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Une mystérieuse disparition

De
132 pages
Après avoir résolu plusieurs affaires, Mickey est prêt à accepter n’importe quoi. Mais quand le groupe le plus populaire de Hanford, la Bande des vrais durs, l’embauche pour retrouver sa chanteuse disparue, il pourrait bien avoir été trop ambitieux. Peut-il vraiment se mesurer à cinq aspirantes vedettes pop, à un chien nommé Gandhi et au plus féroce garde du corps que le monde ait connu? Mickey devra user de tous ses pouvoirs de persuasion pour résoudre cette nouvelle affaire.
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Copyright © 2009 Dominic Barker Titre original anglais : Mickey Sharp in Sharp Beats Copyright © 2014 Éditions AdA Inc. pour la traduction française Cette pulication est puliée en accord avec Catnip Pulishing Ltd., Londres Tous droits réservés. Aucune partie de ce livre ne peut être reproduite sous quelque forme que ce soit sans la permission écrite de l’éditeur, sauf dans le cas d’une critique littéraire. Éditeur : François Doucet Traduction : Guy Rivest Révision linguistique : Daniel Picard Correction d’épreuves : Nancy Coulome, Āatherine Lacome Montage de la couverture : Matthieu Fortin Mise en pages : Mathieu C. Dandurand ISBN papier : 978-2-89733-538-0 ISBN PDF numérique : 978-2-89733-539-7 ISBN ePu : 978-2-89733-540-3 Première impression : 2014 Dépôt légal : 2014 Biliothèque et Archives nationales du Quéec Biliothèque Nationale du Canada Éditions AdA Inc. 1385, oul. Lionel-Boulet Varennes, Quéec, Canada, J3X 1P7 Téléphone : 450-929-0296 Télécopieur : 450-929-0220 www.ada-inc.com info@ada-inc.com
Diffusion Canada : Éditions AdA Inc. France : D.G. Diffusion Z.I. des Bogues 31750 Escalquens — France Téléphone : 05.61.00.09.99 Suisse : Transat — 23.42.77.40 Belgique : D.G. Diffusion — 05.61.00.09.99 Imprimé au Canada Participation de la SODEC. Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada (FLC) pour nos activités d’édition. Gouvernement du Quéec — Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres — Gestion SODEC.
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CHAPITRE 1
DUM. DA DA DUM. DA DA DUM. DA DA DUM J’entends un tambour à l’extérieur de ma remise. DA DA DUM. DA DA DUM. DA DA DUM. Et un bruit de basse. DA DA DUM. DA DA DUM. Ça s’approche et s’amplifie. DA DA DUM. La porte s’ouvre. DA DA DUM. DA DA DUM. DA DA DUM. J’ignore qui c’est mais je veux le rencontrer debou t. Je m’élance de ma chaise et envoie rouler ma cannette de coke sur mon bureau. J e plonge et la rattrape juste à temps. C’est une bonne chose — c’est ma dernière. Le battement s’arrête. Je regarde autour de moi. Il y a trois personnes dans ma cabane. Une fille et deux garçons. Ils portent tous ces gros blousons de rappeurs même s’il ne fait pas fro id. Un des garçons vient de fermer une sorte de téléphone portable dernier cri d’où pr ovenaient les battements. Il devait avoir poussé le volume à fond, ou quelque chose, pa rce que c’était vraiment fort. — Hé! La fille sort de son blouson un journal et le dépos e sur mon bureau avec un claquement retentissant. — C’est toi? demande-t-elle sur un ton impérieux. Je baisse les yeux sur le journal. Il y a un grand cercle autour de mon annonce : DÉTECTIVE PRIVÉ EXPÉRIMENTÉ ET DOUÉ CHERCHE AFFAIRES ACCEPTE TOUT DANS LA RÉGION 14 ans, alors services bon marché
Communiquez avec: Mickey Sharp La Remise, L’arrière-cour 32, Wake Green Road Hanford
Je hoche la tête. — Tu es bon ? demande-t-elle. Je décide que ce n’est pas le moment de faire des e uphémismes. — Je suis le meilleur. — Tu ferais mieux, répond-elle. Parce que nous avon s un problème. Et il faut le résoudre rapidement. Maintenant, écoute bien, parce que je n’ai pas le temps de me
répéter. Tout se déroule bien plus vite que normalement. Je fouille dans le tiroir du bureau pour trouver un crayon et un carnet de notes. — Tu sais qui nous sommes, non ? dit-elle. Je n’en ai aucune idée. — Euh... rappelle-moi ? — Nous sommes la Bande des vrais durs, me répond-el le. Nous sommes ce qu’il y a de plus populaire à Hanford en ce moment. Nous orga nisons une fusion révolutionnaire de UK Garage, de R&B et de Hip Hop. Lui, c’est le d isc-jockey, MC Hassle, qui fixe le rythme. Elle pointe un doigt en direction du garçon noir qu i tient le téléphone. — Lui, c’est Spider, qui s’occupe du clavier, de l’ ordinateur multipistes et du sampling. Elle désigne le gars blanc qui, malgré son gros blo uson, a l’air plutôt chétif. — Et je suis Jenni. Je fais le rapping. — Maintenant ça me revient, dis-je. Si les clients pensent qu’ils sont le groupe le plu s populaire à Hanford, alors ça ne peut pas faire de mal d’acquiescer. — Alors, tu as entendu parler de notre problème, dit-elle. Ce n’était peut-être pas une si bonne idée. — Euh... rappelle-moi encore. Elle secoue la tête. — Nous avons eu une séance de démo dans un studio d ’enregistrement samedi. Si ça va bien, alors nous pourrions signer un contrat d’e nregistrement. — Mes félicitations, lui dis-je. — Félicitations mon œil, répond-elle d’un ton dur. À quoi sert une séance d’enregistrement quand Désirée est disparue. — Qui est Désirée ? — Désirée est notre chanteuse. Alors nous avons que lqu’un pour fixer le rythme et moi pour faire le rapping, mais personne qui chante. — Pourquoi vous ne chantez pas en chœur ? C’est ce que je lui suggère. — Je rappe, me répond Jenni en retroussant les lèvr es d’un air dédaigneux. Je ne chante pas. — D’accord. Je lui réponds rapidement parce que le sujet semble délicat. — Et si c’était quelqu’un d’autre ? — Qui ? demande-t-elle. — Je ne sais pas, lui dis-je. Il doit y avoir une a utre chanteuse à Hanford. Les trois murmurent entre eux d’une voix fâchée en entendant ma réplique. — Tu ne saisis pas, hein ? dit Jenni. Désirée est l a meilleure chanteuse que j’aie 1 jtout en une. C’est elle qui chante sur le CDamais entendue. C’est Aretha et Whitney que nous avons envoyé à la compagnie de disques, et ils vont vouloir que ce soit elle quand nous allons arriver là-bas pour enregistrer u ne démo.
— D’accord, dis-je. Mais même une chanteuse moins b onne vaut mieux que pas de chanteuse du tout. — Je n’arrête pas de parler, mais j’ai l’impression que tu n’écoutes pas, me dit Jenni. Nous ne voulons pas d’une chanteuse maigrichonne qu i a des ambitions et qui gâche tout ce qu’on fait de bien en hurlant comme un anim al agonisant parce qu’elle pense que ça montre qu’elle a des sentiments. Nous voulons Dé sirée. Et nous voulons que tu la retrouves pour qu’elle vienne à cette séance. Tu as un problème avec ça ? Je secoue la tête. — Bien, me répond Jenni. Elle n’est pas venue prati quer avec nous avant hier. Je lui ai téléphoné et je lui ai envoyé un texto, mais je n’a i pas eu de réponse. C’est vraiment étrange parce qu’elle ne manque jamais une pratique et arrive toujours à temps. Elle adore chanter. C’est tout ce qu’elle fait. J’ose lui demander : — Es-tu allée chez elle quand elle ne t’a pas rappe lée ? — Évidemment. Tu penses que je suis stupide ou quoi ? Jenni est une fille susceptible. On lui pose une qu estion, et elle s’imagine que c’est une insulte. — Je suis allée chez elle le lendemain, poursuit-el le. Sa mère m’ouvre la porte, et je lui dis : « Où est Désirée ? » Elle dit qu’elle ne sait pas, et je lui dis : « Vous êtes sa mère. Vous devriez le savoir. Quelle sorte de parents vou s pensez que vous êtes ? » Puis elle s’est carrément fâchée et m’a refermé la porte au n ez. Ça ne m’étonne pas. Ce n’est jamais une bonne idée de dire à des adultes qu’ils sont des parents minables. Ils se croient tous les meill eurs parents du monde même quand ce n’est évidemment pas le cas. Comme mon père. Quand il a bu quelques verres de whisky, il nous dit toujours à moi et à Karen, ma s œur, à quel point il nous a bien élevés quand la moitié du temps il ne se souvient même pas d’avoir à nous donner un peu d’argent de poche. Imaginez, oublier quelque chose d’aussi fondamental que ça et croire encore que vous faites du bon travail. C’est comme être un pompier et oublier d’ouvrir la valve sur le boyau. — Écoute,lui dis-je en prenant une profonde inspiration parc e que j’ai l’impression que Jenni ne va pas aimer ce que j’ai à dire. Selon les apparences, on ne peut même pas être sûrs que Désirée soit disparue. Le fait qu’ell e ne réponde pas à son téléphone et que tu ailles faire enrager sa mère ne prouve rien. — Tu veux cette enquête ou paslais? dit-elle. Parce que tu agis comme si tu ne la vou pas. Ella a un bon argument. C’est un de mes problèmes. J’oublie que je devrais négocier mon tarif et mes dépenses et tout ça avant de pense r à l’enquête. — Je la veux, que je lui réponds, mais je veux m’as surer qu’il y a vraiment une affaire avant de commencer à enquêter. Je ne veux pas vous faire dépenser votre argent pour rien. Ma réplique me plaît.s à qui on peutElle donne l’impression que je suis le genre de gar faire confiance. C’est le cas. La plupart du temps. — T’inquiète pas à propos de ça, me dit Jenni. Occu pe-toi seulement de la retrouver et
de la ramener là-bas. D’accord ? J’approuve de la tête. Puis j’avale ma salive. C’est le moment que je trou ve le plus difficile : demander de l’argent. — Je demande 15 $ par jour plus les frais, leur dis -je. C’est davantage que ce que j’exige normalement, mai s je me dis que, s’ils signent un contrat d’enregistrement, alors ils vont devenir ri ches et 15$jour, ça ne signifiera par rien pour eux. — Marché conclu, dit-elle. Quinze dollars par jour plus les frais. C’est la première fois que ça m’arrive. Normalement , mes clients argumentent à propos de mon tarif. — Je vais avoir besoin d’une photo d’elle, de son a dresse et de son numéro de portable, puis de ton adresse et de ton numéro de p ortable. Jenni écrit les adresses et ajoute les numéros de p ortables. — Je t’apporte une photo demain, dit-elle. Venez, la bande. Les garçons sortent de la remise. Jenni s’arrête da ns l’embrasure de la porte et se retourne. — Il faut que tu amènes Désirée à cette séance de d émo, dit-elle, tu comprends ? J’incline la tête. — Rappelle-toi, dit Jenni. Elle est vraiment jolie, mais elle n’est pas très futée. C’est une dangereuse combinaison. 1N.d.T. : Aretha Franklin et Withney Houston.
CHAPITRE2
Quoi qu’en dise Jenni, je ne pensais pas que ce sera it difficile de trouver Désirée. Une des choses à laquelle on s’habitue quand on est un détective adolescent, c’est qu’on ne va pas obtenir des affaires vraiment emballantes. D u harcèlement, ouais ; un trophée volé, ouais ; l’élection douteuse d’un représentant d’école, ouais ; la disparition d’un chat, ouais ; la mystérieuse disparition d’une fille, auc une chance. Ce genre d’affaire est confié directement à la police. Je ne pense pas que ce soi t nécessairement juste, mais c’est comme ça. L’erreur que Jenni a faite, c’est de regarder les c hoses de son propre point de vue. Quand on est un détective expérimenté et doué comme moi, on apprend qu’il y a plus d’une manière d’envisager les choses. Prenez Jenni. Ce qu’elle a fait, c’est de combiner trois éléments — Désirée qui rate la pratique et ne répond pas à son téléphone, et sa mère qui ignore où elle est —, et elle en a conclu que Désirée devait avoir disparu. Ça pourrait avoir une certaine logique si vous regarde z ça du point de vue de Jenni, mais ça n’en a pas du tout si vous regardez la chose comme si vous étiez la mère de Désirée. Imaginez que vous êtes la mère de Désirée et que vo us ne savez pas où se trouve Désirée et que sa meilleure amie frappe à votre por te et dit qu’elle ne sait pas non plus où se trouve votre fille et qu’elle ne répond pas à son téléphone. Vous ne vous mettriez pas à discuter avec la meilleure amie de Désirée. V ous paniqueriez et vous commenceriez à dire : « Oh mon Dieu, Oh mon Dieu. Il faut que j’appelle la police. » Mais la mère de Désirée ne fait pas ça, si bien que je m e dis que, même si elle ne savait pas où était Désirée à ce moment, elle savait quand mêm e qu’elle n’était pas disparue, ou quoi que ce soit, et, si Jenni n’avait pas été auss i brutale dès le départ, la mère de Désirée le lui aurait probablement dit. Mais on com prend tout de suite que Jenni argumente d’abord et pose des questions ensuite. Alors, après avoir réfléchi à tout ça logiquement, je me faufile dans la maison, vérifie qu’il n’y a personne et téléphone à Désirée. Je tom be immédiatement sur sa messagerie vocale ; donc Jenni a au moins raison sur ce point. Je saute sur mon vélo et me rends tout droit chez Désirée en me disant que je vais ré gler cette affaire sans même avoir besoin de voir sa photo. Mais j’ai du mal à m’y rendre. Il pleut, et c’est l e moment où ce n’est plus vraiment le jour mais pas encore vraiment l’obscurité. Les rues principales sont toutes bloquées par des autos parce que tout le monde revient du travai l à la maison. Je suppose qu’ils ne voient pas trop bien parce que je passe près de me faire renverser trois fois. Je regarde la maison de Désirée. Elle est normale. Les fenêtres, les portes et tout ça. Il doit y avoir quelqu’un à l’intérieur parce qu’une l umière est allumée dans le salon, même si je ne peux voir qui c’est parce que les rideaux sont tirés. Mais je suis sûr que c’est Désirée. J’ignore exactement pourquoi. Mais je sais que c’est elle. Parfois, les détectives ont cette impression. Ça s’appelle une intuition. Q uand on en a une, ça prouve qu’on est un vrai détective ; alors l’idée me plaît. Et la se ule règle à propos des intuitions, c’est qu’on doit les suivre. Alors, je remonte l’allée et je frappe fermement à la porte d’entrée.
Un chien se met à japper. Des pas s’approchent. La porte s’ouvre. — Oui ? Ce n’est certainement pas Désirée. C’est un homme, et il ne semble pas amical. — Qu’est-ce que tu veux ? Sa question est suivie d’un grognement sourd. Son c hien est derrière lui et il ne paraît pas amical non plus. — Je cherche Désirée. Si rien ne fonctionne, alors mieux vaut dire la vérité. Son expression se transforme quand il entend le mot « Désirée ». Et elle ne s’améliore pas. Les rides sur son front s’accentuent, sa bouch e prend un air méchant et les veines de son cou commencent à gonfler. Malheureusement, i l n’y a pas que son visage qui réagisse. Son bras aussi. Il se tend et m’attrape p ar le cou en me tirant. Mon corps a deux options ici. L’une consiste à lais ser mon cou entreprendre une carrière solo et laisser le reste de mon corps se d épêtrer tout seul. Mais, comme tant de groupes de musique populaire, je suis sûr que, lors qu’une pièce est ratée, le reste va vite s’effondrer. Alors, je choisis l’autre option qui e st de suivre mon cou. Il nous tire ensemble jusque dans le vestibule. L’homme referme la porte derrière nous et me projette contre le mur. Je me dis qu’il est temps d’avoir très peur. Mes ja mbes sont d’accord parce qu’elles commencent à trembler et, peu importe à quel point j’essaie, elles ne s’arrêtent pas. — Qu’est-ce que tu veux à Désirée ? demande-t-il d’un ton impérieux. Ce gars exagère de beaucoup son rôle de père protec teur. Derrière lui, le chien devient fou, sautant, jappant et grognant. Je concentre mon attention sur l’homme, mais je remarque quand même que le chien est un pitbull. Un de ces chiens laids blancs avec une grosse tête et des mâchoires qui claquent. Le g enre de chien qui se retrouve deux fois par semaine dans le journal local parce qu’il semble que sa nourriture favorite soit des bébés. — Tu es avec la presse ? dit l’homme. — Quoi ? Je n’ai aucune idée d’où peut venir cette question. — Couché, Gandhi, hurle l’homme au chien. Le chien l’ignore et se met à bondir encore plus ha ut, à japper plus fort et à gronder encore plus agressivement. — Qu’est-ce que c’est que tout ce bruit? Une porte s’ouvre au bout du vestibule, et une femm e sort la tête pour regarder autour. — Je pense qu’on a un journaliste, crie l’homme. Tu te rappelles qu’ils nous ont dit qu’ils pourraient venir se mêler de l’affaire ici. — Quoi? dit la femme en approchant dans le vestibule. Si c’est un journaliste, laisse Gandhi s’occuper de lui. Je suis terrifié. Mon cœur s’accélère à environ 2 0 00 battements à la minute. Je ne veux certainement pas devenir de la nourriture pour chien. Je crie de toutes mes forces : — Je ne suis pas un journaliste!