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Sérénités

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219 pages

POUR fuir la vision accablante du mal,
Entrant dans l’Art sacré comme en un sanctuaire,
Je sculpte ma pensée, indigne statuaire,
Apôtre à qui manqua le signe baptismal.

Et je dis, cependant que du pur bloc natal
Se dégage l’ébauche en sa grâce première :
« Son front baignera dans une calme lumière,
Quelque rocher géant sera son piédestal. »

Alors, les yeux charmés, la poitrine élargie,
Dans l’asile sublime où je me réfugie,
Je sens éclore en moi la divine bonté ;

Et l’inspiration, flèche qui siffle et vibre,
Rendant l’âme sereine et faisant l’esprit libre,
Prend son vol fier, d’étoile en étoile emporté.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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Léonce Depont

Sérénités

A
MONSIEUR DENIS GUIBERT

 

 

A vous, cher et vénéré Maître, qui m’avez constamment encouragé, soutenu, aidé de vos conseils et de votre expérience, je dédie cet humble recueil dont les pages, si elles ne furent écrites avec maîtrise, restent du moins empreintes d’émotion sincère ou de pitié profonde.

 

L.D.

I

LE REFUGE

POUR fuir la vision accablante du mal,
Entrant dans l’Art sacré comme en un sanctuaire,
Je sculpte ma pensée, indigne statuaire,
Apôtre à qui manqua le signe baptismal.

 

Et je dis, cependant que du pur bloc natal
Se dégage l’ébauche en sa grâce première :
« Son front baignera dans une calme lumière,
Quelque rocher géant sera son piédestal. »

 

Alors, les yeux charmés, la poitrine élargie,
Dans l’asile sublime où je me réfugie,
Je sens éclore en moi la divine bonté ;

 

Et l’inspiration, flèche qui siffle et vibre,
Rendant l’âme sereine et faisant l’esprit libre,
Prend son vol fier, d’étoile en étoile emporté.

L’AMPHORE

CERTES, quand il pétrit, plein d’une noble joie,
Cette amphore de grès, l’ouvrier inconnu,
En rêve, apercevait quelque fille au sein nu,
Allant au puits, le soir, sous un ciel qui rougeoie.

 

Mais, égarée, hélas ! loin de l’antique voie,
L’amphore aux flancs rugueux, grâce à laquelle ont bu
La caravane lasse et l’errante tribu,
Semble fière, pourvu qu’en passant on la voie.

 

Poésie aux contours sculptés avec ferveur,
Ne sois pas vide : l’Art immortel et sauveur
T’arrache au froid néant pour consoler la terre.

 

Sache que dans tes flancs, assouplis par nos doigts,
Renfermant l’Espérance et la Pitié, tu dois
Verser à tous le flot divin qui désaltère.

LA HARPE

MON âme est une harpe aux extases bénies,
Qui vibre au moindre souffle, amer ou caressant,
Et dont le plus léger rêve tire en passant
De suaves accords ou d’âpres harmonies.

 

Lointaine vision des dieux et des génies,
Nature immense, appels du malheur gémissant,
Sous un ciel morne, ou dans l’azur éblouissant,
S’en exhalent parfois en plaintes infinies.

 

Mais l’instrument sonore attend toujours la main
Qui doit faire jaillir un concert surhumain
Des cordes, par l’amour et la pitié tendues ;

 

Mêlant alors, sous ses chers doigts musiciens,
Les bonheurs pressentis aux désespoirs anciens,
Dans l’essor triomphal des notes éperdues.

LA FLUTE

JE fuis vers la forêt dont le feuillage blute
Des rayons, ou répand des murmures berceurs,
Et je laisse monter, parmi tant de douceurs,
Les-sons plus doux encor que soupire ma flûte.

 

Elle inspire les dieux et charme les penseurs.
Sa tige frêle avec les gosiers d’oiseaux lutte.
Chaque note, d’abord arrondie en volute,
Va mourir en caresse, aux vertes épaisseurs.

 

Mais si l’humble roseau d’où mes lèvres hardies
Font jaillir le trésor des pures mélodies,
Apprenait que, honteux du joug et las du mors,

 

Peuple opprimé, comme un ouragan, tu te lèves,
Il deviendrait, guidant les drapeaux et les glaives,
L’âpre clairon de fer qui réveille les morts.

L’ATELIER

DANS le vaste atelier où plonge
Un jour pâle et comme indécis,
Le sculpteur, mollement assis,
Se repose et poursuit un songe.

 

Et le peuple fier des héros,
Et les nymphes en blanc cortège,
Chuchotent, taillés dans la neige
Du plus éblouissant paros.

 

Une Vénus inachevée,
Non foin d’un torse herculéen,
Désire, orgueil marmoréen,
La forme par les dieux rêvée ;

 

Et quelque Adonis frémissant,
Que l’espoir de séduire enivre,
Souhaite impatiemment vivre
Ses visions d’adolescent.

 

Tous, géants aux mâles statures,
Vagues contours, onduleux corps,
Forment d’harmonieux accords,
Précurseurs des lignes futures ;

 

Et chacun, à peine ébauché,
Souple et robuste, bien qu’exsangue,
Veut, brisant sans retard sa gangue,
Devenir l’idéal cherché.

 

Poète, dont l’âme est lancée
Vers un but sans cesse nouveau,
Cet atelier, c’est ton cerveau,
Et ce sculpteur, c’est ta pensée.

 

O poète, n’est-ce pas toi
Qui, d’un pouce toujours agile,
Pétris sans repos l’humble argile
Des passions et de la foi ?

 

Tandis que tu médites, grave,
Inspiré, joyeux, sous ton front,
Où tant de types germeront,
Souvent plus d’un projet se grave.

 

Aussi, que de soupirs autour
De tes ébauches délaissées !
Que d’œuvres, hier commencées,
Attendent aujourd’hui leur tour !

 

Dis-moi, l’épopée éphémère
Dont le cri tragique s’est tu,
Quand donc la termineras-tu,
Indigne fils du vieil Homère ?

 

N’auras-tu pas bientôt pitié
De cette odelette sonore
Qui, dans un coin, tout bas t’implore,
Par toi ciselée à moitié ?

 

Et ce poème qui s’attriste,
Et dont certains vers ont pâli,
Quand sera-t-il enfin poli
Dans ton âme errante d’artiste ?...

 

Statuaires ou ciseleurs,
Peut-être le marbre et la rime,
Dont le rêve par vous s’exprime,
Ont-ils leurs muettes douleurs !

 

Que votre œuvre soit poursuivie
Sans relâche, et qu’au grand soleil
Ils sortent de leur lourd sommeil,
Riches de grâce, ivres de vie !

LA NATURE

AVANT que sous ton front, où l’Art a tressailli,
Naisse un vers, doux Aède à la lyre sacrée,
Apprends qu’Isis aux flancs mystérieux le crée,
Et qu’en elle il gisait quand tu l’as recueilli.

 

Par les rythmes divins sans relâche assailli,
Apprends que tout sourit pour toi, plage nacrée,
Soc luisant, humble barque au port lointain ancrée,
Et qu’à leur mission ils n’ont jamais failli.

 

Aussitôt qu’inspiré tu rêves et contemples,
Les monts se font autels, les bois deviennent temples,
Pour bénir le poème épars autour de toi ;

 

La colombe gémit, et, de la cyprière,
Dont la plainte s’achève en sublime prière,
S’envole un acte obscur d’impérissable foi.

LE MONT

QUAND pleure en moi le rêve, ami, je vais m’asseoir
Sur un mont qui n’est pas le Cyllène ou l’Hymette,
Mais qui verdoie assez pour qu’un dieu se permette
D’y faire resplendir les merveilles du soir.

 

Tel que la grappe mûre au contact du pressoir,
Le sang du soleil, par quelque entaille secrète,
A flots de pourpre au loin descend sur chaque crête,
Et la vallée embaume, immuable encensoir.

 

Et des jardins, fleuris ainsi que des corbeilles,
Voltige jusqu’à moi, murmurantes abeilles,
L’essaim harmonieux et consolant des vers ;

 

Et je vois, comme au temps sacré des Géorgiques,
Se plier à mes vœux tous les rythmes magiques
Dont la musique enchante et berce l’Univers.

LE BUCHER

JADIS, la las de traîner ses souffrances, Hercule
A la taille géante, au regard léonin,
Plus farouche qu’un roc abrupt de l’Apennin,
Gravit le mont OEta, pour lui seul, monticule,

 

Et dressa, dédaigneux de qui tremble ou recule,
Ecœuré des poisons subtils, du lent venin
Que verse aux cœurs altiers le sarcasme âpre et nain,
Son bûcher colossal au fond du crépuscule.

 

Sur mon calvaire obscur d’orgueil et de douleur,
Raillant des cieux muets l’inexorable ampleur,
Tel, calme et fier, j’attends le feu qui transfigure ;

 

Le feu qui doit ouvrir un sillage doré,
Une route mystique à l’esprit libéré,
Dont s’éploie, à la mort, l’idéale envergure.

DOUXPAYS

TU rêves, me dis-tu, du fier rivage attique,
Avec les monts sacrés à l’horizon lointain,
Et les trirèmes d’or, fendant soir et matin.
La mer, où se reflète un merveilleux portique.

 

Et ces pures splendeurs de l’harmonie antique,
Ce ciel grec, plus suave encor qu’un ciel latin,
Hantant ton cœur de flamme et ton esprit hautain,
Chantent toujours en toi leur immortel cantique.

 

N’as-tu pas cependant l’ombre des vieux tilleuls,
Colonnade rustique et fraîche, où tes aïeuls
De leurs derniers soleils ont contemplé la gloire ;

 

Et le jardin rempli de bruits mélodieux,
Et les coteaux où vient la liqueur chère aux dieux,
Et les voiles d’argent qui glissent sur la Loire ?

SOLEILS ÉTEINTS

SOUVENT, triste, l’esprit hanté
Par les Athènes et les Romes,
Je me demande où sont tant d’hommes,
Fiers sommets de l’Humanité.

 

Où donc Homère ? où donc Shakspeare ?
Où donc Virgile radieux ?
Que deviennent les demi-dieux ?
Nature, quand un Dante expire,

 

Offrant aux gouffres entr’ouverts
Sa grande âme mélancolique,
Que fais-tu de cette relique
Qu’admire à genoux l’Univers ?

 

Au sein des vastes étendues
Où palpitent les astres d’or,
Lumières, brillez-vous encor ?
Êtes-vous à jamais perdues ?

 

Que reste-t-il de vous, flambeaux
Qui rayonniez dans nos ténèbres,
Et qu’ont soufflés les vents funèbres ?...
Nulle voix ne sort des tombeaux ;

 

Aucune réponse n’effleure
L’oreille dure des humains,
Et, seul, le front entre les mains,
Je songe, alors que l’homme pleure

 

Et que les siècles révolus
Dorment dans l’ombre impitoyable,
A la destinée effroyable
Des soleils qui ne servent plus.

HÉROÏSME

AUX siècles des héros, le magistrat romain,
Vieillard superbe, assis sur sa chaise curule,
Attendait le Gaulois, le Gépide ou l’Hérule,
Pour planter dans leurs yeux son regard surhumain ;

 

Et, dès qu’on signalait, par l’immense chemin,
Brandissant une lance en guise de férule,
Le Barbare farouche et qui de haine brûle,
Sur le rude bâton s’affermissait sa main.

 

Toi que la passion assaille sans relâche,
O cœur sans volonté, cœur stupide, cœur lâche,
Toujours voluptueux et toujours incompris,

 

Ne peux-tu, pour laver ta honte criminelle,
Foudroyant d’un regard l’ennemie éternelle,
La faire reculer d’un geste de mépris ?

L’URNE

QUEL qu’il ait été, roi cruel et châtié,
Simple artisan, martyr obscur, héros célèbre,
Issu des bords du Tibre ou des rives de l’Hèbre,
De sa poussière une âme a sans doute eu pitié.

 

Et devant l’urne étroite où repose, oublié,
Le frêle résidu que la Mort enténèbre,
Adoucissant l’horreur du silence funèbre,
L’âpre orgueil des grands s’est jadis humilié.

 

Qui s’arrête jamais, ô dieux ! devant la cendre
Enfermée en mon cœur, où nul ne peut descendre
Sans penser aux jardins privés de floraison ?