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Vers nos vies

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Un père et son fils. Ils vont enfin se rencontrer. Pourtant ils se connaissent depuis longtemps. Croisés serait peut-être plus juste. Il manquait l'intime,l'épaisseur, l'âpreté. Celle des combats que la vie nous pousse à mener. La vieillesse et la maladie sont passées par là. Les années de couple aussi. Sans oublier les voisins, les amis. Et ce lac tout autour. Ce lac qui va rugir comme un souffle furieux au-dessus de cette société vulnérable. Rugir et tout emporter. Dans un style condensé, vif et alerte, l'auteur nous entraine dans un roman où les vies s'entremêlent. Elles jeteront  un regard parfois acerbe, parfois drôle et poétique sur les relations humaines. Mais un regard toujours tendu vers un avenir en commun porteur de rage et d'espoir.
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Vers nos vies
© Richard Dubourg, 2017
ISBN numérique : 979-10-325-0109-2
Courriel : contact@laboutiquedesauteurs.com
Internet : laboutiquedesauteurs.cultura.com
Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
1. Un an après la mort de ma mère.
Mon père ne marchait plus. Ou ne voulait plus. Et c eci entraînait des frictions réciproques. Enfin parfois il se relevait de son fauteuil et j’a vais alors la très nette impression qu’il profitait de cet effet de surprise pour m’ens evelir davantage encore sous ma montagne de problèmes. Pourtant devrais-je encore le soupçonner d’une quelconque volonté ? D’un simple éclair de conscience ? Lui qui me faisait penser un peu plus tous les jours aux derniers moments chevrotants et tremblants d’un Jean Paul II accroché au balcon du Vatican. « Aura-t-on la chance dans la famille de compter bientôt un saint ? » me demandait mains sur les hanches et la bouche pincée ma femme Lucie. « Suivra-t-il vraiment les traces de ton Saint-Père jusqu’au bout ? Est-ce que la presse encerclera la maison ? Dis-moi un peu Max tu crois que je vais pouvoir vendre les films du dernier Noël ? Est-ce que tu crois que la foule se les arrachera ? Hein dis-moi un peu chéri, tu crois que cette situation va nous anoblir d’une manière ou d’une autre, qu’elle va nous permettre à nouveau de baiser comme des lapins ? Regarde-moi bien Max, réellement , est-ce que je dois faire mes valises ?
2. Deux ans après la mort de ma mère.
Fallait bien s’en douter, les miracles n’existaient pas. Les causes perdues l’étaient définitivement. À peine des sursis parfois. Pas davantage. Oh ! Bien sûr demeurait encore le témoignage de ces gens racontant l’histoire de c et homme marchant sur l’eau où rendant la vue aux aveugles. Mais il y a si longtemps. Circulaient encore des légendes de poissons multipliés, de paralytiques courant les 110 mètres haies. On entendait encore de sourdes rumeurs évoquant des pestiférés guéris et des mers s’ouvrant en deux. Mais qui avait encore intérêt à entretenir un quelconque espoir ? Qui ? Toutefois ce genre de fables n’impressionnait pas vraiment mon père. Beaucoup plus pragmatique. Seuls les faits et les statistiques comptaient. Alors quand son neurol ogue le docteur Acquaviva par un matin gris acier lui brossa le portrait de sa fin de vie, il regarda ma mère. Dans les yeux de celle-ci passèrent tous les plus beaux contes de fées, tous les mythes extraordinaires que la littérature et les magiciens avaient enfantés. S on cœur battait encore au rythme des exploits d’Ulysse ou de Jason ramenant la toison d’or. Elle lui serra la main. Il savait bien que la réalité finirait toujours par montrer sa fac e noire. La boîte de Pandore venait de s’ouvrir. Les fléaux s’invitaient au bal.
Aquaviva. Docteur Acquaviva. « Eau vive » bordel. « Eau vive ». Les Hommes sont des salauds.
3. Du côté de chez nous.
Cet après-midi-là je ne travaillais pas. Je devais donc allait chercher nos deux filles à l’école primaire du quartier. Louise et Lola, un an d’écart. De grandes questions pour la première, un accident pour la seconde. Pour certain s couples l’envie d’avoir des enfants est naturelle. Tellement naturelle que le fait même de se poser la question, d’en avoir ou pas, jette immédiatement un discrédit sur leur avenir. Une trahison à leur projet de vie qui ouvrirait inévitablement le chemin à toutes les dérives possibles.
Lucie et moi voulions des enfants. Comme des maçons montant des murs porteurs nous considérions que notre vie à deux serait conso lidée par des biberons à préparer et des couches à changer. Et puis l’univers entier rêvait de progéniture. La France battait des records de fécondité. Son taux explosait. Le plus fort en Europe. Mais cela ne suffisait pas. Cela ne suffisait pas pour empêcher le gouvernement de fermer des maternités. Il fallait en plus regrouper toutes ces mères allaitantes. Fer mer des maternités non productives devenait la règle. Construisons des usines à bébés. Tel était le mot d’ordre. Bientôt nous verrions apparaître des multinationales à bébés. Des délocalisations d’usines pour enfants fabriqués ailleurs et à moindre prix verraient le j our. Le marché s’emparera de cette nouvelle marchandise. Internet proliférera d’enfants à vendre. Chacun d’entre nous pourra choisir la couleur et l’âge. Des sociétés s’enrichiront grâce à des enchères toujours plus élevées, toujours plus folles. Des foules de couple s stériles pleureront, supplieront, exhorteront le Grand Marché de leur donner cette joie ultime qu’elles espéraient tant. Elles seront prêtes à s’endetter auprès des banques. À contracter des crédits sur vingt ou trente ans, à s’ouvrir les veines pour le prime time du samedi soir. Les plus désireux harcèleront des familles choquées pour cloner leur enfant mort sous couvert d’anonymat et de fortes sommes d’argent. Mais l’anonymat ne résistera pas longtemps à la pression médiatique si gourmande et si asservie au médiocre et au sensatio nnel. Mais ça payera bien et finalement tout le monde sera ravi de cette situation. On pourra continuer à construire des usines et se reproduire en toute tranquillité. Les campagnes sans école ni maternité se videront pour devenir des parcs de loisirs alors que les villes exploseront. — Papy va nous amener au manège tout à l’heure ?
— Lola ma chérie papy ne va pas venir aujourd’hui il a mal à la tête.
Je sentais ma fille attristée par cette nouvelle. Tous les mardis soir son grand-père venait la chercher pour lui offrir plusieurs tours sur le vieux carrousel. Louise en profitait, elle aussi, pour manger une barbe à papa à deux euros pièce. Les enfants ont besoin de rituels, de repères. Les adultes aussi. Ainsi cette sortie du mardi avait pris au cours des derniers mois la couleur de la rémission. Mes paren ts venaient voir les filles comme en pèlerinage apportant, tels les rois mages, des offr andes sans cesse renouvelées. Ils croyaient alors suivre la bonne étoile. Celle d’un berger accueillant qui panserait leurs plaies. Simple illusion bien sûr. Des connexions di sparaissaient, un regard se métamorphosait, des membres s’engourdissaient.
— Papy a mal à la tête ?
— Oui Lola c’est ce que je viens de dire.
Mon nez clignotait-il ? Les enfants d’aujourd’hui o nt-ils des détecteurs de mensonges intégrés ? Sont-ils programmés pour nous prendre pour des imbéciles dès leur naissance ? Souhaitent-ils sérieusement voir leurs parents se pendre au bout d’une corde ? Je pose la question, non mais franchement n e faut-il pas raisonnablement continuer à fermer les maternités ?
4. Une demi-heure après la mort de ma mère.
D’une main me demandant d’approcher, le proviseur i nterrompit mon cours. Quelques mots. L’air grave. Et puis tout s’est précipité : le coup de téléphone, la voiture, les feux grillés, les tramways évités de peu, les longues allées remontées comme dans un brouillard, les klaxons, les doigts tendus, les clignos oubliés et enfin les gyrophares. Les gyrophares comme des étoiles rouges et bleues qui s ignifiaient la fin de ma course. Encore les pompiers sur place avec la circulation a rrêtée dans les deux sens, et moi penché sur le corps inanimé de ma mère.
Elle me semblait un peu pâle et à la fois reposée. La course contre la montre venait de s’achever dans un mur de pierres avec son capot retroussé comme un animal sauvage prêt à vous sauter à la gorge. C’est le cœur qui avait lâché. Brusquement. Soudainement. De quoi vous laisser les bras ballants et le regard rempli d’interrogations. De quoi demander d’une petite voix « c’est fini, vous êtes sûr c’est déjà fini ? » comme un générique d’un film qui nous surprend de manière absurde et ironique.
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