Une vie parallèle

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'Il l’a reconnue sur-le-champ : Morgane Le Guhennec, vingt et un ans, sans profession, toxicomane. Comme si c’était là le résumé d'une vie. Et sur sa fiche, il est encore indiqué “Connue des services de police”. Mais que peuvent connaître les services de police de Morgane Le Guhennec, à part vingt et un ans, sans profession, toxicomane?'
Sous la plume délicate de Laurence Tellier-Loniewski se dessine peu à peu le portrait de Morgane et du petit monde qui l’entoure, une certaine bourgeoisie provinciale abritée sous les hypocrisies et les faux-semblants, enfermée dans ses névroses et sa solitude.
Publié le : jeudi 14 mars 2013
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EAN13 : 9782072479069
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DU MÊME AUTEUR
Aux Éditions Gallimard
LES ARRANGEURS, roman, 2009.UNE VIE PARALLÈLELAURENCE TELLIER-LONIEWSKI
UNE VIE
PARALLÈLE
roman
GALLIMARD© Éditions Gallimard, 2013.Pour Fleur
C’est une cérémonie funéraire au cœur de cette
Bretagne que les touristes affectionnent. Un bourg ardoisé
erangé à l’ombre de son enclos paroissial – fi n XVI début
eXVII , l’orgueil local –, ses maisons blanches au
garde-àvous, ses rues pavées, ses massifs d’hortensias. Un
chemin de terre égaré dans la lande où croisent des vieilles
qui portent la coiffe du pays bigouden ou celle du bas
Léon. Un grand menhir esseulé, mélancolique comme
une sentinelle. Et au loin, l’océan. À perte de vue.
Un décor de cinéma, en somme, avec un petit côté
convenu, presque carton-pâte, et dont on aurait pris soin
de dissimuler l’envers. Car envers il y a : la ZAC de
Kergadec, ses échangeurs, ses ronds-points, ses enseignes
gueulardes, sa gangrène. Et ses lotissements. À perte de vue.
C’est là que les gens vivent.
Quand ils meurent, ils ont droit à un ultime passage
par le centre historique, qui depuis son classement au
Patrimoine national n’est guère plus vivant qu’eux. Mais
les autochtones sont attachés à leur privilège, un
enterrement classieux dans un joyau de l’art Renaissance,
comme on lit sur les dépliants du syndicat d’initiative.
11Donc, une cérémonie funéraire dans la tradition
bretonne… n’était le temps : où l’on attendrait le tumulte
d’une tempête de noroît, a minima la chape de grisaille
humide si intimement liée à cette terre qu’elle semble
sourdre de son tréfonds, un soleil joyeux, vindicatif,
irrespectueux des âmes plombées, éclabousse le théâtre des
opérations. Et les presque trente degrés Celsius affi chés
par le thermomètre en ces tout premiers jours de mai
sont, plus qu’un défi au calendrier, une insulte aux
porteurs du deuil. Voyez le cortège funèbre cheminer sous ce
ciel offensant, salué par l’ovation narquoise des ajoncs.
L’affl iction se délite-t-elle à la chaleur ? Ou bien sa
complexion lui permet-elle d’échapper aux lois ordinaires de
la physique ?
Il semblerait qu’en ce jour de peine le Diable ait revêtu
les couleurs du printemps.
Dans le hall de l’auberge où loge ma famille, ma tante
et sa fi lle débattent de la responsabilité des bagages, un
désastre : du drap de laine, du mohair, de l’alpaga, des
cols de fourrure, autant de matériaux propres à
provoquer l’étouffement, à aggraver la situation d’un excédent
de pénibilité inutile.
Mon cousin Adrien, qui connaît la capacité de sa
mère et de sa sœur à tenir l’échange, s’est retiré sur une
banquette de velours frappée aux armoiries bretonnes.
Il a fi ni par s’y assoupir, dans une position d’abandon
quelque peu grotesque et certainement inconfortable, le
cou en torsion, une bulle de salive en formation entre
ses lèvres entrouvertes, généreuses, luisantes comme des
limaces.
12Mon cousin est un garçon excessivement sérieux,
comme le sont ces aînés sur qui reposent des espoirs
excessifs. Je ne doute pas de la gravité, de la
détermination un peu folle avec lesquelles il a défendu la veille
l’honneur de son institution dans l’une de ces
beuveries confraternelles initiatiques qui se pratiquent dans
les écoles, poursuivant une démarche étrangère à la
recherche de l’ivresse, de la fête, du plaisir. Mon cousin
ne fait rien à la légère car la légèreté lui est à jamais
interdite, et pour cette condamnation je le plains, et je l’aime.
La question se présente en termes différents s’agissant
de sa sœur Anne-Laure, que son potentiel intellectuel
préserve par ailleurs des rêves parentaux délirants. La
voilà qui reparaît en brandissant son téléphone mobile
tel un objet de scandale. Pas de réseau. Il n’y a pas de
réseau.
Pour lui avoir suggéré de s’installer sous le pommier
où par beau temps il arrive que l’on capte SFR,
l’aubergiste s’est fait tancer par la péronnelle (j’hallucine, on est
vraiment chez les ploucs). Le voilà qui boude retranché
derrière son comptoir où il fait mine de s’affairer, ne
présentant ses condoléances que du bout des lèvres et ne
donnant que de vagues indications du chemin à suivre
pour se rendre à l’église, qu’on ne peut pas manquer de
toutes les façons.
De fait, il suffi t de se laisser porter par le fl ot
convergent des toilettes noires dont la crue inonde les ruelles
du bourg. Ma tante s’y engage, nous entraînant dans son
sillage, mais de fréquentes collisions contrarient sa
progression. Que les enfants ont grandi, on ne les aurait pas
13reconnus ! Et les études ? Adrien a intégré l’Edhec. Mon
Dieu, non, il ne va pas faire du cinéma, l’Edhec est une
grande école de commerce, voyons.
On pénètre dans l’enclos paroissial par la
monumentale porte de la Mort dont les fresques fi gurent la légende
de l’Ankou. L’ouvrier de la Mort y attend ses visiteurs de
pied ferme et les invite à embarquer dans une charrette
dont la destination ne laisse pas place au doute.
« C’est complètement gothique, commente ma cousine
en détaillant l’ossature macabre et les orbites évidées de
l’allégorie celtique.
— Plutôt Renaissance, mademoiselle. Vous trouverez
d’ailleurs à l’intérieur de l’église un remarquable jubé… »
Ma tante interrompt l’érudit, qui est aussi chargé du
fi ltrage des nouveaux arrivés : le statut de famille du
défunt nous octroie un laissez-passer pour les premiers
rangs, où, explique-t-elle, son mari est déjà à son poste.
« C’est lui qui s’occupe de tout, car je crains que son
malheureux frère ne soit pas à la hauteur. »
Mes parents paraissent effectivement peu
opérationnels. Je ne m’attarde pas car nous sommes un peu en
froid ces temps-ci. Et je n’ai pas nécessairement bonne
conscience. Quant à mon oncle supposé s’occuper de
tout, il s’agite avec l’effi cacité d’un papillon dans un
luminaire.
Celui qui gère véritablement la situation est le père
Guyonvac’h, recteur de la paroisse, ce qui au demeurant
est son rôle, mais il est des jours où l’on doit saluer la
performance.
14Le voici aux prises avec le chœur des pleureuses.
Lectrices obsessionnelles des rubriques nécrologiques dans
la presse quotidienne régionale, elles accourent aux
cérémonies funéraires des quatre coins de Bretagne sous
couvert d’un lien d’intimité plus ou moins ténu, et en toute
hypothèse invérifi able, avec le défunt. Aujourd’hui, il leur
est évidemment facile de se prétendre anciennes
camarades d’école ou élèves de ma grand-mère, qui pendant
près de quarante ans fut l’institutrice du bourg, ce qui
produit au fi nal un chœur larmoyant de deux générations,
du rarement atteint dans cette église qui en a pourtant vu
d’autres.
Le père Guyonvac’h prétend leur barrer l’accès aux
rangs situés à la droite du maître-autel, que l’on réserve
traditionnellement aux « offi ciels » : un maigre conseil
municipal auquel s’additionnent quelques
personnalités médiatiques qui ont élu résidence secondaire dans la
commune. Mais la saison des personnalités médiatiques
n’a pas commencé. Alors on s’interroge, à qui le prêtre
réserve-t-il les places convoitées ? Serait-ce à Marie
d’Orcel, la Chantepie, son indéfectible complice, dont j’ai peine
à imaginer qu’en dépit d’un légitime ressentiment envers
ma famille elle vienne en ce jour régler ses comptes ?
On croit tenir la solution quand déboule le bagad local
en costume d’apparat dans sa formation des grandes
occasions : trois pupitres renforcés de cornemuses,
bombardes et percussions. Mais non, bombardes, binious et
grosses caisses se voient relégués au fond de l’église. Et
aux menaces de grève proférées par le penn sonneur, le
recteur répond, imperturbable, qu’il est prévu un
programme musical alternatif.
15Le père Guyonvac’h persécute ses ouailles avec une
vitalité féroce. Deux planqués sont ainsi délogés des
piliers de la nef derrière lesquels ils croyaient avoir trouvé
refuge : pilier de gauche, Manchu, qui ne sera jamais
pardonné d’avoir reconverti en atelier de tatouage le débit
de boissons tenu par sa famille pendant un demi-siècle,
mais dont on redoute, et recherche plus encore, les
supposés pouvoirs surnaturels – pilier de droite… une
surprise. Une surprise qui n’est manifestement pas du goût
de tous, la rumeur a traversé l’assemblée des fi dèles à la
vitesse du son : cette peau basanée suspecte fréquente
la mosquée ! L’œcuménisme n’a jamais été le genre du
pays. L’opprobre n’épargne pas Manchu, dont l’unique
objet de culte jamais déclaré – hommage à ses ancêtres
bistrotiers – est celui de la dive bouteille.
Empoignés par le père Guyonvac’h tels de mauvais
élèves, dont ils ont d’ailleurs adopté la posture de
soumission sournoise, les deux hérétiques sont placés d’autorité
dans un rang avancé de pleureuses.
L’église est pleine et au-delà – car il ne saurait être
question de patienter à l’extérieur sous le soleil indigne –,
les rangs d’honneur toujours vides, et le père Guyonvac’h
ne se décide toujours pas à donner le signal du départ.
Pourtant nulle défaillance n’est à déplorer du côté de
la logistique, le cercueil a été installé bien à l’avance pour
permettre l’agencement harmonieux d’une
invraisemblable profusion de fl eurs – de quoi assurer à la fl euriste
de la place son chiffre d’affaires de l’année. Celle-ci s’est
d’ailleurs personnellement investie dans la confection des
16gerbes et des couronnes dont les excédents sont recyclés
sur l’édifi ce branlant qu’elle arbore en guise de chapeau.
L’employé des pompes funèbres responsable en chef
du cérémonial s’agite dans son uniforme de circonstance.
Il fi nit par en extirper le cadran d’une montre et l’on
voit son masque de compassion se décomposer. Il tente
d’attirer l’attention du prêtre, de lui signifi er que si le
retard se prolonge, il lui faudra réviser tout le planning.
Mais le père Guyonvac’h ignore ses suppliques. Il ignore
de même tous les regards, tous les signes d’impatience,
d’intelligence ou d’interrogation que lui adressent ses
fi dèles. Du haut de l’estrade où il offi cie, il contemple la
foule massée dans son église avec une sorte de distance,
de hauteur, de dédain, oui, un dédain superbe.
Est-ce l’attente, la pesanteur mutique du cercueil
ou l’excès des vapeurs de cire et d’encens, l’assistance
devient fébrile. Dans les zones à l’écart de la proche
famille s’amorcent des conversations décousues, qui
démarrent, et généralement se consument, sur le sujet
du dérèglement climatique, mais n’évitent pas toujours
les dérapages. D’aucuns se risquent à s’affronter sur les
mérites comparés de l’inhumation et de la crémation,
font valoir leur penchant pour ce dernier rite, son côté
clean, instantané, préservateur de l’environnement et de
tout ce cérémonial vaniteux, coûteux et inutile, et
pourquoi serait-ce un obstacle à la résurrection ne suffi t-il
pas de voir les bouddhistes se réincarner à tout bout de
champ, d’abord.
L’ébranlement du grand porche sud pivotant sur ses
gonds douloureux prend l’assemblée de surprise, tandis
17que dans le sas d’entrée balisé par l’alignement des douze
apôtres résonne et s’amplifi e un piétinement de troupeau,
désordonné, erratique.
Et soudain, ils sont là.
Ils sont bien une dizaine, des visages, des corps hâves,
tatoués, percés, cloutés, nageant dans des accoutrements
informes, le regard dégoulinant de mascara, les cheveux
travaillés au gel, redressés en crête ou bien plaqués à la
manière d’un casque ciré, ce genre d’individus prompts
à susciter le dégoût, la pitié, un vague effroi, desquels
on se détourne en serrant son sac contre soi quand ils
vous abordent dans la rue, en s’empressant de chasser
mentalement l’image qu’ils véhiculent de décadence, de
décrépitude, de détresse, de mort.
Ma bande.
Ils s’avancent avec lenteur, circonspection, une
méfi ance de chats sauvages. En tête de fi le, Stone
– Charles-Édouard pour l’état civil, mais il veille à ce que
ça ne s’ébruite pas – et son inimitable dégaine. Suivi de
Yann, Gildas, Armelle et Tiphaine. Et puis il y a encore
Max, Nolwenn, Lili la Chienne – un mètre cinquante
crête incluse et un tempérament de pitbull, mais son
surnom, source de malentendus pénibles, ne se réfère qu’à
des adoptions multiples auprès de la Société protectrice
des animaux, dont la dernière en date patiente à la porte
de l’enclos.
Laura et Erwan ferment la marche. Erwan est le seul
d’entre nous à justifi er d’un emploi stable, pour autant
que l’on considère comme un emploi le ramassage des
déchets sur le port du Guilvinec après la criée. Jonathan
manque à l’appel. De fait, il lui faudra patienter quelque
18temps avant d’être en mesure de répondre positivement
aux invitations.
Eh bien, le croirez-vous, c’est cette engeance que le
père Guyonvac’h pilote dans l’allée centrale et place aux
rangs d’honneur avec les égards dus à une délégation
offi cielle.
Quand elle parvient à la hauteur du musulman, Lili le
dévisage en prenant son temps avant de lui dresser sous
le nez un médius vengeur.
Sur un signe imperceptible du recteur, un enfant de
chœur a mis en marche une platine CD. Et bientôt
l’alléluia s’élève parmi une assistance frappée de stupeur. Les
pleureuses elles-mêmes en restent sans voix.
Alléluia dans une cérémonie religieuse, rien de très
original, me direz-vous, mais l’inédit, c’est le chanteur : moi.
Eh oui, c’est moi l’artiste. Avec le concours de Léonard
Cohen, il faut tout de même le préciser.
Porté par ma voix – peu puissante mais d’un timbre
exceptionnel, m’a-t-on dit –, le chant se propage dans
une ambiance de glacière.
Hallelujah approche de son point d’orgue quand
retentit la charge triomphale de l’ouverture de Guillaume Tell.
On assiste à la bataille intense que mon oncle Pierre livre
au téléphone portable rivé à sa ceinture avant de déclarer
forfait, de bousculer toute sa rangée pour traverser la nef
au pas de course. Pauvre Pierre, et son art consommé du
contretemps. Il faut signaler à sa décharge que mon oncle
est sous forte pression ces temps-ci, c’est la période de
son rapport d’activité trimestriel auprès des actionnaires
de son groupe – son quaterly report, explique ma tante
19avec un accent qu’elle voudrait britannique et qui évoque
plutôt le masticage du caramel mou.
Mais là, elle aimerait pouvoir rentrer sous terre tandis
que l’assemblée indignée se retourne tout d’un bloc pour
surveiller l’éviction du sacrilège.
Tiens, personne ne paraît avoir remarqué sa présence
derrière le pilier libéré par Manchu. Personne ne semble
l’avoir vue se glisser dans l’église. C’est pourtant bien
elle, la Chantepie, à demi dissimulée dans l’ombre du
grand pilier, son œil d’oiseau de proie balayant alentour
comme le faisceau d’un phare sur un mirador.
L’incident du téléphone reconnecte les esprits et délie
les langues. « Scandaleux » est le qualifi catif privilégié pour
dénoncer l’addiction aux télécommunications. Pour ma
part, je ne suis pas hostile à une diversion. Mais le recteur
lance un rappel à l’ordre afi n que Léonard Cohen et moi
puissions nous faire entendre.
And even though
It all went wrong
I’ll stand before the lord of song
With nothing on my tongue but hallelujah
Hallelujah, hallelujah
Autant vous dire qu’on ne m’a pas demandé mon
avis sur cette représentation surprise – celui de Léonard
Cohen non plus, à ma connaissance.
Il est vrai qu’à vingt ans votre avis ne compte guère. Et
puis, n’oublions pas que je suis morte. -  
Jean Guyonvac’h
Où s’est-il trompé ? Quand a-t-il manqué quelque
chose ? Et qu’a-t-il manqué, du reste ? Un détail ? Une
étape majeure du processus ? Quelle fut son erreur ? Car il
a bien fallu qu’il en commette, des erreurs, pour en
arriver là. Un instant d’absence, d’inattention ? Ou un
aveuglement chronique ? Ou l’aveuglement de toute une vie ?
Jean Guyonvac’h ne s’est assoupi qu’à l’aube. Et
depuis son réveil, il frissonne et transpire à la fois. De
sourdes défl agrations traversent son corps, en ébranlent
les structures, en dérèglent les rouages et les équilibres
internes. Ce corps âpre, réputé avoir la résistance d’une
forteresse, tremblote à présent comme une machine
déglinguée menaçant de partir en pièces détachées, et
qu’il tient assemblée au prix d’efforts qui minent ses
forces sans décharger le trop-plein de ses émotions.
Il cherche en vain l’apaisement dans la sombre
fraîcheur recelée par les murs de granit entre lesquels il est
venu chercher refuge, une protection contre cette chaleur
soudaine, invraisemblable, non scientifi que, irrationnelle.
À l’évocation de la poussée des températures, le voilà
pris de démangeaisons sous le plastron de son habit
21ecclésiastique. Un costume sobre à col romain comme
les hommes d’Église en portent de nos jours, mais qu’il
a dû imposer de haute lutte dans la Bretagne des années
soixante contre les tenants de la soutane, c’est-à-dire
pratiquement toute la population, des bigots aux
bretonnants, ces derniers les plus acharnés à exiger le respect
des traditions lors des fêtes du Pardon. Son habit, il le
voulait commode pour se déplacer sans entraves, plus
rapidement, plus légèrement, pour dévaler les chemins
de campagne en se jouant des fl aques et des ornières,
pour engouffrer les marches d’escaliers à la volée, léger
et rapide, en apesanteur, porté par sa foi.
Il s’est poli, lustré, adouci au contact de son habit, dont
il ne consent à se séparer qu’en dernière extrémité, avec
une sorte de remords, comme on congédie un vieux
serviteur. Et c’est ce compagnon fi dèle, le confi dent de son
intimité, qui aujourd’hui l’étrangle et le blesse, l’affuble
d’un prurit grotesque. Sans doute mérite-t-il d’être puni
dans sa chair, mais de quelle offense ?
Car son parcours a bien été sans faute depuis ce
printemps d’avant-guerre où Mme de Chantepie, la mère de
Marie, était venue prêter main-forte à une institutrice
trop jeune, trop inexperte pour persuader M. Guyonvac’h
père de laisser son fi ls poursuivre ses études au petit
séminaire. L’alliance de l’aristocratie dévote à
l’engagement d’une petite hussarde de la République, il n’en
fallait pas moins pour vaincre les réticences du paysan.
Silencieuse, la mère de Jean Guyonvac’h l’est
demeurée pendant la durée des pourparlers en dépit d’une
désapprobation perceptible aux hochements de sa coiffe
22Remerciements
À Camille et Marion, mes fi dèles cobayes.
À Bertrand LE FÈVRE et Dominique OULD-FERHAT pour leurs
conseils d’experts.
À Xavier pour sa patience.


Une vie parallèle
Laurence
Tellier-Loniewski









Cette édition électronique du livre
Une vie parallèle de Laurence Tellier-Loniewski
a été réalisée le 05 mars 2013
par les Éditions Gallimard.
Elle repose sur l’édition papier du même ouvrage
(ISBN : 9782070139224 - Numéro d’édition : 246979).
Code Sodis : N53863 - ISBN : 9782072479076
Numéro d’édition : 246981.

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