Rosée de feu

De
Publié par

1944. Face à l’avancée des forces américaines dans le Pacifique, le haut-commandement de la Marine impériale japonaise applique une tactique de la dernière chance : engager ses pilotes de dragons dans des attaques suicide. Très vite, un autre feu du ciel s’abat sur le Soleil Levant. Les superforteresses B-29 lâchent sur les grandes villes des bombes au napalm. Seuls de rares pilotes se révèlent assez courageux ou fous pour les affronter sur leurs dragons de combat… Trois destinées sont balayées par le souffle de la guerre. Hideo, petit garçon qui vit de l’intérieur la souffrance du Japon. Tatsuo, son grand frère, étudiant recruté dans une escadrille suicide. Enfin le capitaine Obayashi, maître archer qui impose la « stratégie de la mort assurée ».
Publié le : mardi 14 septembre 2010
Lecture(s) : 261
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782843441578
Nombre de pages : 230
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat








XavierMauméjean


Roséedefeu
M-69A-2














e-Bélial XavierMauméjean–Roséedefeu










LeBélial’vousproposevolontairementdesfichiersdépourvusdedispositifsdegestiondes
droitsnumériques(DRM)etautresmoyenstechniquesvisantlalimitationdel’utilisationet
delacopiedecesfichiers.

Sivousavezachetécefichier,nousvousenremercions.Vouspouvez,commevousle
feriezavecunvéritablelivre,letransmettreàvosprochessivoussouhaitezleleur
faire découvrir. Afin que nous puissions continuer à distribuer nos livres
numériquessansDRM,nousvousprionsdenepaslediffuserpluslargement,viale
weboulesréseauxpeer-to-peer.

Sivousavezacquiscefichierd’uneautremanière,nousvousdemandonsdenepas
lediffuser.Notezque,sivoussouhaitezsoutenirl’auteuretleséditionsduBélial’,
vouspouvezacheterlégalementcefichieràl’adressee.belial.frenenfixantvousmêmeleprix.



2XavierMauméjean–Roséedefeu





















Retrouveztousnoslivresnumériquessur
e.belial.fr

Unavis,unbug,unecoquille?
Venezdiscutezavecnoussur
forums.belial.fr








OuvragepubliésousladirectiondeOlivierGirard.

ISBNPDF:978-2-84344-156-1
CodeSODIS:NU82159
Parution:septembre2010
Version:1.3–09/04/2014

Illustrationdecouverture©2010,Manchu
©2010,leBélial’,pourlaprésenteédition
3XavierMauméjean–Roséedefeu













«L’importantcen’estpascequenousfaisons,c’estlaréactiondumonde
devantnosactes.»

EmpereurHiro-Hito,le25février1936,déclarationprononcéedevantle
Conseilsuprêmepourladirectiondelaguerre,àlaveilledelatentativede
coupd’Étatdesofficiers,lorsd’uneséancepréparatoireàl’invasiondela
Chine.











4XavierMauméjean–Roséedefeu









1.Terre

Touslesjours,aprèsl’école,Hideorentrechezlui.Ilemprunteàchaquefoislemême
chemin,nonparchoixmaisparcequ’uneseulevoiedeterrepoudreuserelieàtravers
champssafermeaupetitvillagedeKagohara,situéàsoixantecinqkilomètresdeTokyo.
Cetteroutebordéed’ormeaux,simpleetàpeinetracée,connaîttoutefoisleschangements,
aurythmedessaisonsoud’unejournéeàl’autre.Letrajetn’estpaslemêmeselonqu’il
neigeoufassebeau,qu’Hideoaitoupasunebonnenote.Voirequ’unbesoinpressantle
tenaille,carleslatrinesdel’écolesontdégoûtantesetilrefused’yaller.Sonventrel’occupe
aussid’uneautrefaçon.Legarçonatoutletempsfaim,cequiestfréquentquandonahuit
ans,etplusencorequandlanationestenguerre.LespaysansdeKagoharaneconnaissent
pastroplaprivationparrapportauxgensdesgrandesvilles,maisl’enviedemangerest
quandmêmelà.Avecunpeudechance,samèreapréparédelapâtedesojapourson
goûter.
Hideolongelarivièrejusqu’aucroisementdeschemins.Ils’inclinedevantlastatuedu
Bouddhaauquellesfemmesduvillageoffrentchaquejourdesbaguettesd’encens.Ilpriele
sainthommed’accorderprotectionauxsiens,ycomprissapetitesœurMasayo,mêmesi
souventelleestembêtante.Puis,sesouvenantquesonpèreluiaditdenepastraîner,
l’enfantaccélèrebrusquementsacourselelongdeshaiesdebambou.Àseizeheures,une
importantecommunicationseradiffuséeparradio.C’estpourquoil’instituteuralibéréplus
tôtsesélèves.Hideoadorecegenredesurprises,mêmesicejourlàilnepourraguèreen
5XavierMauméjean–Roséedefeu
profiter.Detoutefaçon,quellesquesoientlesdistractionsrencontréessurleparcours,on
finitforcémentparrentreràlamaison.
Elleluiapparaîtauboutdusentier,familièreetdifférenteàlafoiscarilyadela
lumièrepartout.C’estcurieux,mêmeenoctobreoùlesoirtombetôt.Hideovoitalorsque
sesparentsreçoiventdesgens.Ilôtesacasquetted’uniforme,défaitlescordonsdeses
socquesàsemellesdeboisavantdepénétrerdanslademeure,ets’inclinedevantmonsieur
Yoshikawa,lechefducomité.Savenueestungrandhonneur,songelegarçon,etenmême
tempsunemarqued’estime,lareconnaissanceduluxequ’aconnuautrefoissafamille.À
Kagohara,elleestlaseuleàpossèderunpostederadio.Lemeubleenboismassifoccupe
beaucoupdeplaceet,avecl’âge,seslampesmettentuntempsfouàchauffer.
Lepèred’Hideoestoccupéàtournerunemolletteafinderéglerlafréquencesur
ondeslongues.Pourl’instant,monsieurHanadan’obtientquedesparasites,maisfamilleet
convivesécoutentavecdéférence,commes’ilsassistaientàunesortederituelméritantle
respect. Finalement, on entend la musique militaire annonçant l’allocution du Premier
ministre.Masayos’apprêteàdirequelquechosequandsamèreluifaitsignedesetaire:
«Aujourd’hui,notreEmpiredoitmenerlaguerrejusqu’aubout,pourremporterune
victoiredéfinitive.Nonseulementlessoldats,maisaussilescivils–enfants,femmesethommes
–touslesJaponaissontpriésdeconjuguerleurseffortspourécraserl’ennemi.J’espèreque
tousréagirontavecbonsensetpatriotisme,sansrécrimination…»

2.Métal

«…Aussi,danslescirconstancesprésentes,pensons-nousquelesétudiantseux-mêmes
n’hésiteront pas à abandonner momentanément l’université et leurs formations pour
s’engagerdanslecombat.Vouslesreprendrezaprèslavictoireglorieuse,etcontribuerezainsi
àrétablirlacivilisationtraditionnelleduJapon.C’estpourquoi,conformémentàl’éditnuméro
755promulguécejour,touslesjeuneshommesdeplusdevingtansdoiventsetenirprêtsà
faireleurservicemilitaire.»
Suiventlesdétailsdel’éditimpérial755queTatsuoHanadacessed’écouteràl’instant
oùilconnaîtsadated’incorporation.Févrierdel’annéesuivante,cequiluiseraconfirmé
6XavierMauméjean–Roséedefeu
surpapiertimbréàunsen.L’étudiantenmathématiquesnepartagepasl’enthousiasmede
ses camarades. Ils brandissent déjà des petits drapeaux ornés du Soleil Levant et se
bousculentdanslescouloirsdufoyerenbeuglantLaMarseillaise.Unchantrévolutionnaire,
devenu hymne national français, que les fraternités estudiantines japonaises se sont
appropriéespourenfaireànouveauuneodeaucombat.
Cris,bravades,casquettequel’onrepoussecrânementenarrière,pourlapremière
fois depuis son inscription à l’université impériale, Tatsuo se sent mal à l’aise. Il a
l’impressiondenepasêtreàsaplace,commejadisàlaferme.Deconstitutionfrêle,sans
véritabledispositionpourletravailphysique,lejeunehommepréfèrearpenterleschamps
mathématiques.Sonpèreafiniparl’admettre,ets’estrésignéàlevoirintégrerlelycée
ordinaireavantdetentersachanceaulycéesupérieurdeShizukoa.
L’établissement, situé près du mont Fuji, est le plus coté du Japon. Son
diplôme
garantitl’accèsàl’universitéimpérialedeTokyo.Maisl’examend’entréeestdifficile,de
nombreuxcandidatséchouent,ycomprisdesfilsdefonctionnaires.Iln’estpasrarequeles
plusâgésd’entreeuxaientdépassévingtans.Tatsuoobtientd’excellentesnotesetdevient
boursierd’ÉtatàShizukoa.Lejeunepaysanexcelledanschacunedesmatières,etpardessustoutenmathématiques.L’undesesprofesseurss’estprisd’affectionpourlui.Ancien
élèvedesjésuites,l’enseignantaaffirméunjouràTatsuoquelesnombresressemblentaux
anges.Commeeux,ilssontàlafoisabstraitsetconcrets,idéauxouincarnésdansunbœuf
oudeuxboulesderiz.Et,commelescréaturescélestes,ilssontcapablesdeprodiges.Ainsi,
unhommeetunefemmeconçoiventparunionunenfant,additiondeschiffres1et1qui
donnemiraculeusement3.Letotaln’estpasexact,maisilestjuste,carl’amournaîtdela
justice.Tatsuon’estcependantpasintéresséparlamagiedesnombres.Aveceux,onpeut
calculerdesmasses,mesurerdesforcesetmettreaupointdesmachines.Maislesmachines
serventparfoisàfairelaguerre,etl’époquel’arattrapé.
SescompagnonsdeclassepressentTatsuodelesrejoindre.Bientôt,ilserésigneraà
abandonnerlapaixdeslivres,unesérénitéqu’ilaaumoinsconnue.D’autresn’aurontpas
desitôtcettechance,commeHideoetleurpetitesœurMasayo.

7XavierMauméjean–Roséedefeu

3.Bois

L’arcd’Obayashitoucheleciel.Unfilinvisiblelerelieàlaterre.Silecapitainede
vaisseauchercheàatteindresonobjectif,lefilpourraitsebriser.Lavolontétenduevers
unefinaccumulelesobstacles.L’échecestassurépourceluiquiestaniméd’undessein
précis.Lepilotesetrouveenéquilibreentrecieletterre,désiretrenoncement.Ilnedoit
pass’encombrerdechargeinutile.Obayashilaissederrièreluicequ’ilestpourretrouver
l’innocencedel’enfant.Iltientlacordecommeunpetitsaisitledoigtqu’onluioffre,avec
fermetéet,quandillelâche,sanslapluslégèresecousse.Parcequel’enfantnepensepasà
cequ’ilvafaire,maisc’estàsoninsu,sansréflexion,qu’ilpassed’uninstantàunautre.
Obayashilâchelacordeetnecherchepasàsavoirsisaflècheatouchélacible.
D’autrestiennentlescomptes,alignentleschiffres,commelegénéralTojo.
Contrairementàsonpèrequis’estillustrélorsdelaguerrerusso-japonaise,Hideki
Tojonecompteàsonactifaucunfaitd’armesglorieux.Ilal’applicationd’unélèvestudieux,
sanséclat.D’ailleurs,iln’estsortiquetrentièmedesapromotion,etn’aéténommégénéral
debrigadequetardivement,àpresquecinquanteans.Patientàl’ouvrage,tatillon,ila
longtemps obéi avant d’ordonner. D’abord, à titre de commandant de la Kempeitai, il
superviselagendarmeriemilitairequiestredoutéedetous,àHsinking,capitaledel’état
fantocheduManchukuo.Puis,en1937,audébutdelaguerrecontrelaChine,ilestpromu
chefd’état-majorduKwantung,l’arméejaponaiseenMandchourie.Desonpassageàla
Kempeitai,Tojoaconservél’obsessiondesfiches.Chaqueofficierd’importanceestainsi
répertorié.Ycomprisl’amiralIsorokuYamamoto,quiétaitopposéàl’entréeenguerre
contrelesÉtats-Unisjusqu’àaffirmerauPremierministreenseptembre1940:«S’ilest
nécessairedesebattre,aucoursdessixpremiersmoisd’uneguerrecontrelesEtats-Uniset
l’Angleterre,jevousmontreraiunesuiteininterrompuedesuccès.Maisjedoisaussivous
avertirque,sileshostilitésviennentàseprolongerdeuxoutroisans,jenecroispasennotre
victoirefinale.»Le18avril1943,YamamotoaétéabattuenpleinvolparunLockheedP-38
Lightning,au-dessusdesîlesSalomon.Uneéquipel’aretrouvélelendemain,aumilieudela
8XavierMauméjean–Roséedefeu
jungle,lestroisdoigtsdesamaingauchecrispéssursonsabre.Lamortdel’amiraln’aété
révéléequ’unmoisplustard.Unjourdedeuilnationalquiavupleurerlanation.
Iln’estpascertainpourautantqueTojoaitdéchirésafiche,carilalarancunetenace.
LeGénéralYamashitaensaitquelquechose.Surnomméle«TigredelaMalaisie»depuis
qu’il a conquis Singapour, Yamashita s’est déclaré favorable, dès 1942, à une paix de
compromisaveclesÉtats-Unis.Tojol’alimogéenluiattribuantunpostedesecondplan
dans l’armée du Manchukuo. La presse n’a pas relayé la nouvelle, car cette disgrâce
passeraitmalauprèsdelapopulation.Uneautrefiche.Obayashiestconvaincuqueson
propreprofilestluiaussirangédansunclasseur.
Tojosevoudraitshogun,c’estpourquoisonportraitestplacardédanstoutesles
grandesvilles.Pourlamêmeraisonilaccumulelesportefeuilles.D’abordministredela
Guerreetdel’Intérieur,chefd’état-majorauxarmées,ilestélevédepuis1941àladignité
dePremierministre.«L’hommequis’appelleTojo»,commeilaimeàsedésignerlui-même,
affirmen’êtreriendeplusqu’unhumblesujet.Laseuledifférenceestqu’onluiaconfiéla
responsabilité du gouvernement. S’il brille, c’est uniquement parce que l’Empereur lui
accordesaconfiance.Enréalité,sonidéald’unegrandeAsieincluantlaChine,l’Indonésie,la
Corée,l’Indeetmêmel’Australie,ajetél’Empiredanslatourmente.Unfanatique,obstiné
pardesrêvesdegrandeur,quivoitchaquejoursonbuts’éloigner.
L’allocutionprononcéeparTojoannonceunenouvellephasedelaguerre.Obayashi
obéirasansdiscuter.Privilègedelavolontévide,cellequianimelemaîtrearcher.D’autres
marinsonthélaspourlePremierministrelareconnaissanceservileduchien.Ainside
l’amiralShigeratoShimada,nomméauxfonctionsdeministredelaMarine.Depuis,cepetit
personnageexécutelesquatrevolontésdesonbienfaiteur.Lespilotesdel’aéronavalele
surnomment«lageishadeTojo».
Lecapitainedevaisseauôtesonkimonopuisseplongedansunbainbrûlant.Ilaun
corpsminceetmusclé,celuid’unbelhommeencorejeune,auxtraitsfins.Obayashifume
unecigaretteanglaisetandisquesonordonnancedisposeseseffetsàplatsurlelit.Presque
àregret,l’officiersortdel’eau,sonélémentaumêmetitrequelecielpuisqu’ilappartientà
l’aviationdemarine.Ilrevêtl’uniformedesortie,fixesonsabreaucôtégaucheetsedirige
everslalimousinequidoitleconduiredanslabanlieuedeManille,àl’état-majordela26
9XavierMauméjean–Roséedefeu
flotille.Lajournées’annoncelongue,tousnesontpasprêtsàprendreladécision,pourtant
laseulequ’illeurreste.
Uncoup,unevie.

4.Feu

«Quandjevaissurlamer,jevoisdescadavresimbibésd’eau.Quandjevaisdansles
montagnes,jevoisdescadavresrecouvertsd’herbe.Ilssontmortspourl’Empereur,etluiseul.
Nousneregarderonspasenarrière.Pasderegretpourlavie.»
UmiYukaba,«Surlesflots»
Hymnedelamarineimpérialejaponaise.

5.Terre

Hideo et sa petite sœur jouent derrière la maison. Ils se tiennent dans son
«périmètre»,untermesavantqu’emploieparfoisTatsuo.Seslettresencontiennentplein
d’autres,desmotsdontleurpèreestfier,mêmes’ilnel’avouejamais.L’aînéfaitdesétudes,
ilpourraitdevenirquelqu’und’important,plusencorequemonsieurYoshikawa!Maisson
derniercourrierauneffetbizarre.Masayovoitpleurersamaman,alorsquelesnouvelles
réjouissentlechefdefamille.Songrandfilsvapasserdevantleconseilderévisionet
devenirunhomme,s’exclamemonsieurHanada.
Maistoutn’estpasencoregagnécarTatsuon’estpastrèscostaudetonrisquedele
déclarer inapte. Si les médecins militaires lui décernent un 3 ou un 2 ter, il sera
automatiquement réformé. S’il obtient un 2 bis, l’étudiant ne sera mobilisé qu’en cas
d’urgence.Maiscesontdesnombres,etTatsuon’ajamaiséchouéauxexamens.Ilobtiendra
doncun2,incorporationaprèssursis,oumêmeun1quivautpourenrôlementimmédiat.
Auvudesonbagagescolaire,ilneseraprobablementpasfantassin.Etpuis,entantque
diplômédulycée,Tatsuoaeuledroitdesuivrelapréparationmilitaire.Cequ’ilafait
durantunan,dansuneécoledirigéepardesréservistesettoutensuivantsescoursà
10XavierMauméjean–Roséedefeu
l’université.Ildevraitdevenirofficieraprèssixmoispasséscommeaspirant.Peut-être
l’affectera-t-onàl’aviationdeterreoudemarine.
Plusquetoutaumonde,Hideorêvedelevoirenfourcherundragon,commeceuxqui
survolentparfoislaferme.Legarçonlesobserveàchaquefoisqu’illepeut.Àforce,il
parvient à distinguer les différentes espèces, dragon Ryûjin des mers, ou Nobori-ryû
spécialisédanslesvolsascendants.Oui,c’estcequ’Hideosouhaiteàsongrandfrère.

6.Bois

Tatsuoaétédéclaréapte.Ilestmutéàl’écoled’aviationd’Utsunomiyale11février
1944,jouroùl’oncélèbreleKigensetsu,lagrandefêtenationalequimarquel’anniversaire
delafondationdel’Empire.L’écolesupérieuredel’aéronavale,établieàYokokusa,aurait
mieuxconvenuàsaformation,maisletempspresse.Touteunegénérationdepilotes
aguerrisafonducommeneigeausoleil.NotammentlesvétéransdelaguerreenChine,qui
sontmortsau-dessusduPacifique.Ilsnepourrontêtreremplacés.SimplementlaMarine
espèrequelenombred’appeléspallieraaumanqued’expérience.Sitoutvabien,Tatsuo
finirasaformationaveclegradedesous-lieutenant.Danssixouneufmois,ilirasebattre.
Enarrivantàlagare,lesconscritssontaccueillisparunefoulequibranditdespetits
drapeaux.«Victoireetimmortalité!»crientlesécoliers.TatsuopenseàHideo.Ilpourrait
êtrel’und’eux.
Des camions emmènent les jeunes hommes à l’école dirigée par le commandant
Minami. Ils y resteront un mois, afin de recevoir une instruction morale et
militaire.
Aussitôtarrivés,lesdeuxcentsquaranteaspirantssontrépartisensixpelotons.Chacunest
confiéàunsous-lieutenant,maisc’estlesergentKawazakiquiseraleurinstructeur.
Dufaitdeleurpréparationmilitaire,Tatsuoetsescamaradesontlegradedesergentchef.Kawazakiestdonctenudelessaluerenpremier,maisilsdoiventluiobéirentout.Ce
quelesous-officierprécisedèsleurarrivée.Duplatdelamain,ilfrappelanuqued’un
garçon.Pasdecasquetteenarrière,c’estbonpourlesétudiants.Strictementinterditdese
vouvoyer,ilsnesontplusdesfemmelettes.Kawazaki,toutcommesoncommandant,sont
11XavierMauméjean–Roséedefeu
des Zol, un mot qui vient de l’allemand «soldat». Des militaires de carrière, que les
intellectuelsn’impressionnentpas.Etilsontbienl’intentiondeleleurfairesavoir.
Lesergentvérifiequ’ilsn’ontapportéqu’unetroussedetoilettes.Leslivres,postede
radioetjournauxsontprohibés.Onremetàchaqueaspirantuncahieroùildevraconsigner
sesimpressions.Puisilssontdirigésverslemagasind’habillement.
Tatsuotouchesonpaquetage.Ilcomprendunecasquette,deuxuniformeskakiavec
ceinturon,deuxchemisesetautantdepairesdechaussettes,unpantalondetoileetdes
bandesmolletièresàlaplacedesbottes,carlecuirmanque.Pasdecombinaisondevolen
toilebrune,deserre-têteoudelunettesenTriplex,puisqu’ilsnesontpasencoredespilotes.
Lesconscritsôtentleurstenuesd’étudiantsquiserontrenvoyéesauxuniversités.Puisle
sergentKawazakilesfaitmettreenrangs.
«Enrevêtantvosuniformesavecl’insignedepilote,vousentrezdanslaglorieuse
Marineimpériale.Vousn’êtesplusdesétudiants,descivils,maisdescombattants.»


7.Métal

«Lescrimeslaissentdanslecieltantdetracessanglantesquenousavonsatteintun
stadeoùl’effusiondesangestunesimplefigurederhétoriquepourexprimerl’indignation.»
DéclarationduGroupedeprincipenational,février1936.


8.Feu

Cen’estquedansl’abandondesonmoiproprequel’onpeutporterunjugementclair,
nonobscurciparl’intérêtpersonnel.Àuneépoque,Obayashinepensepasainsi.Ilest
mêmeunjeuneofficiernourrid’ambitionspoursonpays.Unenationillustre,quedirigent
despoliticiensmodérésetcorrompus,deschevaliersd’industriedontl’uniquebutestde
s’enrichir,maisaussi,hélas,certainsconseillersmilitaires.Autantdevassauxperfidesqui
bafouentletrônedanssonabsoluesainteté.
12XavierMauméjean–Roséedefeu
Quantitéd’organisationsplusoumoinssecrètesœuvrentàmodifiercettesituation:la
sectedesDragonsNoirsdeMitsuruToyama;lasociétépourl’amourdelapatrie;lasociété
duCerisier;lasociétédel’Océannoir;lasecteKokushon-sha;lepartidecontrôleTosei-ha
etleKodo-ha,partidelaVoieImpérialeoùmilitaTojo.
ObayashisongeuntempsàrejoindrelaFraternitéduSang.Opposéauxreligieux
hypocrites,lemoinebouddhisteInonéafondélasecte.Elleestprincipalementcomposéede
cadets appartenant à l’aviation navale mais aussi à l’Armée. Rare occasion de voir
s’entendrelesdeuxcorps.Oubliantleursdifférends,touspartagentunmêmedégoûtdes
libérauxpacifistes,etledésirpourleJapond’unevéritableexpansion.Ilsuffitdemoins
pourfairenaîtreuneconjuration.
Le15mai1932,àcinqheuresdel’après-midi,l’espritembraséparleprêtreetà
l’initiativedugénéralAnaki,troispilotesduLagonBrumeux,cinqcadetsdel’Académie
militaire et le lieutenant de marine Mikami, pénètrent par l’entrée latérale dans le
sanctuairedeYasukuni.Ilsfrappentdesmainspourinvoquerlescentvingtsixmilletrois
centsoixante-troisfantômesdessoldatsmortspourlepays,courbentlatêteets’inclinent
faceaumiroirsacré.PuisdeuxtaxislesdéposentdevantlarésidenceduPremierministre
Inukaï.Laréceptionnisteetungardetententdelesarrêter.Envain.Lesneufinsurgés
fouillentlamaison,l’und’euxentenduneclefquitourneaudeuxièmeétage.Ilsgrimpent
l’escalier,abattentlegardeducorps,seruentdanslasalleàmangeroùsetrouventInukaï,
sa belle-fille et son médecin personnel. Les officiers saluent le Premier ministre avec
respect,puislelieutenantMikamiappuiesurladétente.L’automatiqueestdéchargé.Le
visageblême,Inukaïleurintimesèchementdelesuivredanssonbureau.Ilssortenten
tenantenjouelemédecinduPremierministreetsabellefille.
«Avez-vous une dernière déclaration à faire avant de mourir?» demande le
lieutenantMikami.
Inukaïlèvelesmainscommes’ilallaitentamerundiscours.
«Àquoibonparler?»lâcheMikamienvisantunegouttedesueursurlefrontdesa
cible.Illuitireuneballedanslatempe.Lesinsurgésseprécipitentdansl’escalier,fontfeu
surquiconques’interpose.Ilss’enfuiententaxisdontlescompteursn’ontcessédetourner.
LePremierministreesttoujourslucide.Ildemandeàcequ’onrappellesesagresseurs.
Incapable de contenir l’hémorragie, son médecin réclame l’aide de spécialistes qui se
13XavierMauméjean–Roséedefeu
précipitentauchevetd’Inukaï,suivisparlesmembresdesoncabinet.Ilsdoiventfairefaceà
unecrised’envergure:lacentraleélectriquedeTokyoaétéattaquée,larésidenceducomte
Makinobombardée.Àvingtheuresetdixminutes,l’undesmédecinsvenusdel’université
impérialetenteunetransfusionsanguine,centcinquantegrammesdesangprissurlefils
dublessé,diluésdansunesolutiondeRinger.Hiro-Hitodépêchesonpropremédecin.À
vingt-et-uneheurestrente,Inukaïdéclaresesentirmieux.Onluiadministrealorsunsédatif
quileplongedanslecoma.S’agit-ild’uneerreurmédicaleousonétata-t-ilétéprovoqué
intentionnellement?Personnenechercheàlesavoir.Lestémoignagesvarientconcernant
l’heuredesamort.Àvingt-troisheuresvingt,selonsesproches,maissondécèsn’est
constatéparlesmédecinsqu’àdeuxheurestrentedumatinsuivant.
L’attentat contre le Premier ministre doit provoquer l’Armée, l’obliger à prendre
brutalementconscience,afinqu’elles’emparedupouvoir.Pourtantrienn’advient,demême
que l’Empereur demeure sourd aux conjurés l’implorant de désavouer les libéraux.
Toutefois,aucunesanctionn’estpriseàleurencontre.Mieux,celuiquiacommandéaux
insurgés,legénéralAnaki,estnomméministredelaGuerre.Sonsuccesseur,jugétrop
modéré,finitdécapitéparlecolonelAïzawadontleprocèsdevientunetribunepourtous
ceuxquirêventdeconquêtes.
Saisonaprèssaison,lesconditionssontrassembléespourunauthentiquecoupd’Etat.
Le26février1936,cinqcentsjeunesofficiersfanatiquescommandésparlecapitaine
Nonaka déclenchent le putsch. Obayashi est l’un d’eux. L’opération est parfaitement
coordonnée.Àquatreheurestrentedumatin,lesrebelless’emparentdelaDièteoùsiègele
Parlement.Ilsencerclentlesprincipauxministères,dontceluidelaGuerreetdel’Intérieur,
maisaussilequartiergénéraldelapolice.DemêmepourlesrésidencesdesprincesKamin
etTakamatsu,duchancelierduSceauprivéetdesprincipauxministres.Àcinqheurescinq,
unecentainedesoldats,souslesordresd’unlieutenantdelagardeimpériale,pénètrent
danslamaisonduministredesfinances.TakahashiKorekijo,âgédequatre-vingt-unans,
meurtdanssonlit,troisballestiréesàboutportantaucrideTenchu,lechâtimentduciel.
LegénéralWatanabéJotaroestabattudanssonbureau.
UnescadroncomposédedeuxcentssoldatsforcelademeureduvicomteMakoto
Saïto,soixante-dixseptans.LechancelierduSceauprivélesattenddebout,enkimonode
nuit.Troisofficiersfontfeusurlui.ScèneidentiquechezlebaronKantaroSuzuki,hérosdu
14XavierMauméjean–Roséedefeu
conflit russo-japonais et commandant en chef de la flotte durant la Première Guerre
mondiale.Ilestatteintpardeuxtirsetlaissépourmort.Lechambellandel’Empereur
accueillelesconspirateursd’un:«Maistuez-moidonc!»Iltombesouslesballesmais
échapperaluiaussiàlamortparmiracle.
LePremierministreKesukeOkadaseréfugiedanslestoilettespourdomestiques.Son
gendrecrie«Vivel’Empereur!»afindedétournerl’attention.Sonvisageestcribléde
balles.Lecadavreestàcepointméconnaissablequelesrebellespensentavoirtuéle
Premierministre,cequiluisauvelavie.
Au milieu de la matinée, les conjurés, qui composent le Groupe de principe
national,fontvaloirleursaspirationssouslaformed’un«Manifestepouruneactiondirecte
en vue de protéger l’essence de la Nation». Le document déplore que l’on empêche
l’évolutioncréatricedupeuplequigémitdanslamisèremoraleetphysique.Àl’extérieur,le
Japonvogueàlamercidesvagues,ilestlariséedesétrangers.Russie,Chine,Angleterreet
États-Unissontsurlepointdedétruirelepatrimoineléguéparlesancêtres.Àl’intérieur,il
fautsupprimerlestraîtres,rétablirlajustice,protégerl’essencenationaleetlamettreen
valeur. «Telle est l’œuvre à laquelle nous consacrerons nos cœurs sincères en tant
qu’enfantsdelaterresacrée,livrantaufeunoscerveauxetnosentrailles»,affirmela
déclarationqui,s’adressantdirectementàl’Empereur,lesuppliedeconsacrersonénergieà
laconservationdesvertustraditionnelles.
Mais,conformémentàlaVoiedelaGrue,leFilsduCielvitau-dessusdesnuages,
laissantlaresponsabilitédelagestionaugouvernement.Enfait,Hiro-Hitoprononceune
seulephrasequisonnecommeunglas:
«Quellesquesoientleursraisons,ilsontsouillélanation.Jecomptesurleministrede
laGuerrepourleséliminerauplusvite.»
Audeuxièmejour,àdeuxheurestrentedumatin,laloimartialeestofficiellement
proclamée. La situation pourrit lentement. Le jour suivant, l’Empereur en personne
ordonneàlaMarineetàl’Arméedematerlesrebelles.Nonakaetsesfidèlescomprennent
qu’ilsn’aurontpasdesoutien.Lesderniersinsurgésseréfugientlequatrièmejourdansle
QuartierdesTroisAnnées,aupieddelacollinedeSannoquecouronnelatourdelaDiète.
Ils espèrent toujours recevoir un émissaire de la maison impériale. Non plus pour
15XavierMauméjean–Roséedefeu
parlementer,maisafinqu’ilattestedeleurmorthonorable.L’Empereursortànouveaude
sonsilenceetdit:
«Envoyeruntémoinimpérialauprèsdetelsindividusestinconcevable.S’ilsveulent
sesupprimer,qu’ilslefassent.»
LecapitaineNonakasesuicide.
Leconseilprivédel’Empereurproposequelesjeunesofficiersrebellescomparaissent
devantlaCourmartialeetsoientjugésàhuis-clos.Nonpourmeurtres,maispouravoirfait
usagedesarmesàdesfinspolitiques.Ceuxquiauronteurecoursàlaviolenceseront
fusillés.Dix-septsontcondamnésàmortetsoixante-cinqfinissentincarcérés.Entremarset
avril,lemaréchaletcomteTerauchi,nouveauministredelaGuerre,destituedeuxmille
officiers,soitunquartdelaforcestratégique.
Obayashis’entireplutôtbien.Ilconservesongradeetsapromotionneserapas
freinée.Toutauplusest-ilmuté,pours’yfaireoublieruntemps,àHsinking,capitaledu
Manchukuo.Là,souslasurveillancedelapolicecommandéeparTojo,ilfréquenteles
maisonsdethé.S’yabîme,jusqu’àperdretouteestimedesoi.Trouvantleremèdedansle
mal,Obayashiensortpurifié.Dorénavant,ilnesesoucieraplusdesaffairescommunes,tout
commel’Empereurquidemeureàl’écart,derrièrelerideaudechrysanthème.Parcequ’il
estleJapon,sonpasséetl’âmedesCentMillions.
LecapitainedevaisseauObayashimonteàl’arrièredelavoiture.Sonordonnance
démarre,directionlabanlieuedeManille.


9.Feu

Hideoetsescamaradessefrottentleduvetdesjoues.Ilsfontcelatouslesmatins,à
peinerentrésdansl’école.D’abordchacundesoncôté,etpuismutuellement.Cen’estpas
vraiment agréable. Mais l’opération est nécessaire pour faire durcir le poil. Ainsi, ils
pourrontbientôtseraser.Devenirdeshommes,mêmesionpeutl’êtresansrienavoirsurle
menton.Aprèstout,Tatsuoestsoldatetilalevisageaussilissequeceluid’unbébéàqui
16XavierMauméjean–Roséedefeu
rien de la vie n’est encore arrivé. C’est ce que dit leur mère, son mari ne veut plus
l’entendre.
«C’estl’heure!»crieMonsieurNagayama.
L’instituteur vient chercher les garçons. Ils le suivent, les trognes en feu, rouges
commedespommes.Laclassepeutcommencer.


10.Bois

Danslestroisjourssuivantleurarrivée,lesaspirantsdoiventapprendreparcœurles
parolessacréesdel’Empereur,soitvingt-septmillemots.Cela,unefoisquelajournéeest
finie.Tatsuonotel’emploidutempsdanssonjournal.Leveràsixheures,petit-déjeunerde
soupe, riz et poisson séché qu’accompagne un thé vert. Ce qui est plutôt mieux que
l’ordinairedel’Armée.C’estl’undesprivilègesdelaMarine,toutcommeden’avoirpasà
laverlelingedesessupérieurs.Deseptheuresàdixheuresdumatin,étudedesmanuels
militairesettechniques.L’après-midiestconsacréeauxexercicesphysiques.Lesjournées
sontéprouvantescarilestinterditdemarcher.Toujourscourir,pourarrivercinqminutes
enavance,etl’onn’apasledroitdes’asseoirsansl’autorisationd’unsupérieur.Salle
d’étudesdedix-neufheuresàvingtetuneheurespourmémoriserleditdusouverain,puis
l’onregagneenfinsonbaraquement.Couvre-feuàvingt-deuxheures.
Tatsuonereportepasdanssonjournalpersonnelbrimadesetpunitions.Comme
«fairelacigale»,quiconsisteàrampersurleplancherdebambouentrelescouchettes,
devantlescamarades.Ous’excuserauprèsdesonfusilArisaka:«Monsieurmonarme,je
vousdemandepardondevousavoirmalnettoyécarvousm’avezétéconfiéparSaMajesté.
»Etpuisilyalespunitionscollectivesaumoindremanquement,etlescoupsquipleuvent
parcequ’unecourbettenesatisfaitpaslesergentKawazaki.
«Jenevouspunispasparcequejevoushais,aime-t-ilàrappeler.Jevousfrappepar
soucipourvous.Pensez-vousquejem’abîmeraislesmainsjusqu’àlesfairesaignerdans
unecrisedefolie?»
17XavierMauméjean–Roséedefeu
Selonl’article1dumanuel,toutappelàunofficierfaitperdrelaface.Lesergentest
donclibredefairecequ’ilestimebonpourendurcirlesnovices.Malgrécela,laMarinea
réputationd’êtremoinsbrutalequel’Arméequipratiqueparexemple«Lesupplicede
l’araignée».Unconscritestsuspendutoutelanuittêteenbas,brasetjambesliés.Certains
enmeurent,d’autrespas.RestequedanslaMarineaussi,lesaspirantsapprennentviteàne
pasattirerl’attentiondessupérieurs,enbienouenmal.
Tatsuoremarquetoutefoistroisdesescondisciples.Takeshiquialevisagelargeaux
épais méplats, et les oreilles décollées. Petit, la carrure massive, d’un naturel jovial
qu’entament à peine les brimades, rien ne laisse deviner qu’il était étudiant à la très
sérieuseécoledesBeaux-ArtsdeKyoto.IlyaaussiKitaro,l’airconstammentpincé,qui
vientducollègetechniquedeNagoyaetesttoujoursaccompagnéd’ungarçonayantsuivi
lesmêmesétudes,maisàMuroran,dansleHokkaido.Tatsuoneconnaîtpasleprénomdu
troisièmecarlesergentaexigéquetouslesurnommentTon-chan,«CochonGras».Un
moisdeparcoursducombattant,lesacàdoslestédecailloux,luidonneraletempsde
maigrir.


11.Terre

D’ordinaire,lecapitaineObayashiaimeroulerenvoiture.L’intérieurestcommeun
cockpitquiluifaitprendredelahauteur.Verreetacierl’isolentdelapopulace,piétons
déguenillés,cohuedeporteursd’eauetcyclopousses.Odeurdegazd’échappement,relent
depoissonenprovenancedumarchéquiserépanddansManille,cooliesensueur.La
moiteurestétouffantemaislecapitainen’abaissepaslavitre,àcausedelaguérilla.Au
mieux,onluijeteraituntractdeLaVoiedelaClandestinitérouléenboulesursesgenoux.
Maisunofficiernippondoitplutôts’attendreàunebouteilled’essenceenflammée.La
Kempeitaiaoffertunmilliondepesospourlacapturedesterroristes.Sanseffet.Dépôts
incendiés, transports de troupes ferroviaires qui déraillent, les attentats s’accumulent.
Benigno Aquino, à la tête du Kali-bapi, parti politique pro-japonais, n’est plus qu’une
marionnettequesesmontreursn’ontmêmeplusenvied’agiter.
18XavierMauméjean–Roséedefeu
Pourtant,ilyaseptmois,lorsdesapremièrevisite,Obayashin’avaitrienremarqué.
Lapopulationsemblaitvivreenparfaiteharmonieavecsesprotecteurs.Aprèstout,les
Japonaisétaientlàbienavantledébarquementdedécembre1941.Ilsontprislaplacedes
Chinoisdansl’industriedubois,delamine,sesontemparésdelaproductionduchanvreet
del’huiledecoco.Maispassanscontrepartie.Professeursetétudiantsphilippinssesontvu
offrirdesvoyagesafind’étudieraupaysduSoleilLevant.Guidedetouteslesnations
asiatiques,leJaponapourellesnondelacondescendance,maisleregardaffectueuxet
sévèred’unpèreàl’égarddesesenfants.Enretour,ellesluidoiventlerespect.C’estàcette
uniqueconditionquel’onmettrasousunmêmetoittouslesrecoinsdel’univers.LaDaiToa
ShoimaginéeparTojo,unesphèredecoexistenceetdecoprospéritéoùs’épanouirala
lumièredel’Orient,leseldel’Asie.
Aulieudequoilesruessontempliesd’immondices,etlapopulationestdevenue
hostileauxJaponais.LesPhillipinsattendentleretourdeMacArthur.Ils’estpourtantenfui
comme un lâche, laissant ses hommes résister jusqu’à l’épuisement à Corregidor. Au
journalistequiluidemandaits’ilcomptaitêtrecandidatauxprésidentielles,legénérala
déclarévouloirentrerdansManilleplutôtqu’àlaMaisonBlanche.Sesvœuxsontenpasse
d’êtreexaucés.
L’automobilepassedevantleClubdel’ArméeetdelaMarineaméricaines,devenule
quartiergénéraldesforcesaériennesdusud-ouest.Pourcombiendetempsencore?Puisla
voiturequittelecentredelavilleetemprunteunevoieextérieure.Àtraverslavitre,
ObayashiadmirelemontLegapsipenchésurlabaie.Unevuemagnifique,s’iln’yavaitces
naviresempoissésdansunenappedemazoutenfeu.Troisjoursauparavant,l’attaquede
l’aviationaméricaineaétéunsuccès.LacouverturedesradarsMk.estinsuffisantesurla
côte,etlestransmissionsradiosonttropespacées.IlfautuneheurepourcontacterCebuoù
stationnentlesprincipalesescadrillesjaponaises.Lelongdufrontdemer,lescanonniers
despiècesdeD.C.A.récupèrentdescartouchesparmiunamoncellementdedébris.Lenteur
etdénuementsontlelotdelaGrandeAsie.
Commentenest-onarrivélà?


19XavierMauméjean–Roséedefeu








Roséedefeu

978-2-84344-100-4, 272 pages, 19 €
Disponible dans toutes les bonnes librairies et sur belial.fr


228XavierMauméjean–Roséedefeu








Retrouveztousnoslivresnumériquessur
e.belial.fr

Unavis,unbug,unecoquille?
Venezdiscutezavecnoussur
forums.belial.fr

CetouvrageestleseptièmelivrenumériquedesÉditionsduBélial’
etaétéréaliséenseptembre2010parClémentBourgoind'après
l’éditionpapierdumêmeouvrage(ISBN:978-2-84344-100-4).
229

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.