Saint-Ignace et Napoléon , dialogue philosophique en prose, par Jacques-Imbert Galloix

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Ponthieu (Paris). 1826. 25 p. ; in-8.
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Publié le : dimanche 1 janvier 1826
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SAINT IGNACE
ET
NAPOLÉON.
CHEZ LES MÊMES LIBRAIRES,
DU MÊME AUTEUR :
Méditations lyriques. , Prix : i fr. 5o c-
CENÈVE.—IMPR. DTC P.-A. DONNANT,
SAINT IGNACE
ET
3||P0LÉ0N,
fétèl^fèfe PHILOSOPHIQUE,
EN PROSE.
PAR
Sacau&f=*J-mùer/' tyouottot
PARIS*
PONTHIEU, LIBRAIRE, PALAIS ROYAL.
GENÈVE,
BARBEZ AT ET DELARUE, LIBRAIRES.
BRUXELLES,
GRIGNON, LIBRAIRE.
l826.
PRÉFACE.
J E n'ai que deux mots à dire sur ce Dialogue.
Je n'ai point voulu faire un ouvrage de circonstance,
et je serais fâché qu'on le considérât comme lel. J'ai seule-
ment choisi un cadre pour émettre quelques sensations et
quelques pensées, et j'ai trouvé piquant de rapprocher
deux hommes tels que saint Ignace et Napoléon.
Ce Dialogue n'est point historique, mais philosophi-
que; si j'avais considéré le caractère d'Ignace sous un
faux point de vue, ce rie serait donc pas un grand mal.
Les hypothèses ont toujours été permises, et le Dialogue
de Sylla et d'Eucrale en est peut-être une sublime.
Un grand nombre de personnes, sans doute, ne se-
ront pas de mon avis sur des points philosophiques.
Je leur répondrai par ces mots, tirés de mon propre
Dialogue :
« Chacun sent et pense d'après son organisation, et
toutes les organisations étant différentes, l'on ne peut
raisonnablement supposer que les mêmes choses puissent
être vues par tous de la même manière. »
SAINT IGNACE
ET
NAPOLÉON,
DIALOGUE PHILOSOPHIQUE.
SAINT IGNACE.
JE rends grâces au destin qui conduit en ces
lieux le grand Napoléon. Salut à l'ex-empereur
des Français, jadis maître du monde, aujour-
d'hui maître de son ombre !
NAPOLÉON.
Qui donc êtes-vous ? A vos yeux pénétrans,
à votre sourire ironique, je vois que vous con-
naissez, je veux dire que vous connaissiez les
hommes r et que vous étiez digne de leur com-
mander.
SAINT IGNACE.
Il est vrai, j'aurais dû naître prince ; le sort
ne le permit pas, et je voulus faire ce que vous
avez fait plus tard; commander au sort.
( 8 )
NAPOLÉON.
Votre projet réussit-il?
SAINT IGNACE.
Oui; mais, quoique fondateur d'un empire
immense, je n'ai pu contempler mon ouvrage
long-temps, et après une vie orageuse et pé-
nible, j'ai laissé la scène, comme si je n'avais
jamais quitté le château paternel. Sachez enfin
mon nom; sur la terre on m'appelle saint Ignace,
mais ici je ne suis qu'Ignace de Loyola.
NAPOLÉON.
Quoi ! vous, le prêtre ambitieux , le politique
habile , le missionnaire enthousiaste qui fonda
l'ordre redoutable des jésuites!
SAINT IGNACE.
Moi-même; et, je vous considère avec atten-
tion, aussi, vous qui, maître ou peut-être es-
clave du destin, avez tâché de soumettre le
monde au pouvoir d'un seul homme, et de pla-
ner au-dessus de toutes les couronnes , comme
j'ai tenté, moi, d'élever au-dessus de toutes les
dynasties, une dynastie impérissable, et au-
dessus de tous les trônes, un trône dominateur.
NAPOLÉON.
Ah ! vous avez trop bien réussi ; mais , quel
rapport trouvez-vous donc entre saint Ignace et
Napoléon ?
( .9 )
SAINT IGNACE.
Les circonstances, qui ont tant d'influence
sur le sort des hommes, vous ont fait arriver
au terme, de vos efforts bien promptement;
mais, au milieu de tous les obstacles que j'avais
à surmonter, mes succès dans le seizième siè-
cle, sont peut-être plus étonnans que les vôtres
dans le dix-neuvième. Nous avons pris pour
. arriver à notre but, des sentiers différens, il
est vrai ; mais ce but était le même, et ces sen-
tiers étaient tracés sur la même route. Tous
deux nous avons rêvé la monarchie universelle ;
tous deux nous avons vu que pour gouverner
les hommes, il ne fallait que gouverner leur
imagination. Mon siècle était religieux et su-
perstitieux; le vôtre était belliqueux et enthou-
siaste de la gloire militaire; j'ai séduit les ima-
ginations en leur offrant le ciel ou l'enfer , un
bonheur éternel ou des tourmens sans fin;
comme vous, en leur présentant la gloire ou
l'obscurité, l'agitation ou l'apathie.
NAPOLÉON.
Je le vois, maître Ignace, vous n'êtes point
un novice dans l'étude du coeur humain ; cepen-
dant, il est des hommes sur qui l'imagination
n'a que peu de pouvoir.
SAINT IGNACE.
Aucuns; tous, il est vrai, ne se laissent pas
( io )
séduire par les mêmes espérances; mais tous
également, se laissent entraîner par leur imagi-
nation; la cause est la même, les effets seuls
sont différens; ainsi, je faisais espérer la puis-
sance et la richesse, à ceux dont l'enthousiasme
ne s'élevait pas au-dessus de la terre.
NAPOLÉON.
Oui; à peu près comme j'offrais de l'or et
des titres à plusieurs qui pensaient être inac-
cessibles aux séductions, parce qu'ils avaient
dédaigné le glorieux petit ruban de soie, et
souri des proclamations déclamatoires où je
promettais officiellement à deux cent mille
hommes .... l'immortalité. Pauvres humains,
qu'il est facile de vous conduire F
SAINT IGNACE.
Il est quelquefois, non-seulement facile,
mais bien amusant de gouverner les hommes.
Ainsi, par exemple, lorsque vous accordiez à
un bataillon que sa valeur avait distingué,
l'honneur de se faire tuer au premier rang, si
le bataillon n'était pas tout entier composé
d'imbéciles, plusieurs de ses membres, sans
doute, devaient se moquer bien fort de la dis-
tinction.
NAPOLÉON.
Point du tout; il se pouvait que chacun d'eux
eût assez d'esprit pour apprécier cet honneur

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