Scène d'une tragédie inédite , lue à la séance publique de la classe de la langue et de la littérature françaises de l'Institut de France du 5 avril 1809, par M. Arnault

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impr. de Baudouin (Paris). 1809. 11 p. ; in-4.
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Publié le : dimanche 1 janvier 1809
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SCENE
D'UNE
TRAGÉDIE INÉDITE,
Lue à la séance publique de la classe de la Langue et
de la Littérature françaises de FINSTITUT DE FRANCE ,
du 5 avril 1809 ,
PAR M. ARNAULT.
« JDEUX factions célèbres, sous le nom de Guelfes et
de Gibelins , désolèrent l'Italie depuis la fin du onzième
siècle jusqu'à celle du quatorzième. C'est à Florence
particulièrement qu'elles s'entrechoquèrent avec le plus
de fureur. Les querelles d'opinions y dégénérèrent sou-
vent en combats , les combats en massacres que le parti
vainqueur prolongeait même après le triomphe ».
Las de vaincre, à proscrire on mit souvent sa gloire'.
L'échafaud fut dressé sur le champ de victoire}
( a )
Les soldats fatigués firent place aux bourreaux ;
On ouvrit les prisons pour emplir les tombeaux j
La loi rendit au fer sa victime échappée,
Et la hache abattit ceux qu'épargna l'épée.
» A la suite d'une de ces batailles toujours funestes à
l'État, les chefs de la faction victorieuse mirent un jour
en délibération la destruction de Florence , de la ville
où leurs ennemis avaient dominé si long-temps, où leurs
rivaux reprenaient sans cesse de nouvelles forces. Uberti?
chef de la famille de ce nom et général de l'armée victo-
rieuse j s'éleva seul contre cette proposition.
» Si quelques-uns de vous , dit-il à ses propres sol-
» dats , craignent leur patrie, qu'ils fassent ce qu'ils
» pourront pour la détruire j pour moi , je prétends la
» défendre avec la même valeur dont j'en ai chassé vos
j) tyrans.
35 La fermeté d'Uberti produisit sur les Florentins le
même effet que celle de Scipion sur les Romains. On
se souvient qu'après la bataille de Cannes ? ce der-
nier fit jurer sur son épée de voler au secours de Rome
à ceux-là même qui voulaient l'abandonner au pouvoir
d'Annibal.
3> Uberti était aussi un héros $ Machiavel le nomme
avec admiration 5 et Dante ? en le damnant, le pro-
clame grand homme. Des circonstances semblables
inspirent aux âmes de même trempe de semblables ré-
solutions.
33 Ce fait est le sujet de la scène que l'on va entendre $
( 3 )
scène où l'on a aussi tenté de peindre les divers inté-
rêts qui font mouvoir les hommes d'un même parti,
les réunissent un moment contre l'ennemi commun ?
et les diviseront dès qu'ils seront en possession du
pouvoir.
3) Je n'aurai point de regret d'avoir esquissé ce ta-
bleau ? tout terrible qu'il soit . si le souvenir des trou-
bles civils fait sentir plus vivement à chacun le prix
du retour de l'ordre et la reconnaissance due au héros ,
au courage et à la sagesse duquel nous devons la fin
de nos malheurs et le rétablissement de la prospérité
publique 33.
( La scène se passe au milieu des Apennins, dans
une caverne. Uberti s'y entretient d'abord seul avec
Spada, son ami.)
« Uberti , après avoir exposé son projet d'arracher le
33 pouvoir aux mains des Gibelins j après avoir dit qu'il
33 vient délivrer l'Etat, et non le ruiner ; après avoir
33 fait connaître les peines qu'il se donne pour contenir
33 les hommes de son propre parti , moins animés par
33 l'intérêt public que par leur ressentiment particulier,
33 ajoute:
Mais quel bruit, quel éclat de ces retraites sombres
Dissipent tout-à-coup le silence et les ombres?
Ce sont nos conjurés. Ils viennent concerter
Le grand, le dernier coup qui nous reste à porter.
(4)
Guelfe comme eux, Spada, reste, et tu vas connaître
Les grands évènemens que ce jour verra naître.
SCÈNE III.
UBERTI, SPADA, CORSO, PAZZI, ALIGHÉRI, COME, Guelfes,
(Ils sont tous armés, quelques-uns portent des flambeaux.)
UBERTI.
Des droits les plus sacrés généreux défenseurs,
Vous, qui prêts à marcher "contre les oppresseurs,
Qui de gloire altérés non moins que de vengeance,
Voulez, pour mieux frapper, frapper d'intelligence,
Guelfes, connaissez tous quels moyens différens
Vont arracher l'Empire aux mains de vos tyrans,
Affranchir le pays d'un honteux esclavage,
Et vous reconquérir votre propre héritage.
Par moi seul enfantés, de si hardis projets,
De cent talens divers attendent leur succès.
J'ai su les préparer. Instruit par vos suffrages,
Parmi les plus vaillans choisissant les plus sages,
Entre tous les esprits qu'imploraient nos besoins, v
Du commun intérêt j'ai partagé les soins.
D'un parti dispersé par des coups si funestes,
Tandis qu'Alighéri réunissait les restes,
Ralliait dans ces bois, sous ces rocs escarpés,
Trois mille fugitifs au carnage échappés,
Corso, dans ce lieu même, amassait en silence
Le fer qui cette nuit doit armer leur vengeance,
Le fer que les Génois à nos bras ont prêté.
Pazzi, non moins heureux, par un triple traité,
A partager l'honneur d'une telle entreprise
Déterminait les chefs de Bologne et de Pise,

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