Vengeance au pays du couchant

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Au Maroc, dans les années soixante-dix. Arnaud Loudel, jeune coopérant, veut redonner un sens à sa vie brisée. Il s’installe à Meknès en qualité de professeur de français et croit y trouver une planche de salut en présence de ses élèves et de ses nouveaux amis.  Mais le destin en décide autrement. L’ombre d’un passé peu souriant qu’il croyait définitivement enterré surgit sur son chemin en la personne de Bruno Mardani, un ancien collègue. Pour des raisons plus ou moins obscures, les deux hommes sont devenus rivaux. Une lutte sans merci va les mettre face à face jusqu’au dénouement tragique, imprévisible. Mais on découvre que les situations peuvent s’inverser, que l’être haïssable n’est pas forcément celui qu’on croit. Et il arrive même que la part d’innocence révélée devienne ambiguë. Fernand Campariol, l’auteur des Vignes de larmes et d’amour, de L’ombre de l’Aigle sur la Garonne, de La promesse des oliviers crétois, nous place au cœur d’un douloureux problème psychologique.
Publié le : jeudi 25 février 2016
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791026204220
Nombre de pages : non-communiqué
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Fernand Campariol Vengeance au pays du couchant
© Fernand Campariol, 2016
ISBN numérique : 979-10-262-0422-0
Courriel : contact@librinova.com
Internet : www.librinova.com
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DU MÊME AUTEUR
Aux Éditions Clairsud
CORBIÈRES– CARNETS DE ROUTE, 2005
Aux Éditions Cantalivrade
DES VIGNES DE LARMES ET D'AMOUR, 2004
L'OMBRE DE L'AIGLE SUR LA GARONNE, 2006
LA PROMESSE DES OLIVIERS CRÉTOIS, 2007 Librinova CE N'EST PAS BANAL DE RATER UNE HISTOIRE D'AMOUR, 2016
La vengeance procède toujours de la faiblesse de l’âme, qui n’est pas capable de supporter les injures.
François de La Rochefoucauld
Extrait de Maximes
Nous y sommes ! s’écria Moktar.
1
Le jeune homme tourna vers le conducteur de la voiture une tête ronde aux yeux rieurs, bouclée de courts cheveux, noirs comme charbon. Arnaud gara la Dauphine bleu métallisé sur l’avenue Mohammed V, là où les palmiers aux troncs cannelés plaquaient sur le sol des ombres élégantes. Les deux hommes traversèrent la chaussée et suivirent un long alignement de façades blanches ornées d’arcades par endroits. En cette matinée de printemps 1972, le souffle frais qui montait de l’océan tout proche, agitait faiblement les palmes ciselées. Moktar et Arnaud gonflèrent leurs poumons d’aise. Ils profitaient de ce jour de congé pour se plonger dans l’ambiance décontractée de la capitale.
— On va d’abord aller rendre visite à ma sœur Yasmina comme prévu, dit Moktar. Ensuite je te montrerai tout ce que Rabat compte de belles choses à voir.
Arnaud sourit. Depuis son arrivée au Maroc, il ne regrettait pas du tout d’avoir tourné le dos à la lointaine France. Elle lui avait apporté trop de déboires. Depuis trois ans maintenant, en qualité de coopérant, il s’était installé à Meknès. Dans un collège de la vieille ville, il enseignait les rudiments de sa langue maternelle à de souriantes têtes brunes, avides de savoir. Il s’en trouvait heureux. Le contact chaleureux qu’il tissait avec les Marocains avait pansé en partie ses plaies. Mais surtout le lien amical qui l’unissait à Moktar avait largement contribué à le mettre en harmonie avec ce beau pays.
Moktar s’engagea dans une rue qui menait au mur des Andalous limitant la médina. Arnaud marchait à ses côtés, un peu en retrait. Quelques silhouettes d’hommes et de femmes, enveloppées de djellabas ou en tenue occidentale, glissaient nonchalamment dans l’artère qui commençait à s’animer. Soudain Arnaud marqua un brusque arrêt ; à la terrasse d’un café il venait d’apercevoir quelqu’un qui lui renvoya l’image éclair d’un passé qu’il avait cherché à oublier. L’homme, assis à une table, se tenait de profil et devisait tranquillement avec une élégante jeune femme. Robe rouge et longues tresses de cheveux blond vénitien. Une grimace crispée se dessina sur le visage d’Arnaud que son ami, le dos tourné, ne remarqua pas. Prétextant un besoin particulier, Arnaud demanda à Moktar de l’attendre plus loin. « J’hallucine ! C’est peut-être un sosie… », pensa-t-il. Une répulsion sauvage commença à surnager à fleur de ses souvenirs. Il voulait savoir quelle était la raison de la présence de l’homme en ces lieux. Arnaud se dissimula derrière un lampadaire et observa discrètement la scène. Il reconnut d’abord l’individu à son torse massif pris dans un costume d’été mastic, à sa nuque large et dégagée, à la façon particulière, presque mécanique, qu’il avait de lever les bras pour accompagner ses paroles.
« Y a pas de doute, c’est bien lui ! Mar... da... ni ! ». Il avait détaché avec une sorte de rage intérieure les syllabes du nom de celui qu’il n’avait pas envie de revoir ; cela lui fit l’effet de trois clous s’enfonçant dans sa poitrine. Une expression de désarroi s’était incrustée dans les traits pleins de son visage. « Ah ! le fumier il est venu mettre ses sales pattes au soleil... Qu’est-ce qu’il fabrique ici ? » L’ombre maléfique du Corse était venue hanter son havre de paix marocain. Arnaud n’eut plus qu’une obsession : se venger à sa manière des lourdes épreuves que le sinistre individu lui avait faites endurer. Les idées embrouillées il songea à Moktar qui devait être intrigué de ne pas le voir revenir. Arnaud avait hâte que Mardani vide les lieux ; l’homme continuait à discuter avec sa voisine. Soudain Arnaud vit son ami qui retournait sur ses pas. Il quitta provisoirement son poste d’observation sans perdre le couple du regard. Moktar remarqua tout de suite l’air préoccupé de son ami.
— Tu en as mis du temps ! Qu’est-ce qui t’arrive ?
Les lèvres d’Arnaud restèrent quelques secondes closes sur des pensées douloureuses. Il finit par dire :
— Je vais t’expliquer, mais d’abord suis-moi !
Ils s’étaient rapprochés du lampadaire à pas de loup. D’un mouvement de tête Arnaud lui
montra la table où le couple était encore en pleine discussion.
— Moktar, regarde bien le type assis de dos, qui porte une veste blanche …
— Je ne comprends pas, fit le Marocain, ouvrant de grands yeux étonnés.
— Tu ne vas pas tarder à savoir pourquoi j’en veux tant à ce type…, répondit Arnaud, vivement contrarié.
Après un quart d’heure d’attente Mardani et la jeune femme se levèrent. Avec d’infinies précautions ils les prirent en filature à une distance qui les ôtait de la vue du couple. Ce dernier descendit l’avenue Mohammed V, à l’ombre des palmiers figés maintenant dans le bleu intense du ciel. À un moment donné Arnaud demanda à son ami de se rapprocher du couple et de repérer l’endroit où il se rendait. Lui, comme il se doit, préférait rester en retrait. Mardani donnait tendrement la main à sa compagne. Il ne tarda pas à bifurquer dans une petite rue et fit halte devant le seuil d’une villa blanche dont les stores des fenêtres avaient été baissés. Moktar se tenant à l’écart les vit pousser une petite porte en bois et traverser une cour dallée de marbre rose. Il releva discrètement le numéro de l’entrée et s’empressa de rejoindre Arnaud.
— Alors, qu’est-ce que tu as appris ? lui dit-il.
— L’homme et la femme… habitent au 19. Ici c’est la rue de Tanger. — Mission accomplie pour aujourd’hui ! ajouta Arnaud, avec un étrange sourire aux lèvres. — Tu ne m’as pas dit pourquoi tu surveilles ce couple…
— C’est l’homme que je surveille, soupira Arnaud, la mine défaite.
— Tu m’as pas dit ce qui s’est passé entre cet homme et toi, demanda Moktar avec une curiosité bienveillante.
La gorge nouée, Arnaud marqua un instant d’hésitation.
— Moktar, je ne connais pas bien la vérité sur le sale tour que m’a joué ce triste individu, mais je peux te faire confiance et te dire ce que je sais… Je ne peux pas entrer dans les détails… Faut pas que tu me le reproches… Ça serait trop long et pénible à raconter. Les faits remontent à cinq ans quand j’étais prof de français dans le collège où travaillait Mardani. Il était mon patron et je le rends responsable de la mort de celle qui était ma petite amie, dans des circonstances bizarres…
Arnaud étouffa un sanglot. — Je pense que tu l’aimais beaucoup…, dit Moktar posant une main sur l’épaule de son ami. — Oui, et cette ordure doit payer… On était loin de midi. Le soleil déjà haut dans le ciel griffait d’or les toits blancs en terrasses de la capitale. Moktar jeta un œil sur son bracelet-montre. — Dépêchons-nous un peu ! Yasmina est peut-être encore à son travail…
Ils firent une courte halte à l’entrée d’un petit magasin de vêtements où dans le demi-jour chatoyaient des étoffes. Moktar jeta un coup d’œil à l’intérieur et en ressortit aussitôt.
— Yasmina n’est plus là. Allons lui rendre visite.
Ils franchirent la porte Bab Chellah qui les plongea aussitôt au cœur de la médina. Arnaud prenait toujours un vif plaisir à se laisser emporter par le flot des passants déferlant dans les ruelles. Cette agitation était troublée de temps à autre par les cris syncopés des marchands, le dring-dring des clochettes d’un porteur d’eau ou lebalek d’un ânier signalant le passage de l’animal lourdement chargé. Ce monde quelque peu médiéval fascinait Arnaud. Ici, happé par les parfums d’Orient qui s’entremêlaient, il ne pouvait s’empêcher de s’arrêter devant l’échoppe
aux épices qui se déclinent toujours en petits dômes, d’une parfaite régularité. Il laissait entrer dans ses yeux le rouge ardent du piment, le jaune mordoré du safran, le gris de la cannelle aux reflets bruns. Cela suscitait en lui des désirs de peindre. La profusion de trésors que recélaient ces nombreuses cavernes d’Ali Baba l’émerveillait. Là, il s’étonnait de la richesse de l’artisanat marocain, de toute cette ingéniosité déployée, que des gestes humbles avaient puisée dans un lointain passé. La simplicité décorative des poteries rurales du pays berbère, la note ensoleillée des plateaux en cuivre ciselé ou damasquiné, le classicisme coloré des tapis de Rabat soulevaient son enthousiasme.
Moktar et Arnaud quittèrent la vieille ville imprégnée de ses bruits et de ses odeurs. Ils gagnèrent une rue calme où les maisons, dissimulées derrière leurs murs aveugles, enfermaient des vies secrètes, à l’écart du monde extérieur et des regards indiscrets. Moktar s’arrêta devant l’entrée d’une demeure surmontée d’un arc ogival en stuc rose, posé en saillie. Il poussa la lourde porte de bois sombre, suivi d’Arnaud. Ils parcoururent un long corridor peu éclairé qui donnait accès à un patio d’un seul niveau ouvrant sur les pièces. En son centre des perles irisées, retombant en pluie dans une vasque, émettaient un doux chuchotis. Ils pénétrèrent dans la salle de séjour dont le sol était décoré de zelliges bleus à motifs étoilés. Une porte s’ouvrit. Arnaud tourna son regard vers l’encadrement d’où surgit une silhouette enveloppée dans une djellaba à rayures blanches et noires. L’homme de petite taille, le visage creux et la calotte de coton gris sur la tête, s’avança vers les nouveaux arrivants. La main sur le cœur, Moktar salua le maître des lieux en s’inclinant avec beaucoup de respect.
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