Séance extraordinaire du grand conseil des pamphlétaires, libellistes, faiseurs de caricatures, etc. . Par un tachycraphe

Publié par

Dubroca (Paris). 1814. France (1814-1815). 48 p. ; in-8.
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Publié le : samedi 1 janvier 1814
Lecture(s) : 3
Source : BnF/Gallica
Nombre de pages : 46
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

SÉANCE
EXTRAORDINAIRE
DU GRAND CONSEIL
DES
PAMPHLÉTAIRES, LIBELLATES,
FAISEURS DE CARICATURES, etc.
> 26
SÉANCE
EXTRAORDINAIRE
DU GRAND CONSEIL
DES
PAMPHLÉTAIRES, LIBELLATES,
FAISEURS DE CARICATURES, etc.
Tenue à Paris , sous la Présidence de l'Auteur de
l'Histoire secrette du Cabinet de Napoléon Bona-
parte , le II août 1814 , j°ur où la Chambre des
Députés a réglé les conditions de la Liberté de la
Presse ;
POUR délibérer sur les causes du discrédit des libelles
et des pamphlets , et sur les moyens d'en rétablir la
vogue;
Avec le détail des circonstances et des débats qui l'ont accom-
les décisions dont elle a été suivie.
A PAR UN TACHYGRAPHE.
IMPRIMERIE DE P. R. ROUGERON.
A PARIS,
Chez
DUBROCA , rue Dauphine, n. 20.
GERMAIN MATHIOT, libraire, quai des Augustins,
n. 25;
DELAUNAY, libraire au Palais-Royal, galerie de
bois, n. 247
GAY, libraire, rue de Rivoli, n. 14, au Parnasse
français;
ALEX. JOHANNEAU, rue du Coq S.-Honoré, n. 6.
l8l4.
SÉANCE
EXTRAORDINAIRE
DU GRAND CONSEIL
DES
PAMPHLÉTAIRES, LIBELLATES,
FAISEURS DE CARICATURES, etc.
J.L était dix heures du matin, et, quoique la
circulaire de convocation n'eût annoncé l'ou-
verture de la séance qu'à midi précis, la salle
retentissait déjà du bourdonnement plaintif
de ceux des membres convoqués, qui, sortis
de bonne heure de leur retraite, pour aller
recueillir chez les libraires du Palais-Royal,
ou chez les étaleurs d'estampes des quais et des
boulevards, le produit delà vente de la veille,
avaien t eu la douleur de ne pas même y toucher
de quoi fournir aux frais d'un mince déjeuné.
Désolés, et ne sachant que devenir, ils avaient
tristement devancé l'heure du rendez-vous,
espérant du moins que les mesures qui de-
(6)
vaient être l'objet de la délibération de l'as-
semblée, en ramenant la vogue des pamphlets
et des libelles, les dédommageraient de la
faim dont ils commençaient à éprouver les
atteintes. Ces premiers venus, au reste, étaient
la lie des pamphlétaires et des libellistes con-
voqués ; ils s'étaient eux-mêmes rendu jus-
tice , en prenant place sur le dernier des bancs
de l'assemblée , laissant les bancs supérieurs
aux classes d'élite dont ils attendaient avec
respect l'arrivée.
C'était la seconde séance du grand conseil
de la société. La première avait été tenue dans
les premiers jours du mois d'avril dernier,
sous la présidence d'un membre célèbre ^
l'ame, le soutien et le modèle éternel des
pamphlétaires (1). Mais combien la différence
entre ces deux époques était grande! La pre-
mière avait ouvert la plus heureuse carrière
aux libelles et aux pamphlets, et la seconde
voyait leur déplorable décadence. Les pre-
( 1 ) L'histoire de cette séance est dans le porte-feuille
du tachygraphe qui a écrit celle-ci : pour peu que le
public prenne goût à ces sortes de relations, on la fera
imprimer. On peut assurer d'avance qu'elle est extrê-
mementcùrieuse.
(7)
sages des plus brillans succès avaient animé
l'époque mémorable d'avril, et celle-ci ne
présentait que la triste perspective de la mi-
sère. Dans la première séance, on n'avait eu
que l'embarras du choix pour trouver les
moyens d'alimenter la curiosité inquiète et
avide des esprits; et ici, il fallait chercher
comment on pourrait réveiller l'insouciance
d'un public rassasié, dédaigneux, qui voyait
indifféremment couler sous ses yeux la liste
inépuisable des pamphlets. Une chose cepen-
dant rassurait un peu les timides; c'était l'au-
dace et la sécurité qui paraissaient empreintes
sur le front des membres les plus marquans,
dont le nombre se grossissait à chaque instant,
et qui allaient chacun, selon la nature de ses
attributions ou de son mérite, prendre place
sur les bancs qui entouraient la tribune ,
théâtre prochain deleur éloquence et de leur
triomphe.
On commençait à se concerter sur le choix
d'un président, et à discuter, au poids d'une
critique sévère, le mérite des prétendans; lors-
qu'un groupe de membres se précipite avec
l'air de la plus vive allégresse dans la salle,
et annonce la présence prochaine, dans le
sein de la société, de l'auteur de l' Histoire
( 8 )
secrète du Cabinet de Napoléon Bonaparte,
qui, arrivé de la veille des bords de la Tamise,
à Paris , pour y recueillir les immenses béné-
fices de son libelle , s'avançait, escorté de ses
amis, vers le lieu de la séance. Ce renfort
inespéré, gage certain des plus vives lumières,
remplit de joie l'assemblée toute entière; et
une pensée commune, semblable à un trait
électrique, saisissant à la fois toutes les têtes,
on propose, et on projette en même-temps,
d'accueillir , par la présidence de la société,
cet illustre collègue, et de lui déférer les hon-
neurs du fauteuil. Quelques membres voulu-
rent vainement opposer,la loi fondamentale
de l'état, qui exclut les étrangers des fonctions
publiques; on passa outre sur cette considé-
ration , attendu que des libellistes ne recon-
naissaient pas de patrie, et la résolution fut
maintenue.
On s'en occupait encore, lorsqu'on vil en-
trer les premiers membres qui formaient le
cortège du noble étranger ; bientôt après il
paraît lui-même, rayonnant de gloire, de
dignité; à sa vue, la salle retentit d'applau-
dissemens et des cris mille fois répétés de
bravo. On se presse sur ses pas ; on l'entoure,
et, par un mouvement spontané , sans lui per-
(9)
mettre dé s'arrêter nulle part, on le conduit ou
plutôt on le porte au fauteuil, où l'accueillent
de nouveauxapplaudissemetis qui surmontent
enfin son embarras, triomphent de sa modes-
tie , et le constituent solennellement dans les
fonctions de président de la société.
On n'était pas tout-à-fait aussi d'accord sur
le choix d'un secrétaire ; il y avait rivalité
pour cette place, et concurrence de mérite ;
plusieurs pamphlétaires politiques y préten-
daient; le banc des poètes élait en rumeur.
On allait passer au scrutin, lorsqu'un mem-
bre, pour abréger le temps , proposa de
nommer celui qui, sachant le mieux se plier
aux circonstances, aurait le plus effrontément
démenti tout ce qu'il aurait dit, écrit et pu-
blié ; et par là, donné une preuve de l'abné-
gation de tout principe de vérité que doit pro-
fesser un vrai pamphlétaire. Aussitôt tous les
regards se tournèrent vers le banc des poètes;
et, quoique plusieurs d'entre eux eussent à ce
titre un droit incontestable aux suffrages de la
société ; quoiqu'il y en eût qui fissent parade
de leurs vers, tellement disposés, qu'en chan-
geant quelques mots seulement, ce qui était
un hommage pouvait devenir , à leur gré ,
une invective ou une accusation ; l'opinion
( 10 )
publique se fixa sur l'auteur d'un poëme obs-
cur à la louange de Napoléon, mais rendu
célèbre par la rétractation solennelle, du
poêle; et, d'une voix unanime, il fut pro-
clamé secrétaire.
Quand le bureau fut ainsi formé, le prési-
dent agita la sonnette; il se fit un profond
silence, et ce vénérable membre ouvrit la
séance par le discours suivant :
Le Président. — « Mes dignes et honorés
» collègues, vous venez de m'élever à une
» fonction que je regarde comme la récom-
» pense la plus flatteuse des efforts que j'ai
» faits pour mériter de vous être associé.
» L'honneur d'être placé à la tête des pam-
» phlétaires et des libellistes de la France,
» sera désormais le plus beau titre de ma
» gloire ; et ce qui me rend cet honneur en-
» core plus précieux, c'est la conséquence
» que j'ose en tirer, et à laquelle j'étais bien
» loin de prétendre, que j'ai su m'élever à
» toute la hauteur dès fonctions d'un vrai
» libelliste, et en remplir tous les devoirs.
» Qu'il me soit permis, à ce titre et avant
» tout, de vous offrir l'hommage de mon
» libelle (Il le présente à l'assemblée ) , et
» de le déposer sur le bureau, en témoi-
( 11 )
» gnage de mon dévouement à vos prin-
» cipes. »
A la vue de cet immortel écrit,l'assemblée
fait éclater les plus vifs transports ; un mem-
bre demande qu'il soit fait mention honorable
de l'offrande dans le procès-verbal ; un autre,
que l'ouvrage soit déposé aux archives de la
société , pour y être comme un modèle éter-
nel d'un vrai libelle ; un autre , qu'il soit dé-
livré à un juste rabais aux membres du grand
conseil, vu l'état déplorable de leurs spécu-
lations. Toutes ces propositions sont adop-
tées à l'unanimité. Le président se disposait
à remercier l'assemblée de tant de faveurs,
lorsque plusieurs membres réclament à grands
cris l'objet de la délibération.
Le Président. — « Je conçois , mes chers
» collègues, votre empressement, et je déplore
» avec vous le juste motif qui vous l'inspire :
» grâces au ciel, je ne partage pas encore la
» fatale disgrace qui semble avoir frappé de-
» puis quelque temps de stérilité vos écrits; la
» moisson d'argent que j'ai recueillie de mon
» libelle a été bien au-delà de mes espérances,
» et mon but a été complètement rempli.
» Mais peut-être mes succès sont-ils pour vous
un avertissement des moyens que vous
( 12 )
» devez prendre à l'avenir pour réparer vos
» infortunes ».
Un Membre du dernier banc. — « Ah !
» elles sont bien grandes , président ; ce n'est
» plus qu'un métier à mourir de faim »!
Le Président. — « Courage, mes amis ! vos
» ressources ne sont pas désespérées; vous
» en aurez sûrement aujourd'hui la preuve.
» D'ailleurs, la discussion que je vais vous
» proposer vous en montrera toute l'étendue.
» Voici les deux questions, déposées sur le
» bureau, que je dois vous soumettre. Pre-
» mièrement, nous chercherons quelles sont
» les causes qui ont amené le discrédit des
» pamphlets et des libelles, et en second
» lieu, quels sont les moyens d'en rétablir la
?» vogue ».
Débats sur les causes du discrédit des pam-
phlets , libelles, etc.
Plusieurs membres se lèvent avec précipi-
tation pour demander la parole ; elle est ac-
cordée à un des sociétaires les plus influens,
qui, placé aux pieds de la tribune, s'était déjà
assuré du privilége d'y monter le premier. Sa
présence et sa haute réputation imposèrent
silence aux plus empressés. Après s'être re-
( 13 )
cueilli un moment, et avoir promené un
regard fier et dédaigneux sur l'assemblée, il
s'exprime ainsi :
L'Orateur. — « On nous demande quelle
» est la cause du discrédit dés libelles et des
» pamphlets : cette question peut-elle être em-
» barrassante? La seule chose qui m'embar-
» rasse, moi, c'est de savoir si vous êtes en état
» d'entendre les raisons de cette disgrâce ».
Plusieurs Membres. — « Ah ! ah! écou-
» tons. Que va nous dire cet étranger »?
L'Orateur. — « J'entends prononcer le mot
» d'étranger : oui, je le guis, et je puis me
» flatter d'avoir propagé dans tous les temps,
» en France, l'esprit d'un vrai pamphlétaire :
» mais vous, qu'avez-vous fait pour vous
» montrer dignes de ce nom, et sur-tout pour
» vous en assurer les fruits?
» Depuis l'heureuse époque de la restaura-
» tion des libelles et des pamphlets, vous
» n'avez cessé de fatiguer le public de vos
» plates invectives contre un cadavre , dont
» chacun de vous a eu la prétention d'arra-
» cher un lambeau, pour en faire le trophée
» de sa sottise et de son ignorance. J'avais
» aussi quelques projets là dessus ; mais quand
» j'ai vu les plus obscurs grimauds...
( 14 )
(Mouvemens d'indignation parmi les pam-
phlétaires du dernier banc.)
» prenant occasion du sujet qu'ils traitaient ,
» s'ériger, les uns en généraux d'armée, pour
» disserter sur lès opérations d'un champ de.
» bataille; les autres en politiques, pour dis-
» cuter les grands intérêts des peuples; les
» uns en financiers, les autres en diplomates :
» j'ai prévu le destin de leurs écrits ; j'ai craint
» d'être enveloppé dans leur disgrâce, et j'ai
» renoncé à mon projet. Pamphlétaires pré-
» somptueux et sans talens! vous portez la
» juste peine de votre aveugle présomption :le
» public,séduit pendant quelque temps , mais
» bientôt détrompé, vous a laissés là avec
» vos vaines prétentions ; vos brochures fasti-
» dieuses tapissent vainement les étalages des
» libraires, et vous êtes rentrés dans la pous-
» sière, d'où vous n'auriez jamais dû sortir.
( Murmures dans quelques parties de la
salle, applaudissement dans d'autres. )
» De plus, vous avez trop indiscrètement
» abusé de la crédulité du public, en relé-
» guant dans la classe des plus stupides hu-
» mains l'objet éternel de vos pamphlets; et
» pour mettre enfin le comble à votre incon-
» séquence et à votre maladresse , vous avez
(15)
» outragé et soulevé contre vous la nation
» toute entière, en la représentant comme
» complice, ou dupé pendant douze ans, d'un
» vrai fou digne, à votre avis, des Petites Mai-
» sons, ou d'un tyran digne d'une cage de fer».
Un Membre. — « Président! je demande
» la parole contre l'orateur. C'est bien à lui,
» infâme stipendié de Napoléon, vil barbouil-
» leur de papier , à critiquer nos écrits ! Ne
» fallait-il pas que nous périssions de faim
» pour lui laisser le champ plus libre? Je
» demande qu'il soit rappelé à l'ordre. »
Le Président. — « L'opinant discute son
» sujet, et je lui maintiens la parole : il serait
» singulier qu'il fût interdit d'user ici des
» droits de notre profession, et que des libel-
» listes et des' pamphlétaires dussent laisser
» à la porte les armes qui leur sont si fami-
» lières. D'ailleurs, je crois devoir relever
» une accusation qui prouve que le membre
» qui vient de parler n'est pas entièrement
» dans nos principes. Que veut-il dire, lors-
» qu'il allègue contre l'opinant, qu'il a été
» stipendié par Napoléon? Ne sait-il pas
» que le premier, l'unique but de notre pro-
» fession, est celui de la fortune, et que , de
» quelque part qu'elle vienne , cela ne peut
( 16)
» porter aucune atteinte à notre caractère ?
» N'oublions jamais , chers collègues , ce
» grand objet de notre institution , et que tout
» est justifié quand il est atteint ».
(Applaudissemens universels, et plusieurs
fois réitérés.)
L'Orateur. — « Aussi, ne fais-je point un
» crime à ceux de nos collègues dont j'attaque
» les misérables pamphlets , du sujet qu'ils
» ont traité. Ce qui m'indigne contre eux,
» c'est d'avoir tari, par leur maladresse et
» par le ridicule étalage de leurs prétentions,
» cette source féconde de bénéfices ; c'est d'a-
» voir exposé aux dédains du public ce qui
» pouvait être, en des mains plus habiles ,
» une mine inépuisable de produits, comme
» il l'a été sous la plume des pamphlétaires ,
» nos modèles et nos maîtres.
. » Parlerai-je encore de cette nuée de
» poètes qui, tout à coup, est venue grossir
» nos rangs et les infecter de leurs mépri-
» sables pamphlets, écrits en mauvaise prose
» rimée?
Plusieurs membres du banc des poètes à
la fois. — « A bas ! à bas ! (un poète) le plat
» valet des grands ! (un autre) l'espion des
» cours
(17)
» cours étrangères ! (un autre) le traître à
» tous les parlis !»
(Le tumulte est à son comble.)
Le,Président, après avoir obtenu silence.
— « Hé, messieurs les poètes ! vous qui avez
» eu le noble courage de braver tant de fois
» l'opinion publique, et d'encourir ses mé-
» pris en foulant si libéralement à vos pieds
» l'idole à laquelle vous aviez prodigué tant
» d'hommages, et cela pour rester fidèles
» aux principes de notre profession; com-
» ment pouvez vous vous offenser d'un re-
» proche inspiré après tout par nos intérêts.":
» communs?
Un Poète. — » C'est un libelle infâme ! Cet
» homme a été toute sa vie l'ennemi le plus
» déclaré de toute espèce de talent; l'envie
» est étalée sur sa figure blafarde comme la
» rouillé sur le fer.
Le Président. — » Encore une erreur
» contre nos principes : apprenez qu'un vrai
» pamphlétaire ne reconnaît point de talent;
» qu'il doit toujours l'immoler à l'envie se-
» crette qui le poursuit; et que c'est là peut-
» être une des branches les plus lucratives
» de notre institution. Demandez à quelques
» journalistes
2
(18)
Plusieurs Poètes. — » A la bonne heure »,
et ils se rasseoient.
L'Orateur. — « Et cette autre multitude
» de pamphlétaires politiques, vrais songe-
» creux, dont les écrits, contre les idées qu'on
«appelle libérales,, n'ont présenté qu'un
» amas de systèmes et de projets aussi dé-
» pourvus de sens commun que de goût ; quel
» mépris n'ont-ils pas appelé sur nous et nos
» productions? Quelle honte de se trouver
» associés dans l'opinion publique avec tous
» ces charlatans politiques, et d'avoir à par-
» tager , avec leur opprobre, les effets du
» discrédit où ils sont tombés ! ».
Grande agitation parmi les pamphlétaires
anti-constitutionnels; on y remarque sur-tout
l'auteur de l'apologie de la fameuse Adresse
dp Nismes ; les défenseurs du régime répu-
blicain; les écrivains en faveur d'une monar-
chie absolue; ceux qui s'étaient élevés contre
la liberté des cultes,, et contre celle de la
pressé ; tous pamphlétaires obscurs, dont les
visages abattus et décharnés , et dont les ha-
bits noirs tout râpés n'attestaient que trop la
stérilité de leurs ouvrages; tandis que d'un
autre côté paraissait superbe et triomphant
l'auteur du pamphlet sur la nécessité de
(19)
rendre les biens nationaux à leurs anciens
propriétaires, montrant la troisième édition
de son ouvrage, accusant hautement l'orateur
de partialité ou d'envie ; et l'interpellant de
rendre hommage à son écrit. L'orateur, ra-
douci à la vue de ce pamphlet, se disposait en
effet à faire en sa faveur une exception hono-
rable , lorsqu'un membre, s'élevant du milieu
d'un groupe qui jusqu'alors n'avait pris au-
cune part à la délibération, ni par des applau-
dissemens, ni par des signes d'improbation ,
demanda que, sans avoir égard aux récri-
minations de l'auteur dont il s'agit, la dis-
cussion sur l'ordre du jour fût continuée.
» Eloignons, ajouta-t-il, toute idée, tout
» souvenir d'un pamphlet, célèbre à la vérité
» par ses succès, mais bien funeste par les
» suites dangereuses qu'il pouvait avoir, et
» qu'il aura peut-être »!
(L'assemblée'éclate en murmures).
Le Président. — « Qu'entends-je? est-ce
» bien un membre de la société des libel-
» listes et des pamphlétaires qui peut parler
» ainsr? Quoi! lorsqu'un pamphlet a le mérite
» d'un brillant succès, on ose présenter la
» considération de ses dangers; et c'est ici
» qu'on ose venir débiter une pareille mo-
2 *
(20)
» rale! Quant à moi, digne collègue (en
» s'adressant à l'auteur du pamphlet ), je
» rends un sincère hommage à votre écrit..
» Vous avez véritablement saisi le point fa-
» vorable au but de notre institution, en
« attaquant, en soulevant bas passions les plus
» actives du coeur humain ; jouissez de vos
» succès mérités ; et s'il m'est permis de pro-
» voquer une décision conforme à mes voeux,
» je demande, qu'en réparation de l'outrage
» qui vient devons être fait, ainsi qu'à nos
» principes , l'assemblée proclame sur-le-
» champ votre pamphlet comme un des meil-
» leurs modèles ; qu'il en soit fait mention ho-
» norable dans le procès-verbal, et que le nom
» de son auteur y soit consigné avec éloges ».
( L'assemblée presque toute entière ap-
plaudit à cette proposition, et la sanctionne
par son adhésion).
L' Orateur continue. — « Il est donc vrai,
» vous venez de le reconnaître , qu'un pam-
» phlétaire ne peut avoir d'autre tort que ce-,
» lui de s'exposer et de nous exposer tous,
» par sa maladresse et par l'insuffisance de
» ses moyens, aux rebuts et aux dédains,du
» public. Sous ce rapport, quels reproches ne
» suis-je pas encore en droit de vous adresser,

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.