Sainte-Hélène : Blaye. Faisant suite à : "La captive". (Par le marquis de La Gervaisais. [12 janvier.])

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Impr. de A. Pihan Delaforest (Paris). 1833. France (1830-1848, Louis-Philippe). In-8 °. Pièce.
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Publié le : mardi 1 janvier 1833
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STE-HELENE: BLAYE.
FAISANT SUITE A: LACAPTIVE.
Puisse le gouvernement et la nation ,
montrer leur force , en faisant reconduire
aux frontières cette mère abusée ! (Courrier
anglais , 12 novembre. )
Si elle est innocente , qu'on la lâche et
qu'on la renvoie: si elle est coupable, qu'on
la juge , qu'on la gracie , et qu'on la ren-
voie. ( Courrier français , 12 décembre. )
PARIS,
A. PIHAN DE LA FOREST,
IMPRIMEUR DE LA COUR DE CASSATION,
Rue des Noyers, n° 37.
1833,
Ham seul entend Blaye, entend la France.
" Nos voeux, comme ceux de la France entière, n'ont en ce
moment qu'un objet : c'est de voir s'ouvrir les portes de
Blaye. » (Lettres des minisires.)
Du reste, journaux et pamphlets, tout va à l'encontre.
Tant l'esprit de parti est brutal et féroce : ne comptant pour
rien, l'existence la plus précieuse.
Elle languit : elle périt. Peu importe ! le fil du discours
n'en est pas interrompu.
Gazette. La gauche est morte, le centre est mort : il n'y a
dé vie, qu'en la droite.
Quotidienne. Le pays n'a qu' un voeu, qu'un cri : tous les
coeurs sont à Henri V.
Et l'une dénombre avec emphase les formidables armées de
la Vendée. ( 27, 28 nov. )
L'autre ne peut souffrir qu'on représente cette guerre ,
comme n'étant pas une guerre. (8 ou 9 janvier.)
Toutes les deux se ruent acharnées, sur le discours du mi-
nistre des affaires étrangères : lequel, s'il a raconté le fait
dans sa vérité nue, ne s'est ainsi compromis, qu'afin d'écarter
la mise en jugement.
Or cela mène-t-il à avancer l'époque de la libération? car
pour qui a une aine , toute autre affaire est suspendue.
Si non, repentez-vons, convertissez-vous, feuilles de lu-
gubre mémoire, feuilles de sinistre augure ;
Si non, taisez-vous : et faites parler dans vos colonnes enfin
réhabilitées, l'homme de conscience :
Faites parler, faites valoir l'homme, qui dans la défense de
la cause sacrée, en est à la douzième feuille d'impression, au
millième exemplaire en distribution.
Versailles 12. janvier 1833.
Sainte-Hélène : Blaye.
Rien que ce mot, toujours ce mot.
« Les derniers mots du fils de Napoléon ont été : ma
mère! ma mère! Le dernier mot qui nous est parvenu
de l'enfant d'Henri IV a été : ma mère ! ma mère !
« Puisse une reine que tout le monde plaint, aime,
respecte, ne jamais entendre cette dernière exclamation,
d'un fils (Mémoire sur la captivité, p. 120.)
Sainte-Hélène, Blaye, à vous ce mot, princesse.
Plainte, aimée, respectée, une ame réside en vous; et
cette ame est transportée à Blaye; cette ame souffre et
souffrira de Blaye.
A Sainte-Hélène, un père ; à Blaye, une mère.
L'enfant d'Henri IV ne doit-il plus entendre cette ex-
clamation, pas même cette dernière exclamation d'une
mère : Mon fils ! mon fils!
Princesse, elle languit, elle périt ; et autour de vous,
à jamais tout se flétrit.
Funèbre diadème, les larmes de celle qu'on aime et
qu'on respecte, qu'on plaint surtout, coulant à flots,
coulant sans terme, alors n'ont point à enlever, à voiler
seulement la tache indélébile.
Funèbre diadème, maintenant si terne au jour, si lourd
aux nuits, il ne reprend d'éclat que sur le coffre suprême
où sont renfermées les dépouilles mortelles.
Pleure donc, pleure d'avance, princesse; pleure en à-
compte des larmes de toute une vie.
Pleure tant et tant, qu'enfin l'homme se montre dessus
(4)
ce trône, où d'ordinaire ne siège que la loi, se retrouve
tel qu'il était avant qu'il fût roi.
Sainte-Hélène, Blaye, à vous ce mot, prince.
« Une troupe de trembleurs a trompé la générosité de
Louis-Philippe : il a cru sauver la France ; il s'est jeté
dans la royauté pour nous racheter de l'anarchie
« Le chef de l'Etat mérite des respects ; il n'a pas versé
une goutte de sang ; il comprend la foi jurée à un autre
autel.....
« Le roi élu avait des qualités précieuses : douceur de
moeurs, aversion du sang, des réactions et des vengeances...
« Cela est digne et royal.» (de la Restauration, p. 39 ;
du Bannissement, p. 58 , 47. )
Bel éloge à recevoir ! bel éloge à mériter !
Cela, est digne et royal : oui, de n'avoir pas peur d'une
femme , fût-elle héros ; de n'avoir peur d'une Vendée ,
eût-elle été héros ; de n'avoir peur ni de ce qui fut, ni sur-
tout de ce qui n'est pas (1).
«Buonaparte n'aurait pas recommencé les Cent-Jours :
MADAME a vu par elle-même que le royalisme en France
a changé d'esprit ; que la forme du dévouement a subi les
modifications du siècle. » (sur la Captivité, p. 48.)
Cela est digne et royal : oui, de n'avoir pas peur , ,au
moins de qui a peur lui-même, de qui n'éclate en cris
bruyans que pour couvrir la voix intérieure, de qui ne
tente dé faire peur que pour avoir moins peur.
(1) La présence de la duchesse de Berry a pu soulever quelques
réfractaires et quelques pauvres paysans ; a bien pu servir de pré-
texte à la réunion de nombreux malfaiteurs ; mais n'a pas même
réussi à mettre cent hommes en ligne , et à organiser régulière-
ment le moindre petit corps militaire. (Journal du. Commerce,
11 janvier. )
(5)
Or, ce qui a peur, c'est chacun, et c'est tous ; c'est la
France entière , certes, à trop juste titre.
Comment n'avoir pas peur, et de soi et des autres , à
peu près en égale raison; alors que, depuis quarante ans,
de tous les bords, on n'a eu soi-même, ils n'ont eu eux-
mêmes, que des regrets à éprouver, que des reproches à se
renvoyer.
Ainsi qu'un malheureux , brisé et moulu dans sa chute
de rocher en rocher, du faîte de la montagne jusqu'au
fond de la vallée; enfin, jeté sur quelque grabat de ren-
contre , frémit même à l'approche de la main de pitié.
Ainsi la France, par hasard échappée à tant d'épreuves
mortelles, ce semble, s'épouvante de tout mouvement,
même de toute résistance.
Le maître manque seulement.
A Dieu ne plaise cependant que le conseil soit donné de
se dire, de se faire le maître : mots synonymes.
Bien qu'il soit écrit au livre des nécessités éternelles, que
tôt ou tard viendra un maître : seule fin de telles révo-
lutions»
Encore, celui-là n'est pas apparu, dont là taille , la
portée aille à un tel rôle.
Les voeux sont plus humbles.
« Le gouvernement ne redoute point la responsabilité
de la conduite qu'il croira convenable de tenir à l'égard de
madame la duchesse de Berry, selon les évènemens et les
vrais intérêts du pays.» (Moniteur, 9 janvier.)
Tenons-nous-en là : mais distinguons.
Eh ! qu'on ne redoute point la responsabilité d'agir ,
d'avoir une conduite , de faire ce qui est convenable :
c'est-à dire de mettre en liberté.
Vraiment la presse en prendra texte ; et commentera
(6)
avec aigreur, et lassera , blasera les esprits, et se taira ,
faute d'être écoutée.
La presse dit : le pouvoir fait. Les paroles passent ; les
actes demeurent.
Mais pour Dieu ! qu'on redoute la responsabilité de ne
pas agir, de n'avoir pas une conduite, de ne pas faire ce
qui est convenable, c'est-à-dire de ne pas mettre en liberté,
Il se fait plus de péchés dans l'ordre religieux, plus de
fautes dans l'ordre politique, par omission que par com-
mission.
Quand il y a devoir, quand il y a besoin d'agir ; il y a
délit, il y a péril à ne pas agir.
C'est dommage qu'un autre passage du Moniteur
vienne en atténuation de cette assurance à la fois juste,
sage et ferme.
« La dignité du pays réclame la plus grande indé-
pendance, dans toutes les déterminations que peut pren-
dre à l'égard de madame la duchesse de Berry, le gouver-
nement.
" Il vient de prouver que son action était aussi libre,
pour vaincre au nom de la paix européenne, qu'elle le sera
pour prendre un parti au nom de la paix intérieure.
« La sécurité de l'avenir exige des conditions, des ga-
ranties qu'il lui appartient de stipuler, avant de décider du
sort de madame la duchesse de Berry.
« Le gouvernement apprécie ces nécessités.» ( Idem.)
Voilà , si toutefois l'article n'est pas étranger au pou-
voir, qu'il y a à agir , non pas en vue, mais au nom
de la paix intérieure.
Et qu'il y a à faire de la dignité pour le pays , de la
sécurité pour l'avenir.
Et qu'il sera, d'après les nécessités, à certaines condi-
tions et garanties, décidé du sort de la princesse.
(7)
Ce sont vaines phrases, ou fausses pensées.
Est-ce donc que la paix a donné pouvoir d'agir en
son nom ?
Est-ce que le pays garde sa dignité , sous le joug des
prétendues nécessités ?
Est-ce que l'avenir promet de la sécurité , au moyen
de garanties illusoires?
Est-ce que le sort ne doit être décidé, que sous des con-
ditions possibles à dicter, impossibles à maintenir ?
Eh ! dignité autant qu'il se doit, sécurité autant qu'il
se peut, tiennent seulement à ce qu'il soit décidé ou plu-
tôt disposé du sort, promptement, finalement.
Ce serait à la fois et peu digne et peu sûr, que d'im-
poser des conditions, que d'arracher des garanties.
Car à qui manque de foi en soi-même, partout man-
quent le respect, l'ascendant.
Ce serait peu digne, d'exiger ce qui ne se doit; et peu
sûr , d'exiger ce qui ne se peut.
Or rien ne se doit : attendu que le gage, l'ôtage a été
acquis par la voie de la trahison.
Rien ne se peut : attendu que nul engagement valide ,
n'est contracté sous le seing de la trahison.
D'après les termes énoncés , cela seul était à dire.
« Il ne sera point décidé du sort de Madame la du-
chesse de Berry. »
Et certes, ni la paix intérieure , ni la dignité du pays,
ni la sécurité de l'avenir, ni même la volonté du pouvoir,
ne seraient ainsi accomplies.
Qu'on aille droit au fait.
Qu'on fasse choix, entre le pont Saint-Esprit, ou l'ile
Sainte-Hélène.
Qu'on imite Napoléon , ou la Sainte-Alliance.
(8)
Qu'on se fasse juste, qu'on se dise fort : si c'est que la
dignité, la sécurité tiennent au coeur.
La destinée des peuples, ainsi que des hommes , est à la
disposition d'eux-mêmes , et pas des autres.
La duchesse d'Angoulême, fut relâchée ; le duc d'An-
goulême, fut relâché : non sur parole.
Le siècle irait-il de mal en pis, en fait de coeur, en fait
d'honneur, de 1794 , de 1815 à 1835?
Même, aux anti-révolutionnaires , la rougeur en mon-
terait au front.
Non ; ou n'aura pas peur, on aura honte plutôt.
« Défendons-nous : c'est notre droit, défendons-nous;
nous sommes trente millions, contre six personnes ; trente
millions, contre un vieillard, contre deux femmes, contre
un enfant: c'est bien assez.» (Ministre des affaires étran-
gères , 5 janvier.)
Elle est morte, désormais.
Ses ennemis n'ont qu'à l'achever ; ce sont ses
amis qui l'assassinent.
Elle est morte , ou gardée en prison , ou mise
en liberté.
En tout cas , la douleur d'avoir échoué ; le dé-
sespoir de n'avoir plus à tenter; la colère d'avoir
été abusée , rongent et dévorent l'âme.
La colère par-dessus tout ; car c'est encore d'a-
voir été trompée, qui envenime la douleur , qui
appelle le désespoir.
Blaye, Naples , Prague , n'y font rien : tant le
coup porté d'une main sûre , a pénétré jusqu'aux
racines de la vie.
Les ennemis n'eussent pas visé si juste : il fal-
lait des amis , pour frapper droit au coeur.
Il leur était si bien connu, ce coeur de femme,
en fait de tendresse ; ce coeur d'homme, en fait de
bravoure.
Et l'un a été exalté, enivré de leurres; l'autre a
été excité, enflammé par les périls.
Malheureux, ou insensés, ou scélérats,il y a de
la gloire pour vous : votre première tâche a été
dûment accomplie.
Par vos soins, par vos arts, transportée au faîte
de l'espoir , au niveau de la foi , soudain l'écha-
faudage s'écroule sous le pied aventureux ; sou-
dain l'abîme voilé se découvre, et se referme sur
elle.
( 10)
Fort bien. Il vous reste maintenant à remplir
votre dernière tâche.
Voilà l'abîme, et la voilà dans l'abîme.
La folie ou la sottise l'y ont poussée : l'infamie
seule manquerait à l'y rejoindre , à s'y jeter à sa
suite.
Vous savez tuer : sachez mourir aussi.
Illustre victime , après que des amis l'ont en-
traînée, puis abandonnée, des ennemis en dis-
posent.
Elle est morte, désormais.
Seulement, va-t-on l'achever, va-t-on avancer
le terme de la certaine destinée?
Ainsi la Convention n'assassinait pas; mais lais-
sait ou faisait périr le jeune prince.
Mettons d'abord à néant, toutes préventions ,
toutes prétentions de matière judiciaire.
Sans doute , sauf que l'intention ne porte ex-
cuse, il y eut crime , double crime, et de lèse-
humanité et de lèse-majesté.
De lèse-humanité, en ce que , non sans titre
valide, mais sans chance sortable, un feu follet de
guerre fut allumé en quelques contrées\
De lèse-majesté , en ce que, dans cet état de
choses, la personne royale fut attirée et retenue
sous le coup de toutes les foudres conjurées.
C'est contre elle , qu'il y a crime.
C'est pour elle, qu'il y aurait à punir, celte
presse périodique, qui, ayant toute honte bue, dans
la vue de gagner des abonnés, ne travaille qu'à
(11 )
échauffer les passions, ne cesse de débiter des
faussetés.
Qu'on frappe la Quotidienne , puis la Gazette ;
ainsi vengeant la mémoire et de Charles X et
de Caroline , perdus par leur fait.
La question est toute politique , ainsi que l'a
reconnu la commission ; et par cela même, n'est
pas ministérielle, comme le suppose la commis-
sion.
« Vous convient-il que la question de savoir si
elle a droit de conspirer contre le gouvernement
actuel, soit portée devant les tribunaux....
« Nous sommes de ceux qui pensent que cette
question est décidée depuis le 7 août 1830 ; et
qu'un gouvernement qui se respecte , ne se laisse
pas mettre en cause.» (Ministre des affaires étran-
gères , 5 janvier. )
Ici , le mot de gouvernement signifie évidem-
ment la royauté de juillet; car c'est son droit
qu'il y aurait à juger, sa cause qu'il y aurait à dé-
fendre.
La question est toute royale , est même toute
nationale, en ce sens que ladite royauté procède
de la révolution même.
Parmi les pouvoirs institués, une chambre s'étant
à grand tort récusée, et l'autre chambre n'ayant
pas eu à se prononcer, la charge retombe toute
entière sur la royauté.
Son existence même est mise en cause, est com-
promise dans la question de droit.
( 12)
A la vérité, il n'y a pas de jugement en due
forme , à l'effet de décider et du crime et de la
peine.
Mais il y a jugement au fond, pour retenir en
pinson : et par le fait, un tel jugement peut de
même tourner au soutien ou à la ruine de la
royauté.
Il serait trop absurde que des ministres qui
passent d'un jour à l'autre et dont la responsabi-
lité s'évanouit après l'événement, dussent juger
souverainement à ce sujet.
A vous donc , roi des Français , d'achever ou
d'épargner, de vous rendre complice des amis, ou
de prêter aide contre eux.
A vous, d'être ou n'être pas Français, de vous
faire ou ne pas vous faire roi.
C'est encore à voir : tant au milieu des ombres
lugubres du passé et des sinistres ténèbres de l'a-
venir, la peur a beau jeu.
Car Dieu garde , alors qu'un ennemi juré s'est
chargé de l'éloge , de mettre en doute la dispo-
sition des voeux (1).
(1) Le chef de l'État mérite des respects; il ne fait point
le mal ; il n'a pas versé une goutte de sang ; il s'élève au-
dessus des attaques; il comprend la foi jurée à un autre
autel que le sien : cela est digne et royal. ( De la Restaura-
tion , p. 39. )
Le roi élu avait les qualités que je lui ai reconnues; expé-
rience, éducation du malheur, goût du travail, facilité de
s'exprimer , connaissance des besoins du temps , douceur de

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