, tu serais en train d’enquêter sur des meurtres au lieu de me préparer des margaritas, ce qui te plairait nettement moins, crois-moi. Allez, ajouta-t-elle en poussant son verre dans sa direction, donne-moi donc une jolie margarita bien fraîche. Tu peux réutiliser mon verre et même me priver de sel si ça te chante.

— Je te priverai d’alcool avant de te priver de sel, et je ne réutiliserai pas ton verre. C’est interdit par les règlements d’hygiène.

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