Secrets de la cour de Louis XVIII . Recueil de pièces authentiques ; précis historique ; lettres confidentielles au général Pichegru, au comte d'Artois, au duc de Fitz-James, aux généraux vendéens ; liste des membres de la convention qui devaient être livrés à différents supplices ; lettre de George III au duc d'Angoulême, etc. Suivi des fanfaronnades et projets de vengeance des émigrés, extraits de leur correspondance. Seconde édition

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Plancher (Paris). 1815. France (1815, Cent-Jours). XIV-84 p. ; in-8.
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Publié le : dimanche 1 janvier 1815
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SECRETS
DE LA COUR
DE LOUIS XVIII.
Les exemplaires voulus par la loi avant été déposés, je
poursuivrai les contrefacteurs.
SECRETS
DE LA COUR
DE LOUIS XVIII.
RECUEIL DE PIÈCES AUTHENTIQUES;
PRÉCIS HISTORIQUE;
LETTHES CONFIDENTIELLES AU GÉNÉRAL PICHEGllU,
AU COMTE D'ARTOIS, AU DUC DE FITZ-JAMES,
AUX GÉNÉRAUX VENDÉENS;
LISTE DES MEMBRES DE LA CONVENTION QUI DRVAJENT
ETRE LIVRÉS A DIFFERENS SUPPLICES; LETTRE DE GEORGE III
AU bue D'ANGOULÉME, etc.
SUIVI
Des Fanfaronnadeset Projets de vengeance des Emigrés,
Extrai.ts de leur Correspondance.
SECONDE ÉDITION,
Vrix : 1 franc 75 centimes.
PARIS,
EYMERY, Libraire, rue Mazarine, nO 5o.
PLANCHER, rue Serpente, no i4-
1 MAI i8I5.
PRÉCIS HISTORIQUE.
IL a paru un grand nombre d'écrits sur la con-
duite de Louis XVIII pendant son règne éphé-
mère, et sur celle de ses compagnons d'émigra-
tion; niais presque tous ces écrits reposent, oU
sur des conjectures, ou sur des fonds vagues;
personne ne s'est donné la peine d'approfondir
la question en remontant aux sources des sys-
tèmes extraordinaires professés par Louis xviii
et par sa noblesse. Nous avons pensé qu'un
recueil de pièces, la plupart confidentielles dans
leur origine , et dont nous pouvons certifier
l'authenticité , pouvait seul remplir cette lacune t
et serait d'un intérêt général, en ce qu'il présen-
terait mieux que tous les écrits qui ont été pu-
bliés, l'histoire véritable de Louis xvin, et des
émigrés qui l'avaient suivi dans son exil 7 ou qui
l'y avaient précédé.
Ainsi, nous réunissons en un même vôlunlè
et les proclamations de Louis xVÍn que tous le
monde pouvait connaître, et les lettres confiden-
tielles à ses amis privilégiés. On sera étonné de
la contradiction qui existe entre ces deux natures
VJ PRÉCIS
de pièces. Ce procédé pouvait nous dispenser de
toute réflexion préliminaire : nos lecteurs , après
avoir parcouru cette brochure , connaîtront
Louis XVIII et son caractère, mieux que nous
pourrions le leur faire connaître.
Toutefois, nous ne croyons pas inutile de
donner une notice très succinte de la vie de cet
homme J "extraordinaire seulement pal' sa dupli-
cité. que ce mot n effraie personne: quand
on le verra prenant les moyens de faire égorger
son malheureux frère, pour s'emparer de sa
couronne, et traiter de pauvre sire et de soli-
veau, un monarque qui n'eut à se reprocher
que son excessive bonté, on se formera de
Louis XVIII une idée encore plus affreuse, que
celle que notre esprit, peut être trop modéré,
,,)'en est formée.
Louis STANISLAS - XAVIER naquit le 17 novem-
bre 1755; il est fils de Louis, Dauphin, qui lui-
même était fils de Louis xv ; Louis xv lui donna
à sa naissance le titre de Comte de Provence,
qu'il a quitté depuis son émigration , pour pren-
dre celui de Comte de Lille, que, probablement,
il va reprendre.
Dès le plus bas âge, le comte de Provence
annonça une aptitude singulière aux sciences.
Le désir d'apprendre se manifesta chez lui avec
la raison; il se montra par la suite protecteur
HISTORIQUE. vij
des lettres; aussi sa maison, jusqu'à l'époque de
la révolution, fut-elle composée de tout ce que
la France offrait de plus distingué dans cette
partie. ,-
Lui-même eut toujours l'ambition peu glo-
rieuse pour un homme de son rang, de passer
pour un bel esprit £ il se montra constamment
jaloux des triomphes littéraires, et la même main
qui traçait au duc Fi^-James la lettre qu'on
trouvera dans ce recueil, où. il parle de la reine
Marie-Antoinette, dans les termes les plusoutra-
geans, présentait à cette même reine un éventail
accompagné de ces vers :
Au milieu des chaleurs extrêmes ,
Heureux d'amuser vos loisirs,
Je saurai près de vous amener les zéphirs :
Les Amours y viendront d'eux-mêmes.
On a peine à se faire à l'idée d'une duplicité
aussi atroce. Nous avons gémi sous le joug de
la démagogie révolutionnaire ; mais au moins
nos féroces tyrans nous montraient à découvert
le glaive qu'ils plongeaient dans nos cœurs;
ils auraient été plus cruels encore , ils auraient
montré un raffinement de barbarie , si , pour
nous frapper avec plus de sécurité, ils avaient
caché leurs poignards sous des roses. -
Cette première action du comte de Provence
fiij PRÉCIS
donne une idée de son caractère; la duplicité
a toujours été sa qualité prédominante. On le
voit engager le malheureux Favras dans une
révolte qui devait le placer sur le trône de son
frère ; la conspiration est éventée , Favras est
arrêté ; le comte de Provence est accusé de
complicité ; et y à la face de tout Paris, il se dis-
culpe en déclarant que depuis quinze années
il n'a pas vu Favras.
On le voit tour à tour , et suivant les circons-
tances, afficher publiquement qu'il n'a jamais
cessé de croire qIL u,ne grande révolution était
prête, et que le roi devait en être le chef.;
et ensuite on le voit, le 6 juin 1804, protester
contre tous les actes illégaux qui avaient eu
lieu depuis Vouverture des États généraux.
Sorti de France, le 21 juin 1792, pour aller
joindre les émigrés à Coblentz , ou le voit, le
10 septembre suivant, menacer son malheureux
frère, déjà dans l'esclavage , et lui défendre
d'accepter la constitution qui lui était présentée.
« Si des motifs que nous ne pouvons apercevoir,
» lui disait-il, forçaient votre main de sous-
» crire une acceptation que votre devoir de
« roi vous interdit expressément, nous devons
» vous annoncer que nous protesterons contre
» cet acte illusoire. «
A la mort de Louis xvi, et à la nouvelle de
HISTORIQUE. ix
l'état naladif - du Dauphin, de cet enfaat qu'il
avait déclaré atillllérin, et à qui cependant il
a prétendu succéder, on l'a vu sourire en écrivant
as comte d'Artois : « Vous n'oublierez pas de
» quelle utilité pour FETAT va devenir leur
* mort ; que cette idée vous console. »
Et à la mort du Dauphin ( 8 juin 1796) , on
le voit, dans une pièce ostensible, pleurer sur
le sort d'un roi qui n'a, régné que dans les
fers, mais dont r enfance promettait le digne
successeur du meilleur des rois.
Sait-on ce que c'est que IIETAT? Le comte
de Provence le fait assez entendre dans cette
nAne pièce. L'Etat se compose d'abord des
princes de la maison de Bourbon, et ensuite de
ceux qui sont restés fidèles au. milieu de la
révolte, de ceux qu'un dévouement héroïque
a rendu les compagnons de son exil, et qai
sont la partie saine de la nation.
Il ne faut point croire que les vingt-cinq mil-
lions de Français qui sont constamment restés
en France soient mis par le comte de Provence
dans le rang des citoyens qui composent la na-
tioiL; non, ce sont des sujets rebelles, des sujets
révoltés, c'est la partie délirante de la France ;
ils ne peuvent avoir aucun droit de se choisir un
chef; ils sont de plein droit enchaînés au char
du comte de Provence et de ses héritiers.
x PRÉCIS
Le comte de Provence, non content de donner
des lois à la France depuis vingt ans, rédi-
geait aussi dans ses divers exils, le code des na-
tions j et ce ne peut être que dans cette grande
vue qu'il nous disait : cc Si la Providence nous
« réservait un sort funeste, vous verriez le sceptre
» passer j usqùau dernier de nous, sans vous
» apercevoir que l'autorité royale eût changé
» de dépositaire.»
Par suite de ce système, les arrières petits-fils
de nos enfans se trouveront, il ne faut pas en
douter, gouvernés jîar des princes errant chez
l'étranger de ville en ville, et qu'ils n'auront ja-
mais ni vus ni connus, peut-être même dont ils
n'auront jamais entendu parler.
1 Le comte de Provence, devenu comte de Lille,
berça les émigrés des espérances les plus chimé-
riques jusqu'au 18 fructidor. La conspiration
royale deBrottier, Dunang, Lavilleheurnois, etc.,
ayant été découverte, tout ce qui restait en France
de la famille des Bourbons reçut l'ordre de partir
pour l'Espagne, et les émigrés et les prêtres
furent déportés.
En 1796, et par une suite naturelle du traité
conclu avec l'Autriche, le comte de Lille fut
obligé de s'éloigner des frontières de la France..
Il se retira à Millau, dans la Courlande, après
HISTORIQUE. Xi
avoir fait connaître à toutes les puissances les
motifs qui le déterminaient à quitter son armée.
En 1806, lorsque la France éleva le trône
impérial en faveur de Napoléon Bonaparte, le
comte de Lille, fidèle à son plan , quoique dès-
lors il dût regarder sa cause comme désespérée,
protesta contre le sénatus-collsulte qui appelait
Bonaparte au trône. Sa protestation entrera dans
ce volume-
Enfin, quand le trône impérial fut établi,
quanti l'empereur Napoléon a été reconnu par
tous les souverains de l'Europe, il y avait lieu de
penser que le comte de Lille renoncerait à ses
prétentions.
Il y avait effectivement renoncé, et s'était re-
tiré à Harlwel) dans le comté de Buckingham,
en Angleterre.
En 1812, Napoléon, ébloui par des triomphes
sans nombre, enivré de gloire, porta ses pha-
langes guerrières dans les déserts glacés de la
Russie, et fut vaincu plus par les éléraens que
par toutes les nations de l'Europe armées contre
- lui.
Tout à coup un nouveau jour brille pour le
comte de Lille. Après de longues années d'aban-
don, on l'accueille à Londres avec des félicita-
tions, des applaudissemens, des transports de
joie. Le prince régent le place à côté de lui
iii PRÉCIS
.dans sa voiture royale, une garde d'honneur
l'escorte, un cortége le précède et le suit, et
son chemin est jonché de fleurs, dans ce
même royaume où, pendant huit années, il avait
vécu dans l'obscuri té.
Il arriva en France. On avait lieu de penser
que mûri par l'âge, et instruit sur les grands
ohangemens que la révolution avait amenés, il
serait dépouillé des antiques prétentions de la
couronne. Non, toujours le même homme, sa
duplicité semble s'être accrue avec ses années ;
il caresse d'une main et frappe de l'autre; il
donne une prétendue charte constitutionnelle et
cherche toutes les occasions de la violer; il flatte
les militaires par ses discours, et les humilie par
ses actions; enfin il a l'art de mécontenter la
nation tout entière, et se voit contraint de fuir.
Ses fidèles émigrés l'ont suivi. Quels hommes !
si toutefois on peut donner ce titre a des êtres
aussi pusillanimes; ils n'ont pas brûlé une amorce
pour conserver leur roi sur son trône.
Ils ne savent offrir aux yeux de l'univers
Que de vieux parchemins qu'ont épargné les vers.
BomAu, Sat. VI
HISTORIQUE. xiij
Portrait de Louis XVIII, par M. de
Montgaillard.
« Le comte de Lille J toujours porté à n'em-
ployer que des moyens dilatoires, et à n'a-
» dopter que des mesures qui n'exposaient sa
». personne à aucun danger, évitait avec soin
» toutes les occasions qui pouvaient en présen-
» ter: aussi venait-il de refuser de passer le.
,;)) Rhin à la tête de l'armée cke Condé, et de
» suivre les conseib que Pichegru lui avait don-
» nés, en lui marquant qu'à tout événement il
» valait mieux vivre vingt-quatre heures en
» roi que cent ans dans la proscription. Mais-
» j'avais jugé le caractère du comte de Lille,,
». et il m'était démontré que ce prince était sans
» courage, sans énergie, sans bonne foi; qu'il
> serait toujours lui-même le plus grand obs-
v tacle à. tout ce qu'on pourrait erMreprendre
33 en sa faveur, et que le bonheur du peuple et
» de la nation française n'entrait pour rien
y dans aucun de ses désirs.
» Ce prince a beaucoup d'instruction ; son
!
xiv PRÉCIS
» esprit est cultivé; ses manières sont affables;
mais il est essentiellement faux et perfide. Il
» a la pédanterie d'un rhéteur, et son ambition
» est de passer pour un homme d'esprit. Je ne7
» le crois susceptible, ni d'un sentiment géné-
reux, ni d'une résolution forte. Il n'a jamais
M oublié, il ne pardonna jamais une inj ure, un
33 tort, un reproche. Il craint la vérité et la
:» mort. Entouré de ruines et de lIatteurs, il n'a
J) conservé de son ancien état, que l'orgueil et
» les vices qui l'en ont fait descendre. Le mal-
si heur a beau l'accabler tout entier, il n'ose
33 point le regarder en ffice ; aussi, quelque ri-
3* goureuse que puisse être pour lui l'adversité ,
» il ne trouvera de justification que dans l'âme
> des hommes lâches et petits; on le verca mou-
3> rir dans le lit de la proscription, après avoir
> sa fatigué la pitié et épuisé la générosité de tous
3» les souverains. Ce prince frémit à la vue d'un
» faisceau de piques et de dards. Il prononce
3» sans cesse le nom de Henri iv, et frémit à la
3> vue d'une arme. Intrigant dans la paix, inha-
3» bile à la guerre, jaloux à l'excès d'un triom-
33 phe littéraire, et non moins avide de richesses,
, y» que passionné pour la représentation, ennemi
» de ses véritables amis, et esclave de ses cour-
» tisans, ombrageux et défian t, superstitieux et
?» vindicatif, toujours double dans sa politique,
HISTORIQUE. xv
» et faux jusque dans les effusions de son cœur.
,) Tel est le comte de Lille, ce prince que le
» hasard avait placé si près du premier trône de
» l'univers, sans lui donner aucune des qualités
» qui commandent le respect, ou qui gagnent
» l'amour des peuples.
» Nul doute que, dans les temps même les
» plus heureux, il n'eût laissé échapper de ses
) mains les rênes de l'empire. Son règne eût
été celui des favoris j et la France aurait eu
» à supporter tout à la lois toutes les petitesses
) du roi Jacques, toutes les profusions de
■» Henri Ill. :n
1-lenrl 111.
JI
xvj PRÉCIS
Manifeste de Monsieur, comte de Lille,
daté du château de Schœnburnst, près de
Coblentz , le 10 septembre 1791.
SIRE,
LORSQUE l'assemblée, qui vous doit l'exis-
tence , et qui ne l'a fait servir qu'à la destruction
de votre pouvoir, se croit au moment de con-
sommer sa cou pable entreprise; lorsqu'elle ose
vous présenter l'option ou de souscrire à des
décrets qui feraient le malheur de vos peu ples,
ou de cesser d'être roi, nous nous empressons
d'apprendre à votre Majesté que les puissances,
dont nous avons réclamé pour elle les secours,
sont déterminées à y employer leurs forces, et
que l'empereur et le roi de Prusse viennent d'en
contracter l'engagement mutuel. Le sage Léo-
pold a signé cet engagement à Pilnitz le 27 du
mois dernier, conjointement avec le digne suc-
cesseur du grand Frédéric.
HISTORIQUE.. xtf j
b
Les autres cours sont dans les mêmes disposi-
tions. Les princes et les états de l'empire ont déjà
protesté dans des actes authentiques. Vous nesau-
riez douter, sire , de l'intérêt des rois de la mai-
son de Bourbon. Les généreux sentimens du roi
de Sardaigne, notre beau-père, ne peuvent pas
être incertains. Vous avez droit de compter sur
ceux des Suisses, les bons et anciens amis de la
France. Jusque dans le fond du Nord , un roi
magnanime veut aussi contribuer à rétablir votre
autorité; et l'immortelle Catherine, à qui aucun
genre de gloire n'est étranger, ne laissera pas
échapper celle de défendre la cause de tous les
souverains. Ainsi dans vos malheurs, sire, vous
avez la consolation de voir toutes les puissances
conspirer à les faire cesser ; et votre famille, dans
le moment critique où vous êtes, aura pour ap-
pui l'Europe toute entière.
Ceux qui savent qu'on n'ébranle vos résolut-
tions qu'en attaquant votre sensibilité, voudrons
sans doute vous faire envisager l'aide des puis-
sances étrangères comme pouvant devenir fu-
neste à vos sujets; mais, sire, les intentionnées
souverains qui vous donneront des secours, sont
aussi droites, aussi pures que le zèle qui nbus
les a fait solliciter; elles n'ont rien d'efFra^aht,
, ni pour l'état ni pour vos peuples. Ce n'est point
xviij PRÉCIS
les attaquer, c'est leur rendre le plus signalé
des services, que de les arracher au despotisme
des démagogues et aux calamités de l'anarchie ;
c'est venger la liberté que réprimer la licence;
c'est affranchir la nation, que de rétablir la force
publique.
Le but des puissances confédérées n'est que
de soutenir la partie saine de la nation contre
la partie délirante, et d'éteindre, au sein du
royaume, le volcan de fanatisme dont les érup-
tions propagées menacent tous les empires.
L'ivresse, sire, n'a qu'un temps; les succès du
crime ont des bornes; on se lasse bientôt des
succès quand on en devient soi-même victime
Bientôt l'on se demandera pourquoi l'on se bat,
et l'on verra que c'est pour servir l'ambition
d'une troupe de factieux qu'on méprise, contre
un roi qui s'est toujours montré juste et humain ;
pourquoi l'on se ruine? et l'on verra que c'est
pour assouvir la cupidité de ceux qui se sont
emparés de toutes les richesses de l'état qui en
font le plus détestable usage , et qui, chargés de
restaurer les finances publiques, les ont préci-
pitées dans un abîme épouvantable; pourquoi
l'on viole les devoirs les plus saerés ? et l'on verra
que c'est pour devenir plus pauvres, plus souf-
HISTORIQUE. xix
frans, plus vexés, plus ipaposés qu'on ne Pavait
jamais été; pourquoi l'on bouleverse l'ancien
gouvernement? et l'on verra que c'est dans le -
vain espoir d'en introduire un qui, s'il était pra-
ticable , serait mille fois plus abusif, mais dont
l'exécution est absolument impossible.
Ne jugez pas, sire, de la disposition du plus
grand nombre par les mouvemens des plus tur-
buJens; ce qu'on vous cache, et ce qui dénote
bien mieux le changement qui se fait de jour en
jour dans l'opinion publique, ce sont les mar-
ques de mécontentement qui percent dans toutes
les provinces, et qui n'attendent qu'un appui
pour éclater.
Ne croyez pas, sire, aux exagérations des dan-
gers par lesquels on s'efforce de vous effrayer.
Depuis trop long-temps on abuse de cet artifice;
et le moment est venu de rejeter sur les factieux
l'arme de la terreur, qui, jusqu'ici, a fait toute
leur force. Les grands forfaits ne sont point à
craindre lorsqu'il n'y a aucun intérêt à les com-
mettre, ni aucun moyen d'éviter, en les com-
mettant, une punition terrible. Tout Paris sait,
- tout Paris doit savoir que si une scélératesse fana-
tique ou soudoyée osait attenter à vos jours,
ou à ceux de la reine, des armées nombreuses,
xx PRECIS
chassant devant elle une milice faible par indis*
tipline, et découragée par le remords, viendrait
aussitôt fondre sur la ville impie qui aurait attiré
sur elle la vengeance du ciel et l'indignation de
llunivers..
Mais si la plus aveugle fureur armait un bras
parricide, vous verriez, sire, des milliers de ci-
toyens fidèles se précipiter autour de la famille
royale, vous couvrir, s'il le fallait, de leurs corps,
et verser tout leur sang pour défendre le vôtre.
Eh î pourquoi cesseriez-vous de compter sur-Taf-
fection d'un peuple dont vous n'avez pas cessé
de vouloir un seul instant le bonheur? Si le Fran-r
çais se laisse facilement égarer, il.rentre aussi
facilement dans la route du devoir. Ses mœurs
sont trop douces pour qu'il soit long-temps fé-
roce; son amour pour ses rois trop enraciné dans
son cœur, pour qu'une illusion funeste ait pu
l'en arracher entièrement.
L'assemblée vous a présenté, le 5 de ce mois, le
résumé de son acte constitutionnel. Quel serait,
donc le danger auquel votre majesté s'exposerait
si elle refusait de l'accepter? Au dire même de
vos plus cruels oppresseurs , vous n'en auriez
d'autres à craindre que d'être destitué de la
royauté.
HISTORIQUE. xxj
Mais qu'importe, sire, que vous cessiez d'être
roi aux yeux des factieux, lorsque vous le
seriez-plus solidement, plus glorieusement aux
yeux de toute VEurope et dans le cœur de tous
vos sujets fideles? Qu'importe que, par une
entreprise insensée, on osât vous déclarer dé-
chu du trône de vos ancê/res, lorsque les
forces combinées de toutes les puissances sont
préparées pour vous y maintenir et punir les
vils usurpateurs qui en auraient souillé l'éclat ?
Le danger serait bien plus grand si, vous ré-
signant à n'avoir plus que le vain titre d'un
roi sans pouvoir, vous paraissiez, au juge-
ment de l'univers, abdiquer la couronne dont
chacun sait que la conservation exige celle
des droits inaliénables qui y sont essentielle-
ment inhérens.
Le plus sacré des devoirs, sire, ainsi que le
plus vif attachement, nous portent à mettre sous
vos yeux toutes ces conséquences dangereuses,
en même temps que nous vous présentons la
masse des forces imposantes qui doit être la sauve.
garde de votre fermeté. Mais si des motifs que
nous ne pouvons apercevoir, et qui ne pourraient
avoir pour principe que l'excès de la violence,
forçaient votre main de souscrire une acceptation
que votre cœur rejette, que l'intérêt de vos peu-
xxij PRÉCIS
pies repousse et que votre devoir de roi vous-
interdit expressément, nous devons vous annon-
cer, et même nous jurons à vos pieds que nous
protesterions à la face dç toute la terre, et de la
manière la plus solennelle, contre cet acte illu-
soire et tout ce qui pourrait en dépendre.
Nous protesterions pour vous et en votre nom,
et nous exprimerions vos vrais sentimens, tels
qu'ils sont constatés dans les actions de votre vie
entière ; car votre volonté n'existe que dans les
actes où elle respire librement.
Nous protesterions pour vos peuples, qui ne
peuvent, en ce moment, apercevoir combien ce
fantôme de constitution nouvelle leurdeviendrait
funeste.
Nous protesterions pour la religion de nos
pères, qui est attaquée dans ses dogmes, dans
son culte et dans ses ministres.
Nous protesterions pour les maximes fonda-
mentales de la monarchie, dont il ne vous est pas
permis, sire, de vous départir. Et comment pour-
riez-vous donner une approbation sincère et va-
lide à la prétendue constitution qui a produit tant
de Plaux ?
HISTORIQUE. xxiij
Dépositaire usufruitier du trône; que vous
avez hérité de vos aïeux, vous ne pouvez ni-
en aliéner les droits primordiaux, ni détruire
la base constitutive sur laquelle il est assis.
Défenseur né de la religion de vos Etats, vous
ne pouvez pas consentir à cequi tend à sa ruine,
ni abandonner ses ministres à l'opprobre.
Débiteur de la justice à vos sujets, vous ne
pouvez pas renoncer à la fonction essentiellement
royale de la leur faire rendre par des tribunaux
légalement constitués, et d'en surveiller vous-
même l'administration.
Protecteur des droits de tous les ordres et
des possessions de tous les particuliers, vous ne
pouvez pas les laisser violer et anéantir par la
plus arbitraire des oppressions.
S
Enfin, père de vos peuples, vous ne pouvez
pas les livrer au désordre et à l'anarchie. Si le
crime qui vous obsède , et la violence qui vous
lie les mains, ne vous permettent pas de remplir
ces devoirs sacrés, ils n'en sont pas moins gravés
dans votre cœur en traits ineffaçables, et nous
accomplirions votre volonté réelle, en suppléant,
autant qu'il esten nous, à l'impossibilité où, vous
ser iez de l'exercer.
xxiv - PRÉCIS HISTORIQUE.
Dussiéz-vous même nous le défendre, et fus-
siez-vous forcé de vous dire libre en nous le dé-
fendant, ces défenses, évidemment contraires à
vos sentimens, ne pourraient certainement pas
nous faire trahir notre devoir, sacrifier vos inté-
rêts, et manquer à ce que la France aurait droit
d'exiger de nous en pareilles circonstances. Nous
obéirions, sire, à vos véritables commandemens,
en résistant à des défenses extorquées, et nous
serions sûrs de votre approbation, en suivant
les lois de l'honneur.
Secrets. 1
SECRETS
DE
LA COUR DE LOUIS XVIII.
Manifeste de Louis xrui.
Louis, par la grâce de Dieu, roi de France et
de Navarre, à tous nos sujets, salut:
En vous privant d'un roi qui n'a régné que
dans les fers, mais dont l'enfance promettait le
digne successeur du meilleur des rois, les im-
pénétrables décrets de la Providence nous ont
transmis avec la couronne la nécessité de l'arra-
cher des mains de la révolte, et le devoir de
sauver la patrie, qu'une révolution désastreuse a
placée sur le penchant de sa ruine.
Cette funeste conformité entre les commence-
mens de notre règne et du règne de Henri iv,
nous est un nouvel engagement de le pfehdre.
pour modèle, et, en imitant d'abord sa noble
( 6 )
franchise, notre âme tout entière va se dévoiler
à vos yeux. Assez et trop long temps nous avons
gémi des fatales conjonctures qui tenaient notre
voix captive: écoutez-la lorsqu'ennn elle peut se
faire entendre. Notre amour pour vous est le seul
sentiment qui nous inspire. La clémence est pour
notre cœur un besoin que nous nous hâtons de
satisfaire; et puisque le ciel nous a réservé, à
l'exemple du grand Henri, pour rétablir dans
notre empire le règne de l'ordre et des lois,
comme lui nous remplirons cette sublime desti-
tuée. à l'aide de nos fidèles sujets, et en alliant
la bonté , la justice.
Une terrible expérience ne nous a que trop
éclairés sur vos malheurs et sur leurs causes. Des
hommes impies et factieux, après vous avoir sé-
duits par de mensongères déclamations et par
des promesses trompeuses , vous entraînèrent
dans l'irréligion et la révolte. Depuis ce moment,
un déluge de calamités a fondu sur vous de
toutes parts. Vous fûtes infidèles au Dieu de vos
pères, et ce Dieu, justement irrité, vous a fait
sentir tout le poids de sa colère; vous fûtes re-
belles à l'autorité qu'il avait établie pour gouver-
ner, et un despotisme sanglant, une anarchie
non moins cruelle, se succédant tour à tour,
vous ont sans cesse déchirés avec une fureur tou-
jours renaissante.
(7 )
1.
Considérez un instant l'origine.et les progrès
-des maux tpii nous accablent.
Vous vous livrâtes d'abord à d'infidèles man-
dataires qui, Ifrahisstnt votre confiance et fou-
lant aux pieds leurs sermens, préparèrent leur
rébellion contre leur roi par la trahison et leur
parjure envers vous; et ils vous rendirent les
instrumens de leurs passions et de votre perte.
Après cela, vous vous laissâtes asservir par des
tyrans ombrageux et farouches qui se disputè-
rent, en s'entr'égorgant, le droit d'opprimer la
France, et ils vous imposèrent un joug d'airain.
Vous avez souffert ensuite que leur sceptre
ensanglanté passât dans les mains d'une factiou
rivale qui, pour s'emparer de leut1 puissance et
Tecueillir le fruit de leurs crimes, se couvrit du
masque de la modération , qu'elle soulève quel-
quefois, mais qu'elle n'ose pas déposer encore ;
et pour des despotes sanguinaires que vous ab-
horriez, vous avez eu des despotes hypocrites
que vous méprisez. Ils cachent leurs faiblesses
sous une feinte douceur; mais la même ambition
la dévore. Le règne de la terreur a suspendu ses
ravages, mais les désordres de l'anarchie les ont
remplacés. Moins de sang inonde la France, mais
plus de misère la consume. Votre esclavage enfia
n'a fait que changer de forme, et vos désastres,
que s'aggraver. ,
( 8)
Vous avez prêté l'oreille aux calomnies répan-
dues contre cette race antique qui depuis si long-
temps régnait sur vos cœurs autant que sur la
France, et votre aveugle crédulité a appesanti
vos chaînes et prolongé vos infortunes; eu un
mot, on a ébranlé, abattu les autels de votre
Dieu, le trône de votre roi, et vous avez été
malheureux.
J.
Ainsi l'impiélé et la révolte ont causé vos tour-
mens : pour en terminer le cours, il faut en tarir
la source.
Il faut renoncer à la domination de ces usur-
pateurs fourbes et cruels qui vous promettaient
le bonheur, mais qui ne vous ont donné que la
famine et la mort. Nous voulons vous délivrer de -
leur tyrannie : elle vous a fait assez de mal pour
vous inspirer la résolution de vous y sQustraire,
Il faut revenir à cette religion sainte qui avait
attiré sur la France les bénédictions du ciel. Nous
voulons rel ever ses autels. 'En recommandant la
justice aux souverains, et aux peuples la fidélité,
elle maintient le bon ordre et assure le triomphe
des lois : elle produit la félicité des empires.
Il faut rétablir ce gouvernement qui fut pen-
dant quatorze siècles la gloire de la France et les
délices des Français; qui avait fait de notre patrie
le plus lforissant des Etats, et de vous-mêmes le
plus heureux des peuples : nous voulons vous le
( 9 )
rendre. Tant de révolutions qui vous déchirent
depuis qu'il est renversé ne vous ont-elles pas
convaincus qu'il est le seul qui vous convienne!
Et ne croyez pas ces hommes avides et ambi-
tieux qui, pour envahir à la fois vos coutumes
et la toute-puissance, vous ont dit que la France
n'avait point de constitution ou que sa constitu-
tion vous livrait au despotisme : elle existe aussi
ancienne que la monarchie de France; elle est
le fruit du génie, le chef-d'œuvre de la sagesse
et le résultat de l'expérience.
En composant des ordres distincts le corps du
peuple français, elle a gradué sur une exacte
mesure l'échelle de la subordination sans laquelle
l'état social ne peut se maintenir; mais elle n'at-
tribue à aucun des ordres aucpn droit politique
qui ne soit commun à tous; elle laisse l'entrée
de tous les emplois ouverte aux Français de toutes
les classesç elle accorde également la protection
publique à toutes les personnes et à tous les biens.
C'est ainsi qu'elle fait disparaître aux yeux des
lois et dans le temple de la justice toutes les iné-
galités que l'ordre civil introduit nécessairement
dans le rang et dans la fortune des hasbitans du
même empire.
Voilà de grands avantages : en voici de plus
précieux encore : elle soumet les fois à des formes
qu'elle a consacrées, et le souverain lui-même à
1
( 10 )
l'observation de ces lois, afin de prévenir la sa-
gesse du législateur contre les pièges de la sé-
duction, et de défendre la liberté de ses sujets
contre l'abus de l'autorité. Elle prescrit des con-
ditions à l'établissement des impôts, afin d'assu-
rer le peuple que les tributs qu'il paie sont né-
cessaires au salut de l'Etat. Elle confie aux pre-
miers corps de magistrature le dépôt des lois,
afin qu'ils veillent à leur exécution , et qu'ils
éclairent la religion du monarque, si elle était
trompée. Elle met les lois fondamentales sous la
sauve-garde du roi et des trois ordres, afin de
prévenir les révolutions, la plus grande des ca-
lamités qui puissent affliger le peuple. Elle a
multiplié les précautions pour vous faire jouir
des avantages du gouvernement monarchique et
vous garantir de ses dangers.Vos malheurs mêmes,
autant que la vénérable antiquité, ne rendent-
ils pas témoignage de sa sagesse ? Vos pères
éprouvèrent-ils jamais les fléaux qui vous rava-
gent depuis que des novateurs ignorans et per-
vers l'ont détruite? Elle était l'appui commun de
la cabane du pauvre et des palais des riches, de
la liberté individuelle et de la sûreté publique,
des droits du trône et de la prospérité de l'Etat.
Aussitôt qu'elle a été renversée, propriété, su'
reté, liberté, tout a disparu avec elle. Vos biens
sont devenus la pâture des brigands à l'instant où
(Il )
le trône est devenu la proie des usurpateurs ; la
servitude et la tyrannie vous ont opprimés dès
que l'autorité royale a cessé dp, vous couvrir de
son égide.
Cette antique et sage constitution dont la
chute a entraîné votre perte, nous voulons lui
rendre toute sa pureté, que le temps avait cor-
rompue , toute sa vigueur, que le temps avait
affaiblie. Mais elle nous a mis elle-même dans
l'heureuse impuissance de la changer ; elle est
pour nous l'arche sainte : il nous est djfendu de
lui porter une main téméraire. Votre bonheur
et notre gloire, le vœu des Français et les lu-
mières que nous avions puisées à l'école de l'in-
fortune, tout nous fait mieux sentir la nécessité
de la rétablir intacte. C'est parce que la France
nous est chère que nous voulons la remettre
sous la protection bienfaisante d'un gouverne-
ment éprouvé par une longue suite de siècles-
C'est parce que c'est de notre devoir d'étouffer
cet esprit de système, cette manie de nouveautés
qui vous a perdus , que nous voulons renouveler,
raffermir des lois salutaires, qui seules sont ca-
pables de rallier les esprits, de fixer toutes les
opinions, et d'opposer une digue insurmontable
à la fureur révolutionnaire, que tout projet de
changement dans la constitution de notre royaume
déchaînerait encore.
( 12 )
Mais tandis que la main du temps imprime le
sceau de la sagesse aux institutions humaines,
les passions s'étudient à les dégrader, et mettent
leur ouvrage ou à côté des lois pour les affaiblir,
ou à la place des lois pour les rendre vaines.
Toujours les abus marchent à la suite de la gloire
et de la prospérité ; toujours une prospérité cons-
tante, une gloire soutenue, leur facilite l'entrée
des empires, en les dérobant à l'attention de ceux
qui gouvernent. Il s'en était donc introduit dans
le gouvernement de la France , et long-temps ils
ont pesé non seulement sur la classe du peuple'
mais sur tous les ordres de l'état. Le feu roi notre
frère et souverain seigneur et maître les avait
aperçus; il voulut les réduire : il mourut en char-
geant son successeur d'exécuter les projets qu'il,
avait conçus dans sa sagesse, pour le bonheur
de ce peuple égaré qui le laissait périr. En
quittant le trône d'où l'arrachèrent le crime et
l'impiété, pour monter sur celui que le ciel
réservait à ses vertus, il nous traça nos devoirs
dans ce testament immortel, source inépuisable
d'admiration et de regrets. Ce roi martyr, sou-
mis à Dieu qui l'avait fait roi, sut, à son exemple,
mourir sans murmurer, faire de l'instrument de
son supplice le trophée de sa gloire, et s'occu per
du bonheur de ses sujets ingrats, lors même qu'ils
comblaient la mesure de ses infortunes.
( i5 )
Ce que Louis xvi n'a pu faire, nous l'accom-
plissons; mais si des plans de réforme peuvent se
méditer au milieu des tfoubles, ils ne peuvent
s'exécuter qu'au sein de la tranquillité.
Replacer sur ces bases antiques la constitution
du royaume , lui donner la première impulsion »
mettre en mouvement toutes ses parties, corriger
Jes vices qui s'étaient glissés dans l'administration
publique, c'est l'œuvre de la paix. Il faut que le
culte de la religion soit rétabli, que l'hydre de
l'anarchie soit étouffée, que l'autorité royale ait
recouvré la plénitude de ses droits : c'est alors
que nous opposerons à ces abus une fermeté in-
surmontable, et que nous saurons également les
chercher et les proscrire.
Les implacables tyrans qui vous tiennent as-
servis retardent seuls cet heureux instant. Ils ne
se le dissimulent pas que le temps des illusions
est fini, et que vous sentez tout le poids de leur
impéritie, de leurs crimes et de leur brigandage.
Mais aux frauduleuses promesses , dont vous
n'êtes plus les dupes , ils font succéder la crainte
des supplices qu'eux seuls ont mérités. Après
nous avoir tout ravi, ils nous peignent à vos
yeux comme un vengeur irrité , qui vient encore
vous arracher la vie, l'unique bien qui vous reste.
Epouvantés par les reproches de leur conscience,
ils voudraient nous associer à leur sort , pour
nous armer de leur désespoir; ils voudraient,
( 14)
en vous inspirant de fausses alarmes, se rassorer
eux-mêmes contre les frayeurs qui les obsèdent.
Connaissez le cœur de votre roi, et repose-vous
sur lui du soin de vous sauver.
Non seulement nous ne verrons point des
crimes dans de simples erreurs, mais les crimes
mêmes que de simples erreurs juraient causés
obtiendront grâce à nos yeux. Tous les Français
qui, abjuraÓt des opinions funestes, viendront
se jeter au pied du trône y seront reçus. Tous
les Français qui n'ont été coupables que pour
avoir été entraînés, loin de trouver en nous un
juge inflexible-, n'y trouveront.qu'un père cao
patissant. Ceux^qui sont restés fidèles au milieu
de la révolte; ceux qu'un dévouement héroïque
a rendue les compagnons de notre exil et de 80S
peines; ceux.qui déjà ont seèoué le bandeau des
illusions et le joug de la révolte ; ceux qui, domi-
nés encore par un criminel entêtement, se hâte-
ront de revenir à la raison- et au devoir, tous
seront nos enfans. Si les uns en ont conservé les
titres et les droits par une vertu constante, lès
autres les ont recouvrés par un salutaire repentir,
tous participeront à notre amour. Nous sommes
Français : ce titre que les crimes de quelques
scélérats ne sauraient avilir, comme les forfaits
du duc d'Orléans ne peuvent flétrir le sang
d'Henri iv; ce titre qui nous fut toujours cher,
( i5 )
ispus rend chers tous ceux qui le portent. Noua
plaignons les hommes faibles .ou séduits qui
marcfaent encore dans la voie de l'égarement;
nous arrosons de nos larmes les cendres des
malheureuses victimes de leur fidélité ; nous gé-
missons sur le sort de ceux qui ont péri pour le
soutien de la rébellion et du schisme, et qu'il nous
eût été bien doux de ramener au sein de l'Eglise ,
et de la monarchie. Nous ne souffrons que de,
vos maux, et la seule félicité que nous puissions
désormais nous promettre, c'est.de les guérir.
Sans doute, ils sont affreux les excès auxquels
le peuple s'est livré; mais nous n'oublions pas
que la séduction et la violence ont eus sur lui.
plus d'empire que la volonté et l'opinion. Nous
savons que, même en favorisant les attentats de.
la révolution, son cœur, rçsté fidèle en secret,
désavouait sa conduite dirigée par la terreur. Qe
peuple trompé et subjugué tour à tour, mais
toujours plus à plaindre que coupable; ce peuple
assez et trop puni par six ans d'esclavage et d'op-
pression, par cette multitude de fléaux dont il
est frappé lui-même; ce peuple qui fut toujours
l'objet chéri de l'affection des rois nos prédéces-
seurs, nous dédommagera de nos longs tourmens
par les bienfaits que nous répandrons sur lui.
Qui eût osé le croire; que jamais la perfidie et
la rébellion pourraient atteindre cette armée,
( 16 )
jadis l'appui du trône et dévouée de tout temps
à l'honneur et au roi? Ses succès ont prouvé que
le sentiment du courage est ineffaçable dans le
cœur des Français. Mais que de larmes ils doi-
vent vous coûter ces succès si funestes! Ils ont
été le principe de l'oppression générale; ils ont
été l'appui, ils ont fomenté l'audace de vos exé-
crables tyrans : c'est l'instrument dont la Provi-
dence s'est servie pour le châtiment de la France.
Quel soldat rentrant dans ses foyers n'y trouvera
pas des traces encore sanglantes des malheurs
causés par ses victoires?
Mais enfin l'armée française ne peut pas être
long-temps l'ennemie de son roi. Puisqu'elle a
conservé son antique bravoure, elle reprendra
ses premières vertus; puisque l'honneur n'est pas
éteint dans son âme, elle en reconnaîtra et elle
en suivra la voix. Bientôt, nous n'en doutons pas,
le cri vive le roi! remplacera parmi elle les
clameurs de la sédition; bientôt elle reviendra,
soumise et fidèle, raffermir notre trône, expier
jusqu'à sa gloire, et lire dans nos regards l'oubli
de ses erreurs et le pardon de ses fautes.
Nous pourrions, nous devrions peut-être laisser
à la justice un libre cours contre les criminels
auteurs des égaremens du peuple , contre les
chefs et les instigateurs de la révolte. Et com-
t"
ment pallier les maux irréparables qu'ils ont faits
( >7 )
à la France ! Mais ceux que la justice divine h-a
pas encore frappés, nous les livrons à leur cons-
cience : elle fera leur supplice. Puissent - ils,
vaincus par cet excès d'indulgence et rentrant
sincèrement dans la soumission et le devoir, nous.
justifier nous-mêmes de la grâce inattendue que
nous leur avons accordée.' -
« Il est cependant des forfaits (que ne peu-
vent-ils s'effacer de notre souvenir et de la mé-
moire des hommes ), il est des forfaits dont
l'atrocité passe les bornes de la clémence.
» Dans cette séance à jamais horrible, où des
scélérats eurent l'audace de juger leur roi-, tous
Jes députés qui participèrent au jugement furent
complices. Nous aimons néanmoins croire que
ceux dont le suffrage voulut détourner ce par-
ricide de sa tête sacrée, ne se mêlèrent parmi ses
.assassins que dans le désir de le sauver, et ce
motif pourra solliciter; leur pardi v. Mais les scé-
lérats dont la bouché sacrilége osa prononcer le
vœu de la mort; mais tous ceux qui ont été les
coopérateurs, les instruments directs et immé-
diats de son supplice; mais les membres de ce
tribunal de sang, qui, après avoir donné dans la
capitale l'exemple et le signal des massacres ju-
diciaires , mit le comble à ses attrocités, en en-
voyant à lNéchafaud une reine plus grande encore
uans sa Y- Mt,"U-uue sur le trône, une priacesse
( >8 )
que le ciel avait formée pour être le modèle
accompli de toutes les vertus; tous ces monstres
que la postérité ne nommera qu'avec horreur,
la France entière appelle sur leur tête le glaive
de la justice. »
Le sentiment qui nous fait restreindre la
vengeance des lois dans des bornes si étroites,
vous est un gage assuré que nous ne souffrirons
pas des vengeances particulières ; mais loin de
vous la pensée qu'aucune vengeance particulière
vous menace.
Les princes fidèles de notre maison partagent
nos principes; nos affections et nos vues. Ils vous
chérissent comme nous, vous aiment comme
nous; ils ne forment desvvœux que pour la fin
ide vos tourmens. Le seul but de leurs travaux
comme des nôtres, c'est votre délivrance; et si
dans ces jours de deuil et de crimes, la Provi-
dence nous ré -vivait un sort funeste, vous verriez
le sceptre passer jusqu'au dernier de nous, sans
vous apercevoir que l'autorité royale eût changé
de dépositaire.
Les Français qui sont restés parmi leurs com-
patriotes pour leur donner l'exemple d'une fidé-
- lité à toute épreuve, ne sauront que plaindre
ceux qui n'auront pas su les imiter; et la vertu -
inaltérable qu'ils ont opposéè aux torrens de la
corru ption, ue sera pas flétrie par des aniraosités
coupables.
( 19 )
Les ministres d'un Dieu de paix, qui ne se
sont dérobés aux violences de la persécution
que pour nous conserver la foi, remplis du zéle
qui éclaire, de la charité qui pardonne, ensei-
gneront par leurs exemples, autant que parleurs
discours, l'oubli des inj ures et le pardon de ses
ennemis. Pourriez-vous craindre qu'ils ternissent
l'éclat immortel que leur conduite généreuse et
le sang de tant de martyrs a répandu sur l'Eglise
gallicane? Nos cours de magistrature, qui se
sont toujours distinguées par leur intégrité dans
l'administration de la justice , donneront l'exem-
ple de soumission aux lois dont elles sont les
ministres innaccessibles aux passions que leur
devoir est de réprimer : elles assureront, par
une fermeté impartiale, l'effet des sentimens
que la clémence nous inspire.
Cette noblesse, qui n'a quitté sa patrie que
pour la mieux défendre, qui n'a tiré l'épée que
dans la ferme persuasion qu'elle s'armait pour
la France et non contre elle, qui vous tend
une nia, ii secourable, alors même qu'elle est
obligée de vous combattre, qui, aux fureurs de
la caiomnie, oppose sa constance dans l'ad ver-
sité, sor intrépidité dans les combats, son hu-
manité dans la victoire, son dévouement à
l'honneur.
Cette noblesse. qu'on s'efforce de mettre en
( 20 )
butte à votre haine, n'oubliera pas que le peuple
doit trouver en elle sa lumière, son secours, son
appui. Elle mettra sa gloire dans la magnanimité ;
elle illustrera tant de sacrifices qu'elle a faits par
le sacrifice de tous ses ressentimens; et cette
classe d'émigrés, qui sont ses inférieurs par la
naissance, mais ses égaux par la vertu ; ces bons
Français, dont la fidélité est d'autant plus re-
commandable à nos yeux, qu'ils avaient plus
de séduction à vaincre, témoins non suspects
de ses sentimens généreux, en seraient, s'il était
nécessaire , les garans au près de vous.
Qui oserait se venger, quand votre roi par-
donne?
Mais la clémence, qui signalera les premiers
jours de notre règne, sera inséparable de la
fermeté. Notre amour pour nos sujets nous en-
gage à être indulgens: le même motif nous ap-
prend à être justes. Nous pardonnerons sans
regret à ces hommes si coupables qui ont égaré
le peuple ; nous traiterons avec une rigueur irré-
vocable ceux qui désormais tenteraient de le
séduire. Nous tendrons les bras aux rebelles que
le repentir et la confiance ramèneront à nous :s'il
en est qui s'obstinent dans la révolte, ils appren-
dront que notre clémence s'arrête au terme
marqué par la justice, et que la force saura ré-
duire ceux que la bonté n'aura pu gagner.
( 21 )
Le trône, que deux fois la révolution à phvf
du souverain qui l'occupait, n'est pas pour nous
un objet d'ambition et de jouissance. Hélas t fti-
mant encore du sang de notre frère j et tout
entouré de ruines, il ne nous promet que des
souvenirs douloureux; des travaux et des peines.
Mais la Providence nous ordonne d'y monter,
et nous saurons lui obéir; nos droits nous y ap-
pellent, et nous saurons les défendre. Nous pour,
rons y travailler au bonheur de la France; et ce
motif enflamme notre courage. Si nous sommes
rédpits à le reconquérir, pleins de confiance dans
la justice de notre cause et dans le zèle des bons
Français, nous marcherons à la conquête avec
un zèle infatigable et d'un pas intrépide :
nous y marcherons, s'il le faut, à travers les co-
Lortes des rebelles et les poignarda des assassins.
Le Dieu d,e saint Louis, ce Dieu que nous pre'-
Dons à témoin de la pureté de nos vues, sera
notre guide et votre appui.
Mais non, nous ne serons pas contraints d'em-
ployer des armes contre des sujets égarés; non ,
nous ne devrons qu'à eux-mêmes, à leurs re-
grets, à leur amour, le rétablissement de notre
trône ; et la miséricorde céleste, fléchie par leurs
larmes, fera refleurir la religion dans l'empire
des rois très-chu?^j^N>v
Ce doux e~p~uIF~d de notre coeuft
- - ~-G --'\ J
2
Secrets.

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