Saint-Epvre, VIIe évêque de Toul : sa vie, son abbaye, son culte / par le R. P. M. Chery,...

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Vve Poussielgue et fils (Paris). 1866. Epvre, Saint. 1 vol. (193 p.) : pl. ; in-8.
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Publié le : lundi 1 janvier 1866
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SAINT EPVRE
VII. ÉVÈQUE DE TOUL
PROPRIÉTÉ
SAINT E PVRE
Vile ËVÊQUE DE TOUL
SON ABBAYE - SON CULTE
..0, ~, 1-
- - P. M. CHÉHY
~- T'
:::. ~.*'',*~ ;;: ti
V.-.1 dç»s„f1 ères précheuks
- - -.
PARIS
LIBRAIRIE Ve PO USSIELGUE ET FILS
RUE CASSETTE, 27
1866
APPROBATION DE L'ORDRE.
Nous, soussignés, avons lu, par ordre du très-révé-
rend Père Provincial, un petit ouvrage intitulé: Saint
Epvre, vu* évéque de Joui, par le R. P. Chéry, des
Frères Prêcheurs, lecteur en sacrée théologie. Nous n'y
avons rien trouvé qui ne fût conforme à la doctrine de
l'Église, et tout nous a paru devoir y intéresser le lec-
teur: la pensée de charité qui l'a inspiré, le travail
consciencieux de recherches qui y a présidé, et le charme
incontestable du style qui soutient et anime constam-
ment le récit.
Paris, en notre couvent de Saint-Thomas-d'Aquin,
le 11 novembre 1865.
Fa. J. M. L. MONSABRÉ,
DES FRÈRES PRÊCIIEURS.
FR. CHARLES-VINCENT GIRARD,
DES FRÈRES PRÊCHEURS, LECTEUR EN SACRÉE THÉOLOGIE.
IMPRIMATUR :
Fa. STEPHANUS-CONSTANTIUS MINJARD,
PRIOR PROVINCIALIS PROYINCLE FRANCIS.
1
Au moment où se reconstruit à
Nancy l'église de saint Epvre, patron
de la Ville-Vieille, nous avons voulu
apporter une petite pierre à cet édi-
fice, et nous avons écrit cette notice.
Nous serons heureux si elle inspire à
quelques âmes une plus tendre dévo-
tion à ce glorieux saint, et leur met au
cœur la pensée de faire une plus large
aumône à son église.
Au couvent de Saint-Thomas-d'Aquin, le 11 no-
vembre 1865, en la fêle de saint Martin de Tours,
moine et eveque.
SAINT EPVRE
VIle ÉVtQUE DE TOUL
1
Sa vie.
Pendant que l'empire romain s'écrou-
lait sous les coups des barbares, que des
hordes sauvages, descendues des mon-
tagnes du Nord, se précipitaient sur
l'Europe sous la conduite de hardis ca-
pitaines et accouraient à la curée, ra-
pides comme les léopards et les loups
qui sortent à la nuit, l'Église de Jésus-
- 4 -
Christ se levait de son côté et travail-
lait avec une infatigable ardeur à réparer
les maux de l'invasion. Ses évêques, sans
crainte pour eux-mêmes, se jetaient au-
devant des barbares, tombaient à leurs
pieds, les conjurant, au nom du Dieu
vivant, d'épargner le peuple chrétien et
de ne point souiller leurs victoires par
le meurtre et le pillage. Ils étaient assez
heureux quelquefois pour attendrir le
cœur de fer de - ces hommes du Nord, et
pour faire de doux et humbles chrétiens
de ces farouches et irrésistibles conqué-
rants. Au milieu des passions, des vio-
lences et des crimes sans nom sous les-
quels s'abimait le vieux monde, l'Église
devenait ainsi l'asile des opprimés, la
défense des vaincus de ces interminables
— t)-
guerres, le foyer et le boulevard où
s'étaient réfugiés la vertu, l'honneur,
les derniers éléments des.sciences et les
derniers débris des mœurs.
Parmi ces grands évêques que Dieu
suscita en Gaule dans le cours du ve et
du vi® siècle, qui furent, en leur temps,
les colonnes de la foi et des prodiges de
sainteté, se firent pères des pauvres et
consolateurs de toutes les infortunes,
tinrent à honneur d'asseoir l'église de
France sur l'abnégation et le dévoue-
ment de ses pontifes, et formèrent enfin
le royaume très-chrétien, comme les
abeilles forment leur ruche, on distingue
saint Aper, plus connu sous le nom de
saint Epvre, successeur de saint Ursus
sur le siège de saint Mansuy, et le plus
— 6 —
populaire de tous les pontifes qui ont
gouverné l'église de Toul. C'est de ce
grand serviteur de Dieu que nous vou-
lons, à grands traits, retracer la vie et
rappeler le culte, si ancien et si célèbre
en Lorraine.
Les Leuquois (Leuci), dont Toul était
la capitale, appartenaient à cette partie
de la Gaule-Belgique nommée aujour-
d'hui la Lorraine (Loher- Regne), du roi
Lothaire, à qui elle échut en partage. Leur
pays touchait, au nord, à celui des Mé-
diomatriciens, et au midi, à celui des Lan-
grois; il allait, au couchant, jusqu'aux
terres des Rémois, et il avait pour limites
à l'orient les montagnes des Vosges et la
chaîne de l'Alsace. Le paganisme resta
debout, en ces contrées, bien longtemps
- 7 -
après Jésus-Christ, et les forêts qui cou-
vraient alors tout ce bassin des Gaules
furent encore, pendant de longues an-
nées , un sanctuaire où l'idolâtrie rendait
ses oracles et un retranchement où le
druidisme ne pouvait être forcé et où il
entretenait habilement le fanatisme des
peuples. Ce n'est guère que sur la fin du
ne siècle que la foi chrétienne pénétra
chez les Leuquois. Elle dut y être appor-
tée d'abord par des marchands qui, en
sillonnant le monde pour les intérêts
de leur négoce, avaient trouvé la perle
de l'Évangile et se faisaient un bonheur
de la communiquer à leurs frères, ou
par des soldats que les guerres prome-
naient alors d'un bout à l'autre de l'em-
pire, et qui avaient pu être iniliés aux
— 8 -
mystères du Christ à Rome ou en Orient,
berceau glorieux de notre croyance. La
nouvelle religion, privée de ministres
chargés de la féconder et de la soutenir,
d'apôtres capables de la propager et de
la défendre, eut peine à prendre posses-
sion du sol; elle ne fonda son règne que
dans quelques esprits, sans arriver aux
honneurs d'un culte public et à la gloire
d'une église hiérarchiquement constituée.
Mais le germe était jeté en terre, et Dieu
ne pouvait manquer de le visiter de ses
rosées et de son soleil. Dans le cours du
ive siècle, un évêque, d'origine écossaise,
au caractère intrépide et au cœur doux
comme son nom, fut envoyé de Rome,
par le siège de Pierre, dans la Gaule-
Belgique, et il s'arrêta à Toul, où il fonda
— 9 —
la première église du pays des Leu-
quois (1). A saint Mansuy succédèrent
dans l'épiscopat Amon, Alchas et Celsin,
dont la mémoire est en bénédiction et
dont le nom est écrit au livre de vie. Les
Actes des évêques de Toul ont dépeint en
quelques mots délicieux le caractère de
ces trois pontifes. Saint Auspice, héritier
de leur charge pastorale, émule de leur
sainteté, continuateur de leur œuvre,
ami passionné des lettres et célèbre par
son éloquence, est le premier dont l'épis-
copat offre une date à peu près incontes-
table et qui nous aide à dresser la chro-
nologie des évêques de Toul. Il vivait
vers le milieu du ve siècle, puisqu'on a
une lettre qui lui fut adressée par Si-
H) Voir, à la fin de la Dolice, la note A.
— fO-
doine Apollinaire, préfet des Gaules en
448 et 449. Saint Ursus, son successeur,
était un de ces pasteurs vigilants qui ont
le regard toujours ouvert sur leur trou-
peau , et qui, dans leur sollicitude, ne
se contentent pas de veiller eux-mêmes,
mais cherchent partout des hommes apos-
toliques pour les admettre au partage de
leur ministère. C'est ainsi qu'il avait fait
entrer dans son clergé le prêtre Vast,
originaire d'Aquitaine, un des esprits
les plus doctes de ces temps. Clovis,
après la bataille de Tolbiac, s'étant
arrêté à Toul, et ayant demandé à saint
-UTSUS un de ses prêtres pour l'ins-
truire dans la foi catholique, le choix du
pieux évêque tomba sur celui qu'il re-
gardait comme la perle de sa maison. Le
— u —
prêtre Vast partit donc avec Clovis,
remplissant près de lui le ministère du
diacre saint Philippe près de l'eunuque
de la reine Candace, et l'église de Toul
eut ainsi la gloire d'avoir donné le pre-
mier catéchiste et le premier apôtre des
rois francs. Avec le ve siècle s'éteignit
saint Ursus, et Aper ou Epvre monta
après lui sur le siège de saint Mansuy.
Il était merveilleusement préparé à
ces augustes fonctions. Dieu sans doute
peut appeler au gouvernement de son
Église des hommes qui ont vécu en
dehors de son Église, comme il lui plait
d'interrompre dans une dynastie la suc-
cession héréditaire, et de faire asseoir
sur le trône des hommes qu'il a tirés de
la charrue ou rappelés de l'exil; il peut
-12 -
choisir un Saul persécuteur, un Augus-
tin, longtemps esclave de l'erreur et
de la volupté, pour en faire la colonne
et le firmament de la vérité; il peut at-
tendre les dernières années de la vie
d'un homme pour le purifier, le dépouil-
ler des passions de sa jeunesse, lui don-
ner un nom et un cœur nouveaux, et en
faire un prince de l'Église, un pasteur
vigilant et intrépide de son troupeau.
Mais là n'est point le plan ordinaire de
la Providence, et quand Dieu veut se ré-
server un pontife selon son cœur, un de
ces hommes appelés, comme Samuel, à
gouverner le peuple, comme Onias, à
arrêter les colères divines, et, comme
les plus grands thaumaturges, à donner
à la vérité la consécration des miracles,
4
- 13 -
il n'attend pas que son serviteur soit
arrivé au jour marqué pour l'exécution
de son œuvre, il ne le laisse pas chemi-
ner de longues années dans l'indécision
et les ténèbres; mais, sans lui donner
toujours le pressentiment de l'avenir, il
le dispose longtemps d'avance, le fa-
çonne mystérieusement à ses desseins,
et lui fait une vie qui est une préparation
et une prophétie de sa vocation future.
C'est ce qui eut lieu pour saint Epvre,
destiné à gouverner l'Église de Toul et à
y renouveler les prodiges de puissance
et de sainteté de saint Mansuy, son pre-
mier évêque.
La grâce le prévint dès sa naissance,
et la main divine alla placer son berceau
au sein d'une famille chrétienne, où la
— u —
noblesse du sang était rehaussée par la
noblesse de la vertu, et où l'enfant de-
vait trouver dans la foi robuste de son
père et dans l'aimable piété de sa mère
une première leçon de christianisme.
A cette époque le paganisme régnait
encore parmi les Francs, Clovis n'était
pas encore descendu dans le baptistère
de Reims, et la foi n'avait pénétré que
dans un petit nombre de familles. C'est
dans une de ces familles bénies que notre
bienheureux vit le jour, au bourg de Tran-
col ou Trancaut, non loin de la ville de
Troyes, en Champagne. Au foyer domes-
tique, il ne trouva que de nobles ensei-
gnements et de hautes vertus, et il grandit
à l'ombre de la sainteté paternelle, comme
le lierre qui grandit à l'ombre du chêne
— 45 -
et, soutenu par lui, s'élève à sa hauteur.
Il n'y avait en lui rien de léger et de pué-
ril; il fuyait les jeux de l'enfance et ne
connaissait pas de plus grand bonheur
que celui de visiter les églises, d'y passer
de longues heures en prières, d'aller en
pèlerinage au tombeau des saints, et de
prendre sur lui, à leur exemple, le joug
aimable du Christ. Il est des saints qui
se sont arrachés au monde, au moment
où le monde essayait d'imprimer sur
eux son sceau ; ils ont fui les séductions
de la vie, dans la plénitude de la force,
et, comme saint Martin renonçant aux
honneurs de la milice, et saint Benoît
allant s'enterrer dans une gorge des
Apennins, ils peuvent dire avec le pro-
phète : Vous avez été, Seigneur, mon
-16 -
espérance, dès le temps de ma jeunesse 1
Plus heureux que tous ces glorieux ser-
viteurs de Dieu, le jeune Epvre avait le
droit de s'écrier avec la sainte Écriture :
Vous avez été mon espérance, dès le sein
de ma mère! En effet, il n'avait jamais
appartenu qu'à Dieu. Le monde ne l'a-
vait jamais flétri ; ses plaisirs n'avaient
point effleuré son cœur; son âme était
restée pure et ne s'était jamais ouverte
qu'au ciel, comme le lis de la montagne
qui a fleuri dans la solitude et n'a jamais
été froissé par la main de l'homme. Cette
enfance sauvegardée du mal, abritée
contre le souffle du monde, était une
aimable et délicate attention de la Pro-
vidence ; c'était un moyen de rendre ce
jeune homme invulnérable et de le sau-
- 17 -
ver des excès où se perdaient fatalement
ses contemporains.
En ce temps-là, la Gaule, dont l'Aus-
trasie n'était qu'une province ayant Metz
pour capitale, avait besoin d'entrer sé-
rieusement dans le christianisme, pour
s'arracher aux sanglantes passions qui
eussent usé sa jeune et vaillante ardeur
et l'eussent réduite en quelques années
à se débattre et à disparaître, comme les
peuples décrépits du Bas-Empire. Dans
cette société, telle qu'elle était alors
composée, il y avait trois choses qui
étaient des germes de mort : c'étaient
, l:mh»manité, une insatiable cupidité
:. et l'anàtK^ effréné des plus grossiers
plaisirs. - i
Tous jZs JFrancs n'avaient pas encore
- A8 -
embrassé le christianisme, et ceux-là
mêmes qui avaient accepté la foi du Christ
étaient souvent de pitoyables chrétiens ;
ils avaient reçu les dogmes catholiques,
au besoin ils savaient descendre pour
eux sur les champs de bataille; mais ils
n'avaient rien changé de leurs mœurs
et n'avaient « ni abdiqué un seul des
vices païens, ni adopté une seule des
vertus chrétiennes (i). » Les Francs
étaient braves entre tous les peuples du
Nord. La francisque était en leurs mains
une arme irrésistible, et plus d'une fois
les légions romaines en avaient connu le
redoutable poids; mais, en même temps,
ces peuples avaient quelque chose d'in-
(1) LE COMTE DE MONTALEMBERT, Les Moines dOe-
cident, Il. ,
— 19 -
dompté et de sauvage comme les cour-
siers qu'ils montaient. Habitués à répandre
le sang dans la chasse et la guerre, à se
jeter avec audace au-devant de la mort,
ils en étaient venus à se faire un jeu de la
vie humaine. Ils ne respectaient rien, et,
quand ils étaient animés par la vengeance,
ils n'épargnaient personne, et mettaient
leur bonheur à massacrer et à égorger.
La cupidité était la grande cause de ces
meurtres. Ces hommes, qui n'avaient ja-
mais rien possédé sous le soleil et n'a-
vaient tenu jusque-là qu'à la tente sous
quelle ils campaient, aux flèches dont ils
perçaient les bêtes fauves, et à la hache
qu'ils lançaient dans le crâne de leurs
ennemis, ces hommes furent tout à coup
dévorés de la fièvre de la possession.
- 20 -
Pour s'assurer d'une terre et en défendre
la conquête , ils ne reculaient devant au-
cun crime et se faisaient facilement ban-
dits et fratricides.
En face de tous ces instincts cupides et
sauvages, le jeune Epvre se révéla avec
un profond esprit de douceur, de charité
et de désintéressement. Au lieu de céder
à ces pensées d'orgueil et d'ambition que
pouvait lui inspirer la noblesse de sa race,
il sentit le besoin de descendre vers les
petits et les déshérités du monde, et il eut
à cœur, en se rapprochant d'eux, de leur
faire oublier la distance qui les séparait.
Le Christ pendu à la croix du Calvaire
n'avait pas vainement posé devant lui ;
de bonne heure, le jeune chrétien s'était
ému sur ses souffrances, avait pleuré sur
- ai—
ses douleurs et s'était épris d'une grande
compassion pour tous ceux qui sont appe-
lés à continuer ici-bas la passion de son
Mattre. Il allait vers les malheureux comme
à Jésus-Christ souffrant, et son âme se
dilatait à leur approche comme à l'aspect
imprévu d'un ami. La charité avait si
bien fait en lui son tabernacle, qu'on
pouvait lui appliquer ces paroles de Job :
La miséricorde a grandi en moi depuis
mon enfance, et elle est sortie avec moi du
sein de ma mère. En effet, la joie la plus
douce du noble enfant était de secourir
'- les pauvres; il se faisait leur avocat et
leur défenseur, et inaugurait à leur égard
ce généreux patronage qu'il devait exer-
cer plus tard avec tant d'éclat. Quand,
au sortir de l'église ou des écoles, il
— 22 -
apercevait un misérable nu et transi, il
pleurait sur son sort; et plus d'une fois il
se dépouilla de ses propres vêtements pour
en revêtir les pauvres, et s'en revint lui-
même nu à la maison, ou plutôt, selon la
belle expression d'un biographe, couvert
du manteau de la justice et de la cha-
rité (1). Arrivé aux jours de sa jeunesse
et mis, par la mort de ses parents, en
possession d'un riche patrimoine, il ne
se laisse pas prendre davantage à la cu-
pidité : il ne change pas sa vie et n'écoule
pas joyeusement sa fortune avec de
bruyants compagnons de plaisir. L'âge
des passions le trouve insensible, et il ne
songe point à boire au moins une fois à
(4) VIT" SÀNCTI APRI, ex Act.
— 23 —
cette coupe des voluptés où tant d'autres
sont venus chercher l'ivresse. C'est en-
core une grâce de Dieu, une bénédiction
que sa compassion pour les pauvres fait
descendre sur sa tête. Sa grande charité
l'a enveloppé comme d'un bouclier et
l'a rendu invulnérable et invincible. La
prière des malheureux est montée vers
le ciel et a appelé la vertu de Dieu sur
celui qui a été leur père. Epvre reste
donc à son âge mûr ce qu'il a été aux
jours bénis de son enfance, l'ami et le
consolateur de ceux qui souffrent, et la
bienfaisance demeure à jamais, comme
un sceau sur son cœur. Bien différent de
ces riches dont l'orgueil croit avec la for-
tune et dont l'amour de la possession
grandit avec l'accroissement de leurs
-24 -
revenus, ce généreux chrétien regarde
son patrimoine comme le patrimoine des
pauvres; non-seulement il les accueille
volontiers et leur ouvre sa porte comme
à un hôte envoyé de Dieu et affectueuse-
ment attendu, mais, pour mieux témoigner
de sa tendresse, il veut encore les aimer
jusqu'à se faire leur frère et leur égal. Il
entend la parole de Jésus-Christ, vend ses
biens, les distribue aux indigents, amas-
sant ainsi un trésor dans le ciel et protes-
tant par ce dépouillement volontaire et
ces instincts généreux contre la cupidité
et la barbarie des hommes de son temps.
Un homme de ce caractère ne pouvait
se laisser prendre à l'amour effréné des
plus grossiers plaisirs, qui était dans la so-
ciété un autre germe de mort. S'il y avait,
- 25-
v
en effet, chez les Francs les déplorables
excès d'une nation encore sauvage, il y
avait d'un autre côté tous les vices d'une
civilisation savamment dépravée. C'était
le funeste héritage de Rome. Quand Rome,
devenue maîtresse du monde, vit de l'o-
rient à l'occident tous les peuples à ses
pieds, ellecompritquesa conquête n'aurait
dedurée qu'autant que ces peuples seraient
incapables de secouer son joug. Que fit-
elle alors? Elle résolut d'amollir ceux
qu'elle désespérait de dominer toujours
par la force de son bras : abaisser les
caractères, énerver les volontés a été en
tous les temps une habileté du despotisme.
Le Gaulois, le Germain, le Franc, re-
tranchés dans leurs montagnes et leurs
forêts, et fortement campés sur les rives
- 26 —
de leurs fleuves, présentaient une ligne
de bataille que les légions romaines pou-
vaient bien enfoncer sur un point, mais
qu'elles ne pouvaient entièrement dé-
truire; et dans cette vie nomade et
presque sauvage, les peuples de la Gaule
s'accoutumaient aux privations et aux
fatigues et trouvaient une force et une
audace que Rome, du haut de son Capi-
tale, avait pu admirer avec effroi. Les
paroles de Brennus avaient encore un
écho dans le sénat, et les césars, crai-
gnant des représailles, essayèrent d'é-
nerver les Gaulois soumis et de leur ôter
l'envie de secouer les chaînes dorées que
leur imposait le vainqueur. Hélas! ils ne
réussirent que trop bien. Des villes opu-
lentes se fondèrent, avec un forum où
- 27 -
retentissait encore, pour mieux étourdir,
le nom de la liberté qui n'existait plus
nulle part, avec des cirques où combat-
taient les lions et où s'égorgeaient les
gladiateurs, avec des naumachies où
l'on simulait des batailles navales, avec
des spectacles de toutes sortes où l'on
cherchait à oublier la servitude, avec
des thermes où l'on perdait dans des
eaux embaumées la force indomptable
que l'on trouvait jadis dans l'eau gla-
cée des fleuves, avec des plaisirs sans
nom et sans fin, écolo permanenté de
dépravation. Telle avait été la politique
des Romains, et, quand ils eurent dis-
paru des Gaules, le système qu'ils avaient
érigé resta, et l'on eut un peuple avide de
voluptés sensuelles.
— 28 -
L'héroïque jeune homme qui devait
être saint Epvre se mit en garde contre
cette dépravation romaine qui avait pé-
nétré partout. Il savait que Jésus-Christ
fait une loi du renoncement, et que l'on
ne peut être chrétien en sacrifiant au
sensualisme. « 0 mon âme, se disait-il
souvent avec saint Paul, cherche ce qui
est en haut, aime ce qui est en haut, et
non ce qui est sur la terre. » Il aurait
voulu ne vivre que pour Dieu, ne travail-
ler que pour lui, et il se demandait avec
anxiété ce qu'il avait à faire pour fonder
en lui le règne de Jésus-Christ. La vie
cénobitique était alors à peu près incon-
nue en Occident. Saint Benoît naissait à
peine; le mont Cassin n'avait pas en-
core envoyé dans toute l'Europe ces colo-
— 29 -
nies de moines qui devaient être les sou-
tiens de l'Église et les pionniers de la
civilisation ; saint Colomban n'avait pas
encore paru ; Luxeuil n'avait pas encore
ouvert sa ruche monastique, et les som-
mets des Vosges n'étaient point encore
couverts de ces monastères qui en de-
vaient être la gloire et la couronne.
Epvre ne pouvait donc aller frapper à la
porte de ces maisons bénies où habitent
l'humilité, la charité, la pureté et l'aus-
térité claustrales; mais, dès qu'il appre-
nait qu'un homme était un vrai serviteur
de Dieu, il allait à lui, et oubliant sa
noblesse, ses dignités et ses propres
vertus, il se mettait à son école et lui
demandait humblement le secret de sa
sainteté. Glorieux imitateur de saint
— 30 -
Antoine, le patriarche des moines, il
s'efforçait de reproduire dans sa vie ce
qu'il voyait dans les autres, comme une
abeille diligente qui recueille le suc des
fleuris et en forme le miel si doux et si
parfumé. Il s'exerçait près de l'un à la
douceur, près de l'autre à la charité; il
cherchait à égaler celui-ci par l'ardeur
de sa prière, celui-là par la rigueur de
ses austérités; il ne reconnaissait à per-
sonne le droit de le surpasser lui-même
en perfection, et, dans un profond et
sincère amour de Dieu, il voulait être le
premier par ses veilles, ses jeûnes, ses
pénitences, ses grandes charités et son
admirable bonté. Quel consolant spec-
tacle, au milieu de tant de bassesses et
de tant de crimes qui ensanglantent l'his-
— 34 -
toire de ces temps! Pendant que tous
briguent les honneurs, que chacun cher-
che à étendre ses domaines aux dépens
de ses frères, qu'une insatiable cupidité
fait répandre le sang, et que beaucoup
perdent dans d'ignobles plaisirs leur di-
gnité d'homme, voilà un saint qui prend
Dieu pour unique héritage, qui travaille
non pour ce monde qui passe, mais pour
la vie qui dure toujours, qui se fait
humble pour consoler les humbles,
pauvre pour enrichir les pauvres, chaste
pour enseigner ceux qui ne le sont pas,
mortifié pour condamner ceux qui usent
leurs forces dans de sanglantes voluptés,
serviteur de Dieu pour mener à Dieu ceux
qui l'ignorent, l'oublient et le blasphè-
ment.
- 32 -
Quand Epvre fut arrivé à cette virilité
parfaite, Dieu, qui le poussait ainsi dans
la voie du sacrifice et le portait aux der-
nières cimes de la vertu, pour en faire la
gloire et l'ornement de son peuple et le
placer comme un chandelier d'or dans la
maison sainte, Dieu inspira aux fidèles
et au clergé de l'église de Toul de le choi-
sir pour évêque. Saint Ursus venait de
déposer le fardeau de la chair. On voulut
lui donner un successeur digne de son
zèle et de sa vertu, et on ne trouva per-
sonne de plus méritant que le noble
Champenois dont la renommée était arri-
vée jusqu'au bout de l'Austrasie. Epvre
fut donc acclamé évêque par le peuple
et les prêtres de l'église de Toul. Vaine-
ment voulut-il décliner cet honneur,
- 33 -
vainement protesta-t-il de son indignité,
vainement essaya-t-il de s'enfuir au dé-
sert, il fut obligé de se rendre. On lui
démontra qu'il résistait à la volonté
divine, clairement manifestée par le suf-
frage unanime du troupeau et des pas-
teurs, et il se résigna à accepter ces glo-
rieuses fonctions auxquelles sa vie passée
l'avait si bien préparé. Ce fut sur les bras
du peuple qu'il fut conduit ou plutôt porté
sur la chaire de saint Mansuy (1).
- Le saint fut à la tête de l'église de
Toul ce qu'il avait été dans les humbles
j'angs des fidèles. Trois choses ont d'or-
dinaire la puissance de changer le cœur
de l'homme, et de jeter sa vie en des
voies nouvelles : ce sont les années, les
H) Voir la note B.
- 34 -
dignités et la prospérité. Or le serviteur
de Dieu fut immuable dans la vertu sous
l'action du temps, et l'effervescence de la
jeunesse le trouva simple et fort dans le
service du Seigneur comme aux jours de
sa première enfance. Les honneurs qui
vinrent le chercher dans la foule ne l'é-
blouirent ni ne le troublèrent : les hon-
neurs ne changent que ceux qui vont au-
devant d'eux, et les attendent pour don-
ner plus d'éclat et de bien-être à leur
existence. Le pieux évêque de Toul n'y vit
qu'une raison de mieux servir Dieu et
de se dévouer davantage à ce peuple qui
avait voulu l'honorer. Il considérait les
dignités ecclésiastiques comme des char-
ges qui obligent ceux qui en sont revê-
tus, et il pensait que pour être le premier
— 35 —
il n'avait qu'un droit et qu'un devoir ,
celui de consacrer sa vie à ses frères, à
l'exemple du Pontife suprême qui devait
se proclamer bientôt serviteur des servi-
teurs. Se faire tout à tous était sa devise,
comme celle de saint Paul. Les occasions
de s'exercer ne manquaient point à sa
charité. En ces temps de guerre, de spo-
liation et de désordre, il y avait de grands
malaises et de grandes douleurs dans la
société : les terres étaient souvent rava-
gées, les moissons détruites et les maisons
incendiées. Bien des victimes affluaient
vers le saint évêque pour obtenir justice,
implorer miséricorde, être sauvés de la
détresse et du déshonneur; et lui souffrait
de leurs souffrances comme si elles lui
étaient personnelles ; il ouvrait ses bras
- 36 —
à ses brebis dans le malheur, il pleurait
avec elles, et ne les laissait jamais partir
avant d'avoir fait descendre la consola-
tion en leur coeur. Noble et .généreuse
existence! comme elle était bien faite
pour donner aux hommes l'amour de
l'Évangile! Aussi Epvre, le père des
pauvres, le soutien de toutes les infor-
tunes, l'ami de tous les malheureux, le
disciple infatigable de la charité, était
merveilleusement puissant dans son apos-
tolat ; sa vie parlait plus haut encore que
ses discours, et quand à ces Francs,
avides de pillage, gorgés de butin, ivres
de sang et de débauches, il venait dire :
« Aimez vos semblables, respectez ce qui
est à eux! » il était sûr d'être entendu,
parce que le premier il avait donné
-37 -
2
l'exemple du sacrifice. Il aimait vérita-
blement son prochain comme lui-même,
puisque, non content de lui avoir fait une
place si large en son cœur, il lui avait
donné tous ses biens et il lui donnait
maintenant son temps, ses forces, son
repos et sa vie. C'était, en vérité, un
évêque, c'est-à-dire un homme de vertu.
C'était aussi un homme de prière. Celui
qui est pasteur, qui doit répondre des
âmes devant Dieu, a le cœur trop rempli
de sollicitude pour s'abandonner jamais
pleinement au repos et à la sécurité. Il
connait les besoins, les défaillances, les
tristesses, les épreuves, les périls de ses
brebis; il ne peut échapper à ces souve-
nirs, son sommeil lui-même en est trou-
blé, et il se demande avec anxiété, dans
— 38. -
le silence des nuits, ce qu'il y aurait à
faire pour conjurer le danger, sauver
son troupeau des loups dévorants et lui
rendre le calme, la paix, la sécurité des
enfants de Dieu. Il se tourne vers le Ciel,
et il pousse de ces cris qui doivent atten-
drir le Père des miséricordes. Il avoue
son impuissance, et il reconnaît que
l'homme a besoin de la lumière, de la
force, de l'onction et de la grâce de Dieu
pour le salut et la conversion des âmes.
Quelles n'ont donc pas été les sollicitudes
et les angoisses de saint Epvre ! combien
a dû souffrir un cœur si dévoué et si
magnanime! comment dire ce qu'il a
éprouvé de tristesse, en voyant le paga-
nisme encore debout sur plus d'un point
de son vaste diocèse! Avec quelle ardeur
- 39 -
il criait vers Jésus-Christ, le Pasteur des
pasteurs, et lui demandait d'éclairer et
de sauver son peuple ! Plus d'une fois il
passa la nuit, couché sur la pierre froide
de son église, les mains tendues vers le
tabernacle, comme vers l'arche d'où de-
vait descendre la vie. Puis, quand se dissi-
paient les ombres, que le jour appelait
chacun au travail, le saint évêque deve-
nait l'homme de l'action, après avoir été
l'homme de la prière, et, à l'exemple dés
premiers apôtres, il s'en allait à pied,
par des chemins impossibles, porter le
royaume de Dieu à ces chers idolâtres
dont il aimait l'âme comme la sienne. Ni
les torrents qu'il fallait traverser, ni les
neiges épaisses qui couvraient les Vosges;
ni les glaces qui rendaient ces montagnës
— 40 -
inaccessibles, ni les bandits qui infestaient
les chemins, rien n'était capable d'arrêter
son zèle. Jamais hommene répéta avec plus
de conviction ce mot admirable de saint
Paul : Malheur à moi, si je n'annonce pas
l'Evangile! car c'est une nécessité qui
m'incombe. Il ne laissait pas passer un seul
jour, ni même une seule heure, dit son
biographe, sans annoncer la parole de
Dieu (1). En le voyant ainsi, lui, fier et
délicat patricien, élevé dans les aises de
la vie, s'aventurer seul, sans monture,
sans provisions, sur des routes inexplo-
rées, et pénétrer au cœur de ces vastes
(4 ) Verbi vero divini doctrinam quotidiè, immo
omni horâ, cunctis adnuntians, nullum tempus à
salutari prœdicatione vacuum esse sinebat. YITA
SANCTI APRI.
- 41 —
forêts sillonnées par les ours et par les
loups, on croyait sans peine à une reli-
gion qui inspire de pareils dévouements,
et on reconnaissait la foi dans la charité.
Les grâces de Dieu accompagnaient
un si généreux apostolat, et le don des
miracles vint récompenser le zèle du saint
évêque. Au jour de la dispersion des
apôtres, Jésus-Christ avait dit : « Voici les
miracles qui suivront ceux qui croiront :
ils chasseront les démons en mon nom ; ils
parleront des langues nouvelles; ils tou-
cheront les serpents; s'ils boivent du
poison, il ne leur nuira point; ils im-
poseront les mains aux malades, et les
les malades seront guéris (1). » Et voilà
H) ÊVAISG. SELON s. MARC, cbap. xvi, vers. M
et 18.
- 42 -
que ces paroles s'accomplissaient magni-
fiquement en saint Epvre. Durant le cours
de son épiscopat, des affaires l'amenè-
rent à Châlon-sur-Saône. Suivant son
habitude, une de ses premières visites
fut pour les pauvres prisonniers. Il trouva
dans les fers trois malheureux, accusés
de crimes énormes. N'écoutant que son
cœur, le doux et pieux pontife accourt
vers Adrien, qui rendait alors la justice en
cette ville (1), se jette à ses pieds et lui
demande grâce pour les coupables. Au
lieu de se laisser attendrir par les prières
et les pleurs de l'évêque de Jésus-Christ
(1) Il ne s'agit pas ici de l'empereur Adrien,
mais d'un simple officier du même nom, et c'est
sans raison que l'on a voulu en conclure que saint
Epvre avait vécu sous Adrien.
— 43 -
embrassant ses genoux, le juge le re-
pousse avec mépris, et, loin de lui accor-
der sa demande, lui jure qu'il fera endurer
aux captifs de plus terribles tourments.
Le saint de Dieu ainsi traité recourt à son
refuge ordinaire, et ce qu'il n'a pu obte-
nir de l'homme il le demande à la toute-
puissante Majesté. Bientôt la Divinité se
révèle, la prison est ébranlée jusque dans
ses fondements, et les fers des prisonniers
se rompent comme des fils à l'approche
de la flamme (1). Les trois captifs sortent
librement du cachot et accourent vers le
lieu où l'homme de Dieu était en prière,
tenant dans leurs mains les chaînes dont
auparavant ils étaient liés. Le peuple
I l ) Tanquam fila odore ignis accepto. VITK S. AP.
-.44 -
pousse des cris d'allégresse, rend grâces
au Ciel et célèbre les mérites de saint
Epvre. A ces cris, Adrien entre en fureur,
l'esprit mauvais s'empare de lui, et le
malheureux juge se roule à terre et
exhale son dernier souffle au milieu
d'horribles douleurs, châtiment trop lé-
gitime d'une double faute, la cruauté et
l'impiété.
Saint Epvre rentrait dans son diocèse,
heureux de se retrouver au milieu de son
troupeau, lorsque sur sa route il décou-
vrit un jeune homme possédé de l'esprit
immonde des lèvres duquel s'échappait
une sorte d'écume enflammée. A l'ap-
proche du serviteur de Dieu, le possédé
est saisi de rage, il grince des dents,
promène autour de lui des regards étin-
- 45 -
celants comme la flamme, se jette avec
fureur sur ceux qu'il rencontre et les
déchire inhumainement. Pendant que
tout le monde fuit, le pontife s'approche,
et, la main étendue vers l'énergumène,
lui commande de s'arrêter. Le possédé
obéit, mais il semble en proie à de plus
cruelles douleurs, sa rage redouble, une
bave ensanglantée couvre sa bouche et il
essaie de mordre le saint. Celui-ci ne se
trouble point; de sa main bénie il trace
le signe de la croix sur les lèvres du pos-
sédé , et le démon , acculé par une force
divine, s'échappe, laissant de sa présence
des traces honteuses et une odeur insup-
poriable. - Voilà vos œuvres, ô Christ,
s'écrie à ce propos un biographe du
xne siècle, voilà vos miracles, ô vous qui
- 46 -
êtes vraiment admirable dans vos sainte
et qui daignez les glorifier, en leur accor-
dant la victoire sur l'ennemi du genre
humain. Autrefois le diable se réjouissait
d'avoir chassé l'homme du paradis ; au-
jourd'hui , par un merveilleux retour,
c'est la voix de l'homme qui le contraint
de sortir du corps des possédés, et celui
qui, enflé d'orgueil, prétendait monter
au ciel et placer son trône au-dessus des
astres de Dieu, est maintenant couvert
de confusion, vaincu et abaissé aux pieds
des humbles serviteurs de Dieu (i).
Saint Epvre multipliait ainsi les pro-
diges sur tous ses pas, et paraissait devant
les peuples avec la puissance des anciens
Ii) ACTA Tni. KMSC.
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prophètes d'Israël. Aussi ceux qui avaient
résisté à l'éloquence du pasteur étaient
vaincus par les miracles du thaumaturge.
Le nombre des conversions fut immense,
la croix s'implanta partout, le paganisme
fut frappé à mort, et l'arianisme, qui avait
essayé de pénétrer dans les Gaules, fut à
jamais proscrit. Dans la ville de Toul, les
derniers autels et les derniers temples
des idoles s'écroulèrent, et le saint évêque
entreprit d'élever une basilique au Dieu
très-bon et très-grand qui avait vaincu
par ses mains. Dans les conseils de la Pro-
vidence, cette basilique devait devenir
son tombeau. Depuis sept ans à peine, il
occupait le siège de saint Mansuy, et il
laissait après lui des œuvres dignes du
plus long épiscopat. Un peuple amené à

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