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Rouge ou Blanc

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Dieu a donné à toute chose en ce monde outre ses lois morales, ses lois physiques, ses lois d’affinité et de cohésion auxquelles force est d’obéir sous peine de destruction : sans l’affinité des corps, sans la cohésion qui les constitue, il n’y a plus que des atômes, que des molécules imperceptibles ; ainsi en est-il des végétaux, des métaux, des hommes eux-mêmes : Ils retournent à la poussière d’où Dieu les avait tirés, et, après un certain laps de temps, c’est à peine si on retrouve leur trace.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos deCollection XIX
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Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF,Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes class iques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse… Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces e fonds publiés au XIX , les ebooks deCollection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.
Alexandre Hournon
Rouge ou Blanc
I
SITUATION
Dieu a donné à toute chose en ce monde outre ses lo is morales, ses lois physiques, ses lois d’affinité et de cohésion auxquelles force est d’obéir sous peine de destruction : sans l’affinité des corps, sans la cohésion qui les constitue, il n’y a plus que des atômes, que des molécules imperceptibles ; ainsi en est-il des végétaux, des métaux, des hommes eux-mêmes : Ils retournent à la poussière d’où Dieu les avait tirés, et, après un certain laps de temps, c’est à peine si on retrouve leur trace. Ainsi en est-il des sociétés : Il nous souvient de l’empire romain, de la Grèce, d es empires d’Assyrie et de quelques autres qui eurent leurs jours de prospérité ; qui faisaient la loi au monde et l’éblouissaient par l’éclat de leur génie, par leur splendeur et leur magnificence. Que sont devenus ces empires gigantesques ? Nous savons qu’ils ont existé : l’histoire a daigné consacrer quelques mots à leur épitaphe ; on a retrouvé çà et là quelques ruines attestant le passage de générations glorieus es, mais voilà tout ! Quelques ossements, quelques armes brisées, quelques médailles frustes, voilà ce qui en reste. Quelle est donc la cause de l’anéantissement de ces sociétés ? L’absence de cohésion, c’est-à-dire d’union. Il y a longtemps que l’on a formulé cet axiome que l’union fait la force. Sans union, il n’y a en effet rien que faiblesse et dissolution. Tout royaume divisé périra, est-il dit dans le livre divin :omne regnum in semetipsum divisum peribit.Or, quel empire a jamais donné le triste spectacle de divisions pareilles à celles qui nous dévorent depuis le sommet jusqu’à l a base, depuis les rangs les plus humbles jusqu’aux sphères les plus élevées ! La conséquence première de ces divisions, c’est évi demment l’affaiblissement du pouvoir. Depuis que nous avons chassé la royauté ; depuis que le peuple a proclamé, ou plutôt depuis qu’on a proclamé la souveraineté du peuple, nous avons deux puissances, la puissance exécutive et la puissance législative, c’ est-à-dire 751 souverains, mais personne qui ait le droit de gouverner ; de là ces luttes sans cesse renaissantes entre le président et l’Assemblée ; de là aussi cette incertitude dans le premier, et cette faiblesse dans la seconde. L’Assemblée est animée de bons sentiments ; elle ve ut l’ordre et la liberté, nous en sommes persuadé ; mais elle porte en elle-même le v ice originel, témoins ces dénominations de Montagnards, de socialistes, de ti ers-parti, de napoléoniens, d’orléanistes et de légitimistes, enfin. Accuserons-nous le président, accuserons-nous l’Ass emblée de ces luttes, de ces divisions ? Ce que nous pourrions leur reprocher, c ’est de ne pas faire plus pour s’entendre, entre gens éclairés ou qui doivent l’êt re. Mais, élus du pays, ils reflètent chacun l’esprit des masses qui les ont choisis pour mandataires. Si donc il y a tant de partis, tant de divisions dans les hautes sphères de la société, c’est qu’il s’en trouve tout autant dans le pays. Ainsi, s’il y a culpabilité, la faute est tout entière à la nation, qui, à force de vouloir des choses différentes, ne sait plus ce qu’elle veut ni où elle va. Ce sont là les vrais caractères de la décadence. La sentence est écrite : tout royaume divisé périra,omne regnum in semetipsum divisum peribit. Oui, nous périrons ; nous périrons, parce que l’ennemi est à nos portes ; nou s périrons, parce que nous sommes divisés et que nous sommes nous-mêmes nos ennemis ; nous périrons, parce que le socialisme est là, comme le tigre, guettant sa proi e, et qu’une heure viendra où nous
devrons passer sur le chemin du tigre. Vous vous réunirez, dites-vous, devant le péril. Vous l’avez fait une fois ; vous le ferez une fois, deux fois peut-être encore ; mais vous vous fatiguerez de ces luttes où l’on ne sait plus distinguer l’ami de l’ennemi ; de ces luttes où chaque victoire est presque aussi funeste qu’une défaite, car chaque émeute vaincue a mène la paralysie du commerce, cette source de vie, et diminue d’autant la valeur du travail et de la propriété. Un jour viendra d’ailleurs où vous serez las de lutter ; où le découragement vous prendra ; c’est dans le caractère français de se lasser ; nous n’av ons gardé de nos pères aucune de leurs qualités ; mais nous n’avons point renoncé à l’héritage de leurs défauts, surtout au découragement, si préjudiciable à une nation. Oui, vous vous fatiguerez de combattre incessamment par l’idée et par le sabre, contre l’i dée socialiste et contre le fusil de l’insurrection. Qu’arrivera-t-il alors ? de deux ch oses l’une, ou l’idée vous vaincra ou l’insurrection triomphante plantera son drapeau san glant sur quelque barricade abandonnée par vous. Vous avez du courage ; soit ! Mais celui qui ne possède rien a de l’audace. Vous avez affaire à un ennemi qui ne craint ni le fer, ni le feu, ni la mort. Vous serez vaincus, et vaincus la défaite sera irréparable. Une fois maîtr esse du terrain, l’armée socialiste s’emparera de vos biens, de vos fortunes, l’unique objet de ses convoitises, et pour se les assurer, elle fauchera vos têtes, parce qu’elle se dit dans son langage impie qu’il n’y a que les morts qui ne reviennent pas ; et si elle ne redresse point l’échafaud, elle vous égorgera sur place. Mais l’armée ! L’armée fera ce que vous ferez, rien de plus. L’esprit de corps, la discipline ont encore de l’empire sur elle ; mais si vous êtes vous-mêmes si peu soucieux de votre salut, comment voulez-vous qu’elle s’acharne à vous sauver sans vous et pour ainsi dire malgré vous ? A la longue, d’ailleurs, l’armée se façonnera à votre image ; l’armée n’est point un être abstrait ; elle se compose de chefs e t de soldats qui portent dans leurs corps les affections, les désirs, les passions de c haque famille, toutes les divisions sociales en un mot. L’armée, en face de l’étranger, ferait des prodiges de valeur, comme vous en feriez vous-mêmes ; mais dans la rue, elle finira par se démoraliser comme vous ; ses rangs s’éclairciront et le socialisme en profitera pour faire sa trouée et pour s’emparer du pouvoir ; et si l’armée ne le laissait point passer, lasse de votre phraséologie de rhéteurs, de vos querelles d’avocats, elle finirait par s’emparer pour son propre compte de ce pouvoir que vous n’auriez su garder.