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Université de Berkeley, États-Unis – Assise devant son écran d’ordinateur, Halley, jeunedoctorante en radioastronomie, voit son attention attirée par une alerte brusquement apparue face àelle.D’abord surprise, elle réalise qu’il s’agit d’une « alerte détection ». Le signe qu’une découvertevient d’avoir lieu. C’est un événement très rare dans son domaine d’étude. La dernière de la sorteremonte à plus de trente ans… et n’avait finalement rien apporté de concret. Mais cette fois, lespremières constatations de la jeune femme ne laissent guère de doutes. Les données sont bien tropprécises pour être le fruit d’une banale erreur. Elle décide d’en informer immédiatement son maîtrede thèse, le professeur Karl Whint, scientifique mondialement connu et tout récent Prix Nobel dephysique.
Courant dans les couloirs d’un bâtiment à l’autre à travers le campus, elle finit par surprendre sonmentor dans l’amphithéâtre bondé dans lequel il assure un cours ardu d’astrophysique de cinquièmeannée, elle se presse à son bureau et l’interrompt brusquement.Passablement énervé par l’attitude de sa protégée, il fait d’abord mine de ne pas lui prêter attention.Ce n’est qu’après de longues secondes, voyant qu’elle insiste à vouloir lui parler, qu’il daigne enfinlui accorder quelques instants.D’une expression de mécontentement, son visage passe par tous les stades, jusqu'à plonger celui-cidans un profond étonnement à l’annonce d’une seule phrase.
« On l’a reçu professeur. On l’a enfin reçu !! »
Son microphone étant toujours allumé, toute l’assistance profita de cette déclaration. Une phraseparticulièrement vague, mais qui ne peut que mettre la puce à l’oreille de la centaine d’étudiantsprésents ce matin-là.Sans hésiter, il met un terme à son cours et fonce d’une seule traite en direction du laboratoire. Sil’ordinateur dit vrai, alors l’humanité se prépare à entrer dans une nouvelle ère.
D’abord dubitatif à son arrivée, il est contraint, de reconnaître que les données s’affichant sous sesyeux sont sans contestation possible. Il vient d’atteindre le Graal de la science. Bien plus que grâceà la récompense qui lui a été décernée par la fondation Nobel, le voici qui plonge instantanément, latête la première, dans une nouvelle dimension. Tant au sens propre qu’au sens figuré.Professeur émérite, scientifique hors pair, il vient d’obtenir LE résultat que nombre de ses confrèresjugeaient irréaliste. Un résultat incontestable tant il est clair et précis.Grâce au gigantesque radiotélescope portoricain d’Arecibo, il vient de réveler au grand jour lespremiers signes indiscutables de l’existence d’une vie intelligente et technologiquement développéeailleurs que sur Terre. À la tête du programme SETI depuis dix ans jour pour jour, c’est désormaisune certitude. Un fait scientifique.
En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, le conseil de gestion scientifique de l’Université seréunit. La nouvelle se répand comme une traînée de poudre, déclenchant un sentiment généralisé depeur de l’inconnu et de joie contenue.Il n’est pas question de juger de la véracité de la découverte, puisqu’elle ne fait plus aucun doute.Non. L’ordre du jour est bien plus administratif. Il s’agit de se mettre d’accord sur la façon dont ellesera rendue publique, tout en accentuant un peu plus la renommée internationale de la prestigieuseBerkeley.Néanmoins, outre le signal extra-terrestre en lui-même, une donnée principale attireparticulièrement l’attention de ces experts ès sciences. Alors que les écoutes astronomiques menéespar le programme SETI couvrent une importante partie de la Voie Lactée, soit tout de mêmeplusieurs milliers d’années-lumière, l’origine des ondes captées ce matin est issue de la proche
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banlieue terrestre. Plus particulièrement de l’orbite lunaire.
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« Je n’ai pas la moindre idée de qui nous a envoyé c signal. Le fait est que nous l’e avonsreçu. C’est tout ce que je peux vous dire pour le moment. Après, il est de mon avis qu’il fautalerter sans plus attendre l’UAI – Union astronomique internationale – ainsi que l’ONU.C’est une découverte trop importante pour la garder secrète ne serait-ce qu’une minutesupplémentaire.Je suis d’accord Karl. Mais comment expliquer son origine… la Lune ?Je viens de vous répondre. Je n’en sais rien. Peut-être est-ce le plus pur des hasards, oubien le signe d’une rencontre imminente avec des aliens. Je ne sais pas. Mais nous devonsagir tout de suite.Tu as raison. Mary, mettez-moi immédiatement en contact avec l’UAI. Et toi Karl,rapproche-toi des services concernés de la NASA et de l’ESA. Si la Lune est confirméecomme point d’origine, des astronautes seront sûrement envoyés sur place. Je veux quenotre université soit partie prenante de tout ce qui touchera à cette découverte.C’est comme si c’était fait !répondit le professeur Whint. J’insiste simplement sur le faitque je souhaite que mon équipe, à commencer par Halley Thorpe, soit en première ligne.Cela va de soi, ne t’inquiète pas. Maintenant, si plus personne n’a quoi que ce soit àrajouter, je pense qu’il serait temps de se remettre au travail. Les prochains mois risquentd’être chargés
Laboratoire de radioastronomie, Université de Berkeley – Le professeur Whint et Halley se fontface. L’ambiance est pesante. Il est quatre heures du matin, la fatigue est présente dans lesorganismes. La cafetière, plutôt ancienne il est vrai, a rendu l’âme sous les assauts répétés de sesdeux tortionnaires avides du breuvage noirâtre.La découverte des signaux ne remonte qu’à dix-huit heures environ, mais les esprits sont dès àprésent tournés vers la prochaine étape : confirmer avec précision le point d’émission, tout ententant de les déchiffrer. Si tant est bien sûr, qu’ils aient une signification logique quelconque.
Malgré leur apparent détachement, les scientifiques sont bien conscients qu’ils vivent là un momentexceptionnel dans leur carrière. Whint n’a plus rien à prouver, tant il a su s’imposer tout au long desdernières décennies. Ce qui ne l’empêche pourtant pas, dans son for intérieur, de se sentir commeun jeune chercheur obtenant là ses tout premiers résultats. Il ne le montre à personne, mais au fondde lui-même il trépigne d'excitation, sans commune mesure avec tout ce qu’il a déjà vécu, etprobablement, dans le cas présent, sans aucune limite.En ce qui concerne sa jeune protégée, les choses sont encore plus intenses. Doctorante dévouée àses recherches et appréciée de ses collègues, elle n’a pourtant pas l’ambition de révolutionner lascience. Elle vit sa passion, sans avoir jamais osé espérer être couverte de gloire. Bien que ladécouverte n’ait pas encore été rendue publique, son nom lui sera à jamais associé, lui assurant uneperpétuelle notoriété auprès de ses pairs. Notoriété qui peut se transformer en grand avantage, àcondition de savoir la gérer et la manier avec habileté.
Les heures passent, le silence est roi dans l’université quasiment déserte. En ce jeudi soir,l’obscurité extérieure se fait pesante. Les seuls bruits déchirant la quiétude nocturne proviennent dela fraternité Alpha Kappa Lambda, qui organise précisément ce soir sa grande fête trimestrielle, àlaquelle participent plusieurs centaines d’étudiants dans la plus pure tradition américaine, à millelieues des considérations scientifiques qui se déchaînent à quelques centaines de mètres.Quant à la Lune, cachée par l’épais plafond nuageux, elle est épiée par les plus grandsradiotélescopes du globe et ne cesse d’émettre de façon continue ce fameux signal. Il pourrait s’agird’une même partition répétée en boucle. Hypothèse restant à confirmer par les supercalculateurs.
Au même moment, à New York, Houston et Toulouse, se jouent deux autres parties distinctes enlien direct avec ces signaux. Sur la côte est des États-Unis, c’est un sommet exceptionnel qui estorganisé au siège des Nations unies. Pas moins de deux cents chefs d’État ont été invités à yparticiper. L’organisation s’est décidée à à la hâte, si bien que nombre d’entre eux ne peuvent êtreprésents et ne peuvent s’y faire représenter que par leurs ambassadeurs permanents. La questioncentrale débattue n’est autre que l’attitude à adopter face à cette découverte sans précédent. Nuldoute que la bureaucratie promet une véritable partie de yoyo diplomatique dont elle seule possèdele secret.Sur les bords de la Garonne et du Golfe du Mexique, le sujet de questionnement est le même.Néanmoins, l’approche est radicalement différente. Les équipes de l’Agence spatiale européenne etleurs homologues de la NASA planchent sur la façon de se rendre sur place dans les plus brefsdélais. Il n’est pas question, pour ces experts de la première heure, de laisser passer une telleoccasion que celle-ci, d’entrer en contact avec une possible forme de vie technologiquementdéveloppée, en particulier si elle n'est située qu’à une aussi faible distance de la Terre.
Depuis l’annonce émanant de Berkeley, les deux agences sont en liaison permanente, allant jusqu’àprogrammer de multiples vidéoconférences, via des connexions sécurisées, avec le laboratoire duprofesseur Whint.Ainsi, à intervalles de temps réguliers, un point est effectué sur l’avancée des tests et analyses.Jusqu’à présent, seul le professeur s’était adressé à ses confrères par ce biais. Cette fois-ci, il
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laissera Halley faire ses premiers pas, non pas devant la « simple » communauté scientifique, maisface aux plus éminents experts que compte la planète.Intimidée, la jeune femme fait de son mieux pour exposer à son auditoire ce qu’il en est. Lesderniers éléments en leur possession montreraient avec certitude que le signal ne provient pas de laLune, mais de sa proche orbite, à seulement quelques dizaines de kilomètres d'altitude, du côté de saface cachée. De même, comme tout le laissait entrevoir, celui-ci est composé d’une structureprincipale de quatorze secondes, laquelle tourne en boucle sans aucune forme d’interruption.En approfondissant les choses, il ressort que seules des conditions particulières ont permisd’effectuer cette découverte : le passage de la comète KP-209 en un point précis à quelquescentaines de kilomètres du satellite naturel, offrant dès lors l’occasion au signal de se répercuter endirection de la Terre, et plus précisément même, à la marge de détection du radiotélescoped’Arecibo. Et Halley de conclure sa rapide présentation des derniers éléments en leur possession :
« Il s’agit donc d’une formidable coïncidence que nous ayons pu capter ces signaux, quiémettent peut-être à notre insu depuis des années et des années. »
Dans la foulée, s’opère une consultation totalement improvisée des conseils scientifiques de laNASA et de l’Agence spatiale européenne. Anticipant une décision a minima provenant de l’ONU,il est très sérieusement envisagé, de façon exceptionnelle, de réattribuer une partie des crédits déjàalloués à d’autres projets, dans le but de mettre en place une mission spatiale d’exploration dans lesplus brefs délais. Hors de question cependant de mettre sur pied un programme dans son ensemble.Cela prendrait beaucoup trop de temps. La seule solution envisageable dans un délai de quelquessemaines seulement serait la réallocation immédiate de moyens techniques déjà existants. Ainsi, ilsuffirait juste d’adapter ces derniers aux objectifs de la mission, sans avoir besoin d’en développerde nouveaux.Deux choses s’opposent néanmoins à cette idée. La première est politique, puisqu’il s’agirait depasser outre les éventuelles décisions technocratiques des représentants des différentes nations. Unrisque énorme pris par les agences spatiales, mais qui pourrait également s’avérer être à l'origined’une nouvelle ère de conquêtes spatiales. Le second point d’achoppement est lui d’ordrescientifique, dans le sens où il deviendrait absolument nécessaire d’ajourner les actuels programmesen cours de développement.
Cependant, les enjeux de la découverte de ce signal prennent amplement le pas sur l’ensemble desautres considérations. Une chance aussi extraordinaire ne peut en aucun cas être laissée sansréaction. D’autant plus qu’il s’agit peut-être d’une menace sérieuse à prendre en compte pourl’espèce humaine et la Terre.C’est décidé… Peu importe les conclusions et les choix politiques, une équipe d’exploration serendra sur place pour élucider ce mystère. Plus de cinquante ans après les derniers pas sur la Lune,l'Homme prendront de nouveau la direction de l’astre… dans six mois maximum ! La décision estunanime. Tout comme celle incluant le professeur Whint et Halley dans l’équipe scientifique.
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Centre des astronautes européens – Cologne, Allemagne – L’équipage chargé de se rendre enorbite lunaire a été constitué. Comme prévu, l’équipe du professeur Whint y est associée. Outre sescollaborateurs qui seront chargés d’analyser certaines données depuis leur laboratoire californien,lui-même sera intégré au commandement scientifique de la mission. De son côté, Halley se rendrasur place, dans l’espace.
Cette dernière vient tout juste d’arriver en Allemagne. C’est la toute première fois de sa vie qu’ellequitte les États-Unis. Comparé à ce qu’elle connaît, le centre des astronautes lui paraît gigantesque.Elle n’est pas très à l’aise hors de son laboratoire.Rencontrant l’équipe qui l’accompagnera, la jeune femme est tendue. Elle appréhende l’inconnu.Ses nouveaux compagnons jouent la carte de l’humour pour la détendre, avec un succès très relatif.Ils possèdent tous une expérience spatiale, que ce soit en ayant séjourné dans l’ISS ou bien en ayantdéjà participé à divers programmes spatiaux. Son admiration pour eux est sans faille. Elle craint dene pas être à la hauteur des attentes. À vingt-quatre ans, celle qui se destinait à des études enastrophysique se retrouve aujourd’hui à s’entraîner en vue de voyager dans l’espace.
À Toulouse, au siège de l’Agence spatiale européenne, le professeur Whint visite les locaux depuislesquels sera contrôlée la mission. Sa place est d’ores et déjà définie. Il sera au fond, dans le rangréservé aux contrôleurs scientifiques. Il bénéficiera d'un champ de vision élargi sur les opérateursauxiliaires. Situé à seulement trois mètres du chef de mission, il sera au fait de tout ce qui sepassera. Rien ne lui échappera.Ses premières impressions sont plus que positives. Le lancement de la mission n'est pas prévu avantquatre mois et demi, mais déjà l'impatience de vivre cette aventure sans précédent le fait trépigner.Lui qui a toujours travaillé dans l’ombre, parfois moqué pour ses recherches de signaux extra-terrestres jugées sans intérêt, régulièrement approuvé par la communauté, jusqu’à la consécrationsuprême de ses pairs. Il pensait avoir vécu les moments les plus exceptionnels de sa vie, maisaujourd’hui, il comprend que le meilleur reste à venir. Son esprit est parsemé de nombreusescraintes. Problèmes techniques, défaillances humaines, opération trop présomptueuse… nombreusessont les raisons pour lesquelles toute cette mission pourrait tourner au fiasco. Heureusement, toutest mis en place pour que les choses se passent au mieux, afin d’entrer encore un peu plus dansl’Histoire. « Encore dix-huit semaines à patienter » se dit-il. Encore dix-huit semaines durantlesquelles il lui est impossible d'évoquer tout ceci publiquement. Ce sont les semaines les pluslongues de son existence. L’inconnu l’attire, tout comme les trous noirs attirent la lumière.
Les équipes des agences américaines et européennes travaillent de leur côté, en étroite collaborationavec l’ensemble de leurs sous-traitants, à la réadaptation de nombreux équipements et composantsdéjà conçus ou en cours de réalisation, afin de les inclure dans le projet. Les principaux éléments àfaire évoluer étant, entre autres, le lanceur devant servir à envoyer le module d’exploration au-delàdes forces gravitationnelles de la Terre.La réhabilitation d’une fusée Ariane 5, modèle a priori le plus adapté, avait tout d’abord étéenvisagé, avant de se rendre compte que jamais les délais n’auraient pu être respecté. En particulieren ce qui concernait la réalisation du module. La solution de rechange fut alors avancée par laNASA… La navette spatiale Atlantis ! Entrée au musée de l’espace au titre « d’antiquité », la voilàsur le point de reprendre le service actif. Elle sera le fer de lance de l’opération.
Jour après jour, le programme avance. Finalement organisé avec l’aval des principales puissancesplanétaires, son existence reste tout de même secrète aux yeux du monde.Halley poursuit son entraînement intensif à Cologne. Les impératifs de la mission font qu’elle a étéobligée de mettre toute sa vie de côté. Depuis son départ des États-Unis il y a deux mois, elle n’apas eu le moindre contact avec sa famille, qui ignore absolument tout de ce qui se trame. La jeune
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femme reçoit, elle, des nouvelles régulières de ses proches. Des nouvelles filtrées et épurées par lesservices secrets, visant à ne pas compromettre sa préparation physique et surtout mentale.Ses progrès sont énormes. Pourtant, ses formateurs ne sont pas encore convaincus qu’elle sera prêtedans les temps. La charge de travail qu’il lui reste à fournir est considérable. Tous reconnaissent enelle une jeune femme déterminée et combative. Mais cela ne suffit pas pour prétendre se rendredans l’espace. Pourtant, s’agissant de la caution scientifique de la mission, sa participation ne faitaucun doute. Elle le sait bien. Néanmoins, sa préparation aura nécessairement une influence sur safaçon d’agir une fois à proximité de la Lune. Et ça, elle en a parfaitement conscience. C’est l’unedes raisons pour lesquelles elle donne tout ce qu’elle peut. Elle ne veut pas décevoir tous ces espoirsplacés en elle. Même dans de telles situations, elle n’en oublie pas qu’elle n’a pas encore obtenu sondiplôme. Dans cette optique, participer à une mission spatiale coordonnée par la NASA et l’Agencespatiale européenne dans le but d’approfondir ses résultats de recherche sera du plus bel effet surses évaluateurs.Pour les fois où son moral est trop affecté par ce qu’elle subit comme épreuves, elle s’imagine àStockholm, un dix décembre – jour anniversaire de la mort d’Alfred Nobel – faisant face au roi deSuède ainsi qu’à l’Académie royale des sciences, devant sa famille au grand complet, entrant encoreun peu plus dans l’Histoire. Les cheveux mi-longs avec un brushing parfait, une robe blanche trèssimple et de petites chaussures à talons sans chichis, elle se voit, s’avançant calmement, éprised’une forte dose d’émotions et succédant ainsi, quelques années plus tard, au professeur Whint,aller chercher elle aussi son Prix Nobel.Pourtant, elle le marque elle-même dans le journal intime qu’elle tient au jour le jour, ici, enAllemagne :
« Je ne cours pas après la gloire. Ce que je recherche, c’est la fierté de ma famille et de mesproches, le reste n’est que fioriture. Mais si jamais la gloire daignait se présenter à moi,qu’elle sache qu’elle sera très bien reçue. »
La vie en communauté avec les quatre autres membres formant l’équipage d’Atlantis se déroulesans grand problème malgré une promiscuité assez pesante. Une autre barrière entre tous est cellede la langue. Car au jeu des négociations internationales, il a été décidé des nationalités de chacun.Halley sera ainsi la seule représentante américaine. Elle sera accompagnée d’un ingénieur russeimposé par l’agence nationale Roskosmos, d’un médecin chinois imposé par le parti, d’unspécialiste en menaces militaires indien, et d’une astronaute de métier en provenance de l’Agencespatiale européenne, mais dont l’identité n’a pas encore été dévoilée pour des raisons dépassantsensiblement la sphère de compétences attribuée à la jeune femme.
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« Je n’ai que vingt-quatre ans et je m’apprête à vivre des choses d’une intensité que laplupart des gens ne connaîtront jamais au cours de leur existence. Des événements qui nemanqueront, et qui ne manquent déjà pas, de me bouleverser. Peu importe les enjeux et lespetits secrets de chacun. J’étais jusqu’à présent une petite étudiante en radioastronomie, etvoici qu’aujourd’hui le président des États-Unis connaît mon nom et se dit apparemment« heureux et fier » de ce que je fais.Je n’ai pas choisi tout ce qui m’arrive, mais je le prends tel quel, comme étantprobablement le plus gros bonus de toute ma vie, passée et à venir. Mon seul regret est de nepas pouvoir le partager avec ceux que j’aime. Mais lorsqu’on m’a proposé, au titre desymbole, de choisir moi-même le nom officiel qu’allait porter ce programme spatial, j’aiaccepté. J’ai tout de même demandé un temps de réflexion.Pour vous, Papa, Maman, j’ai décidé que cette mission serait aussi la vôtre et qu’elleporterait vos noms, le Jack Helen’s Lunar Exploration Program. Papa, maman, je vousaime. Je ne sais pas de quoi seront faites les prochaines semaines, mais je vous le dis haut
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et fort
 : JE VOUS AIME.
 »
Centre spatial Kennedy, Floride – Le décollage est prévu pour ce soir, dans quelques heures. Lesquatre membres d’équipage déjà connus s’installent initialement dans le cockpit d’Atlantis. Le volpromet d’être relativement court, pas plus de quelques heures, mais de nombreux paramètresnécessitent d’être vérifiés avant la mise à feu. Seule manque à l’appel l’astronaute européenne, dontl’identité n’est toujours pas connue. Son rôle, celui de capitaine, fait d’elle un élément central de lamission.
Pour le moment, tous les voyants sont au vert. La météo est dégagée, les retours informatiques ettélémétriques sont positifs, tout s’annonce donc pour le mieux dans le meilleur des mondes. Dumoins sur le plan technique.Halley est chargée de contrôler les instruments scientifiques embarqués à bord. Dans la soute, unmini-laboratoire a été installé afin d’y effectuer des analyses si besoin. Tout ce qui peut être anticipél’a été.Une fois l’ensemble des vérifications terminées, les quatres équipiers se retrouvent dans le centrenévralgique de la navette. Ils s’y assoient comme prévu, chacun sur son siège respectif. Bien qu’ilreste encore deux heures avant le décollage, ils sont priés d’attacher leurs harnais dès à présent. Lascientifique est légèrement tendue. Ce n’est pas une question de confiance, mais plutôt de crainte del’inconnu.
Dans le centre de contrôle de la base spatiale, les médecins au sol suivent, seconde après seconde,l’état de santé des membres de l’équipage. Les courbes respiratoires de l’américaine sont les moinsstables. Il est évident qu’elle tente de se contrôler, mais sa technique laisse encore quelque peu àdésirer.Le compte à rebours officiel est déclenché. Il ne reste plus que quatre-vingt-dix minutes avantl’instant tant attendu. Les services gouvernementaux, présents sur les lieux pour s’assurer du bondéroulement de la mission, sont sur les dents. Il semblerait que quelque chose cloche quelque part.Peut-être s’agit-il du cinquième membre d’équipage, toujours absent ? Le fait est que les questions àce sujet se multiplient à bord même d’Atlantis. Qui peut bien être ce passager mystère, celui chargéde mener tout ce beau monde à destination ?
Plus que soixante minutes. Les passerelles reliant la navette au pas de tir se rétractent. Des bruitsanormaux ont été entendu à bord peu de temps auparavant. Une silhouette progresse au milieu desautres, solidement attachées à leurs sièges. Elle se dirige d’un pas décidé vers le joystick depilotage, s’assied et se harnache à son tour. Aucun regard, aucune parole… Brusquement, la tensionvient de monter d’un cran. Le doute s’installe quant à cet équipier. Les médecins au sol peuvents’en rendre compte via leurs écrans d’ordinateurs.
Des bruits sourds, en provenance de la salle de contrôle, résonnent soudainement dans les casquesdes explorateurs, avant que des voyants rouges n’apparaissent sur le tableau de bord de la navette,suivis par d’importantes vibrations et une irrésistible sensation de poussée. Il n’y a aucun doute :Atlantis est en train de se dégager petit à petit de l’attraction terrestre. Elle a quarante-neuf minutesd’avance sur l’horaire prévu.L’équipage tente alors de réagir et de contacter le contrôle au sol, mais seules quelques voix à peineperceptibles se font entendre. Elles semblent marquer un certain mécontentement. En regardant deplus près les ordinateurs de bord, il ressort que l’ordre de décollage a bien été donné depuis le sol.Les douze chiffres du code de décollage ont donc été entrés manuellement, comme le prévoit laprocédure standard. Aussi, il ne peut en aucun cas s’agir d’une fausse manipulation d’un ingénieur.Le lancement a été délibérément avancé avec toutes les conséquences que cela implique.
Halley se sent mal. Elle s’était préparée à de nombreuses éventualités, mais pas à celle-ci. Aucun
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contact avec le contrôle terrestre n’a eu lieu depuis plus de trois minutes. La navette est livrée à àson sort avant même d’avoir quitté l’atmosphère.Le pilote automatique indique que des corrections de trajectoire sont nécessaires dans les plus brefsdélais. Sans cela, le risque de dévier et de partir droit dans l’espace est très grand. La mystérieusecapitaine s’en charge tant bien que mal, faisant avec le peu d’informations en sa possession. Seuleson expérience lui permet de réaliser une telle manœuvre à l’aveugle.Lorsque le contact radio est rétabli, ce sont les ingénieurs guyanais de l’Agence spatiale européennequi répondent.« Que s’est-il passé bon sang ? Pourquoi sommes-nous partis aussi tôt ? Que se passe-t-il ?Ici le centre spatial européen de Kourou. Nous entendez-vous, Atlantis ?À qui croyez-vous que je parlais ?A priori quelque chose de très grave a eu lieu à Cap Canaveral. Nous ne savons pas grand-chose pour l’instant, mais il n’est pas à exclure qu’il s’agisse d une fusillade au sein mêmede la base.Vous rigolez, j’espère ? Et quel est le rapport avec notre décollage ? Le pas de tir est situé àplus de dix kilomètres du contrôle… Quel est le bilan ? Comment vont les hommes et lesfemmes présents sur place ?Nos informations sont incomplètes. Nous ignorons encore de nombreux paramètres. Pour cequi est de la procédure de décollage, probablement que le directeur de mission a estimé quevous étiez vous aussi menacés !Génial, ça commence bien… Êtes-vous en mesure de prendre le relais de la Floride ? Nousavons besoin d’un guidage et d’un suivi terrestre. Sans ça, vous pouvez dire adieu auprogramme.On s’en occupe, ne vous inquiétez pas. Nous sommes pour le moment en effectifs limités,mais nous reprendrons contact dès que nous serons pleinement opérationnels. D’ici là, nousnous concentrerons uniquement sur le suivi technique du vol. Terminé. »
Les premiers éléments aux mains des services fédéraux américains laissent à penser qu’il s’agiraitd’un acte désespéré entrepris par un ancien ingénieur de la NASA qui avait récemment été forcé dequitter l’organisation, suite à des « problèmes psychologiques ».Ainsi, dès que les ingénieurs toulousains ont eu vent du drame et du décollage prématuré d’Atlantis,tout a été mis en place pour rétablir les communications depuis Kourou.
La stupeur retombée et la navette enfin dans l’espace, les quatre astronautes sont invités à se confierà des psychologues par liaisons radio et vidéo. Il est absolument nécessaire de leur faire évacuer cesterribles instants. Tant au niveau personnel que pour le bon déroulement de la mission.La plus choquée est tout de même Halley. En pleurs, la voix rauque, tremblant de partout, elledonne de sérieux signes de faiblesse psychologique qui inquiètent ici-bas. Les doutes quant à sacapacité à tenir sa place grandissent inévitablement.N’ayant de toute façon plus d’autre choix que d'aller de l’avant, il a été décidé que les quatorzeheures de navigation nécessaires à l’arrivée du côté de la face cachée de la Lune seraient mises àcontribution pour que chacun puisse à la fois vider son sac et se reposer.
La navette entame son demi-tour de la Lune. Les mines sont graves et fermées. Les images dulancement en catastrophe restent dans les mémoires de tous. Au point que les présentations n’ontpas encore été faites. L’horreur aura au moins permis de souder ces deux hommes et deux femmes,qui partagent maintenant une histoire commune, aussi morbide soit-elle.Les radars d’Atlantis captent pour la première fois le signal à l’origine de tout ceci. Halley estformelle. Il s’agit bien de celui-ci ! Elle est suivie dans son avis, peu de temps après, parl’ordinateur de bord. La cible est proche.
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« Nous y sommes arrivés. Après un tel drame vécu en direct, il fallait au moins ça pourvraiment nous changer les idées. Papa, maman, j’ai le sentiment que tout est de ma faute. Jene veux pas en parler pour le moment, mais je me sens coupable de tout. Le signal, lafusillade… et… cette merveille… »
Au même moment sur Terre, dans un lieu secret :« Bande d’incapables ! Atlantis est parvenue à décoller malgré tout. Vous n’aviez qu’uneseule chose à faire… l’en empêcher ! Vous avez intérêt à me trouver une solution et vite, ousinon, moi, je vais vous mettre du plomb dans la tête ! Vous m avez bien compris ?!Heu… oui Monsieur… C’est… C’est très clair, Monsieur. »
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En orbite lunaire, à quelques centaines de kilomètres d’altitude Une imposante masse flottedans le vide spatial, cachée de la Terre par l’ombre lunaire. Elle semble figée, comme si seul letemps avait un quelconque effet. Ses dimensions sont tout bonnement exceptionnelles. Environdeux cents mètres de long pour vint-cinq de large. Cette masse n’est autre qu’un vaisseau spatial àcent lieues de ce que l’Homme sait et peut construire à l’heure actuelle.
« Nous n’en croyons pas nos yeux. Nous nous attendions à beaucoup de choses, maiscertainement pas à ça. Nous ignorons encore quelle va être notre approche technique etscientifique vis-à-vis de ce mastodonte. Nous allons nous eff… »
Une alarme retentit dans le cockpit. Le pilote automatique, qui gérait jusqu’alors les commandes devol et permettait à la navette de se maintenir en stationnaire s’emballe. Il devient incontrôlable.L’équipage au complet est sur le pied de guerre. Le commandant mystère tente par tous les moyensde reprendre le contrôle de la situation. Elle multiplie les manœuvres d’urgence. Atlantis n’en faitqu’à sa tête. Elle dérive petit à petit vers la Lune, attirée par son attraction. Sa vitesse augmenterapidement. Le point de non-retour est tout proche.Au sol, les ingénieurs essayent de comprendre ce qui se passe. Ils ne savent qu’une seule chose…que tout va de travers. Pourtant, une panne du pilote automatique est très improbable. C’est l’un dessystèmes les plus étudiés et maîtrisés de la technologie de la navette. Jamais il n’a fait défaut enplus de trente ans. Le mystère est complet.
À bord, la tension ne cesse de monter. La décision est prise d’abandonner Atlantis et de s’enfuir viales capsules de survie, un nouvel équipement, installées spécialement pour cette mission.Malheureusement, « l’avarie » du pilote automatique semble se propager au reste des équipements,tel un virus informatique. Heureusement, les coordonnées du vaisseau abandonné ont pu êtreentrées à temps dans le système de guidage des capsules.Les cinq astronautes se dirigent dès lors, tant bien que mal, vers les modules. Ils en ont chacun un.Les problèmes électriques se multiplient. Il est très compliqué de se déplacer. L'air se fait de plus enplus rare. Outre les changements intempestifs résultant de cette situation, la vitesse de chute tend àfaire disparaître la gravité interne.Halley et le capitaine sont les premières à prendre place dans les leurs. Sans attendre les autres, ledéverrouillage automatique des deux capsules est opérationnel. Elles sont éjectées dans l’espace enquelques instants.Un troisième membre d’équipage, le médecin de bord, parvient à son tour à rejoindre son module ets’y installe. Lorsqu’il confirme à l’ordinateur être en bonne position et être prêt à s’éjecter, cedernier renvoie une « erreur fatale » à l’astronaute. Comprenant qu’il ne pourra pas quitter les lieux,il tente de se sortir de ce mauvais pas pour rejoindre ses deux camarades encore présents surAtlantis. C’est alors qu’une explosion se produit, sûrement déclenchée par la différence de pressionentre les différents points de la navette. Il n’est, en lui-même, pas blessé, mais sa combinaison estsévèrement abîmée et se dépressurise inéluctablement. Coincé dans ce module duquel il ne peuts’extraire, il n’a plus aucun espoir.
Ayant assisté à la scène, ses deux équipiers ne peuvent, malgré tout, pas intervenir. Ils sont bloquéspar une cloison en partie arrachée qui leur bloque le passage. Leur dernière chance de salut tientdans le module scientifique. C’est une partie autonome qui fut installée de façon à pouvoir profiterd’un laboratoire mobile une fois dans l’espace.Néanmoins, ses réserves énergétiques, électriques, et de carburant sont plus que réduites. Tout auplus, dans le meilleur des cas, permettront-elles aux deux hommes d’alunir sans s’écraser. Cela lesobligera tout de même à désolidariser le module d’Atlantis, et ne leur laissera qu’un petit répit. Aulieu de perdre la vie dans un crash spatial, ils gagneront quelques dizaines d'heures avant que leur
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