Walter

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Walter est un jeune garçon solitaire et taciturne. À dix ans, il a déjà dévalisé la bibliothèque municipale. Quand il n'est pas flanqué de ses deux nigauds d'amis Josselin et Ferréol, il s'absorbe dans l'écriture d'une pièce de théâtre dont il énumère les personnages hauts en couleur, mais qui ne dépassera jamais la scène 1. Adolescent, c'est dans la rédaction d'aphorismes humoristiques et maladroits qu'il épanche son amour pour la belle Sacha. Hélas, elle lui en préfère un autre. Wlater se lance alors dans l'écriture d'une correspondance amoureuse entre Josselin et Ferréol, tandis que ces deux-là batifolent dans les prés à l'insu de leurs mères. Mais la réalité s'invite dans l'univers de Walter sous la forme de Samantha, une jeune fille délurée qui déniaise Walter. Apprendra-t-il à vivre sa vie au lieu de l'écrire? Vous le saurez en lisant la suite des (més)aventures de Walter, Samantha, Josselin et Ferréol...
Un récit d'initiation pris à contre-pied, avec beaucoup d'humour et de fantaisie.
Publié le : jeudi 13 mars 2014
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EAN13 : 9782072532702
Nombre de pages : 160
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EDITIONSJOELLELOSFELD Littérature française
Du même auteur chez le même éditeur :
Pfff, 2011.
Walter
COLLECTION DIRIGÉE PAR JOËLLE LOSFELD
Illustration de couverture : D’après photo © Brilt / GettyImages.
© Éditions Gallimard, 2014.
ISBN : 978-2-07-253268-9
Hélène Sturm
Walter Roman
ÉDITIONSJOËLLELOSFELD
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Un jour d’avril, peu de temps avant son treizième anniver-saire, Walter commence une pièce de théâtre. Il n’a pas écrit grand-chose, avant cela, quelques rédactions pour lesquelles son professeur a regretté qu’on ne puisse pas dépasser une note de 20 sur 20 d’au moins trois ou quatre points, tant ses consi-dérations imagées sur les dimanches pluvieux, la marchande de sable et son bagage à roulettes, la pisseuse de Picasso, le Petit et le Grand Albert, le rut des libellules et le défilé des chenilles processionnaires le 14 Juillet sont drôles et surpre-nantes. Cependant, comme il n’est pas bavard et que, dans le meil-leur des cas, la repartie arrive trop tard, personne ne le célèbre pour son sens du dialogue. Il a fait le tour, pourtant, du rayon théâtre de la bibliothèque municipale dans son intégralité, sauf les dernières tragédies de Voltaire. Il a dans son cartable une autorisation écrite de sa mère lui accordant le droit de tout lire en la matière, y compris et surtout Sacha Guitry et Les ThesmophoriesIl fréquente avec plus de d’Aristophane. constance la bibliothèque que l’école. Ses professeurs, celle de français surtout, ferment les yeux, après les avoir levés au ciel. Ils n’ont aucune prise sur ce personnage qui montre des
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facilités déconcertantes à rendre très inconnue une équation, à déshabiller une grenouille de sa peau comme s’il s’agissait d’une princesse, à faire en alexandrins un devoir de physique. Walter ne s’exprime pas beaucoup sur ce qui déclenche chez lui cette envie de passer aux actes. Un haussement d’épaule, la droite, un sourcil levé, le gauche, sont les seules réponses aux questions imbéciles qu’on lui pose à ce sujet, car il a eu le malheur de dire, dans un moment de fatigue : « j’écris une pièce de théâtre » aux deux crétins qui lui servent de garde rapprochée. Ils veillent sur les pinces à vélo qu’il a tendance à perdre, portent son cartable quand il est enrhumé, font la queue au cinéma à sa place, lui donnent des cerises quand c’est la saison. Ils ont, eux, des cerisiers dans leur jardin. Pour commencer, il cherche un titre. Cela dure plusieurs endormissements, car c’est là, sur la pente du sommeil, que les mots lui viennent avec un genre de simplicité très agréable, même si, et il n’est pas assez idiot pour ne pas s’en aperce-voir, les titres qu’il trouve sont d’une bêtise proche de la perfec-tion. Il les abandonne donc sur le chemin du sommeil, et les retrouve au matin, petits cailloux sans importance qui ont, un temps, fait semblant d’être des pierres précieuses. Comme il n’en est pas encore à travailler sur une feuille blanche avec une plume amicale – ce sera, le moment venu, la pointe Bic verte qui a perdu son cabochon à force d’être mordillé, il aime son goût –, il n’en tient pas la liste. Mais, longtemps après, il pourra encore se les réciter, s’il veut, s’il a envie ou besoin de refaire un bout de chemin avec le gamin qu’il n’a pas tant aimé être :
L’ours et la coccinelle La corde et le pendu Pas ce soir
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Pourquoi moi On ne peut pas tout dire à sa mère La petite princesse ne porte pas de culotte (c’est son préféré) Douze heures de la vie d’Ulrich(s’il avait eu le choix, il aurait aimé s’appeler Ulrich) Les marionnettes parlent quand la nuit tombe sans tirer sur la ficelle(c’est un peu long) La flèche et le carquois La petite princesse monte à cru La petite crevette monte l’hippocampe à cru C’est rose et c’est mouillé (on eût dit une devinette d’emballage de chewing-gum) !Passez votre chemin, godelureau
Celui-ci lui vient alors qu’il a failli renverser une vieille dame sur un passage piétonnier. Il ne l’a pas vue. Souvent les vieilles dames sont invisibles. Souvent, elles marchent plus lentement que leur ombre. Il a l’impression de la traverser comme un nuage. Elle se redresse et lui balance cette injonc-tion à la Zévaco (il a lu, aussi, tout Zévaco), et c’est cette phrase, sa cape et son épée, qu’il choisit finalement. Il prend un cahier neuf, assez épais, à petits carreaux, il colle sur la couverture rouge une étiquette de pot à confiture portant le titre, et, dessous, son nom. C’est très joli. Puis, il invente des personnages et les nomme, il leur donne un visage, une silhouette, une corpulence, une voix, et les situe dans l’espace et dans le temps. La première liste de protagonistes est très longue. Il l’a écrite au fur et à mesure que les noms lui venaient, et pas vraiment dans l’ordre de leur entrée en scène parce que l’histoire, il n’en tient pas encore le fil et, se dit-il,
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ils la trouveront, eux, l’histoire. D’un autre côté, il sait déjà, il a lu Pirandello, que les personnages qui prennent le pouvoir sèment le bordel assez vite dans les dispositifs souhaités par l’auteur, et il entend bien être l’auteur de « Passez votre chemin, godelureau ! ». Si la gloire vient, elle sera pour lui d’abord, et pour eux après seulement. Il va devoir leur montrer qui sera le chef, de bout en bout, et dans les moindres détails. C’est avec une certaine méfiance qu’il les a alignés les uns sous les autres :
– Évidemment bien sûr : un cheval, noir et gentil – Mme Jézabel : une concierge, grosse et méchante – Jules Ferry : le fantôme d’un ministre – La petite princesse Asticote : une princesse petite et délurée – La grande princesse Culotte : la même, quelques années plus tard – Le Jabot : un petit marquis, stupide et maquillé e – La dame du 3 : une dame, triste et bien habillée – Edmond Dentu, un prisonnier en cavale, maigre et affamé – Crozes et Hermitage : des valets rouges et ventrus – Le prince Bleuciel : un petit prince intelligent et plein d’esprit – Le prince Bleunuit : le même quelques années plus tard – Palindrome : un roi aux dents couronnées d’or – Palimpeste : son épouse, une reine couverte de tatouages – Épanoëlle : leur fille, une pimbêche aux longues oreilles
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