7 jours d'essai offerts
Cet ouvrage et des milliers d'autres sont disponibles en abonnement pour 8,99€/mois
ou

Partagez cette publication

d6(?-;8
r p"l(;6(==(7Y=&&[ WdYY ;>- ,- 4"i+84- 984C=-+071:>-YYW&&W u(;1<
0==9\zzAAAo41);(1;1-0(;6(==(7o+86 ,1..><187o0(;6(==(7cA(7(,88o.; 0(;6(==(72cA(7(,88o.;
mxer \ [YZd=d=[Xd&[&SYdY idr \ [YZ==[X&[&SYY
2&& 68=< 8> 9;-<:>-
Essais
Du mêmeauteur
100 objets quotidiens Made inFrance(coll.), EditionsSyrosAlternatives,Paris, 1987 Dictionnaire impertinentdesbrancs,FirstEditions,Paris,2002 HomoInformaticus(coll.),Editions 01,Paris,2007
Luc Fayard
100 mots ou presque
L’Harmattan
Amour
ulien dormait la fenêtre ouverte, dansl’espoirque les mauvais J rêves et les ombres de la morts’enfuient par là comme des zombies.Ce matin-là, à son réveil pâteux, levant les yeux avec paresse, ileut la surprise d’apercevoirun petit être gris assis sur le rebord de la lucarne.Comment diablel’énergumèneétait-il entré ? Le lorgnant de ses yeux perçants tel un oiseau de mauvais augure, l’intrusouvrit tout à coup la bouche : Pourquo? piailla-t-il d'unei ne crois-tu plus en rien voix criarde. Tout en parlant, il n'arrêtait pas de gigoter. Les bras ten-dus le long du corps, ses mains posées à plat sur le rebord de la fenêtre,il s’appuyaitdessus en sautillant du postérieur comme si les fesses lui brûlaient. — D’où viens-tu et qui es-tu,d’abord, pour m'agacer dès le matin ? grommela Julien. Il est midi. Chacun son heure. Tu n'as pas réponduàmaquestion. Je crois à la mort, dit Julien d'un ton définitif. Tout cela l’ennuyait déjà.Une conversationphiloso-phique, dès le matin, impensable !Et avec un inconnu, qui plus est ! Iln’avait qu’une envie,s'enfouir sous les draps moites de la nuit et oublier le temps, repartir dans ses rêves, longtemps, là où tout est flou, tout est possible.
8 100MOTS OU PRESQUE Mais l’être bizarre s'agitait toujours,son longnez poin-tant vers lelit.Lescoudesécartés,il lesabaissaitet les relevait dans une gestuelleridicule. On n'apasbesoinde croire àlamort,imbécile, elle viendraquoi qu'ilarrive ! couina-t-ild'un ton suraigu. Et il m'engueule en plus, cetabruti! Julien se dressa à moitié, biendécidé àluiclouer le bec. Lasupériorité delamortàlavie, dit-il, c'est soncôté définitif. Crois-tuàl’amour? Jevois! L'individuest unadepte dela dialectique,un folliculairesansdoute, capable de changer desujet sans prévenir, histoire de déstabiliser son interlocuteur. — L'amour, c’est comme lebonheur ou lasouffrance, dit Julien:toutestdans l'idéequechacun s’en faitet, cetteidée, personne d’autrenepeut pas la connaître. Gagné ! Lenabotgrisavaitenfin stoppésonfrétillement. Lesépaulesaffaissées,lementon pendant sur lapoitrine,quasi-mentK.O.,il respirait parà-coups, cherchant son souffle. Auboutd'un moment,il levalatête etfixa deses yeux jaunes l’homme allongé qui baillait: Et si jem'envolais,là,maintenant, croirais-tuà l'amour ? Vas-ydonc, animal, disparais,marmonna Julien sar-castique.Quandtu seras parti,jepourrai merendormir. Aveuglépar lalumière crue demidi quiembrasait lalu-carne,il ne distinguait plusdu petitêtrequ’unetachenoire,une ombre chinoise.Dans unesérie demouvements nerveux,lepan-tin setourna vers l’extérieur, redressalesépaules, agitalesbras, sesouleva bizarrement.Et il s'envola dans le bleuduciel.
100MOTS OU PRESQUE9 Quand Julien se réveilla, la cloche sonnait midià l’église voisine, la pluie entrait drue par la croisée ouverte et, sur le re-bord de la fenêtre, un corbeau noir luisant le regardait fixement d’un airlas.
Architecte
ttablé à un dîner en ville, je fais face à un balourd,l’œilà la A fois vif et absent, la bouche muette.Avec leton qu’on pren-drait pour signaler un conjoint diabétique, sa femme me le con-firme bientôt : « Jean ne parle pas beaucoup. » L’autre acquiesce gentimentd’un léger signe de tête, genre débile profond, comme s’ilavouait un handicap irrémédiable. La lassitude m’envahit: une fois de plus, me voici tombé sur une bande de bizarroïdes, sans doute des intellos profonds et mystérieux.Des gens aussi silencieux, à notre époque ? Tout le monde parle tout le temps et pourtant ceux-là se tairaient ? Pas croyable !Comment font-ils, qu’est-ce qui leur ferme la bouche ? Volonté ou faiblesse, pudeur ou timidité, yin ou yang ? La soirée se passe ainsi, de sourire en hochement de tête de la partde l’autiste, et moi, grisé par sa gestuelle aimable, je me mets à sourire et à branler du chef.Finalement, on se plait beau-coup, Jean et moi, às’échanger nosmimiques silencieuses de poupées mécaniques désenchantées.Nous formons d’ailleurs un certain contraste avecl’hôtesse, Marina M., la fameuse écrivaine russe qui fume comme une usine, boit comme une citerne et jacasse comme un perroquet de contrebande. Finalement, le muet commence à me dire quelques mots, tout bas, en douce, l’air de rien.Avec un intérêt croissant, je perçois les bribes d’unehistoire ahurissante : Jean est un archi-tecte apparemment réputé, en train de construire ex nihilo une ville nouvelle de 10 000 habitants dans les faubourgs de K., en