Villa sul lago

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Ce matin-là, maman était partie faire de la voile sans rien dire à personne. Au même instant, papa poussait ses ultimes râles sur le carreau de la salle de bains. Un mauvais coup à la mâchoire, et qui saignait beaucoup. Les bords du lac de Côme ont beau jouir d’une lumière cristalline sous les derniers feux de l’été, la vie des gosses de riches se transforme assez aisément en horreur. Voilà que le commissaire Martinelli, « après analyse des matières fécales du cadavre », assigne à résidence le fiston, aussi longtemps que durera l’enquête. Tous les autres se sont débinés, Tante Mina, maman, les cousins. La villa n’est pas chauffée. Alors, tout en faisant flamber les éditions rares et les tableaux, notre suspect n°1 s’en donne à cœur joie et lâche le morceau, dans un récit hargneux, follement drôle et sacrilège, où l’on découvrira les mœurs et coutumes de cette peuplade encore très mal connue : la haute bourgeoisie italienne déjantée.
Publié le : vendredi 25 juillet 2014
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EAN13 : 9782021187366
Nombre de pages : 222
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VILLA SUL LAGO
SACHA KETOFF
VILLA SUL LAGO
r o m a n
ÉDITIONS DU SEUIL e 25, bd RomainRolland, Paris XIV
ISBN9782021199284
©ÉDITIONS DU SEUIL,AVRIL2001
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Pour Dominique Noguez, qui a porté cet ouvrage à bout de bras sur les fonts baptismaux
Per Mimì
I
Je ne connais pas les grades, je n’ai pas fait mon service militaire. Je suppose que le policier avec les barrettes métalliques aux épaules et les étoiles sur la casquette est un officier. Il porte une chemise bleu clair à manches courtes impeccablement repassée. En entrant dans le local il a accroché sa casquette au porte manteau, m’a fait signe de m’asseoir en face du bureau recouvert de formica façon bois, puis l’a contourné sans rien dire. Il fait chaud, un néon reste allumé malgré le soleil qui inonde la pièce. Je jette un coup d’œil par la fenêtre, de l’autre côté de la cour on a peint l’emblème de la Répu blique italienne : une étoile dans un engrenage entouré de lauriers. Nous sommes seuls, tout est propre, on pourrait se croire dans un hôpital à part l’odeur de tabac qui émane du cendrier en verre dans lequel sont écrasés deux mégots à filtre orange. L’homme a un léger accent tessinois ; il range machi nalement un stylo qui traîne et me regarde dans les yeux. – Vous avez appelé l’ambulance à dixsept heures
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V I L L A S U L L A G O
vingtdeux, d’après la main courante des urgences de Garbisio. Le médecin qui s’est rendu sur place nous a affirmé qu’il avait fallu environ vingtcinq minutes pour parcourir le trajet et que vous lui aviez précisé qu’il n’avait pas besoin de mettre son gyrophare, ni d’enclen cher la sirène. C’est vous qui avez téléphoné ? – Oui, c’est moi. Mon frère était au chevet de notre père, il a crié par la cage d’escalier qu’il fallait faire vite ; j’étais en bas, près de la rampe, j’allais monter. L’officier compulse des feuilles dans un dossier rose saumon. Mon nom y est écrit, en capitales, au feutre. – Arrivé sur place le docteur Biagiotti constate que le malade est à l’agonie et qu’il ne peut plus rien pour lui. Il le certifie dans son compte rendu. Dix minutes après, il rédige l’acte de décès. D’accord ? Il le dit sans lever ses yeux du dossier, rapidement, d’un ton agacé. Je fais un signe de la tête. – D’après le fax de votre frère, votre père souffrait d’un cancer, bien soigné à ce qu’il semble, et devait retourner à l’hôpital début septembre, à Villejuif. (Il fait un effort pour prononcer correctement ce nom étran ger et me regarde, apparemment ravi de sa prestation.) Vous affirmez que, la veille, il avait pris un médicament car il souffrait des jambes et avait du mal à marcher. – C’est ma mère qui me l’a dit. – La nuit précédant son décès, il a été malade. Vous ne vous en êtes pas rendu compte ? – Non. J’étais mort de fatigue et j’ai dormi profon dément. – Et le lendemain matin ?
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