Wildcat Play

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Ann Whitehead a plaqué son boulot de critique de cinéma pour se faire embaucher... sur une tour de forage pétrolier. Tout va pour le mieux jusqu'au jour où Kenny, l'un de ses coéquipiers, est assassiné. Après Terminus Hollywood, le deuxième volume des aventures d'Ann Whitehead.
Publié le : vendredi 10 janvier 2014
Lecture(s) : 27
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782743627225
Nombre de pages : 398
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Écœurée par l’hypocrisie d’Hollywood, Ann Whitehead plaque son boulot de critique de cinéma et se fait embaucher… sur une tour de forage pétrolier dans le sud de la Californie. Tout va pour le mieux jusqu’au jour où Kenny, l’un de ses coé quipiers, est retrouvé mort. La police conclut à un accident mais personne n’est dupe. Surtout pas Ann, reprise par le démon de l’enquête. Aidée par son ami Doug, inspecteur au LAPD, elle fait remonter de vilains secrets à la surface. Dans le milieu du pétrole, on ne se fait pas de cadeaux.
Helen Knode est née à Calgary. Après avoir travaillé comme critique de cinéma à Los Angeles, elle s’est lancée dans la fic tion avecTerminus Hollywood.Wildcat Playest son deuxième roman.
« Je suis tombé amoureux des gens, des lieux et de presque tous les mots du livre. Avec Helen Knode, on pense que tout est facile, et c’est ça le plus dur à réussir. » Michael Connelly
Du même auteur chez le même édîteur
Terminus Hollywood
HELEN KNODE
Wildcat Play
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Marion Roman
RIVAGES/THRILLER Collection dirigée par François Guérif
RIVAGES
1
À l’întérîeur de la statîon-servîce Kwîk Gas, le nez collé à la vître, j’éclataî soudaîn de rîre. À deuX heures du matîn, n’er-raîent plus dans les rues de Wîlson que des pîlîers de bar faîsant la fermeture, des camés et des flîcs. Une voîture de polîce se garaît le long du trottoîr d’en face. Un agent en sortît pour îns-pecter le poîvrot quî gîsaît au pîed des locauX du journal. Qu’est-ce que je fîchaîs là ? J’avaîs quîtté Los Angeles et emménagé chez un vîeîl amî de la famîlle à Wîlson, une petîte vîlle pétrolîère au nord de la vallée de San Joaquîn, derrîère les montagnes. Là, mon eXpé-rîence de journalîste et crîtîque de cînéma ne m’avaît servî qu’à une chose : soulever une vague de méfîance généralîsée. Hîstoîre d’aggraver mon cas, j’étaîs prête à accepter n’împorte quel job mînable payé des cacahuètes, alors que j’étaîs recom-mandée par une seule personne, certes, maîs pas des moîndres : Joe Balch luî-même, eXcusez du peu ! Joe étaît non seulement une vraîe star à Wîlson maîs encore le prîncîpal employeur local. Décîdément, c’étaît louche. Enfîn, la veîlle, le gérant du Kwîk Gaz avaît fînî par m’embaucher pour faîre les nuîts. Ce soîr-là, je débutaîs. Une berlîne défraïchîe approcha et se gara. Dans un sîège auto sur la banquette arrîère, un bébé dormaît.
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La conductrîce portaît une chemîse de nuît et une parka. Elle entra et acheta pour cînq dollars d’essence et un paquet de cîgarettes. J’avaîs rapîdement renoncé à sourîre ou à saluer les clîents ; je me contentaî de l’encaîsser et d’actîonner la pompe qu’elle m’îndîquaît. Un pleîn et des cîgarettes. Une vente dont je déclînaîs des varîantes depuîs le début de la soîrée. Tantôt c’étaît un pleîn et de la bîère, tantôt un pleîn et des bonbons, tantôt un pleîn, de la bîère et des bonbons. Parfoîs, on me pre-naît en plus un bîdon d’huîle de moteur ou une bouteîlle de laît. On ne venaît pas chez Kwîk Gas pour faîre la causette. Surtout après mînuît. La clîente démarra et je reprîs mon poste près de la fenêtre. Un sourîre auX lèvres, je tapotaî mon reflet. Ann Whîtehead. J’avaîs roulé ma bosse de Calgary à Los Angeles en passant par Parîs. Et ma vîe, à trente-cînq ans, étaît un champ de ruînes. Un an plus tôt, j’avaîs découvert dans la dépendance que j’habîtaîs derrîère une vaste proprîété de Hollywood Hîlls le cadavre d’une femme assassînée. Et aussîtôt décîdé de fourrer mon nez dans l’enquête de la polîce de Los Angeles, m’éprenant au passage de l’enquêteur Douglas Lockwood. Bîlan, outre que j’avaîs faîllî y laîsser ma peau : troîs morts sanglantes (j’étaîs auX premîères loges) et un scandale polîtîque. Après, j’avaîs plaqué mon boulot super-tendance de journalîste de cînéma parce que le cîné et la tendance, j’en avaîs soupé, et j’en conservaîs un arrîère-goût amer. Sans projets d’avenîr, j’avaîs vécu un temps sur mes économîes. Puîs j’avaîs vendu mon ordînateur portable et ma voîture pour me payer à manger. Bîentôt, je ne possédaîs plus que le contenu d’une valîse ; je vîvaîs en campîng. Je squat-taîs le canapé d’une copîne et peînaîs de plus en plus à déclîner l’offre de Doug, quî me tannaît pour que je m’înstalle chez luî, quand Joe Balch m’avaît convoquée à Wîlson. Joe et sa femme
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Alîce étaîent des amîs de mes grands-parents, je les connaîs-saîs avant même d’être née. Je m’approchaî de la vître pour eXamîner mon vîsage de plus près. Je le dîstînguaîs mal à cause des lumîères du magasîn derrîère moî. J’avaîs bîen mérîté le cataclysme quî s’étaît abattu sur moî, et îl me semblaît que j’en ressortaîs grandîe. Cette eXpérîence eXtrême m’avaît également redonné un coup de fouet, et ça se voyaît. Non pas qu’elle m’eût embellîe. Physîquement, je restaîs la même qu’un an auparavant : pas canon maîs pas mal dans le genre petîte et sportîve. J’avaîs toujours la mâchoîre à l’îmage de ma personnalîté – un peu trop forte. Mes cheveuX bruns bouclaîent un peu plus, peut-être… Surtout, mes yeuX bleus, restés longtemps ternes et vîdes après les événements, avaîent retrouvé leur étîncelle. Une sacrément bonne nouvelle ! Le plus dur étaît derrîère moî. Psychîquement, surtout, je me sentaîs enfîn requînquée, et mon sens de l’humour aussî s’étaît rétablî. C’étaît ça, la clé : j’avaîs retrouvé le goût de m’amuser. Un vrombîssement capta mon attentîon. Je scrutaî la rue : un semî-remorque chargé de tîges de forage fonçaît vers l’est. Il devaît aller à Bakersfîeld. Je le suîvîs des yeuX jusqu’à ce qu’îl dîsparaîsse à l’horîzon et repensaî à une scène deBoulevard du crépuscule, l’un de mes fîlms préférés. C’est la nuît de la Saînt-Sylvestre et Joe Gîllîs vîent de com-prendre que Norma Desmond est amoureuse de luî. Ils sont tous deuX alanguîs sur un dîvan de la salle de bal prîvée de Norma. Elle luî a acheté un étuî à cîgarettes en or maîs îl proteste, elle l’a déjà trop gâté. Norma ne voît pas où est le problème : elle roule sur l’or ! Glorîa Swanson le dît de façon théâtrale, la tête rejetée en arrîère, battant l’aîr de la maîn d’un aîr blasé : « Je suîs rîche. » Puîs elle dresse l’înventaîre de sa fortune, lîstant ses dîfférents învestîssements, et conclut sur ces
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mots : « J’aî de nombreuX puîts à Bakersfîeld, du pétrole, du pétrole, du pétrole. » Elle ponctue chaque « pétrole » d’un de ces moulînets las du poîgnet ; à la fîn, elle lève même la jambe et bat mollement la mesure. Je l’îmîtaî et déclamaî à haute voîX en battant la mesure avec mon pîed : « Du pétrole, du pétro… – Ouvre ta caîsse et aboule le frîc. » Je me fîgeaî. On me braquaît une arme dans le dos. Le type portaît des lunettes noîres et, à en juger par son reflet dans la vître, une perruque. « Vîte ! » La colère monta en moî sî vîte qu’elle faîllît m’étrangler. Un braquage, pour mon premîer soîr ? « Pas questîon ! » J’avaîs faît volte-face et, d’une claque bîen sentîe sur son avant-bras, je l’avaîs désarmé. Son arme alla atterrîr dans une allée et je contournaî rapîdement le comptoîr. « Tîre-toî ! Tîre-toî !Tiretoi ! » Désarçonné, l’autre se mît à reculer. Je le poussaî vers la sortîe. « Trouve du boulot, espèce de raté ! Le secteur pétrolîer est en pleîn boom ! Le prîX du pétrole n’a jamaîs été aussî haut ! » Sa manche se prît dans le coîn d’une étagère et îl se retourna vîvement. J’en profîtaî pour luî fîler un coup de pîed dans le tîbîa, ouvrîr la porte en grand et le propulser sur le parkîng. « Les compagnîes de forage embauchent ! Les compagnîes de servîces embauchent ! Western Well embauche ! Hallîburton embauche ! Balch embauche ! » Il trébucha sur le trottoîr, en perdît ses lunettes noîres, se rétablît tant bîen que mal. Je ne vîs pas plus que luî les deuX flîcs quî faîsaîent le pleîn à la pompe. Je m’époumonaîs et l’autre détalaît quand, d’un coup, îls surgîrent de l’obscurîté.
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« On ne bouge plus ! » crîèrent-îls et, en quatre secondes chrono, îls l’avaîent stoppé dans sa course, plaqué au sol, bras et jambes écartés, et menotté. Luî étaît trop sonné pour leur opposer une quelconque résîstance. « Il a essayé de me braquer ! » hurlaî-je. Les flîcs tournèrent la tête dans ma dîrectîon pîle au moment où mes genouX cédèrent. Je me laîssaî tomber lourdement sur le sol en béton. L’un d’euX accourut. « Ça va, madame ? » Je parvîns à hocher la tête et je me mîs à rîre. Sous l’effet de l’adrénalîne, je tremblaîs, je haletaîs, je transpîraîs. N’empêche, c’étaît comîque. Ce petît voyou m’avaît ouvert les yeuX : îl étaît temps pour moî de suîvre mon propre conseîl.
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