Saint Venance, évêque de Viviers, sa vie, ses miracles, ses reliques... / par l'abbé Champion,...

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Nivoche (Valence). 1863. Venance, Saint. 1 vol. (XI-185 p.) ; in-18.
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Publié le : jeudi 1 janvier 1863
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L. MALVOlôth
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SAINT VENANCE
ÉVÊaUS DE VIVIERS
SA VIE, SES IIIRACLES, SES RELIQUES
AVEC
UNE NEUVAINE
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PAR
l'Abbé CHAMPION
C'-'r.:'-. honoraire cie Val-ncj.
VALENCE,
SIVttCÏE, L 1 BRAIRE-KL'1 l'Elit,
r,uf> rte l'Université.
1803.
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SAINT VENANCE
SA VIE
SES MIRACLES, SES RELIQUES.
SAINT VENANCE
ËVÊQUE DE VIVIERS
SA VIE, SES MIRACLES, SES RELIQUES
AVEC
UNE NEUVAINE
îUos s àe \'i.été
PAR
l'Abbé CHAMPION
Chanoine honoraire de Valence.
VALENCE,
NIVOCHE, LIBRAIRE-ÉDITEUR,
Rue de l'Université.
1863.
Valence, imp. Jules Céas et fils.
PROPRIÉTÉ
Se trouve aussi :
A Paris, chez C. DILLET, Libraire-Éditeur,
rue de Sèvres, 15.
A Lyon, chez GIRARD et JOSSERAND, Lib.-Édit.,
place Bellecour, 30.
A Valence, chez l'Auteur, Aumônier de l'Hôpital.
APPROBATION.
LETTRE DE Mgr LYONNET,
Évêque de Valence,
A L'AUTEUR.
Valence, le 25 janvier 1863.
Monsieur le Chanoine,
C'est avec un vrai plaisir que je viens de lire l'ou-
vrage que vous venez de publier sur la vie, les mira-
cles et les reliques de saint Venance, évêque de
Viviers.
Un travail de ce genre et de ce mérite témoigne
hautement de votre zèle et de votre piété envers ce
grand saint qui, quoiqu'il ne nous appartienne pas
d'une manière absolue, a eu tant de rapports avec
le plus illustre de mes prédécesseurs, qu'il a droit à
une place.dans nos diptyques valentinois.
Aucune personne religieuse, soit en deçà, soit en
delà du Rhône, qui n'attache du prix à votre œuvre;
elle sera, à la fois, émerveillée et édifiée de toutes
les recherches qu'elle vous a coûtées. Vous les avez
gracieusement entremêlées, en racontant les vertus
et les travaux du Saint dont vous avez retracé l'admi-
rable vie, d'anecdotes et de récits qui jettent un
grand jour sur l'époque où il a vécu.
Pour ma part, je vous en fais mon sincère compli-
ment ; vous ne pouviez mieux employer les heures
de loisir que peut vous laisser votre laborieux minis-
tère. Gardien des reliques de l'illustre saint Venance,
vous vous êtes inspiré auprès d'elles pour exposer,
d'une manière aussi exacte que correcte, tous les
titres qu'il a à notre vénération.
VI
Du haut du ciel, ce noble ami de saint Apollinaire
applaudira, je n'en doute pas, à vos pieux efforts, et
leur obtiendra, de Celui de qui descend tout don par-
fait, un succès qui vous dédommagera amplement de
vos peines.
Plein de cette espérance, je vous réitère, mon
cher Chanoine, l'assurance de mes plus distingués et
dévoués sentiments.
t JEAN-PAUL,
Évêque de Valence.
APPROBATION
DE MONSEIGNEUR LA CARRIÈRE,
Ancien Évêque de la Basse-Terre (Guadeloupe).
Valence, le 7 avril 1863.
Prêchant, de Providence, le carême à Valence, en
l'église cathédrale, dédiée à saint Apollinaire, contem-
porain et ami de saint Venance, évêque de Viviers,
nous sommes heureux d'ajouter au plaisir d'avoir re-
trouvé M. l'abbé Champion, notre ancien condisciple
au séminaire de Saint-Sulpice, celui d'avoir lu la
Vie de saint Venance, écrite par ce vénérable ecclé-
siastique, distingué par ses lumières et par sa piété.
Nous recommandons en toute confiance aux fidèles,
après Monseigneur l'Évêque de Valence, cet ouvrage,
qui est le fruit des recherches les plus patientes et les
plus sérieuses, et qui, tout solide et tout substantiel
qu'il est/est écrit dans un style clair, correct et d'une
simplicité qui, sans exclure l'élégance, rend celle
lecture accessible et profitable à tous.
t PIERRE,
ancien Evêque de la Basse-Terre.
AVANT-PROPOS.
Il est des saints dont la gloire se cache
tout entière dans le ciel. Les peuples ne
les connaissent pas, et ils se bornent à
les invoquer, d'une manière générale, le
jour que l'église consacre à tous ses en-
fants bienheureux.
Il n'en est pas ainsi du grand évêque
- de Viviers dont nous offrons la Vie au pu-
blic. Des miracles éclatants ont environné
son tombeau; les pèlerins n'ont cessé d'y
accourir en foule ; de nobles -vierges de
Jésus-Christ en ont été les fidèles gar-
VIII
diennes. C'est ce qu'on verra dans cet
ouvrage, dont le plan était tracé d'avance
et qui devait être court, attendu la rareté
des monuments authentiques.
Pour être plus facilement compris, nous
avons d'abord exposé la situation des
Gaules au Ve et au VIe siècles ; ensuite,
nous avons raconté tout ce que des docu-
ments respectables nous apprennent de
l'illustre Venance, qui surpassa tous les
évêques de son temps par l'éclat de sa
naissance, et égala les plus saints d'entre
eux par l'éminence de ses vertus. Nous
avons signalé les faits auxquels il toucha,
les choses auxquelles il prit part, les hom-
mes avec lesquels il eut des rapports soit
avant, soit pendant son glorieux épis-
copat.
Nous avons fait connaître les merveilleux
pélerinages de Viviers, de Soyons, de Va-
lence.
IX
1 *
Nous n'avons point oublié les pieuses
Bénédictines qui priaient devant les reli-
ques de ce grand serviteur de Dieu, et qui,
frappées, comme tous les ordres religieux,
par la révolution française, laissèrent leur
cher et précieux dépôt en des mains sûres
et chrétiennes.
Voilà ce que nous avons fait.
Longtemps nous avons hésité devant ce
travail, dont nous sentions toutes les diffi-
)
cultés.
Enfin, nous avons cédé à des sollicita-
tions pressantes et souvent réitérées.
Nous avons obéi, surtout, au vœu d'un
pontife vénéré, qui aime saint Venance,
marche sur ses traces et se félicite de voir
ses reliques orner et protéger sa ville épis-
copale.
Devant écrire, nous avons fait tous nos
efforts pour découvrir la vérité ; nous nous
sommes livré aux recherches les plus
x
consciencieuses. Nous avons interrogé avec
soin les monuments et les hommes qui
pouvaient nous éclairer. Avons-nous su
profiter des secours que nous avons eu le
bonheur de rencontrer? Ce n'est pas à
nous de prononcer.
Pour rendre ce travail plus utile, nous
y avons mis des notes critiques, histori-
ques , géographiques , canoniques, etc.
Ces notes et les nombreuses indications
qui accompagnent chaque page pourront
causer quelque surprise dans un si petit
ouvrage ; elles feront dire peut-être que
nous avons visé à l'érudition. La vérité
est que nous avons agi ainsi pour nous
mettre, autant que possible, à la portée de.
tous les lecteurs. D'ailleurs, n'étant pas
toujours de l'avis de ceux qui ont écrit
avant nous, nous devions indiquer très-
soigneusement les autorités sur lesquelles
nous nous sommes appuyé, ainsi que les
sources où nous avons puisé.
XI
On trouvera aussi, dans ce livre , des
prières et des réflexions chrétiennes pour
neuf jours consécutifs, ou pour chaque fois
qu'on voudra s'édifier ou implorer la puis-
sante protection de saint Venance.
Pour répondre aux désirs des fidèles et
des innombrables pélerins qui viennent à
Valence, nous mettons également' ici le
tableau des principaux exercices religieux
qui ont lieu dans l'église de l'hôpital sur-
tout pendant tout le mais d'août.
SAINT VENANCE
ÉYÊQUE DE VIVIERS,
SA VIE, SES MIRACLES, SES RELIQUES
CMPITRE PREMIER.
Invasionaës Barbares. — t'in de 1 empire d Occi-
dent. — Les Burgondes ; leur conversion ; ils se
font ariens. - Zèle des évêques contre l'arianisme.
-Célèbre conférence entre les évêques catholiques
et les évêques ariens. — Princes burgondes ca-
tholiques.
Lorsque Venance vint au monde, de
grands événements s'étaient accomplis.
L'empire romain, qui, pendant trois siè-
cles, avait fait couler le sang d'une foule
innombrable de chrétiens, avait été attaqué
par une nuée de peuples barbares, c'est-
à-dire qui n'étaient ni grecs ni romains.
— 2 —
Dès le commencement du cinquième siècle,
toutes ses frontières étaient franchies. Les
hordes sauvages d'Alaric avaient envahi
l'Italie. Les Alains, les Visigoths, les
Saxons, les Francs, lesBurgondes, s'étaient
répandus, comme des torrents débordés,
sur toutes nos belles et riches provinces.
Rome, qui avait conquis le reste de l'uni-
vers, n'avait jamais subjugué complète-
ment ces divers peuples.
Dieu avait tenu en réserve ces tribus
guerrières pour les lancer un jour contre
les cruels persécuteurs de son église 4.
L'heure de la vengeance divine avait sonné.
Le colosse romain était tombé. Nous ne
voulons pas parler de tous les peuples ap-
pelés à le renverser ; nous arrêterons seu-
lement un instant nos regards sur les
Burgondes, pour l'intelligence de l'histoire
de saint Venance.
Les Burgondes ou Bourguignons habi-
tèrent d'abord les rives de la Vistule 2,
1 Bossuet, Discours sur l'histoire universelle, 3e par-
lie, ch. I. -
2 Fleuve qui passe à Variovie et se jette dans la mer Bal-
tique.
— 3 —
ensuite celles de l'Elbe, l'un des plus grands
fleuves de l'Allemagne. Si nous en croyons
Pline, docte romain, c'était une des prin-
cipales branches des Vandales, peuples
barbares, qui désolèrent les Gaules, l'Italie
et l'Afrique. D'après saint Sidoine-Apolli-
naire, évêque de Clermont au ve siècle, les
Burgondes étaient de haute stature ; ils
avaient jusqu'à sept pieds; ils se couvraient
de peaux de bêtes et se montraient jaloux
de leur liberté. Ils étaient plus doux que
les autres conquérants de cette époque.
Vers l'an 407, ils franchirent le Rhin et
pénétrèrent dans les Gaules, qui, deux
siècles plus tard, devaient prendre le nom
de France.
Ils conquirent peu à peu les magni-
fiques contrées comprises entre les sources
du Rhône et les bords de la Loire,
entre les montagnes du Jura et les rives
de la Durance. Mais les limites de leurs
états changèrent souvent, parce qu'ils
étaient guerriers et entreprenants, et que
leurs voisins ne l'étaient pas moins
qu'eux.
- 4 -
Quant à leurs rois, les historiens ne s'ac-
cordent ni sur leurs noms, ni sur leur
nombre, ni sur les actions de chacun d'eux.
Nous dirons ce qui nous paraîtra le plus
probable.
On croit que le premier roi des Burgon-
des, Gondicaire ou Gondahaire, mourut
glorieusement sur un champ de bataille,
en 436. Son fils et son successeur périt
aussi, l'an 451, en combattant vaillamment
contre le roi des Huns i, le terrible Attila,
qni s'appelait lui-même le fléau de Dieu,
Alors la race royale se trouva éteinte. Les
suffrages de la nation appelèrent au trône,
devenu vacant, un prince de la famille des
Baltes. C'était Gondioch, descendant des
rois visigoths 2.
Après la mort de Gondioch, ses quatre
fils se partagèrent ses états, et, suivant
l'opinion la plus commune, chacun d'eux
régna avec le titre de souverain 3. Lyon
1 Peuple barbare, dont le vaste empire, qui s'étendait
de l'Asie au Danube, fut détruit au milieu du Ve siècle.
2 Encyclopédie catholique, art. Bourgogne.
3 Selon plusieurs historiens, l'alué garda quelque auto-
rité sur les provinces possédées par ses frères.
— & —
fut la capitale de Gondebaud, l'aîné i de
ces princes ; Genève, celle de Chilpéric;
Besançon, celle de Gondegisile ; Vienne,
celle de Gondemar ou Godomar.
Après des guerres sanglantes, qui firent
périr ses trois frères ainsi que la femme
et les deux fils de Chilpéric, Gondebaud se
vit seul maître de la Burgondie ou Bour-
gogne. C'était un monarque puissant, à
cause de la bravoure de ses troupes et des
richesses de son royaume. Ses principaux
voisins étaient : à l'Orient, les Ostrogoths
ou Goths de l'Est; au Nord, les Francs;
à l'Occident, les Visigoths ou Goths de
l'Ouest. Il résidait tantôt à Lyon, tantôt à
Savigny, près de Lyon 2.
De bonne heure, à la voix d'un vieil
évêque qui leur prêcha l'Evangile, les Bur-
gondes avaient embrassé la foi catholique.
Saint Hilaire, qui fut souverain pontife de
461. à 467, dans une de ses lettres, appelle
son fils l'un de leurs rois.
1 Michaud, Biographie universelle, art. Gondebaud.
2 Dom Plancher, Histoire de Bourgogne, tom. 1, p. A4.
— 6
Rien de plus édifiant que la vie de Chil-
péric, père de sainte Clotilde, qui, vers 492,
épousa Clovis, roi des Francs et véritable
fondateur de la monarchie franque.
Mais Gondebaud et une partie de ses
sujets eurent le malheur de tomber dans
les erreurs de l'impie Arius, qui osait nier
la divinité de Jésus-Christ. On doit sans
doute l'attribuer aux relations qu'ils
avaient avec les Visigoths, qui avaient ap-
porté d'Orient cette redoutable et funeste
hérésie.
Les évêques de la Burgondie , qui bril-
laient de tout l'éclat de la science et de la
sainteté, déployèrent un zèle admirable -
pour dissiper les ténèbres qui envelop-
paient les esprits. Vers l'an 499, ils tin-
rent, à Lyon, en présence du roi, une cé-
lèbre conférence avec les évêques ariens,
dans laquelle l'évêque de Vienne 1, saint
1 Saint Avit était métropolitain de la province de Vienne.
Dans le cours de cette histoire, nous appelons le métropoli-
tain évèque. A celle époque, le nom d'archevêque, pour si-
gnifier métropolitain, n'était pas encore en usage dans l'Oc-
cident.
— 7 —
Avit, fit paraitre autant de savoir que d'é-
loquence. Plusieurs hérétiques, dont quel-
ques-uns occupaient un rang élevé dans
le monde, eurent le bonheur d'ouvrir les
yeux à la lumière et de rentrer dans le
sein de l'église.
- Quant à Gondebaud, quoiqu'il eût été
frappé des raisons des catholiques et qu'il
connût la vérité, il n'eut pas le courage
d'abjurer publiquemeut l'hérésie et de
faire profession ouverte du catholicisme.
Toutefois, pendant son règne, qui fut long,
il n'inquiéta pas les catholiques ; toujours
il traita bien leurs évêques, surtout celui
de Vienne, dont il admirait les lumières
et les vertus. Il laissa les membres de sa fa-
mille professer librement la foi de Jésus-
Christ. La reine Caréténée, son épouse, t
se distinguait par une haute piété, par
d'immenses largesses, par un zèle ardent
pour le triomphe de la vérité. Le palais
était pour elle comme un cloître ; elle
- 1 Pagi, à l'an 500. — D. Plancher, Histoire de Bour-
gogne, tomel, page 50.
— 8 —
priait, jeûnait et cachait un rude cilice
sous ses vêtements royaux. Souvent elle
exhortait ses enfants et ses petits-fils à em-
brasser la religion catholique. Elle mourut
en 506, pleine de mérite et âgée d'un peu
plus de 50 ans 1. Elle fut ensevelie à
Lyon, en l'église de Saint-Michel, qu'elle
avait fait bâtir.
D'illustres princesses marchaient sur
les traces de cette pieuse reine. Clotilde,
dont nous avons parlé, servit toujours
Jésus-Christ. Chrone, sa sœur, renonçant
généreusement aux joies et aux espéran-
ces du monde, passa sa vie au fond d'un
cloître, au sein de la prière et des vertus
religieuses.
Il y avait encore d'autres catholiques
dans la famille de Gondebaud. On y voyait
Sigismond, son fils aîné, ainsi que la fille de
Théodoric, roi des Ostrogoths d'Italie ,
Amalberge2, que Sigismond avait épousée
1 Longuevul, Histoire de t'Eglise gatt., à l'an 506. -
Dom Plancher, Bist. de Bourqoq., tom. I, page 51.
2 Quelques historiens l'appellent Ostrogolba.
— 9 —
en 493 1. Grâce au zèle, aux prières, aux
discours de saint Avit, Sigismond , Amal-
berge, Sigéric, leur fils, Suavegotte, leur
fille, plus tard, reine d'Austrasie 2, avaient
abjuré l'arianisme et embrassé la foi ca-
tholique. La conversion de Sigismond,
qu'on place vers l'an 513 3, entraîna,
après la mort de son père, arrivée en 516
ou 517, celle des Burgondes et accrut beau-
coup le royaume de Jésus-Christ.
Le palais de Gondebaud vit aussi un
jeune prince que ses vertus, ses travaux,
ses miracles ont rendu à jamais illustre.
C'est le bienheureux Venance, dont nous
écrivons la vie.
1 D. Plancher, Hist. de Bourgog., tom. I, page 45.
— D. Vaisselle, Histoire du Languedoc, tom. I, page 252.
2 Ou France orientale, dont Metz était la capitale.
* Longues al, Histoire de l'Eglise gall., à l'an 515. - -
Rohrbacber, Histoire univ. de l'Eglise, tom. VIII, page 564,
3e édition. Baroniiis met cette conversion à l'an 509, mais
on sait quela chronologie du savant annaliste a dû être très-
souvent corrigée.
CHAPITRE II.
Venance, fils de Sigismond. — Preuves de ce fait.
— Silence des historiens de la Bourgogne —
Venance est instruit dans la foi orthodoxe. — Il
quitte la cour et se fait religieux. — Il entre dans
la cléricature. — Il est envoyé à Rome. — Objet
de cette mission. — Le pape Hormisdas. - Retour
de Venance.
Un sang royal coulait dans les veines. de
Venance. Il était fils de Sigismond, qui
régna surlesBurgondes, d'abord conjoin-
tement avec son père, ejisuite seul après
la mort de ce dernier. Le fait de sa nais-
sance repose sur des témoignages très-
nombreux et très-imposants. Il est affirmé
par Pons d'Auvergne 1, par l'ancien bré-
1 Le livre dvmaîlre de chœur, manuscrit du XIVe siècle.
(Biblioth. du gr. séminaire de Viviers.)
- 11 —
viaire de Viviers 1, par le Martyrologe de
Viviers 2, par le P. Columbi 3, par les
frères de Sainte-Marthe 4, par J. de Ban-
nes, chanoine de Viviers 5, par les Bol-
landistes 6, par Vallon 7, par Richard et
Giraud 8, par M. l'abbé Rouchier 9, etc.
1 Très-ancien manuscrit sur vélin. (Bibl. du gr. séDl.
de Viviers.) -
2 Manuscrit du XVe siècle, abrégé d'un plus ancien.
(Bibl. -JQ nr. sém. de Viviers )
- 3 De rébus geslis cpiscop. vivarien., page 49. Venance,
dit cet historien, fut le saint fils d'un saint roi.
4 Gallia christiana vetus, tome III. Grand ouvrage in-
folio, contenant les noms des pontifes qui ont gouverné les
églises de France.
- 6 Vie jmanuscrite de saint Venance. (Bibl. du gr. sém.
de Viviers.)
6 5 août. Les Bollandistes sont les auteurs d'un célèbre
recueil des actes ou vies des saints, connu sous le nom d ,Acta
sanctorum. Cette immense collection va jusqu'au 4 6 octobre
et compte déjà 54 volumes in-folio. Ce sont les jésuites qui
l'ont commencée et qui la continuent avec ardeur.
7 Vie de saint Venance, 18 19. Cette Vie, dont l'auteur
professait les humanités au collège de Valence, a été ap-
prouvée par M. Devie, vicaire capitulaire de Valence, nommé,
en 1823, à l'évècbé de Belley, qu'il a illustré par sa science
- et ses vertus jusqu'à sa mort, arrivée en 1852.
8 Dictionnaire des sciences ecctésiastiques, tome XXIX,
au mot Viviers.
9 Histoire religieuse, civile et .politique du Vivarais,
tome I, page 245.
- 12 -
Ainsi, et l'antique et constante croyance
de l'église de Viviers, et les graves auto-
rités que nous avons citées, et d'autres
encore que nous pourrions invoquer, nous
permettent de croire que Venance fut de
la famille des princes burgondes et qu'il dut
le jour au saint roi Sigismond.
Il est vrai que ni D. Plancher ni les au
très historiens de la Bourgogne n'en parlent
pas. Mais, dirons-nous avec l'auteur d'une
Histoire récente et remarquable, « le silence
des historiens ne prouve qu'une chose,
qu'ils ont ignoré cette particularité, et il
n'y a rien d'étonnant en cela. Que d'exem-
ples semblables nous pourrions alléguer i
En publiant les Acta Sanctorum, les Bol-
landistes n'ont-ils pas restitué à l'histoire
les noms de plusieurs princes mérovingiens
dont l'existence était inconnue , ou qui
avaient été laissés sciemment dans l'ombre
par les annalistes et les chroniqueurs con-
temporains (Dom Pitra, Etudes sur la col-
lection des Actes des Saints, page 143)? Ce
silence, au reste, s'explique par les mœurs
du temps. Le prince franc ou burgonde,
-13 -
2
dont on rasait les cheveux en le couvrant
de l'habit de clerc ou de moine, était
frappé par là même d'une déchéance totale;
il était censé mort pour la famille comme
pour l'Etat qui ne s'en occupait plus, et
le cloître ou le sanctuaire devenait pour
lui un tombeau anticipé dans lequel il
s'ensevelissait vivant 1. » Revenons à
Venance.
- L'histoire ne dit pas formellement le
temps de sa naissance. Il en est qui la
placent vers 470; mais, d'après les calculs
chronologiques que nous avons faits et
dont les éléments se trouvent dans cet ou-
vrage, ils se frompent évidemment. C'est
Sigismond qui a dû nattre vers cette épo-
que. Quant à son fils, nous croyons qu'il
naquit vers l'an 494. Lorsqu'il vint au
monde, son père et sa mère étaient en-
core plongés dans les ténèbres de l'aria-
nisme. Il paraît donc certain que cet en-
fant, appelé à de si hautes destinées et à
une si éminente sainteté, fut condamné à
1 Rouchier, Hùtoirt reLigieust, etc., tome I, page 245.
- 14 —
sucer avec le lait la funeste hérésie qui
infectait la cour de son aïeul Gondebaud.
Combien de temps vécut-il dans l'erreur ?
Peut-être jusqu'à la conversion de sa fa-
mille, qui eut lieu, comme nous l'avons
dit, vers 513. Peut-être céda-t-il plus tôt
aux inspirations de la grâce, aux douces
et pressantes exhortations de son aïeule,
la pieuse reine Caréténée.
Quoi qu'il en soit, nous savons que Ve-
nance eut le bonheur de recueillir, des
lèvres du grand évêque de Vienne, les vé-
rités de la foi orthodoxe et les maximes
de la piété chrétienne 1. Il puisa, dans
les leçons d'un maître si habile et si pieux,
un ardent amour de Dieu et un profond
mépris des biens fragiles de cette vie. Il
en donna bientôt une preuve éclatante.
Il fut touché de ces paroles de l'évan-
gile: « Celui qui aime son père ou sa mère
1 Orlhodoxà fidc ac pielafe instructus. De Suzc, Sanc-
torale diœc. vivar. — Mgr Cbalrollsse, Officia propria
diœc. valentouvrage approuvé, en-1852, par la Congréga-
tion des Rites.
— 15 —
plus que moi n'est pas digne de moi 1. »
Il renonça généreusement à tous les hon-
neurs, à toutes les richesses qui l'atten-
daient dans le monde; il quitta la demeure
paternelle et alla se cacher au fond d'un
cloître 2.
D'après un très-ancien document3, il
embrassa la vie religieuse dans un monas-
tère bénédictin, situé à Viviers, au sommet
d'une montagne dont le pied se baignait
dans le Rhône. Les Gaules pouvaient bien,
en effet, posséder des enfants de Saint-
Benoît vers l'an 513. Le célèbre patriarche
des moines d'occident, né en 480, s'était,
jeune encore, retiré dans la solitude. Dé-
couvert en 497, il fut bientôt environné de
disciples. Longtemps avant la fondation
* S. Math., x.
2 Boliand., Actes de saint Venance.- Ca tell an, Officia
propria. — Les plus anciens documents sur saint Venance.
(Bibliolh. du gr. sém. de Viviers.)
3 Martyrologe de Viviers, rilé et non contredit par le
Gallia ehristiana vêtus, tome III. Columbi n'est pas de l'a-
vis du Martyrologe ; mais on peut dire qu'il se laisse égarer
par la fausse chronologie qu'il suit. (De rebus gest. episc.
vivar., page 51.)
— ta -
du Mont-Cassin, qui n'eut lieu qu'en 529,
il comptait douze monastères et plus de
144 religieux 1. Peut-être Sigismond en
ramena-t-il quelques-uns d'Italie, lors de
son voyage à Rome , vers l'an 513." Ce
prince, après sa conversion, fut un ardent
et puissant propagateur de la vie monas-
tique.
Quoi qu'il en soit, dans le pieux asile
qu'il avait choisi, « Venance se consacra
tout entier au Seigneur ; il s'appliqua à
son service avec cette humilité et cette fer-
veur qui font le vrai caractère des saints.
Mais la divine Providence, qui le destinait
à occuper une des premières places de
l'Eglise, ne voulut pas que ses vertus res-
tassent cachées et ensevelies dans l'oubli.
Elle prit un soin tout particulier d'en ré-
pandre au loin la bonne odeur ».2 Le bruit
de la sainteté de Venance, dit un évêque
1 Godescard, Vie de saint Benoît, 21 mars.
2 Vallon, Vie de saint Venance. (Traduit des Bollan-
distes). Les Bollandistes ont tiré la Vie de saint Venance d'un
manuscrit anonyme, découvert par le P. Cbifflet, savant et
célèbre jésuite.
— 17 —
2*
de Viviers, remplit, en-deça et au-delà du
Rhône, le royaume des Burgondesi.
En ce temps-là, le fils de saint Hési-
chius et de la bienheureuse Audentia, le
frère de saint Apollinaire, évêque de Va-
lence , saint Avit, dont nous avons déjà
parlé, gouvernait encore l'antique et sainte
église de Vienne. Ce grand pontife, dont
le zèle ardent égalait la vaste science, s'at-
tachait fortement à tout ce qui pouvait
servir et glorifier la religion. Il vit avec
bonheur les heureuses dispositions, les re-
marquables talents, les hautes vertus de
Venance. Le fervent religieux avait été
admis avec empressement dans les rangs
sacrés de la cléricature. Saint Avit lui ac-
corda toute son affection et toute sa con-
fiance. Il ne tarda pas à le charger d'une
importante et délicate mission. Dans son
admirable dévouement à tous les intérêts
de l'église universelle, il portait des re-
gards inquiets sur l'Orient, où le schisme
1 De Suze, Sanclorale vivariense, page 175.
— 18 -
avait éclaté, où les Eutychiens 1 levaient
la tête, où la mauvaise foi des Grecs
inspirait des craintes trop légitimes.
Pour savoir la situation religieuse de ces
contrées lointaines et la faire connaître
aux évêques des Gaules, saint Avit écrivit
au pontife romain, à Hormisdas, assis sur
la chaire de saint Pierre depuis l'année
514 2. Il envoya sa lettre par Venance,
qui avait été élevé au diaconat, et lui
donna le prêtre Alexis pour compagnon
de voyage 3. Les relations intimes que
saint Avit avait avec la famille de Venance,
les vues qu'il avait sans doute sur le jeune
prince 4, peuvent nous expliquer pour-
quoi il choisit le pieux diacre et voulut
1 Il y a deux natures en Jésus-Christ, la nature divine
et la nature humaine. Les Eutychiens préténdaient que la
divinité et l'humanité de Jésus-Christ ne sont qu'une seule
nature
2 Rohrhacher, Hist. de l'Eglise, tome XXIX, p. 2¡H
3 Fleury, Histoire de l'Eglise, à l'an 517.- Loaguer.,
Hist., etc., à l'an 517. — Rouchier, Histoire du Yivara",
tom. I, page 246. - u-
4 Saint Avit avait un grand zèle pour donner à l'Eglise
des évêques pleins de science et de piété. Voir Lougueval,
Hist. de l'Eglise gall-, a l'an 517.
— 19 -
qu'il allât à Rome. Nous croyons faire
plaisir au lecteur en mettant sous ses yeux
quelques fragments de la lettre qui fait
tant d'honneur au zèle du saint évêque de
Vienne et à son attachement à la chaire de
saint Pierre.
SaintAvit loue d'abordla vigilance d'Hor-
misdas sur l'Eglise universelle ; il le re-
- mercie d'une lettre, pleine de sollicitude
pastorale , qu'il en avait reçue ; ensuite, il
ajoute : « Nous apprenons de plusieurs
endroits que la Grèce se vante d'un accom-
modement et d'une réconciliation avec
l'Eglise romaine. Si cela est, on doit s'en -
réjouir ; mais il faut craindre que ce ne
soit une paix simulée. Je vous supplie donc
de m'instruire de ce quë je dois répondre
à mes frères les évêques des Gaules, s'ils
me consultent, parce que, je puis le dire
hardiment, non-seulement de la province
de Vienne, mais de toute la Gaule , tous
s'en rapportent à votre décision dans ce
qui concerne l'état de la foi. Priez le Sei-
gneur que, puisque la vérité connue nous
attache à l'unité que vous gouvernez, nous
— 20 -
ne soyons pas trompés par la profession
de foi artificieuse de ces gens -là 1. »
Cette lettre fut remise au vicaire de Jé-
sus-Christ, le 30 janvier 517 2.
Quoique l'histoire garde le silence, on
comprend sans peine quel magnifique ac-
cueil Venance dut recevoir dans la ville
éternelle. Son rare mérite le rendait digne
des plus grands honneurs , indépendam-
ment de ce qu'on devait à un prince burgon-
de. Il n'y avait pas longtemps, Rome avait
vu dans ses murs son royal père, qui venait
d'embrasser la foi catholique 3. Ce reli-
gieux prince était allé révérer saint Pierre
et saint Paul, et recevoir les bénédictions
ainsi que les conseils de saint Symmaque,
prédécesseur immédiat du pape Hormis-
das. Il avait été comblé des plus grands
honneurs par le pontife romain. Il s'était
prosterné, avec une foi vive, devant le
1 XXXVIIe lettre de saint Avit, dans Labbe.
2 Fleury, Longueval , à l'an 5-17. — Robrbacher,
Histoire de l'Eglise, tome VIII, p. 588.
3 Longueval, Hist. de l'Eglise gall., à l'an 5U. -
Robrbacher, Hist. de £'Eg£., t. VIII, p.:564.
- 21 -
tombeau des saints Apôtres, et avait édifié
toute la cité par le spectacle de ses hautes
vertus. Le souvenir de son voyage, encore
tout vivant dans les esprits, les disposait
merveilleusement en faveur de son fils.
Mais le pieux Venance fut bien moins
sensible aux marques d'estime et de bien-
veillance qu'on lui prodiguait, qu'au bon-
heur de voir de si près l'auguste chef de
l'Eglise, et de visiter des lieux si saints et
si célèbres. Malgré les ineffables conso-
lations qu'il goûtait à Rome, il dut bien-
tôt s'arracher à cette ville chérie et repren-
dre le chemin des Gaules. Dès le 15 février
517, Hormisdas lui remettait, ainsi qu'au
prêtre Alexis, la lettre destinée à l'évêque
de Vienne 1.
Citons quelques passages de cette belle
lettre , où éclatent si merveilleusement le
zèle et la sollicitude de l'immortel pontife.
Hormisdas dit que les Grecs désirent la
paix plus de bouche que de cœur; que
leurs actes démentent leurs paroles, qu'ils
i Longueval, Fleury, Rolnbaclicr.
— 22 -
font ce qu'ils ont condamné eux-mêmes ;
que, malgré tout ce qu'il a fait pour eux,
ils persistent dans leur obstination. « C'est
pourquoi, ajoute-t-il, je vous avertis, et,
par vous , tous les évêques des Gaules, de
demeurer fermes dans la foi, et de vous
garder des artifices des séducteurs. »
Ici le saint pape raconte de nombreux
et consolants retours a la foi, et il continue
ainsi : «:Ce que nous vous mandons, afin
que , comme il nous convient de plaindre
le sort de ceux qui périssent, nous nous
réjouissions du salut de ceux qui retour-
nent à l'unité. Nous sommes obligé d'en-
voyer en Orient une seconde légation ,
afin de ne rien omettre et de rendre les
schismatiques inexcusables. Joignez vos
prières aux nôtres, afin que, par la misé-
ricorde divine , nous nous unissions avec
eux, s'ils se corrigent, ou que nous méri-
tions d'être préservés du poison de leurs
erreurs 1. » Telle fut la réponse que Ve-
nance apporta au saint évêque qui l'avait
envoyé à Rome.
1 Cette lettre se trouve après celles de saint Avit.
CHAPITRE III.
Venance est élevé à l'épiscopat; il est nommé évêque
d'Alba ou de Viviers. — Premiers évêques de
cette église. — Résistance de saint Venance. —
Situation de l'église des Gaules; combien elle
avait besoin de grands évêques. - Saints et illustres
pontifes. — Venance ordonné malgré sa grande
jeunesse.
D'éminentes dignités et de glorieux tra-
vaux attendaient Venance à son retour
dans sa patrie. Peu de temps après son
arrivée, il dut être élevé au sacerdoce et
aux sublimes fonctions del'épiscopat.Voici
ce que nous savons sur ce dernier point :
Un diocèse, dépendant de la métropole
d'Arles1, mais voisin de celui de Vienne,
4 Ainsi l'avail réglé définitivement le pape Symmaque
•n 5-13.
— 24 —
était sans évêque : c'était celui d'Alba ou
de Viviers. Neuf évêques connus l'avaient
gouverné jusqu'à l'époque où nous som-
mes arrivés. C'étaient saint Janvier 1,
saint Septimius, saint Maspicien, saint J
Mélanius, saint Avole. Ils siégeaient à Alba-
Augusta, ville considérable , bâtie au lieu
nommé aujourd'hui Aps 2. C'était la ca-
pitale de l'Helvie, qui, plus tard, prit le
nom de Vivarais. Cette cité ayant été rui-
née de fond en comble par les Vandales,
le saint évêque Auxonius se vit forcé d'é-
tablir son siège à Viviers, qui n'était qu'un
petit bourg sur les bords du Rhône 3,
non loin d'Alba. Auxonius et plusieurs de
ses successeurs continuèrent de s'intituler
1 On ignore l'époque précise où vivait le premier évê-
que d'Alba. Des travaux récents, profonds et savants, placent
le berceau d'un grand nombre de nos églises au 1er et au IIe
siècles. La fondation de celles d'Avignon, d'Orange,de Saint-
Paul-Trois-Chàleaux, remonte au Itr siccie. (Paillon, Monu- -
ments inédits.) Le flambeau de la foi, qui brillait sur la rive
gauche du Rhône, dut, ce semble, éclairer aussi la rive droite
de ce ileuve, habitée par lesHelvicns.
2 Columbi, De reb. gest. epise. vivar., p. 6. 1
3 Moréri, Dictionn. historique, etc.; Bcscherelle, Dic-
tionnaire de géographie.
— 25 -
3
évêques d'Alba, par respect et par attache-
ment pour leur siège primitif. Nous ver-
rons Venance souscrire ainsi au concile
d'Epaone.
Après saint Auxonius, l'église de Viviers
fui gouvernée par Eulalius, saint Lucien
et saint Valèrel. A la mort de ce dernier,
le peuple et le clergé, voulant lui donner
un successeur, choisirent unanimement
Venance2, dont la renommée publiait par-
tout les rares qualités : ce qui lui gagnait
tous les cœurs.
Après avoir préalablement obtenu le
consentement du roi Sigismond, son père,
qui avait succédé à Gondebaud, des dépu-
tés se rendirent auprès de notre saint, qui,
arrivé de Rome depuis peu de temps, était
vraisemblablement chez l'évêque deVien-
1 Les auteurs varient sur les noms comme sur le nombre
des évêques qui ont précédé saint Venance. Voyez M. l'ahbé
Rouchier (Histoire du Vivarais, 1.1, page 674).
2 Suivant la discipline ecclésiastique en vigueur à cette
époque, les évêques étaient élus par le clergé et par le peu-
ple, mais leur institution canonique venait de Rome média-
tement ou immédiatement.
— 26-
ne, ou dans sa famille 1. Mais Venance,
se croyant indigne de cet honneur et in-
capable de remplir un si haut ministère,
leur opposa mille résistances. Il méprisait
profondément la gloire et les richesses, il
redoutait vivement le poids de la houlette
pastorale et ne soupirait qu'après la re-
traite. Une vie simple, obscure, remplie
par la prière, par l'étude des sciences di-
vines, exempte des agitations du siècle,
telle était son unique ambition. Mais le
ciel ne pensait pas comme l'humble reli-
gieux.
En ces temps-là, l'église des Gaules était
dans la position la plus critique. Les con-
quérants qui avaient chassé les aigles ro-
maines 2 professaient diverses erreurs.
Maintenir la foi catholique, ramener les
hérétiques à l'unité, instruire et baptiser
1 C'est ce que supposent le bréviaire de Viviers et Je
chanoine de Bannes, d'après lesquels les clercs qui s'étaient
rendus auprès de Sigismond, ramenèrent avec eux son fils
Venance, l'élude Dieu. Indè Dei electum. deducunt.
2 Les Romains avaient des aigles pour enseignes mili-
taires.
- 21 -
les païens, relever les ruines immenses
que les Barbares avaient semées partout,
telle était la noble et difficile mission de
l'épiscopat. Il fallait des hommes aussi sa-
vants que vertueux, aussi prudents que dé-
voués. Dieu, qui toujours donna à l'Église
des Gaules des marques éclatantes de sa pro-
tection, ne l'oublia point dans ces temps dif-
ficiles. Il lui suscita une foule de pontifes
que la science, la sainteté, le courage ont
immortalisés et rendus chers à la religion
et à la patrie. Quels hommes, en effet, que
les Avit de Vienne, les Viventiole de Lyon,
les Remi de Reims, les Césaire d'Arles,
les Apollinaire de Valence ! Avec bien d'au -
tres encore, que nous pourrions nommer,
ils se levèrent, à cette époque, comme des
astres bienfaisants, et ils firent sentir aux
princes et aux peuples leur salutaire et
puissante influence. Le ciel voulut que
Venance eût une place très-glorieuse dans
cette sainte et brillante pléiade.
Les hésitations de notre saint durent
cesser devant le désir de- servir l'Eglise,
devant la crainte de résister à la volonté
— 28 -
divine et de contrister l'àme du grand évê-
que de Vienne, son père et son ami. Il
monta donc, comme malgré lui et unique-
ment pour accomplir un devoir sacré, sur
le siège d'Alba ou de Viviers , que tant de
saints et courageux pontifes avaient déjà-
illustré de l'éclat de leurs vertus. Telle
était l'idée qu'on avait de son mérite, que
sa grande jeunesse ne fut pas regardée
comme un obstacle à l'épiscopat. A peine,
croyons-nous, était-il parvenu à l'âge de
22 ou 23 ans. Mais alors on considérait,
avant tout, les qualités des sujets et les -
services éminents qu'ils pouvaient rendre
à l'Eglise de Jésus-Christ. Saint Remi, qui
vivait dans le même temps, n'avait que
22 ans lorsqu'il était devenu évêque de
Reims 1. On l'avait dispensé de l'âge
prescrit par les saints Ganons, qui exi-
geaient qu'on eût 30 ans pour recevoir
l'onction épiscopale. On dut tenir la même
conduite à l'égard de Venance 2.
1 Baronius, Annales ecclésiastiques, à l'an 474. —
Micliaud, Biog. univ., t. XXXVII, page 3-Jb.
2 Il fallait aussi 50 ans pour le sacerdoce. Mais Ve-
nance, par dispense, put être prêtre avant cet âge.
- 29 -
CHAPITRE IV.
Concile d'Epaone 1 — Quel est ce lieu?- Lettres de
convocation. — Venance assiste au concile d'E-
paone 1. - Evêques qu'il y rencontre. — Etendue
de la Burgondie. — Canons du concile d'Epaone.
— Combien on a tort de persécuter les ordres
religieux. — Ce que Catellan pensait du concile
d'Epaone.
Bientôt le nouvel évêque fut appelé à
prendre part à l'un des plus célèbres con-
ciles des Gaules. Plusieurs fois, le saint
pape Ilormisdas, au zèle duquel rien n'é-
1 Un concile est une assemblée d'évêques réunis pour
traiter de ce qui regarde le dogme, la morale, la discipline.
Il est œcuménique, quand il représeute toute l'Eglise; natio-
nal, quand il est composé des évêques d'un royaume ; pro-
vincial, quand il est tenu par les évêques d'une province ec-
clésiastique. Celui d'Epaone fut national, et non simplement
provincial, comme on l'a écrit.
2 Il en est qui écrivent Epaune, comme l'on prononce.
— 30 —
chappait, avait pressé les évêques burgon-
des de s'assembler en concile. Ils purent
répondre au vœu du pontife romain dès
le commencement du règne du roi Si-
.gismond. Ne trouvant aucun obstacle du
côté de ce religieux prince, saint Avit et
saint Viventiole convoquèrent tous les évê-
ques du royaume à Ëpaone, pour le 6 sep-
tembre 5171.
Suivant l'opinion la plus commune,
Épaone est le lieu appelé aujourd'hui Saint-
Romain-d'Albon, canton de Saint-Vallier,
diocèse de Valence 2. Placée au centre
du royaume de Sigismond, dans un site
agréable, non loin du Rhône, à peu près
à égale distance des extrémités de la Bur-
gondie, et dépendant de l'église devienne,
Epaone, comme le disait saint Avit, con-
venait parfaitement à la tenue d'un con-
ci le. Voici quelques fragments de la lettre
1 Hardouin, Actes des Conciles, ■'> l'an 517. - Lon-
gueval, Bist. de l'Egl. gall., à l'an 5i 7.
2 Chanel, Histoire de l'Eglise de Vienne, p. H8. —
Collombet, Histoire de l'Eglise de Vienne, 1.1, p. 4 46. -
Rochas, Biographie du Davphinê, art. Avit (saint).
- 31 -
très-remarquable que ce célèbre métro-
politain adressa à notre Saint, ainsi qu'à
tous les autres évêques de la Burgon-
die 1:
« Il y a longtemps que nos tristes occu-
pations nous ont fait interrompre une pra-
tique que nos pères ont instituée avec
beaucoup de sagesse : c'est la tenue fré-
quente des conciles et des assemblées ec-
clésiastiques. L'Église de Vienne vous
supplie donc, par ma bouche , de rétablir
une pratique si salutaire , abandonnée de-
puis trop longtemps. Notre ministère nous
oblige à confirmer les anciennes règles et
à y en ajouter de nouvelles , s'il est né-
cessaire. » Saint Avit invite tous ses collè-
gues à venir très-exactement au concile et
à préparer soigneusement les matières qui
doivent y être traitées 2.
Venance répondit avec empressement à
l'appel qu'on venait de faire à son zèle. Il
1 Le métropolitain de Lyon écrivit aussi aux évêques du
royaume Lonn., àl'an 5 17.
2 Hardouin, Actes des Conciles, à l'an 547. - Longue-
val, à l'an 517
- 32 -
se rendit au concile, qui s'ouvrit au lieu
et au temps marqués et dura dix jours.
Il y trouva vingt-trois évêques 1, qui vi-
vaient sous le sceptre de Sigismond, son
père , et le député d'un prélat qui était ab-
sent. Nous dirons les noms de ces pontifes,
dont plusieurs sont placés sur les autels,
dont la plupart sont illustres par la science,
aussi bien que par la sainteté. Par là, nous
donnerons une idée de l'étendue du royau-
me de Burgondie et du nombre des sièges
épiscopaux qu'il renfermait alors.
Après saint Avit de Vienne et saint Viven-
tiole de Lyon, qui présidaient, on vit donc
à ce concile : saint Sylvestre de Châlons-
sur-Saône, Gemellus deVaison, saint Apol-
linaire de Valence, Valère de Sisteron,Vic-
torius de Grenoble, saint Claude de Besan-
çon, saint Grégoire de Langres, saint Prag-
mace d'Autun, Constantin d'Octodurum 2,
1 D'après quelques auteurs, il y eut 27 évêques au con-
cile d'Epaone ; mais nous suivons Labbe et Hardouin (Acte,
desConcilet. kl'an 5(7).
2 Aujourd'hui Marligny, dans le Valais. Ce siége a été
transféré h Sion»
— 33 -
3 *
Catulin d'Embrun, Sanctus de Tarentaise,
saint Maxime de Genève , Bubulce de
Windisch 1, Séculasius de Die, Julien de
Carpentras, saint Constance ou saint
Constantin de Gap, saint Florent d'Orange,
Florent de St-Paul-Trois-Châteaux, Phi.
lagre de Cavaillon, saint Venance d'Alba
ou de Viviers, Prétextat d'Apt, Tauricien
de Nevers, le prêtre Péladius, envoyé par
Salutaris, évêque d'Avenches 2.
Venance déploya dans ce concile toute
sa science, tout son zèle pour la réforme
des mœurs publiques et la restauration de
la discipline ecclésiastique, nécessairement
altérées par l'invasion des Barbares et la
présence des hérétiques. Il concourut à la
rédaction de quarante canons 3, monu-
ment glorieux de sa sollicitude pastorale
et de celle des Pères de cette assemblée.
Ces canons regardent les clercs, les biens
ecclésiastiques, la liturgie sacrée, les mo-
1 Suisse. Ce siège a été transféré à Constance.
2 Ce siège a été transféré à Lausanne. Voir le Gallia
chrisliana nova, 1. I, col. 798.
* C'est-à-dire lois, règles.
— 84
nastères d'hommes et de femmes; etc.
Nous signalerons les dispositions de quel-
ques-uns.
Le. va statut qu'aucun prêtre ne pourra
aller désservir une église d'un autre dio-
cèse sans le consentement de son évêque.
Le VIII. nous montre les moines culti-
vant, chaque jour, la terre à la sueur de
leur front. Cela devrait imposer silence
aux modernes détracteurs des ordres re-
ligieux. Les attaquer, c'est méconnaître
les immenses services qu'ils ont rendus à
l'agriculture, à l'architecture , aux arts,
dans les Gaules désolées par tant de guer-
res sanglantes et semées de tant de ruines.
Le XXIX. réduit le temps de la pénitence
imposée aux apostats. Sous le règne de
Gondebaud , soit par intérêt, soit pour
plaire au roi, plusieurs catholiques avaient
eu le malheur d'embrasser l'arianisme,
que professait le monarque. Déjà un cer-
tain nombre de ces infortunés étaient re-
venus à la foi. L'avénement du pieux et
zélé Sigismond au trône faisait espérer le
prochain retour des autres à l'unité ca-
— 36 -
tholique. Pleins de douceur et de charité,
les Pères du concile voulurent aplanir les
voies à la conversion des apostats, en mi-
tigeant en leur faveur la sévérité des an-
ciens canons.
Le xxxe ordonne que ceux qui ont con-
tracté des mariages illicites se séparent
avant d'être reçus à la pénitence.
Le xxxie veut qu'on n'ôte à aucun pé-
cheur l'espérance du pardon, s'il fait pé-
nitence et s'il se corrige.
Les règles tracées par les Pères de cette
assemblée paraissaient si sages à un grand
évêque de Valence, qu'il s'écriait : « Puissé-
je les aimer et les faire aimer aux autres
autant qu'elles le méritent ! 1 »
Nous ne parlerons pas ici du concile
de Lyon, qui suivit de près celui d'Epaone.
Il en est qui y font figurer Venance, mais
c'est à tort. Son nom ne se trouve pas
1 Catellan, Antiquités de l'Eglise de Valence, p. 75.
Jean de Catellan, que nous citons souvent, fut évéque de Va-
lence dd 105 à 1725. Il se rendit illustre par sa piété, par
son zèle, par sa science et sa charité, fin mourant, il légua
soixante mille francs à l'hôpital général de Valence.
— 36 -
parmi ceux des prélats qui y assistèrent 1.
Contemplons maintenant notre Saint
dans le diocèse confié à son zèle et à sa
sagesse.
1 Labbe, Hardouin, Actes des conciles, a l'an 547.
— 87 -
CHAPITRE V.
Venance à Viviers. - Ses travaux apostoliques. —
Son zèle pour la maison de Dieu. — Il répare et
agrandit sa cathédrale. — Il construit plusieurs
églises.- Merveilleux baptistère — Corps d'ecclé-
siastiques pour l'office divin. — Venance leur
donne une règle et les dote convenablement. - Le
chapitre de Viviers. -
Viviers n'eut qu'à se féliciter de l'heu-
reux choix qu'on avait fait. A peine Ve-
nance eut-il à la main ce bâton pastoral
tant redouté de son humilité, qu'il dé-
ploya toutes les merveilleuses qualités qui
font ces grands évêques qu'admirent éga-
lement le ciel et la terre. Animé de la foi
la plus vive , embrasé du zèle le plus ar-
dent , il s'efforça de répandre autour de
lui la connaissance et l'amour de Dieu,
- 38 -
Par ses fréquentes et éloquentes prédica-
tions, il affermit le juste dans la voie de la
vertu, il y ramena les infortunés qui l'a-
vaient abandonnée. A l'exemple de son
père Sigismond, ce courageux et puissant
adversaire de l'erreur, il travailla avec
ardeur à l'extinction de l'arianisme, qui
avait fait tant de ravages dans l'Eglise ca-
tholique et qui continuait à désoler une
portion de celle de Viviers.
Il savait combien la discipline ecclésias-
tique est importante, soit au point de vue
de la sainteté des clercs, soit au point de
vue du salut des simples fidèles. Aussi ne
négligea-t-il rien pour la rétablir et la
rendre florissante, conformément aux dé-
crets du concile d'Epaone, auquel il as-'
sista la première année de son pontificat..
Il s'appliqua également à faire observer
les canons des autres conciles qui furent
célébrés avant ou pendant son glorieux
épiscopat.
Rien n'était plus beau ni plus édifiant
que le spectacle qu'il offrait à tous les re-
gards. On admirait, dans cet illustre pon-

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