Une femme fière

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L’amour qui unit l’Américain Henry Rice à Sakiko Matsui, jolie Japonaise, survivra-t-il au déracinement de la jeune femme ? Le milieu familial de Henry est aussi conventionnel que celui de Sakiko. Aucun d’eux n’aura le courage de s’en affranchir.
« J’avais essuyé un échec dans un ménage où je tenais vraiment à réussir. Je me sens responsable de mon sort. Mon désir que Henry reconnaisse mes vertus de bonne épouse avait disparu, de même que celui de me faire plaindre. L’ancienne « Sakiko » était passive, soumise et inconsciente. La femme que je suis maintenant est éveillée, active. Elle se bat et ne lâchera pas prise. Mon esprit se tourne maintenant vers l’avenir. Je n’ai plus le moindre désir de jouer la femme blessée. Désormais, je me servirai de mon travail d’écriture. Je suis optimiste car le pessimisme tue l’imagination… », se dit Sakiko.
Elle décide donc de quitter son compagnon américain. La jeune femme a mis au monde un très bel enfant que Henry ne connaîtra jamais.
Publié le : mercredi 30 avril 2014
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EAN13 : 9791026200215
Nombre de pages : non-communiqué
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Chak Riya Chhuor
Une femme fière
© Chak Riya Chhuor, 2015
ISBN numérique : 979-10-262-0021-5
Courriel : contact@librinova.com
Internet : www.librinova.com
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1
Depuis bien longtemps, je ne sais rien de toi. A part une carte postale dans laquelle tu m’informes que tu es toujours vivante. Je t’écris cette lettre de l’asile des personnes âgées qu’on appelle de nos jours « résidence pour seniors ».
Au «Sunshine Clubon rencontre toutes sortes d’infirmités plus ou moins graves, », habituelles chez les vieillards. Moi, je suis insomniaque. A soixante - dix ans, l’impossibilité de dormir plus de trois ou quatre heures devient une épreuve à la longue insupportable. J’y passe de longs moments, surtout après le déjeuner. Il faut apprendre à s’organiser, quand on sait, en se levant, que l’on a, devant soi, quatorze ou quinze heures contre lesquelles s’user, seconde après seconde. Tout l’art du vieux consiste à faire durer. Attendre au lit le petit déjeuner, faire une première causette avec Jacqueline pendant qu’elle dispose le plateau. Onze heures. La surveillante distribue le courrier. Je n’attends rien. D’ailleurs, personne n’attend rien, vraiment. Bien entendu, quelquefois les enfants écrivent.
Dès que je me vois seule – ce qui est rare dans cette maison où tout le monde observe tout le monde - je me laisse aller à boitiller faisant tomber le masque de la vieille dame pleine de vitalité.
A midi et demi, les pensionnaires se dirigent vers la salle à manger. Elle est spacieuse et claire. Petites tables, fleurs, musique douce. Les dames élégantes avec leurs visages maquillés comme des clowns tristes. Les hommes avec leurs rides, leur calvitie, leur embonpoint. Tous empressés, joyeux, se hâtant de consulter le menu.Le Sunshine Clubest une résidence quatre étoiles pour vieillards riches. Le déjeuner dure longtemps.
Après le café, je me réfugie dans ma chambre. Je m’étends sur mon lit dans l’espoir que le sommeil viendra. Mais le sommeil me boude. Seize heures. Le plus dur est derrière. C’est comme des nuages noirs qui s’éloignent.
Je descends au bar prendre du thé avec des scones. En un clin d’œil, il est dix-sept heures. J’aime échanger quelques propos avec David, un moine tibétain de quatre – vingt -trois ans qui vient de temps en temps ici. Il a parcouru le monde quand il était jeune. Il a tout vu. Je lui pose des questions par exemple : D’où provient la souffrance ? Quelles en sont les causes ? Comment y remédier ?
D’après lui :la souffrance est un état d’insatisfaction profonde, qui est parfois associée à la douleur physique, mais qui est avant tout une expérience de l’esprit. La souffrance surgit lorsque le « moi » que nous chérissons et protégeons, est menacé ou n’obtient pas ce qu’il désire.
Le bouddhisme conclut que la souffrance naît du désir, de l’attachement, de la haine, de l’orgueil, de la jalousie, du manque de discernement et de tous les facteurs mentaux que l’on appelle « négatifs » parce qu’ils troublent l’esprit et le plongent dans un état de confusion et d’insécurité.
L’attitude du moine bouddhiste, empreinte de douceur, fait que toutes les dames du Sunshine Club l’adorent. Comme disait l’une d’elles : « ça ne peut pas faire de mal et ça fait passer le temps ! »
Pour l’instant, je m’efforce de saisir les nuances diverses de ma durée afin de mieux comprendre jusqu’à quel point ce quatrième âge dont personne n’ose vraiment parler est une chose honteuse. On dit :troisième âge, par pudeur. On nie la vieillesse et semble faire allusion à une époque de paisibles délices. Tout le monde ment. Enfin, voici l’heure du dîner.
On fait toilette et s’habille pour la soirée. Bien sûr, cela ne va pas jusqu’au smoking et à la robe du soir. Cependant, les bijoux apparaissent. Des bagues de diamant étincellent aux doigts déformés par l’arthrose. Il y a quelques décolletés ouverts sur des poitrines osseuses. Les hommes portent cravates. Moi-même, j’ai changé de robe. Je descends à l’heure habituelle dans la salle à manger. Huit heures, tout le monde est là. Je souris et serre la main à monsieur Bush, mon voisin. Je suis assise à côté de ce dernier qui bavarde avec mademoiselle Fielding, notre doyenne, placée ici, voici huit ans, par son médecin traitant soucieux de la savoir surveillée après une chute l’ayant laissée seule une demi-journée sur les carreaux de sa salle de bains. Entre Fielding et moi, face à Bush, est placé un quatrième couvert :
- On attend quelqu’un ? demandai-je.
- On attend madame Miller, dit la doyenne. La directrice ne veut pas lui donner une table isolée pour le premier soir. Et comme nous ne sommes que trois à table..
- Eh bien, nous enseignerons à cette dame les coutumes de la maison, déclare Bush avec entrain. Voilà qui va mettre un peu d’animation dans notre vie.
Soudain, le bruit des conversations s’atténue. La curiosité, pendant cinq minutes, l’emporte sur l’éducation. La directrice, précédant madame Miller, s’avance vers notre table. Brèves présentations. La nouvelle locataire est venue avec son mari. Ce soir, il est trop fatigué pour dîner. Elle s’excuse et ne veut pas s’imposer. Mais non, elle est la bienvenue. Sourires.
- Et de quoi souffre votre époux ? demande Fielding qui en sait long sur toutes les maladies.
- Il est atteint d’arthrose à la hanche et se déplace difficilement.
- Très douloureux, j’en sais quelque chose, dit Bush. L’opération chirurgicale est la seule solution.
Pendant qu’ils bavardent, j’observe la nouvelle locataire. Impossible de lui donner un âge. Parfaitement maquillée, parfaitement coiffée, un collier de perles et une alliance en diamant comme seuls bijoux, à peine devine – t - on que ses cheveux sont teints, tellement leur blondeur parait naturelle. Elle parle peu, écoute avec gentillesse et nous remercie de l’avoir si aimablement accueillie.
- C’est la moindre des choses. J’espère que vous nous ferez le plaisir de considérer, désormais, cette table comme la vôtre, lui dis-je.
- Je ne vous promets rien, répond-elle avec un doux sourire. J’ignore encore comment mon mari et moi allons nous organiser.
Après le dîner et un bref passage au salon pour boire la tisane « Nuit calme », une sorte de mélange de tilleul, camomille et fleur d’oranger, je monte dans ma chambre. On dit que cette tisane vaut tous les somnifères. C’est faux ! J’ai toujours autant de mal à trouver le sommeil. Mais elle fait partie d’un rituel que je respecte scrupuleusement.
Je n’aime pas la nuit. Dans l’obscurité il semble que toutes les inquiétudes qui m’assaillent mais que je réussis à refouler dans la journée reviennent insidieusement à la charge. C’est la nuit surtout que la solitude m’angoisse. Comme cette nuit, j’essaye d’analyser ce qu’est l’ennui. Il me semble que si je pouvais en saisir la nature, ma vie changerait de sens.
2
Le temps vit et moi je ne vis plus avec lui. Les événements ne sont pas variés. Sale invention que la vie, nous sommes tous dans le désert, personne ne comprend personne. Pourquoi sommes-nous si seuls ? Tant de gens vivent dans ce monde en attendant quelque chose les uns des autres.
Les jeunes gens qui déjà ne supportent plus en eux – tellement on la leur a jetée à la tête – cette idée de perdre un jour leur jeunesse. Les gens mûrs qui, eux, refusent de vieillir de toutes leurs forces et se débattent. Et les femmes qui veulent être égales aux hommes. A peine le temps de savourer notre liberté toute neuve durement gagnée sur le front du féminisme, qu’on s’est stupidement retrouvées seules sur tous les fronts. Nous nous sommes lancées d’un seul élan dans nos acquis - boulot à corps perdu tout en conservant nos habitudes : bonnes épouses, bonnes mères, bonnes maîtresses de maison. Beaucoup de tâches pour un seul être. Tambour battant. Nous, les féministes, dont le mot d’ordre est de tout concilier, nous nous retrouvons coincées également avec nos devoirs de femmes. Pas seulement le travail et la maternité, mais tout le reste. Nous avons cru à notre indépendance, notre liberté, sans nous apercevoir que nous nous étions fait piéger. Les hommes, eux ont pris leurs distances. Comme si s’occuper des enfants, faire les courses, préparer les repas…tout cela était inné chez nous.
Un bébé, c’est mignon. Mais voilà qu’arrive le cycle interminable des maladies infantiles : rhinites, bronchites, otites, rougeoles…, bien sûr pas grave mais, entre des rendez-vous ingérables, nous courons partout. Quand les enfants sont grands, ce n’est pas facile non plus. Bien au contraire.
Apetits enfants, petits soucis, à grands enfants…Que font les pères ? Débordés, car leur boulot est plus important que le nôtre. Donc souvent injoignables !
D’ailleurs, nous voulons que nos petits chéris soient parfaits comme nous, les super-mamans. Bien habillés, meilleurs de la classe. Et en plus doués en musique…enfin meilleurs en tout !
Bien sûr, nous ne sommes pas malheureuses, notre bien-être faisant partie de notre réussite. Seulement, avons-nous le temps de le savourer ?
Nous voudrions quand même un peu de temps à nous, sans contraintes. Ne plus être des femmes exemplaires modernes, mais de simples humaines. Avouer sans honte qu’on ne peut pas tout faire et que comme tout le monde, nous avons nos défauts et nos faiblesses. Prendre le temps de vivre, parce la vie est courte. Notre rêve serait de faire la grasse matinée rien qu’une fois par semaine. Et une toute petite. Ensuite le long bain moussant qui délasse. Puis la flânerie ou aller au cinéma.
Relax. Sans stress et sans sprint. Mais ce programme idyllique c’était possible avant, quand nous n’avions à nous occuper que de nous-mêmes.
Nostalgie ! Pour la génération de ma mère, c’était plus simple. Bonnes épouses, mères adorables, fées du logis…Nous, jeunes mamans, c’était surtout le temps qui nous manquait. Mais cette existence de deux cent à l’heure, cette course sans fin, nous l’avons voulue ! Nous
avons cherché cette libération. Personne ne nous a demandé de nous battre comme un homme tout en restant une femme…
Femme au foyer ? Non, pas comme maman. Elle s’ennuyait et s’était résignée à n’être qu’une femme. Et papa se montrait fort, solide, protecteur. Il travaillait tout le temps. Quand il rentrait le soir, il manifestait sa présence par sa voix grave. Puis il se glissait dans ses pantoufles et lisait son journal. Pendant que maman terminait de préparer le dîner. Papa et maman formaient ce qu’on appelait un couple uni. Les années passant, lorsqu’il rentrait très tard et sentant le parfum, il disait qu’il avait eu un dîner d’affaires. Et maman d’approuver.
- Vivre seule ! Pour éviter les conflits, les efforts ? Sans personne pour râler parce que le repas n’est pas prêt. Lire jusqu’à tard, sans personne pour crier « éteins la lumière ». Ce serait idéal mais la solitude aussi finit par lasser ?
- Et toi, qu’en penses-tu, ma chérie ? C’est vrai, tu es encore très jeune. Ce qui te manque, c’est l’expérience.
3
Il est très tard. J’ai laissé ma fenêtre ouverte sur la nuit. Je suis semblable à un malade au sujet duquel les médecins réservent leur diagnostic. Je devrais être mort. Mais ai-je envie de mourir ?
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