Ruth , poëme en trois chants, par C.-F. Guibal,...

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J.-E.-B. Guibal (Lunéville). 1818. 86 p. ; in-8.
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Publié le : jeudi 1 janvier 1818
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RUT H,
POËME EN TROIS CHANTS;
PAR C. F. GUIBAL,
EX-PROFESSEUR A L'ÉCOLE D'ARTILLERIE;
DE VALENCE, AVOUÉ A LUNÉVILLE, ET ADJOINT
DU MAIRE DE LA MÊME VILLE.
LUNÉVILLE,
CHEZ J. E. B. GUIBAL, IMPRIMEUR - LIBRAIRE.
1818.
AVERTISSEMENT.
L
ÉCRITURE sainte est une source fe-
conde de sujets propres à la poësie; ce-
pendant, on y a peu puisé. Les beaux
modèles laissés par les auteurs profanes
et le charme des fictions de la mytholo-
gie grecque, ont, sans doute, beaucoup
contribué à faire prendre aux auteurs
une autre direction.
Le sujet que j'ai essayé de traiter, Fa
déjà été par Florian, avec toute la grace
et la sensibilité qui sont le cachet
de son talent. Je n'aurais pas eu la
témérité de travailler sur un ouvrage
auquel il a touché, si mon plan n'eût
été tout-à-fait différent du sien. C'est
une historiette en prose, de Pre. Blan-.
chard, pour l'éducation de l'enfance,,
6 AVERTISSEMENT.
qui m'en a donné l'idée; j'ai suivi à-
peu-près, le plan de cet auteur, et c'est
à lui que s'adresserait le reproche qu'on
m'a fait d'avoir altéré le texte de l'écri-
ture sainte, si ce reproche était fondé.
Mais, comme je ne le crois pas, je vais
essayer d'y répondre.
En général, il serait impossible de
traiter un sujet sacré, en s'asservissant
à mettre simplement la bible en vers.
L'exiger, serait tarir cette source pour
la poësie; et si telle eut été l'opinion
de Racine , nous serions privés d'Athalie
et d'Esther; et depuis, d'A bsalon., par
Duché; de Joseph, par Bitaubé; d' Oma-
sis, par M.r Baour-Lormian , de l'Enfant
prodigue, par Mr. Campenon; et de
plusieurs autres beaux ouvrages. En
effet, tous ces auteurs ont bien senti
qu'il fallait faire des changemens consi-
dérables au texte de l'écriture, pour
faire plier leur sujet aux règles, soit de
la tragédie, soit du poëme épique. Le
AVERTISSEMENT. 7
poëme des Machabées, auquel travaille en
ce moment Mr. Raynouard, auteur de
la tragédie des Templiers, ne peut qu'en
fournir une nouvelle preuve.
Le livre de Ruth, en particulier, ne
pouvait devenir le sujet d'un poëme,
sans de nombreux changemens : Le
premier et le second chapitre offrent
seuls des beautés, qu'on peut faire pas-
ser avec succès dans notre langue. Quant
au troisième, personne n'oserait entre-
prendre de le mettre en vers tel qu'il
est. Florian lui-même, qui n'a fait
qu'environ deux cents vers sur ce sujet,
a changé totalement ce troisième cha-
pitre et entièrement supprimé le qua-
trième et dernier. Il a donné à son
ouvrage le titre modeste d'églogue ;
parce qu'en effet le style simple et tou-
chant de ce livre de la bible, se rap-
proche de celui des poësies où l'on met
en scène des pasteurs et des bergers.
J'ai cherché aussi à conserver au style
8 AVERTISSEMENT.
cette couleur locale, et à rejetter les
ornemens étrangers ; mais en voulant
éviter le brillant, je suis tombé en quel-
ques endroits dans le défaut contraire,
et mon style [manque d'élévation. Ce
n'est donc pas par une diction pom-
peuse, que cet opuscule mérite le titre
de poëme; mais par les événemens
qu'il renferme, et qui sortent tout-à-fait
du genre bucolique. L'histoire de Noëmi
qui forme le 1er. chant, la cérémonie
religieuse, qui ouvre le 2e, et le 3e tout en-
tier, ( qui ne se trouvent pas dans la bi-
ble ), sont du ressort du poëme; mais le
second chant, renferme ce charmant
tableau de la moisson , que Florian a
déjà traité si heureusement. Ainsi le
plan n'est qu'un cadre, dans lequel on
a cherché à placer, d'une manière conve-
nable, les beautés de l'écriture.
Dans ce livre sacré, Ruth, belle-fille
de Noëmi, épouse le vieux Booz son
AVERTISSEMENT. 9
parent. Ici, on suppose que Booz est le
pèredeNoëmi; il l'a maudite; Ruth est
fille de cette même Noëmi; et le but mo-
ral de l'ouvrage, est de peindre sa ten-
dresse filiale et les efforts qu'elle fait pour
obtenir le pardon de sa mère. Alors Ruth
ne peut épouser Booz, qui se trouve son
aïeul: ce serait d'ailleurs allier les roses du
printems aux glaces de l'hiver; et cela ne
plairait pas dans un poëme français. Ruth
épouse Azer son cousin; mais on a cru
devoir passer légèrement sur leur amour;
parce qu'en le traitant avec quelque dé-
tail, on aurait détruit l'unité d'intérêt.
Quant au rithme : malgré mon goût
pour la poësie, j'avoue que j'ai toujours
trouvé les poëmes en vers de douze
syllables, pénibles à lire de suite. Je
crois que cela tient à deux causes:
d'abord ces rimes plates , alternative-
ment masculines et féminines, fatiguent
bientôten frappant l'oreille des mêmes
10 AVERTISSEMENT.
sons , toujours accolés deux à deux.
On tombe souvent dans le défaut de
ne composer qu'en distiques ou en
quatrins. Racine et Delisle, qui sen-
taient bien ces inconvéniens, ont
multiplié, dans leurs immortels ouvra-
ges, les césures artificielles ; mais il
n'est donné qu'au génie, de le faire
aussi heureusement qu'ils l'ont fait. J'ai
donc préféré les vers de dix syllabes ,
qui peuvent s'élever et s'abaisser avec
le sujet, et dont les rimes, tantôt plates,
tantot croisées, tantôt mêlées, donnent
au style un air de prose cadencée, qui
permet une lecture plus suivie. Malfi-
lâtre, dans son poëme de Narcisse dans
l'isle de Vénus; Gresset, dans Vert-Vert;
la Harpe, dans Tangu et Félime; et
récemmentMr. Campenon, dans VEnfant
prodigue, ont donné des modèles de ce
genre de composition.
La seconde des causes que j'ai indi-
AVERTISSEMENT. 11
quées, c'est que les vers héroïques exi-
gent une élévation de style, que Racine
seul, jusqu'à présent, a su constamment
allier à la sensibilité. Les images multi-
pliées et les figures en général, sourient
à l'imagination et plaisent à l'esprit;
mais c'est souvent aux dépens du cœur;
et plusieurs auteurs médiocres ont prou-
vé qu'elles tuaient le sentiment. Je par-
tage , à cet égard , l'avis que M. Creuzé
de Lesser se fait donner par sa muse, au
commencement du onzième chant de
ses Chevaliers de la table ronde:
Elle m'a dit : ces hauteurs inconnues ,
Mon cher ami, pour toi ne valent rien ;
Trompant tes vœux, songe qu'on pourrait bien.
Te laisser seul planer au haut des nues. -
Va-s-y parfois ; peut-être on t'y suivra.
Mais sois bien sur que ton orgueil avide,
En t'y voulant fixer, t'égarera :
C'est en montant que l'on trouve le vide.
De grands auteurs, mon cher, l'ont trouvé là.
12 AVERTISSEMENT.
Et puis, il faut que je t'en avertisse :
A ton projet ton siècle est peu propice,
Phébus , qui veut que tout vienne à propos,
Fit les grands vers pour des peuples nouveaux.
Un peuple vieux goûte un accent plus juste,
Et craint l'ennui d'un vers toujours auguste.
Ainsi, crois-moi, garde un ton qui te sied >
Qui, de ton front, écarte la tempête.
On aime assez un talent de plein-pied ,
Et l'on se lasse à trop lever la tête.
Je n'ai donc pas voulu me charger
d'un fardeau, que je me sentais incapa-
ble de porter; et j'ai pensé qu'un style
simple et doux, était le seul que je pou-
vais employer avec quelque espoir de
succès, pour peindre des sentimens, dont
le tableau doit intéresser tous les cœurs
sensibles. C'est le fond de l'ouvrage, et
non la manière dont il est écrit, qui m'a
fait compter sur l'indulgence de mes
concItoyens; et m'a décidé à livrer enfin
une de mes compositions au public.
Deux personnes instruites ont bien
AVERTISSEMENT. 13
voulu m'en indiquer toutes les expres-
sions faibles, dures, prosaïques ou dé-
placées. Je me suis empressé de déférer
à leurs avis, en effaçant et en corrigeant.
Aussi ai-je employé deux mois à retou-
cher cet opuscule , que je n'avais mis
qu'un mois à composer. Je prie ces deux
littérateurs de vouloir bien recevoir ici
l'expression de ma vive reconnaissance,
pour l'examen auquel elleo ont pris la
peine de se livrer.
CHANT PREMIER.
RUTH, -.1
POEME.
CHANT PREMIER.
Pour dévorer l'ennui qui me tourmente
Depuis la mort d'une tendre moitié,
Douce, sensible, aimable, prévenante;
Dont la bonté , les vertus, l'amitié
Embellissaient tous les jours de ma vie;
A votre autel, Muses, je sacrifie;
Quelques instans, suspendez mes regrets. , ,
Viens m'inspirer, divine poësie ,
C'est dans ton sein que je cherche la paix !
18 RUTH.
En parcourant les pages de l'histoire
Du peuple Hébreu , l'on orne sa mémoire
De traits naïfs, de faits intéressans ,
Qui charmeront nos derniers descendans.
La triste Agar , dans un désert aride,
Ne se plaint pas de la soif homicide
Qui la tourmente et va la consumer;
Pour Ismaël on la voit s'allarmer,
Et d'un peu d'eau si la mère est avide,
C'est son fils seul qu'elle veut ranimer.
Lorsque Isaac , au printems de sa vie,
Apprend que Dieu veut terminer son sort,
Il obéit, devant lui s'humilie,
Et sans pâlir, se dévoue à la mort;
Dieu satisfait, avant le sacrifice,
Ne permet pas qu' Abraham l'accomplisse.
De Rébecca, dirai-je la candeur?
Quand d'Isaac elle offre au serviteur
Pour ses chameaux une onde salutaire,
Et dans son vase, avec grace et bonté,
CHANT J. 19
Veut que lui-même aussi se désaltère.
Aux soins touchans de l'hospitalité,
Le serviteur ne peut la méconnaître
Et dit: « voilà l'épouse de mon maître. >>-
Dirai-je encor Joseph persécuté,
Et retrouvant, aux rives étrangères,
Des jours heureux et le cœur de ses frères?
Ou bien le triste et malheureux Jephté
Qui, revoyant une fille chérie,
Se voit forcé, pour accomplir son vœu;
En la pleurant , de l'immoler à Dieu ?
Dirai-je enfin Job, Esther ou Tobie ?
Non , c'est à Ruth que j'offre mes accens ;
Elle sera le sujet de mes chants.
Elle sortait un jour avec sa mère,
L'intéressante et triste Noëmi.
En partageant ses chagrins , sa misère,
Elle avait vu trois lustres et demi.
2o il v Ir il.
En ce moment, l'aurore étincelante
Dorait au loin les sommets d'Orient;
Et, sur son char , l'astre vivifiant t
Recommençait sa carrière éclatante.
Ruth, entendant sa mère soupirer,
Lève les yeux , et voit sous sa paupière
Briller des pleurs que frappait la lumière.
« 0 Noëini, qu'as-tu donc à pleurer?
Quand nous étions parmi les Moabites,
Tu'me disais: loin des Israélites
Rien ne pourra soulager mes douleurs,.
Tu les revois; leur pays tu l'habites; I
Et tu répands toujours de nouveaux pleurs!
— Ma chère enfant, après vingt ans d'absence,
Quand fapperçois les champs de mes aïeux,
Heureux témoins des jeux de mon enfance,
Il m'est permis, en contemplant ces lieux
Où je trouvais autrefois tant de charmes,'
De soupirer et répandre des" larmes.
Mais, avec moi, Ruth, pourquoi t'attrister?
CHANT I. 21
Ton cœur est pur comme un jour sans nuage,
Et mon chagrin ne doit point l'agiter;
Crois-moi, reprends la gaité de ton âge.
Vois les moissons qui couvrent ce pays
— Ma mère, hélas! de ces nombreux épis
Il n'en est pas un seul qui t'appartienne ,
Et d'y toucher il faut que je m'abstienne.
— Vois Bethléem, ces maisons, ces palais,
Ce temple saint et son antique dôme.
— Ah ! je le sens, je les admirerais ,
Si Noëmi n'habitait sous le chaume.
— De la cité, vois sortir les troupeaux
Oui vont bondir sur ces riants coteaux,
— Hélas! et moi je nourris avec peine
Les deux brebis qui nous donnent leur laine.
— Enfin, là bas , sous ces douze palmiers ,
Est la fontaine, où tous les cameliers
Vont abreuver et le chameau docile
Et les troupeaux conduits par les béliers.
Là, chaque soir, pour porter à la ville,
22 RUTH.
On voit l'essaim de ses jeunes beautés
Qui vont puiser l'onde fraîche et limpide;
A leurs ébats l'innocence préside.
J'ai partagé leurs jeux, leurs voluptés;
Vingt fois on vit dans la danse légère,
Sous ces palmiers, briller ta triste mère
Mais le bonheur peut-il être éternel?
Je jouirais encore à cette vue,
Si, dans mon cœur, un souvenir cruel
Ne retenait toujours un trait mortel,
Qui dès long-tems me déchire et me tue.
- Ouvre ton cœur à ma vive amitié,
De tes chagrins je prendrai la moitié;
Pleurant ensemble, on s'aide, on se soulage;
En souffrant seul, on souffre davantage.
— Ah si malgré l'amour de ses parens ,
Ruth avait pu, par une folle ivresse,
Empoisonner les jours de leur vieillesse
En résistant à leurs conseils prudens ;
Connaîtrait-elle un instant d'allégresse ?.
CHANT I. - 23
— Moi, Noëmi ! Je mourrais de tristesse.
— Eh bien, ma fille, ainsi que toi je vis ;
Mais de mon père oubliant les avis,
J'ai pu le fuir, hélas! Il m'a maudite. »
Ruth effrayée , étouffe ses sanglots,
Et Noëmi continue en ces mots:
« Ecoute-moi ; Ton âge enfin m'invite
A te conter mes peines, mon malheur.
Asseyons nous; Jusqu'ici ta jeunesse
A retenu le secret dans mon cœur;
Quand je semblais déplorer ma détresse ,
Le repentir causait seul ma douleur;
Mais fallait-il détruire ton erreur ?
Il en est tems, je ne dois plus me taire :
Apprends enfin que Booz est mon père ; »
Que ces moissons et ces nombreux troupeaux
Sont, la plupart, les fruits de ses travaux ;
Que ses vertus égalent ses richesses ,
Et que, jadis, objet de ses caresses ,
24 RUTH.
Sur moi,ma fille, il fondait un espoir
Qu'un jour fatal, hélas ! vit décevoir. »
« De Bethléem, chassé par la famine ,
Booz , afin d'éviter sa ruine ,
Nous fit passer avec lui le Jourdain,
Pour s'établir chez le peuple voisin.
Vingt fois les prés ont repris leur parure
Depuis ce jour qui causa mes malheurs ;
J'avais alors ton âge et ta figure,
On n'y voit plus que l'empreinte des pleurs.
Près de Rabbath, Booz dressa sa tente,
Dans un riant et paisible vallon,
Que tous les ans fertilise l'Arnon,
En le couvrant d'une onde fécondante
Qui lui prodigue un précieux limon. »
« Nous arrêtant dans ces plaines heureuses,
Des habitans, les offres généreuses,
Mirent bientôt un terme à nos besoins,
CHANT I. 25
Un d'eux surtout, un jeune Moabite,
Dont la douceur égalait le mérite,
Les surpassait par les plus tendres soins.
Quand il me vit, nos yeux se rencontrèrent,
Et tous les jours nos regards se parlèrent j
Mon cœur vers lui se sentait attirer;
Je soupirais, l'entendant soupirer.
Doux, prévenant, officieux, sincère ,
Il sut gagner l'amitié de mon père;
Par lui, souvent, je l'entendais lou^r..
Et cet éloge, il faut te l'avouer,
Me remplissait d'une vive allégresse.
Enfin, ma fille, il obtint ma tendresse
Et ses vertus captivèrent mon cœur. ;
« Doux souvenirs ! Je trouvais le bonheur
Dans son amour et dans mon innocence;
Mais, ô regrets ! je vis avec douleur
Venir l'instant où , grace à l'abondance,
Booz voulut repasser le Jourdain.
26 RUTH.
Je dévorais, en secret, mon chagrin,
Et du bonheur je perdais l'espérance.
Mais, en voyant arriver, un matin,
Elimélech, ce jeune Moabite,
Avec respect marchant près d'un vieillard,
J'interrogeai son timide regard ,
Et devinai l'objet de leur visite.
Au même instant, d'amour mon cœur palpite j
Avec bonté, le vieillard me sourit.
Booz se lève , il s'avance et lui dit :
0 de Moab , habitant respectable ,
Que nous avons trouvé si favorable ,
Quand, au malheur forcés de résister,
Vous nous tendiez Une main seçourable ;
Sous ces palmiers, daignez vous arrêter,
Et soyez sûr que notre bienveillance
Egalera notre reconnaissance. »
« — Booz, le jour qu'on vous vit parmi nous,
Chacun voulut vous offrir un asile ;
CHANT I. 27
Je suis heureux, si je vous fus utile;
Le souvenir d'un bienfait est si doux.
On dit : bientôt qu'abandonnant nos plaines,
Vous retournez dans' vos riches domaines;
Et je voulais d'un objet important
M'entretenir avec vous un instant,
Avant le jour fixé pour ce voyage. »
Booz alors fit servir sous l'ombrage ,
Des fruits choisis, un jeune et tendre agneau,
Un vin léger, du miel et du laitage.
Je jouissais en voyant ce tableau
Qui, pour mon cœur, était d'un doux présage.»
« Discrètement retirée à l'écart,
Bientôt après j'entendis le vieillard <
A ton aïeul adresser ce langage:
« Nos nations adorent d'autres Dieux,
Suivent des lois et des dogmes contraires;
Il est trop vrai; mais nos peuples sont frères,
Ils sont voisins, ils ont mêmes aïeux :
28 RUTH.
Si d'Abraham est descendu le vôtre ,
Loth, son neveu, donna naissance au nôtre.
Redevenons ce qu'étaient nos parens:
Soyons amis, unissons nos enfans;
Voilà mon fils, il aime votre fille
Ne formons plus qu'une même famille. »
« Quelques instants Booz triste et rêveur,
Au bon vieillard répond avec douleur :
Nous différons par les lois, les usages,
Vous l'avez dit; mais en proie à l'erreur,
Vous n'adorez que de vaines images;
Nous, nous servons le vrai Dieu d'Israël ,
Le Dieu puissant, le Dieu juste, éternel.
Nos nations ne pouvant être unies:,
L'hymen ne peut unir nos descendans.
Pour le former, quelles cérémonies ?.
Par quelles mains serrer ces nœuds touchans ?
Comptez , comptez sur ma reconnaissance ,
Mais entre nous il n'est point d'alliance. »
CHANT I. 29
« Après ces mots mon père se leva;
Le Moabite un instant l'observa;
Puis, de son fils voyant Je trouble extrême,
Avec tendresse il lui tendit la main,
Et tous les deux reprirent leur chemin.
En ce moment, que devins-je moi-même!
Ce coup affreux avait navré mon cœur. »
« Le soir, Booz remarquant ma douleur;
Un saint courroux dans ses yeux étincelle.
Quoi! Pourrais-tu chérir un infidèle?
S'écria-t-il. Sais-tu que tes enfans
Outrageraient le Dieu de tes parens;
Et que ce Dieu frappe de sa colère
Quiconque enfreint les ordres de son père?
D'Elimélech quelque ait été l'espoir,
Tu ne dois plus désormais le revoir.
Hélas ! ma fille, après cette défense,
Le croirais-tu ? j'eus encor l'imprudence
De l'écouter, de partager ses feux,
3D RUTH.
Et je suivis ses conseils dangereux.
Entre ses mains, par un serment impie,
je consommai le malheur de ma vie,
En lui jurant de fuir, de m'échapper,
Quand du départ il faudrait s'occuper »
« Après trois jours, je vis que de mon père
Les serviteurs préparaient les fardeaux,
Pour en charger nos dociles chameaux;
Il fallut feindre, et je dis à ma mère
Que je voulais encor revoir l'Arnon,
Ses bords fleuris, son paisible vallon;
Et vers la ville, ainsi qu'une insensée,
Un fol amour précipita mes pas.
Hélas ! le crime occupait ma pensée,
Je me perdais, et ne le voyais pas.
Elimélech m'attendait à la porte,
Quelques amis étaient sa seule escorte;
Dès qu'il me vit, il éleva la voix :
« Oui, la voilà l'épouse de mon choix.
CHANT I. 31
Viens, Noëmi, tu n'as plus rien à craindre,
Près de mon père à l'instant rendons-nous a
Que , sous ses yeux, nous devenions époux.
Le bon vieillard s'empressa de me plaindre;
A retourner il devait me contraindre;
Mais en voyant notre amour mutuel,
Il nous permit de marcher à l'autel. »
« Nous revenions, et toute la jeunesse
Nous saluait par des cris d'allégresse,
Quand, tout-à-coup, au milieu du chemin
Booz parut. Non, l'éclat de la foudre
Tombant sur moi pour me réduire en poudre,
N'eut pas produit un effet plus soudain.
Au même instant, je reconnus mon crime.
A tous mes torts je fis réflexion ,
Et je sondai la grandeur de l'abîme
Où me plongeait ma folle passion.
Je me laissai tomber presque sans vie,
Comme une fleur que l'orage a flétrie.
0
32 RUTH.
Ah! sans terreur, je ne puis y songer. »
« Quand je rouvris les yeux à la lumière ,
Autour de moi, je ne vis plus mon père;
Hélas! j'étais sous un toit étranger;
Et, toute en pleurs, je demandai ma mère,
Que mon départ devait tant amiger.
Elimélech, pour calmer ma tristesse,
Me prodiguait ses soins et sa tendresse.
Il m'assura que Booz appaisé,
Après avoir quelque tems balancé ,
A notre hymen accordait son suffrage.
J'avais besoin de croire à ce langage
Fait pour calmer ma profonde douleur;
Mais le remords brisait déjà mon cœur.
Je sentais bien, que d'un adroit mensonge,
Mon jeune époux cherchait à m'abuser.
Le tems, hélas! vint dissiper ce songe
Que mon esprit aimait à caresser.
CHANT I. 33
3
Après deux ans, une bouche étrangère
Me découvrit l'affreuse vérité.
Lorsque éffrayée à l'aspect de mon père
Mes yeux du jour perdirent la clarté,
A ses regards on voulut me soustraire;
Chez mon époux mon corps fut transporté;
Mais le vieillard avait, d'un ton sévère,
Aux habitans, en vain représenté
Que malgré lui vouloir garder sa fille,
C'était porter le trouble en sa famille. ,
Il ajouta: La vierge d'Israël
Ne peut pas plus , aux yeux de l'Eternel,
Etre liée au fils de l'infidèle,
Que la colombe au farouche épervier.
Les habitans, pour leur Dieu , pleins de zèle,
Et courroucés par ce discours altier,
A ton aïeul aussitôt reprochèrent ,
Qu'il oubliait lèur hospitalité;
Avec mépris, quelques-uns le chassèrent
Jusqu'au dehors des murs de la cité.
34 RUTH.
Booz alors, d'une voix élevée,
Leur avait dit, plein d'indignation :
puisque ma fille est par vous enlevée,
Reportez lui ma malédiction.
Je te maudis, fille ingrate et parjure,
Un dieu vengeur suivra partout tes pas;
Tu fuis, en vain, le cri de-la nature,
A tes remords tu n'échapperas pas.
De ton pays, toi-même tu t'exiles.
Dans ma maison tu ne rentreras plus;
Pour toi, mes champs sont désormais stériles.
Oui; tous tes droits aujourd'hui sont perdus;
Puisque les miens par toi sont méconnus. »
« Elimélech, dans le cours de sa vie
Ne m'eût point fait cet aveu déchirant:
Après dix ans, elle lui fut ravie,
Je restai seule. Un chagrin dévorant
Empoisonnait tous les jours de ta mère.
Je fus traitée ainsi qu'une étrangère:

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