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Une nuit avec Brad Pitt suivie de In bed with Eric

De
19 pages

2 nouvelles policières :

Une nuit avec Brad Pitt

Les stars américaines font rêver ; on voudrait leur ressembler... ou pas.

In bed with Éric

Avoir Éric Cantona à sa merci, ligoté sur un lit...





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couverture
Sophie Loubière

Une nuit avec Brad Pitt
suivie de
In bed with Éric

images

Une nuit avec Brad Pitt

Ça faisait longtemps qu’il n’avait pas croisé sa gueule dans un miroir.

Sa face de beau mec bourré de thunes avec un bouc poivre et sel.

Coup de poing viril au menton.

– Tu sais que t’es craquant toi ? Trop la classe !

L’homme vivant le plus sexy du 9-3.

Prêt à récolter sa dîme d’Inglorious Basterds.

C’était lui.

C’était Jean-Paul.

Ils étaient comme qui dirait des jumelés de la bobine. Nés duplicatas. Jean-Paul n’avait pas demandé qu’on le copie, mais voilà, c’était tombé sur lui, un 18 décembre 1963 dans l’État d’Oklahoma. Un blondinet était arrivé au pays des tornades avec une seule et unique ambition : devenir Jean-Paul Gardoni !

 

Bradley Pitt. Son paternel dirigeait une entreprise de transport, sa mère était conseillère en éducation sexuelle. Même pour les parents, déjà, le gosse copiait sur Jean-Paul dont le père était routier et la mère – aux dires des voisins – une pute. Né en 1960, Jean-Paul avait trois ans d’avance sur le programme mais, question notoriété, Bradley aurait tôt fait de le rattraper. Comme lui, il était enfant de cœur de monsieur le Curé et faisait l’andouille à la kermesse : Brad jouait Peter Pan dans la cour de l’école, Jean-Paul se prenait pour Guy Lux au milieu des majorettes. Comme lui, le blondinet avait alors en tête de faire carrière dans le bâtiment. Architecte. Il faut bien l’admettre, architecte, c’était moins bandant que maçon.

– L’archi’, se plaisait à dire Jean-Paul, tu lui files une truelle et deux briques, une heure plus tard tu reviens, il a laissé les LEGO et s’est barré, la truelle dans le fion !

Bref. Tous les deux, petit à petit, sans faire gaffe, ils avaient dévié de leur trajectoire. Enchaîné les petits boulots. Brad se déguisait en poulet pour une chaîne de restos, Jean-Paul revêtait le costume de l’ours Flunchy. L’un conduisait des stripteaseuses à Los Angeles, l’autre accompagnait sa sœur au club de gym à Chelles Gournay. Avant la gloire, tous deux chauffaient et livraient.

Puis, elles étaient arrivées, les glorieuses années quatre-vingt-dix.

Bradley s’était mis à marcher là où au milieu coule une rivière, et il avait percé. Devenu the big vedette. Normal. Fallait bien que ça lui vienne aussi un peu le succès, pas toujours au même. Parce que JP, de l’autre côté de l’Atlantique, il était plutôt en veine : triomphe total dans le cinéma ! Copies pirates de VHS. Duplicatage à foison. Aventures, pornos, dessins animés Disney, une vraie multinationale. Il avait son QG aux puces de Saint-Ouen. Roulait en Ford Mustang vermillon, bouffait tous les jours au resto, et fréquentait les terrains de golf de Saint Jean de Monts à Évian. Avec son portefeuille bien garni, les filles n’en pouvaient plus. Ça défilait dans son deux-pièces duplex à Montreuil, ça se roulait sur la moquette, et ça repartait avec des sacs remplis de cassettes pirates en piaffant. « Un réseau super organisé comme dans les films Le Parrain 1, 2, 3 et même 4 », qu’ils ont dit au juge, les flics. Forcément, avec son petit commerce, JP faisait de l’ombre à la vedette.

 

Quand Jean-Paul Gardoni est sorti de taule le 29 juillet du nouveau millénaire, Brad était là, à faire le malin au bras de Jennifer Aniston avec la bague au doigt. Très objectivement, il avait le dessus. Jean-Paul était dans une mauvaise passe. Guère argenté, à l’époque. Rasé de près par ces couillons d’avocats de chez l’oncle Disney. Trois semaines après l’avoir recueilli comme un oisillon tombé du nid, sa sœur l’avait fichu dehors parce qu’il écrasait ses Marlboro sur le tapis acheté chez Conforama et bouffait les Kinder Delice des gosses. Alors, fort du succès de son frère jumeau, Jean-Paul prit une décision qui allait changer sa vie.

Désormais, il tirerait parti de leur physique avantageux.

Il deviendrait l’autre.

Il y était parti en courant, à la chasse aux autographes, empruntant le costard du beau-frère. Il s’était coiffé la raie en pétard, comme Brad, avait accroché un sourire en coin avec les plis qui remontent dans la joue, chaussé des Ray-Ban contrefaites.

Hécatombe au Macumba Club de Neuilly-Plaisance.