Vice caché

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Los Angeles, 1970. Doc Sportello est un détective privé d’un genre particulier : il vit sur une des plages de la ville, est un adepte du joint bien roulé, et, à l’occasion, du trip intersidéral à l’acide. Avec son meilleur ennemi, le flic Bigfoot, il enquête sur l’étrange disparition du milliardaire et homme d’affaires Mickey Wolfmann. Tous deux ont de bonnes raisons de tirer au clair cette intrigue, d’en avoir peur, de se perdre en route pour mieux rebondir à grand renfort de bananes glacées ou de marie-jeanne colombienne. Il faut dire que quelques coups de massue donnés par l’Histoire en marche ont fini de détraquer la Californie et de torpiller le rêve hippie : les émeutes du quartier de Watts à Los Angeles, en 1965, ont crispé les esprits et les tensions raciales se sont exacerbées, les assassinats commandités par Charles Manson ont créé un profond traumatisme, sans compter la guerre du Vietnam qui a ramené en ville une jeunesse paranoïaque et détruite.Ce polar détourné, aux rebondissements rocambolesques, s’appuie sur une multitude de personnages déjantés avec, comme toujours, un fond musical au son du ukulélé. Pynchon nous offre une nouvelle fois un roman jubilatoire avec un art très aigu du dialogue et des digressions dans l’intrigue.Traduit de l’anglais (États-Unis) par Nicolas Richard
Publié le : samedi 25 janvier 2014
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EAN13 : 9782021158229
Nombre de pages : 352
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VICE CACHÉ
D U M Ê M E A U T E U R
Aux mêmes éditions
V roman, 1985 et « Points », n° P812
L’Homme qui apprenait lentement nouvelles, 1985 et « Points », n° P1745
Vente à la criée du lot  roman, 1987 et « Points », n° P773
L’Arc-en-ciel de la gravité roman, 1988 et « Points », n° P2459
Vineland roman, 1991 et « Points », n° P813
Mason & Dixon roman, 2001 et « Points Signatures », n° P1991
Contre-jour roman, 2008 et « Points Signatures », n° P2279
Fi c t i o n & C i e
T  o m a s P y n c  o n
V I C E C A C H É
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Seuil e 25, bd RomainRolland, Paris XIV
c o l l e c t i o n « Fiction & Cie » f o n d é e p a r D e n i s R o c  e d i r i g é e p a r B e r n a r d C o m m e n t
Nicolas Ricard remercie le Centre national du livre pour l’aide à la traduction qui lui a été accordée.
Éditeur original : Penguin Press, Penguin Group (USA) Inc., New York,  Titre original :Inerent Vice © homas Pyncon,   original : --5--
 : ---58-
© Éditions du Seuil, septembre , pour la traduction française
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Sous les pavés, la plage ! G, ,  1968
Un
Elle arriva par l’allée et monta les marces de derrière comme elle l’avait toujours fait. Doc ne l’avait pas vue depuis plus d’un an. Personne ne l’avait revue. À l’époque c’était toujours sandales, monokini à motifs fleuris, tee-sirt délavé de Country Joe & te Fis. Ce soir elle étaitcomplètement à la mode du plat pays, il ne se rappelait pas lui avoir déjà vu les ceveux si courts, elle ressemblait exactement à ce à quoi elle avait juré de ne jamais ressembler. «?C’est toi, Sasta » «Il croit alluciner.» «Juste le nouvel emballage, j’imagine.» Ils se tenaient dans la lumière du réverbère qui pénétrait par la fenêtre de la cuisine, à laquelle il n’avait jamais vraiment vu l’intérêt d’accrocer des rideaux, et ils écoutaient le grondement sourd du ressac qui venait du bas de la pente. Certaines nuits, par bon vent, on entendait le ressac dans toute la ville. «J’ai b’soin de ton aide, Doc.» «? juste comme un boulotTu sais que j’ai un bureau maintenant normal et tout ça ?» «J’ai regardé dans l’annuaire, failli me pointer à l’adresse. Mais ensuite je me suis dit que c’était mieux pour tout le monde que ça ressemble à un rendez-vous secret.» Bon, rien de romantique ce soir. Pas de bol. Mais ça pouvait encore être un plan rémunéré.«Quelqu’un t’a à l’œil ?» «Je viens de passer une eure sur les petites routes pour ne pas me faire repérer.» «Une bière, ça va ?»Il alla au frigo, prit deux cannettes dans un carton qu’il gardait au frais, en offrit une à Sasta. «Il y a ce type, là», était-elle en train de dire. Évidemment qu’il y en avait un, mais pourquoi s’en émouvoir ? S’il avait toucé une petite pièce à caque fois qu’il entendait un client 9
         commencer comme ça, il pourrait être à Hawaii à l’eure qu’il était, défoncé jour et nuit, à profiter des vagues de Waimea ou, encore mieux, à engager quelqu’un pour en profiter à sa place…«Un gentleman de men-talité bien-comme-il-faut», fit-il dans un sourire rayonnant. «Bon, Doc. Il est marié.» «Donc un problème… d’argent.» D’un geste de la tête elle repoussa des ceveux inexistants et fronça les sourcils, l’air de direet alors. Cool pour Doc.«?Et l’épouse – elle a entendu parler de toi » Sasta oca la tête.«Mais elle a aussi quelqu’un. Sauf que ce n’est pas juste le truc abituel – ils manigancent une sale petite combine.» «Pour se tirer avec la fortune du cer mari, ouais, je crois avoir entendu dire que c’était déjà arrivé une ou deux fois à L.A. Et… tu veux que je fasse quoi, exactement ?»Il trouva le sac en papier dans lequel il avaitrapporté son dîner à la maison et fit mine de s’occuper en griffonnant des notes dessus, parce que malgré l’uniforme de nana bien-comme-il-faut, le maquillage censé donner l’impression qu’elle n’avait pas de maquillage ou autre, voilà que se pointait le bon vieux braquemart des familles que Sasta était si douée pour provoquer à un moment ou à un autre. Est-ce que ça finira un jour, se demanda-t-il. Bien sûr que oui. C’était fini. Ils allèrent dans la pièce de devant, Doc s’allongea sur le canapé, Sasta resta debout et se mit en quelque sorte à dériver dans la pièce. «Le truc, c’est qu’ils veulent me faire entrer dans la combine», dit-elle. «Ils pensent que c’est moi qui peux l’atteindre quand il est vulnérable, pour autant qu’il le soit.» «À poil et endormi.» «Je savais que tu comprendrais.» «?Tu en es encore à te demander si c’est bien ou mal, Sasta » «Pire que ça.»Elle le transperça de ce regard dont il se souvenait si bien. Quand il se souvenait.«Jusqu’où faut-il que je lui sois loyale.» «J’espère que ce n’est pas à moi que tu poses la question. À part les banalités qu’on doit à ceux qu’on baise couramment —» «Merci, ce Cer Abby a dit à peu près la même cose.» «Sensass. Émotions mises à part, donc, voyons pour l’argent. Quelle part du loyer paye-t-il ?» «La totalité.»Un bref instant, il aperçut le sourire rebelle de naguère, les yeux plissés. «?Ça fait un beau paquet » «De quoi abiter Hancock Park.» Doc sifflota les premières notes deCan’t Buy Me Love, ignorant l’expres-10
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