Zofia

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Sean est un écrivain à succès, mais depuis quelque temps son petit monde s'écroule : rupture douloureuse, scandale médiatique, inspiration envolée, dépression profonde. Il s'enferme dans la solitude avec l'espoir que plus personne ne viendra le déranger. C'était sans compter sur l'apparition d'une mystérieuse jeune femme qui va l'embarquer, bien malgré lui, dans une cavale inattendue qui les mènera jusqu'à Venise, la ville des illusions et des secrets.
Publié le : mardi 29 mars 2016
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EAN13 : 9791032500200
Nombre de pages : non-communiqué
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Sarah BOTTAREL

Zofia

 


 

© Sarah BOTTAREL, 2016

ISBN numérique : 979-10-325-0020-0

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Courriel : contact@laboutiquedesauteurs.com

Internet : laboutiquedesauteurs.cultura.com


 

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A ma mère, ma famille

 

 

 

 

 

Il y a bien les souvenirs, mais quelqu’un les a électrifiés et connectés à nos cils,

dès qu’on y pense, on a les yeux qui brûlent.

Mathias Malzieu

 

1 .
Sean Frost

 

— Écoute, c’est pas difficile, tu t’assois derrière ton ordinateur et tu m’écris une histoire ! Tu as jusqu’aux fêtes de fin d’année, c’est bien compris ? Allez, Sean, ressaisis-toi, insista Stephen Rice avant de raccrocher.

Comme si c’était si facile, tu parles ! Ben tu n’as qu’à l’écrire toi-même ton histoire !! pensa Sean, agacé.

Stephen Rice, l’éditeur de Sean, était un homme rangé, prévoyant, ponctuel, avec une vie carrée. Il ne laissait jamais rien au hasard et planifiait tout à l’avance. Alors, lorsqu’il avait apprit que Sean ne lui remettrait pas le manuscrit de son prochain livre, pour la simple et bonne raison qu’il ne l’avait pas encore écrit, alors qu’il avait déjà du retard, Stephen Rice entra dans une colère qu’il peinait à maîtriser. Il menaça ainsi l’écrivain de rompre leur contrat si celui-ci ne lui remettait pas son manuscrit avant la fin de l’année, sous peine de se trouver un nouvel éditeur.

Sean se laissa tomber dans son fauteuil et se massa les tempes. Une forte douleur lui vrillait la tête. Depuis quand n’avait-il plus écrit une ligne ? Cinq, six, peut-être sept mois ? Il n’y avait rien à faire, l’inspiration ne venait pas et il ne savait plus la chercher. Il se leva jusqu’à la cuisine ouverte qui donnait sur le salon, se servit un verre d’eau et avala une barrette d’anxiolytiques. Encadrée au mur, la plaquette peinte à l’aquarelle de la première de couverture d’un de ses romans, représentant une fillette face à un miroir déformé, semblait lui lancer un air de défi. « Le miroir à deux faces » était le premier livre qu’avait écrit Sean Frost, publié à ses 27 ans. Dès sa sortie, ce fut un véritable phénomène, lançant la carrière du jeune écrivain. Les quatre romans qui suivirent connurent le même succès. Mais bien vite, Sean ne trouva plus l’inspiration. Jusqu’à présent, il n’avait écrit que des romans d’horreur et de science-fiction. Ces genres lui plaisaient bien quand il était plus jeune, mais maintenant il s’en lassait. Les histoires qui font peur ne l’intéressaient plus. Il aurait voulu pouvoir écrire des livres à la fois romantiques et drôles, mêlant suspense et surnaturel à la perfection, à l’image de certains de ses auteurs préférés. Mais voilà, s’il avait cette envie depuis longtemps, il ne s’était jamais résolu à la mettre en pratique. Il avait bien essayé une fois pourtant, mais son livre avait été un tel échec commercial que plus de la moitié du stock avait dû être retourné au fournisseur, puis détruit. A croire qu’il n’était doué que pour faire frissonner d’effroi les lecteurs. Malheureusement, dans cette voie aussi ses histoires perdaient de l’intérêt. Mais ce qui l’empêchait d’écrire n’était pas tant l’inspiration qui lui manquait, que la rupture douloureuse à laquelle il avait eu à faire face. En effet, il y a à peu près 7 mois, Lucy Rowland, la femme de sa vie, enfin, celle qu’il croyait être la femme de sa vie, l’avait largué pour la simple et bonne raison que, selon ses dires, « leur histoire ne menait à rien et qu’elle commençait à s’ennuyer d’attendre qu’il se passe quelque chose ». Moins d’un mois après, Lucy faisait la une des magazines people au bras d’un chanteur nouvelle génération, de quelques années son cadet. Cette rupture avait été éprouvante pour Sean, qui avait tout fait pour la reconquérir, en vain. Arthur Conrad, son meilleur ami lui avait été d’un grand soutien et lui avait évité de sombrer dans la dépression et l’alcool. Déjà à l’époque Sean avait du mal à écrire et gagnait de moins en moins bien sa vie. Arthur répétait sans cesse que Lucy n’en valait pas la peine et qu’elle n’était qu’une de ces filles qui, pour se faire connaître, s’affichait au bras de célébrités. Son ami avait en effet toujours cru que Lucy n’était avec Sean que pour l’argent et la notoriété. Ainsi dès que la sienne avait baissé, elle s’était envolée vers le portefeuille d’un autre bougre qui se ferait avoir aussi. Pourtant, Sean avait longtemps cru que leur histoire aurait pu les mener quelque part.

Il n’avait peut-être pas été l’homme idéal, ni toujours satisfait le moindre de ses désirs, mais il avait fait de son mieux. Pendant les mois qui avaient suivi leur séparation, il ne parvenait pas à sortir de sa tête la silhouette de mannequin de son ex. Grande, élancée avec ses long cheveux blonds qu’elle coiffait souvent en tresse et qu’elle laissait retomber jusqu’au bas de son dos, ainsi que ses beaux yeux bleus, Lucy avait tout de la femme fatale, faisant chavirer le cœur des hommes et que jalousaient les femmes mariées. Sa carrière de mannequin avait commencé dès ses 16 ans. Elle avait posé pour les plus grands magazines et les plus grandes marques avant de tourner dans des spots publicitaires. Désormais, elle avait retrouvé l’amour, alors que Sean, lui, broyait du noir.

Driiing !

Sean fut tiré de sa rêverie par la sonnette de la porte d’entrée qu’il partit ouvrir. C’était Arthur qui venait prendre de ses nouvelles. Voyant que ça n’allait pas fort, il l’incita à sortir prendre l’air. Sean passait son temps à ressasser le passé, regarder la télé, lire des magazines sportifs et dormir. Il ne sortait plus, ne voyait plus personne, n’écrivait plus et ne prenait plus de bon temps.

— Allez, viens, je t’emmène faire un tour. De toute façon ce n’est pas en restant chez toi que tu vas la trouver ton inspiration, si seulement c’est bien ce que tu cherches !

— Qu’est-ce que tu veux dire par là ? Que je n’essaye pas ? Je n’y arrive plus c’est tout, il n’y a rien à faire.

— Alors quoi, tu vas laisser tomber ?

— Ça se pourrait.

— Tu n’as pas le droit de dire ça.

— Ah oui ? Et pourquoi ?

— Parce qu’écrire c’est toute ta vie. Tu racontes des histoires depuis que tu es tout petit. Déjà dans la cour de l’école tu en inventais pour nous faire peur et tous les profs étaient étonnés de voir la qualité de tes rédactions. C’est un don que tu possèdes, alors ne le laisse pas s’échapper.

Etonné de constater à quel point Arthur croyait en lui, Sean accepta de le suivre, à condition que ce soit lui qui conduise. Sean adorait conduire la vieille Rolls Royce bleu nuit que l’oncle d’Arthur avait légué à son petit neveu. Ils roulèrent jusqu’au front de mer où ils trouvèrent une place pour garer la voiture. Les deux amis firent ensuite quelques pas sur la plage et prirent leur repas du soir assis sur les rochers. Ils dégustèrent des sandwichs et un sachet de crevettes qu’ils avaient achetées à un Food truck. Comme à son habitude, Arthur raconta des blagues pour essayer de détendre l’atmosphère. Sean aimait beaucoup Arthur Conrad, pour qui il avait de l’estime. Pour ne pas le blesser, il souriait de temps en temps à ses propos, mais en vérité il ne les écoutait qu’à moitié. Arthur et Sean se connaissaient depuis qu’ils avaient six ans. Ils ne s’étaient retrouvés qu’une fois dans la même classe, car peu après Arthur avait redoublé, mais cela avait suffi à tisser les fils de leur amitié. Une amitié qui n’avait cessé de grandir depuis. Les parents du jeune Sean ne voyaient pas d’un très bon œil le fait que leur fils passe autant de temps avec Arthur car, selon eux « il n’était que le fils d’une dame de cantine ». Il est vrai que les deux garçons n’évoluaient pas dans le même milieu. D’un côté, Sean, vivait dans une grande maison avec des domestiques et un père avocat, tandis qu’Arthur avait été élevé par sa mère et sa grand-mère dans un petit appartement. Il n’avait par ailleurs jamais connu son père, qui avait abandonné sa mère avec un bébé qui venait à peine de naître. Arthur n’avait jamais cherché à retrouver cet homme qui avait tant fait souffrir sa mère et qui, visiblement, ne voulait pas de ce fils qu’il avait rejeté. Mais cette différence de classes sociales n’avait en rien affecté leur amitié. La famille d’Arthur invitait souvent Sean chez eux à dîner, alors qu’ils avaient tellement peu. Sean n’avait jamais été attiré par l’argent et ne s’en préoccupait pas. Ses parents en avaient tellement qu’ils ne savaient même pas quoi en faire. A quoi sert de posséder une telle fortune si elle dort au fond d’un coffre à la banque au lieu de profiter aux plus démunis ?

La mère d’Arthur avait travaillé d’arrache-pied pour offrir de grandes études à son fils, qui maintenant était infographiste. En grandissant, les deux jeunes garçons étaient restés très soudés, mais désormais, face à la tristesse de son meilleur ami, Arthur se sentait démuni.

Ne sachant plus trop quoi faire pour le sortir de sa solitude, il décida ensuite de l’emmener dans un bar sur la côte. Il était 21 h 45.

 

2 .
La nuit où je t’ai rencontrée

 

— Tu sais très bien que je n’aime pas ce genre d’endroit Arthur, dit Sean en entrant dans le bar.

— Arrête, cet endroit est cool, tu verras, ont va bien s’amuser. Il y a de la musique et le patron est un ami, ce sera chouette, laisse-toi aller.

Mais Sean n’était pas du genre à se laisser aller. Il regrettait déjà d’avoir accepté de suivre son ami. Ils s’installèrent au bar où Arthur prit un verre de whisky alors que Sean commandait une bière. A peine lui avait-on servi sa Corona qu’Arthur venait d’entamer la conversation avec un groupe de filles. Ah, Arthur n’était peut-être pas né avec une cuillère en argent dans la bouche, mais il avait l’éducation qui allait avec. A une époque aussi, Sean était un beau parleur et hésitait moins avant d’aborder une femme, mais il avait vite laissé tomber le côté BCBG. En revanche, il avait toujours été un grand romantique. Lorsqu’il avait rencontré Lucy pour la première fois, c’était chez un fleuriste pour la fête des mères. La jeune femme désirait des œillets roses, mais une jeune maman avec sa poussette venait d’acheter les dernières. Sean était alors allé voir Lucy et lui avait tendu les œillets roses, qui symbolisent la fascination, l’admiration et la beauté, que contenait son bouquet composé. Lucy l’avait remercié et l’avait invité à prendre un verre. Leur histoire venait de commencer.      

Une des jeunes femmes du groupe aguicha Sean sans aucune gêne. L’écrivain en mal d’idées essaya de faire abstraction de ses soucis, de suivre les conseils de son ami et de se «laisser aller» en tentant de rire avec cette femme. Mais elle n’était pas du tout son genre et était comme toutes ces femmes qui font tout pour ressembler à leurs idoles et qui perdent au fond leur identité.

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