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2115 : Vériduria...

De
256 pages
Découvrez le monde étrange et fantastique de Vériduria, la cité des esprits, dans ce premier roman écrit par un jeune auteur de Sci-Fi. Dans un futur encore éloigné, rien n'est semblable au monde tel que nous le connaissons : les esprits des défunts s'y promènent librement et exercent sur nous une puissante influence. La terre est désormais gouvernée par Elle. (...) De mystérieuses disparitions font régner une ambiance de terreur dans Vériduria ; un inspecteur de police tente de percer cette sombre affaire...
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2115: Vériduria…Toute ressemblance avec despersonnagesréels
serait pure coïncidence .
© L’Harmattan, 2009
5-7, rue de l’Ecole polytechnique ;75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN: 978-2-296-10811-0
EAN: 9782296108110Julien Ali
2115: Vériduria…
Roman(Science-Fiction)Lettres du Pacifique
Collection dirigée parHélèneColombani,
Conservateur en chef des bibliothèques(ENSB), Chargée de mission pour le
livreen Nouvelle-Calédonie, Déléguée de la Société des Poètes Français,
sociétaire dela SGDL.
Cettecollectiona pourobjet de publierou rééditer destextes
(romans, essais,théâtre ou poésie) d’auteurs contemporainsou
classiques du Pacifique, ainsiquedes étudessurles littératures
modernes,les traditions orales océaniennes(mythologies, contes et
chants)etles Sciences Humaines.
Contact: helsav@mls.nc
Déjàparus dansla Collection :
1– Les terresdelademi-lune, Nouvellespar HélèneSavoie,2005.
2 –L’Ile-monde,Nouvellespar Dany Dalmayrac.2005.
3–MystérieusescivilisationsduPacifique,par ChristianNavis.200 5
4– Du rocheràlavoile,recueilderécitsetnouvellesde14écrivains
du Cercle desAuteurs duPacifique(CAP),2006.
5– Les Montagnes du Pacifique,romanmarquisiendeDominique
Cadilhac,200 6
6– Coup de soleilsurleCaillou.Nouvelles, parJoëlPoul,2006.
7– Colons, créolesetcoolies,
essaisurl’apportcréoleenNouvelleCalédonieetleTayodeSaint Louis,par KarinSpeedy,(Université
d’Australie)2007.
8– Quelennui!essaiphilosophiqueetlittérairepar AlainJay,2007.
9–Show Pacifique (Manou et nœudpapillon) Témoignage par
GilbertThong,2007.
10 –La France dans le Pacifique, lesenjeux de la puissance,par
Nathalie Mrgudovic,(Université,UK), 2008préface de Michel
Rocard
11 –L’œilen coulisses, mémoires de scène, parRégineReyne,préface
parAnnieCordy,200 8
12 –L’administration des affaires aborigènes en Australiedepuis
1972,thèse parIsabelle Auguste, (Université Réunion/Australie),
200 8
13 –Le«Calédonien»,romanpar JoëlPoul,200 8
14 –Negropo rive gauche, romand’uncolon ducafé calédonien,par
JerryDelathère,200 8
15. Segalen, l’irruptiondelalanguetahitienne dans Les
Immémoriaux,essailittérairepar CamilleColdrey,200 9
16.L’épopée tragique, le voyagedeSurville,1769 ,1770 parlePr.
JohnDunmore,romanhistorique(Best book prize),NZ,2009.17.Halfmoon lands,les terres de la demi-lun e,par Hélène Savoie,
éditionbilingueprésentée et traduitepar K.Speedy,(Université
Australie) 200 9
18-Chaque nuageest nimbédelumière,romanpar Annick Le
Bourlot,2009.
19 - Histoires fantastiques de Nouvelle-Calédonie,Volume 1. Le
Boucan,nouvellesdeGérardDeveze,2009.
20 –Archéologies interdites de l’Asie du Sud-est et du Pacifique,
parChristian Navis,2009.
Hors collection: L’îleaux étoiles,nocturne australien,roman par
HélèneSavoie.Remerciements
Toutemagratitudeà:
Loïc Poletpouravoircru en moietpourm’avoirsoutenu tout
du long,Jaded Jollivel pourm’avoiraidéà améliorerlepersonnage de
Jaded, Prescilla Piotrowsky,pourson soutien et sa promesse de faire
partie de meslecteurs,MarineCossa pourm’avoirsoutenu parsafoi
en ma réussite, Amandine Tondino pours’êtreinvestiedans
l’élaborationd’unpremier projetdecouverture,
-Mes parents, LaurenceetSoehadi, pourm’avoirprofondément
encouragéet aidé.
Je remercie particulièrement Emmanuelle Morettipoursalecture et
sa correction de ma première ébauche, m’engageantainsi à une
meilleureécritureet au soin desphrases.
-AymelineetAurianeHamon,pourleurs critiques constructives et
diversescorrections,Sandy Soer,dontles conseils en matière
littérairem’ontétéd’une aide précieuse.
-IsabelleMergerpouravoirimaginé et créé l’illustration de la
couverture de ce livre.
-ChristelleAndrault et sa mère pourlarelecture et correctionfinale
degrandeimportance.
Ma plusgrandereconnaissanceàmes derniers accompagnateurs et
nonlesmoindres,
-AlainKerouredanquim’a conduitàMadameAnnickLeBourlot,
-Madame Annick Le Bourlot quiaccepté de préfacer monroman,et
surtoutpourm’avoirprésentéàMadameHélène Colombani,
-Enfin Madame Hélène Colombani, Chargéedemissionpourlelivre,
quia acceptédefaire éditer le premierroman de l’auteurdébutant
quejesuis et quim’a guidéetaidédansleparcours de cetteédition
quicouronnemeseffortsetquicomblemesespérances,
Grâceàellej’aiété acceptéau sein du Cercle desAuteurs du
Pacifique, dont le Comité de lecture m’adonné sonavis très
favorable,jelesenremercie,
Merciàtoutesces personnesprésentes autourdemoi,quiont sume
donnerle courage demenerà termemonprojet littéraire.Préface
2115 Vériduria… est unroman toutà fait original,mêlant
habilement différents genres littéraires.Ainsi le lecteurest
d’embléeembarquédans unmonde de science-fiction
caractérisé par une atmosphère d’anticipation,notamment
dans la descriptiondes moyensdecommunication et de
locomotion hautement sophistiqués.Lemystèreplane toutau
long de ce récitquirelèvedel’énigmepolicière,avec des
disparitionsd’êtres humainsnon élucidées,des crimes étranges,
desenquêteurs désorientés. L’existence de
personnagesextralucides, dits Eclaireurs,quidialoguentavec lesesprits,nousfait
pénétrer dans un universocculteetbrouille la frontièreentre le
réel et le surnaturel. Effectivementla violencedanslemilieu
carcéral rappelle trop cellequisévit dans lescentres
pénitentiaires contemporains, alorsqueles cérémonies
d’invocationà l’aide de pierresau nomexotiquede Sheiltianne
ou Aymalionnenousconduisentversdes sphèresésotériques.
2115 Vériduria… s’inscritdanscette belle littérature quinous
fait réfléchirsurdes questionsd’ordresexistentiel et
métaphysique, tellelanotiondu Bien et du Mal, cettedualitéà
l’originedenotre malêtre. L’auteurnousintègre dans un
«nouveau mondequi fut nomméVériduria », dans lequel «le
mondematériel des hommes et le monde des espritssesont rejoints –
plutôtconfondus.». Son nomvient du mot« Vérité» et du mot
«Dualité»; la complexitéhumaineest iciassumée, en tant que
principe essentieldelasagesse tant recherchée parles
philosophes commeHéraclite pourquides contradictions peut
naîtrela vérité.
2115 Vériduria…nousfaitaussirêver parlareprésentation
d’Eris, une jolieville, la plusbelle de toutela région, où la nature
verdoyaitet où le Comité Central du Peuple avait décrétéplusieurs
lois contre la pollution.À la différence d’autres universfuturistes,
nousévoluonsdans une ville«chaleureuse», où règnentl’amitié
entrepairs et l’amourau sein desfamilles. L’auteurnousrend
témoinsdel’idylle amoureuse entreFranck et Milianore,àl a
foisnossemblablesetêtres d’exception.
Dans ce premierroman publié,Julien ALI, quil’a écrità seize
ans, se distinguedéjàpar une imaginationfertile et unstyle
personnel, empreint d’élégance,alliantdiversregistresde
9langue. Sesinterrogationssurl’homme et le mondesont
pleinement stimulantes.Cerécit ne serait-ilpas une
préfiguration desaspirations de la jeune génération actuelle,en
quêtede valeurs spirituelles, de beauté artistiquequitranscende
lescontingencesd’unquotidienmarquépar la laideurdu malet
de la haine? «Tant de larmes avaient déjà coulé, tant de souffrance
et de haine, qu’il valut mieuxles oublier et penser à construire le
meilleuravenir possible,pourtous.C’étaitun nouveau
commencement.», telleestlaconclusiondu dernierchapitre.
Ce récitnouslivre une visionlucide de l’humanité tiraillée entre
les Négations,des fantômes quiaimaient à provoquerlemal autour
d’eu xet les Illuminations,des espritsbénéfiques,qui apportaient la
sérénitéet l’harmonieau sein des lieuxqu’ilsfréquentaient. Mêmesi
l’appelà la vigilance demeure,letriomphedes Eclaireurs est
donc porteurd’unmessage d’espoir,salutaireencette èrede
crise desconsciences.
Il estréjouissant de constaterquel’enseignementdelettres au
collège et au lycée, par-delà l’enjeu de la maîtrise de la langue
oraleetécrite, parvientàsusciter le goûtdelalecture autonome
et buissonnièreetdes pratiques d’écriture libératrices. Il est
appréciablequedansson parcours de lycéen,Julien ALIait eu
la chance de rencontrer desprofesseurs comme Emmanuelle
Moretti,aptesàluicommuniquer la passiondelalittérature qui
luifaitpercevoirque:
«L’esprit est l’essence du vivant.
L’artest sonexpression.»
Il estheureux quelarelèvesoitassuréepar notretalentueux
jeune auteur,àquijesouhaitedetoutcœur une longuecarrière
richeencréationlittéraireetcouronnéedesuccès.
Je voudraisrendrehommageàHélèneColombani,Conservateur
en chef principale ChargéedeMissionpourlelivre du
gouvernement en Nouvelle-Calédonie,poursa volonté d’ouvrir
ànotre écrivainprécoce cette voiedelareconnaissanceetdel a
réussitedansledomaine de l’écriture.
AnnickLeBourlot,
Inspectriced’Académie-InspectricePédagogiqueRégionalede lettres
duPacifiquesudretraitée.
10LL ’’ ee ss pp rr ii tt ee ss tt ll ’’ ee ss ss ee nn cc ee dd uu vv ii vv aa nn tt ..
L ’ a r t e s t s o n e x p r e s s i o n .
J u l i e n A l i
PROLOGUE
Lespluiestorrentielles s’abattaient surles routesetles
jardins, noyanttoutcequis’y trouvait. Seuls les véhicules, avançant
prudemment, se distinguaientdel’orage déferlantsarage. Le soleil
avaitfaitplaceàlalune,ilétait près de dix heuresdu soir,laplupart
desboutiques avaientfermé depuis longtempsetdansle voisinagedu
42 M. Street,toutesles lumières étaientéteintes. Rien ne laissait
présumerquecequartier pourtantsipaisible d’apparencerenfermait
depuislongtemps, silongtemps,unterriblesecret.
Un manoir.Grandeetimposante,cette vieille bâtisse
construitedepuis plusd’unsiècletenaitencoredebout. Sesrideaux
étaienttoujours tirés, la porte verrouillée, le chemin d'accès, en
passantpar le jardin,était clos par unportail.Nombrederumeurs
circulaientàproposdecette maison,elle serait hantée pourcertains,
habitéepar desdémonspourd'autres.Certaines personnestrès
agnostiques s'en moquaientroyalement« Chacunchez soietles
moutons seront biengardés!».Ilfallait être unintrépide cambrioleur
pourosers’y aventurer. Et ce n’étaitpasça quimanquait.
Combiende voleurs avaientpénétré àl’intérieurdecette
bâtissepar une fenêtreà moitié condamnéemaisn’enétaient jamais
sortis?Depuis,onconsidérait cettemaisoncomme la porte versl a
mortassurée.
Sans quepersonnenesûtpourquoi.
Caronnesavaitriendecequis’y passait.Onnesentait pas,
onnevoyaitpas,toutnouséchappait,riennenous venait.
Et personne,ohSeigneurnon,personnenedésiraitsavoirce
quis’y tramait…
Alorsquetous vaquaientà leurs occupations, qu'ils vivaient,
mangeaient,buvaient, dormaient, faisaientl'amour, travaillaient, se
promenaient... Là, près,toutprès, se déroulaient desévénements
dont aucunêtrevivantne voudraitenconnaître la nature.Ettoutcela
se passaitdans unquartier peu fréquenté,dans une ville peuplée,qui
se trouvaitdans unpaysenpleineeffervescence, lui-même sur u n
continentdes plusgigantesques,surnotre minuscule planètedans
notresipetitegalaxie face àl'immensitéindéfinissabledu cosmos
11toutentier.
Là,à l’intérieur, se trouvaitlachose la plus vile et malsaine, la
choselaplusterriblequecette planèteait jamais portée. Et tousces
ignorants vivaientetdécédaientsansconnaître ce qui vivaitprès
d’eux.
Cettechose quinepouvaitêtrelà. Cettechose quin'était pas
ce quel'onpouvait voir. Cettechose qu'aucunêtrehumainn'avait vue
jusque-là.Cette chosesiprochedu mondeetpourtantsilointaine,si
vieille,siseule... Ce quisetrouvaitici étaitindéfinissable, impossible.
Unechose quin’aurait jamais dûexister,bravantles lois de la nature,
étaitprésente. Et cettechose depuis si longtempsprisonnièreavait
décidé de sortir…
121
Le chef de la policeétait unhomme calmeetréfléchi. Pourlui,
toutn'était qu'une question de logique. D'ailleurs,c'était grâceàson
intelligence et sesfacultés de déductionquenombred'enquêtes furent
résoluesparlui,Jack Anderson.
En ce petitmatin de juillet, alorsquel'été arrivait, le
commissariat étaitenpleineeffervescence. Le chaossemêlaità
l'ordretraditionneldel'endroit.Des gens se pressaient,entraient,
sortaient, commedansunmoulin.
Desdossiers jonchaientles bureaux,des cris montaientde
partoutetMonsieurAnderson... sirotait tranquillement soncafé
devant unindividu luiprenant de sonprécieux temps. Cethomme
présentdevantluiseprétendaitgérantd'une boutiquedontla vitrine
aurait étébriséeà l'aide d'une pierre.Larequêteétait simple:il
réclamaitqu'unpolicierfûtplacé en factiondevantson gagne-pain
afin de prévenir toute nouvelle tentativededommage.Maisdes
choses bien plusgraves mobilisaient tousles effectifsrequis,onne
pouvaitdonc passepermettre de donner ce travailà quelqu'un, aussi
peugradésoit-il.
-Vouscomprenez,Monsieurl'inspecteur...
-Commissaire Anderson.
-... CommissaireAnderson, quejene voudraispas quecet acte se
reproduise. Vous voyez,j'aiune clientèle,moi, et jene voudraispas la
perdrepourune tellebêtise...
-Sachez Monsieur, quel'onnepeuts'autoriserà placer unagent
devant une boutique, sousprétexte qu'elleest sujetteà desactes de
violences,surtoutqu'iln'yaeu pourl'instant qu'une vitrine brisée. Et
je pensequecelanesereproduiraplus. Il estassez fréquentqu'une
bandedejeuness'amuseàdétruireles vitrinesd'une boutique, rien
quepoureffrayer lesemployés et ressentirleplaisir de casser.Ils en
profitentensuitepourse vanterauprès de leurs amis. Je vousledis :
quecesoitdans unmoisou deux,iln'y aura plusrienchezvous
durantunmoment.
-Si vousêtessiconfiant, je m’en remetsà votre expérience,maistout
de même.
De toutefaçon, personnenepeut être chargé de surveiller une
épicerie,ceserait d'un ennui... pensalecommissaire,enagitant son
index soussamoustache.Petit gestequotidiencaractéristiquedes a
personne.
-Bien, danscecas je vouslaisse, j'ai une épicerieàfaire tourner moi
et une vitrine àcommander.Surce, je voussouhaite une bonne
13journéecommissaire.
-Bonne journéeà vous, répondit Anderson, unsourire forcésurles
lèvres.
Enfin débarrassé de lui... Commentquelqu'un peut-il venir me
déranger alorsquej'ai des affairesde la plus hauteimportancesurlesbras?
En effet, le commissaireétait sur une affairedemystérieuses
disparitions. Apparemment,plusieurs personnesseraientportées
disparues et toutesétaient dans la même région.A priori,les
coupables procédaientsansdistinction particulière:ondénombrait
dans lesdisparitions: quatre femmes et cinq hommesd'unâge
variant entre vingt et soixante ans, ainsiqueseptenfants :quatre
petitesfillesettrois garçonnets.L'hypothèsedu réseau d'enlèvement
séduisaitJack. Bien sûrilnepouvaitdéterminerles objectifs de cet
hypothétiqueréseau.
Il prit sa tête avec sesmains et s'accouda surson bureau.S a
chaise émit ungrincement. Il se concentrasurles dossiers des
personnesdisparuesquijonchaientsonbureau,justesoussesyeux.
Fermeles yeuxJack, concentre-toi. Suis-je vraimentsur la bonne
piste ?
Il y avaitbienles théories farfelues de sescollègues à
l'imaginationdébordante,comme l'enlèvementpar desextraterrestres,
ou le fait queces personnesétaient membresd'unordre religieux et
auraient participéàunsuicidecollectif…
Le commissaireétait perplexe. La première-son
hypothèseluisemblaitbienplusplausiblequeles autres.
Il décida d’appeler unpoliciersurlecoup. En ce débutde
matinée, il devrait avoirfinid'interrogerles prochesdeladernière
personne disparue- cettenuit même.
Cetagent étaitlàafinderecueillir lesdépositions et d’assister
lesinspecteurs surl’affaire. Malheureusement, unhomme qualifié ne
suffisait pas…Il avaitrépondu au coupdefil d'unpèreaffolé dont la
fille de neuf ansn'était pasrentrée au domicile familial. Le paternel
avaitattendu,encoreetencore, passédes appelsàtoutesles familles
desamisdesafille,maispersonnenel’avait vue. Elle avaitdisparu
surlecheminquilaconduisaitchez elle.
Jack saisit sonappareil de communication.Normalement,il
devrait rentreraucommissariat avantd'allersereposer chez lui…
Lestintementsréguliers de la sonnerie résonnèrent àson
oreille.
-J'écoute,Commissaire.
-Désoléde vousdéranger, mais il fallaitquejesache:combien
d'hommes avons-noussurl'affaire?Vousêtessurleterrain,vousêtes
donc plusau courant quemoi,vu quenotre Centraln’est pasleseulà
vouloir résoudrecemystèreetquejen’ai paseuventdes agissements
14desautres commissariats.
Mr.Andersonraccrocha,troublé.
«Pas assez nombreux chef.Nousaurionsbesoindeson aide.
Envoyez-lenousdès quepossible.Merci.»avaitdéclarél’agent.
Jack Anderson se mità réfléchir. Il devaitbienexister u n
infime dénominateurcommunentretoutescesvictimesd'enlèvements.
Unefemme, 28ans,NicoleSanderkel,portéedisparuele5
mai. Profession: coiffeuse.Une autre, 47 ans, AnnabelleTay,portée
disparuepeuaprès,le12 mai. Profession:infirmière.
Et ainsidesuite, avec neuf adultes et le portrait dessept
enfants, sans ressemblance flagrante, hormis la couleurdecheveux ou
desyeuxentredeux outroispersonnes.
Apriori, il n'existaitpas de principaldénominateurcommun,
si onécartait le fait qu'ils vivaienttousdanslamêmerégion.
«Nousaurionsbesoindeson aide.Envoyez-lenousdès que
possible.Merci.» Lesparoles de l'agentrésonnaient encoreàses
oreilles.Iln'avait vraimentpas envie de devoirencorelemettresur
une affaire. Bien sûr, cela serait desplusefficaces.Efficace, il l'a
toujours été. Mais le commissaireavait unmauvaispressentiment.Il
sentaitqu'ilnedevaitpas lemettre surlecoup.
Cependant, ily aurait là,au moins, une chance de résoudrele
mystèredes personnesdisparues.Etceneseraitpas qu'unproblème
de moins. Car, dehors, unfou–ou même ungroupuscule-enlevait
desgenssansdistinction apparente, ce quisignifiaitquen'importe qui
pourraitêtresacible.Deplus, il paraîtrait queles coupables ne
laissaient aucune tracederrièreeux...
Le chef de la policeavaittoujours détestéêtreconfrontéàce
genrededilemme.Ilappréciaitcet inspecteur, sa compagnieétait
agréable…autourd’uncaféetdebonnesblagues.Maisilavaitle
pouvoir- et sûrement le devoir- de luidemanderd'enquêter.En
même temps, àchaquefin d'investigation de sa part,il y avait
quelquechose chez lui, quelquechose de gênant quilemarquait,
comme si l'enquêtequ'il venaitdemener sortaittoutjustede
l'ordinaire.
C'est cela:pourquoi avait-il cetteincroyablecapacitéà menerà bien
des investigations policières surles affairesétranges, ou,carrément
surnaturelles pourlespires ?
Suis-je stupide? C'estun Eclaireur, donc ce n’était pasn'importe
quelinspecteur...
Ilprit sa décision.
La sonnerie retentitànouveauàson ouïe.Une fois,deux fois,
troisfois...
Répondeurautomatique. Laisser unmessage serait judicieux,
15il serait certainqu'ille verrait, vu qu'iln'y avaitjamaiseu de messages
qu'ils’était permis de raterjusqu'à maintenant.Etsurtoutlorsqu'ils
provenaientdeson supérieur.
-Ici le commissaireJack Anderson.Monsieur, une nouvelle affaire
nécessite vos talentsd'inquisiteur. Je vousprierai de venir dèsneuf
heuresà monbureau.
162
Il se tenait deboutau milieu de sonsalon,droit comme u n
piquet,leregard vide, la bouchesèche,lafigure avec une barbede
troisjourset lescheveuxenbataille.
Soudain il réalisa.Cequ'il venaitd'entendre, il l'attendait
depuislongtemps.
Un sourire se dessina sursafinebouche. Il se passa la main
dans lescheveux et redressa la tête.Ungrand sourire apparut,
découvrant sesdents blancheset propres.
Enfin, celafaisaitlongtemps, n'est-ce pascommissaire ?
Il se dirigea verssasalle de bain,sepassa de l'eau surle
visage, se munitdeson rasoir électriqueetsedonna un visagepropre
et soigneux.Lacourtetoilettefinie,ilmarchad'unpas somnolent vers
la cuisineetsepréparaunpetit déjeunercopieux.
C'estleplusimportant repasdelajournée,disait-on...
Il affichaittoujours sonpetit sourire malicieux.Iln'enrevenait
toujourspas.
Cela remontaità quatre mois...ladernièremissionquifut
confiéeà l'inspecteurFranck Anakron. Uneaffaire étrange, le meurtre
d'une femmeparsonmari.Celui-ci avaitavouéets’était
constituéluimêmeprisonnieràlapoliceaprès avoircommislecrime.
Poussépar la culpabilité, il s’étaitrendu et lespoliciers de
factionétaient allés visiter le lieu du crime. Seulement,lecorps ne
comportait aucune tracedeblessure,nidecoups mortels. Parcontre,
desbleusétaient bien présents…Lemari, Jeff, gémissait« Je l'ai tuée...
Oh!Seigneurnon,jel'aituée... ». Et lorsquefutposée l'inévitable
question dumodusoperandi, luiderépondrequ’ill’ignorait.
Etrange.
Schizophrénie ?
Le pauvre homme avaitété placéengarde-à-vue. Après une
très sévèreanalyse psychologique, aucuncritère de correspondance à
une maladiementale digned’envoyer l’individu en traitement
psychiatriquenefutdécelé, ce quil’incrimina davantage.Son avocat
n’avaitsu le sortir de sa situationetl’emprisonnementavaitété son
dû.Le verdict officiel de cettemortétait l'empoisonnement.Biensûr,
unempoisonnementétait le plusprobabledes moyenspourcecrime.
Ily en avaitquinelaissaientaucune tracedanslecorps.Maisqui
pouvaiten vouloiràcette pauvre femme ? Toutcelarestait très
étrange... Et il préféraitêtreemprisonné, plutôtquelibre aprèsson
méfait.Au moinsquelqu’unquiait le sens de la justice. Mais toutde
même…Cequilefit surtoutcondamnerétait lesmarques de coups
17surlecorps de la femme.Mêmes’ilregrettaitdel’avoirsoi-disant
tuée,car aucune preuvetangiblenepouvaitlemontrer,ilavaitbattu
sa femmeily avaitpeu.
L’hypothèsedu suicideétait néedegensà l’imagination
fertile,maisellefutrapidemententerrée. Pourquoi aurait-ellemisfin à
sa propre vie?Elle était une fervente croyante et allait régulièrement
àl’église,où l’on prêchait le suicidecomme unpéché mortel.Elle
n’aurait jamais pu et puis,elleaurait simplementdû allerdemander
de l’aide.Lapoliceétait là pourça. Le poison étaitpeut-être la
solution…Maisà cetteépoque, ilétaitdevenu peu courant de trouver
du poison.Lecyanure étantdevenu d'une extrêmeraretépar
exemple... Le poison, ce n’étaitplusd’actualité. Il y avaitd’autres
méthodes toutaussipratiques pourtuerquelqu’un….
Or il advintqueles prisonniersqueJeffcôtoyaitdanslacour
de la prison mouraient lorsqu’ils luiportaient atteinte.Encoredu
poison?Impossible.Niquelconquemaladie.D'autant plusqueces
dernièresannées, desdizainesderemèdes avaientété trouvés pour
toustypesd'empoisonnementou de maladies dont on ne connaissait
paslemoyen de le guériràl’origine,telsquelevirusdu VIH– le SIDA
–ouceux de maladiesquiétaient nées durant lesiècledernier.
C'estalors quelecommissairedepolicefit venir la personne
quiseraitenmesure de résoudrecemystère.
L'inspecteurAnakronfutchargédel'affaire.
Aprèsquelques questionsbasiques de toutbon policierà son
suspect, il demandaà rester seulavec Jeff, dansunecellule.
Il restaenfermé dans une pièceavec le soi-disant coupable
pendantprèsdeneufheures, muni d'unemallette.
Cesquelques heurespassèrent dans la tranquillité la plus
totale.Une fois sortidelacellule,lemystérieux tueuravait unair
absent.
Plusaucuncrimede cettenaturene se produisit alors.
Il devrait purger sa peinede vingt-septans–quinzes'ilse
conduisaitbien, puisil pourraitrefairesa vie...
Cetteaffairerésolue,Franck semblait...Perdu.
Il demeura seulchez luisansdonnersigne de vie,sanssortir.
Puis,prèsd'une dizaine de jours plustard, il revintau commissariat
et déclaraau commissaire:«Quand vousaurezune autreaffaire qui
nécessitemes compétences, je suis de nouveau opérationnel.» Jack
balbutia un« Bien»etFranck partit aussi vitequ'ilétait venu.
Personne ne connaissait lespassions, lespasse-temps de l'inspecteur
Anakron. C’était unhommemystérieux quiavait unjardinsecretplus
grandquetoutcequel’onsavaitsurlui.
Il redressa la tête,sorti de soninstant de nostalgie. Il se
trouvaitdevantsaporte d'entrée –ou de sortie,devrait-ondire.
18Habillé de sonsempiternel costume bleu marinetdesacravatenoire
et avec sonarmedefonctiondansson holstercomme toutbon
inspecteur,c’étaitd'unpas décidé qu’ilfranchitleseuil dela porte.
D'unregardinquisiteurilembrassalequartieroùilrésidait.
Eris était une jolie ville.Laplusbelle de toute la région,où la
nature verdoyaitetoù le Comité Centraldu Peuple– CCP- avait
décrétéplusieurslois contrela pollutionet pourlebiencollectif.
Cela nerendaitla villequepluschaleureuse.
Le CCPétait constituédequinzemembres hautement
qualifiés. Lescandidats se présentaient,puis passaient une sortede
test d’entréeà l’administration du Comité.Souvent, lesmembres
étaientdes citoyensexpérimentés avec de nombreusesannées
d’étudesderrièreeux et étaientemplis d’ambitionspourla ville.Ce
groupe de quinzedécidaitdetoutesles décisions administratives
commeenétaientchargéslespréfets ily avaitbientôtunsiècle.
Le peupleavaitjugé qu'unseulhomme ne pouvaittenir ces
fonctions, quinzeétait parfait.
Franck,commeàson habitude,remarquaitson voisinageactif.
Le facteurau chapeau rouge sursamachine– un«vol-surface» qui
se déplaçait, grâceà despropriétésphysiques dont la plupart des
gens ignoraient la nature,à quelques centimètresdu sol– longeait la
rue, distribuantles journaux.Lapetitefillequijouaitavec sonchien –
unbergerallemand, la race canine la plusrépandue– surletrottoir
d’enface. Unemèrequipoussaitson bébé danssapoussette.Untaxi
quiattendait devantlamaisondeson voisin.Lebâtimentd'enface,
quicomptaitdeux étages.Huit fenêtres.Septrideaux étaienttirés.Un
de côté,laissantl'intérieurdelamaisonvisible.
L'inspecteurferma les yeux,huma l'airfrais du matin,
redressa la tête,levases bras commepoursedonnerune consistance.
Lentement, il respira, rouvritles yeux,souritetdescendit lesmarches
de sa terrasse.Ilsaisit sesclésdanssapoche droite,entra dans la
voiture,démarraet,lentement,sedirigeaverslecommissariat.
Eris est une jolie ville,oui, dans ce grandmonde rebaptisé
Vériduria. Sonanciennom est« Terre». Terre... La première planète
oùsont nésleshommes.
Cela remonteà près d’unsiècleques’est produit ce quiest
désignédenos joursparla«Collision».
Pourquoi «Collision»?Car ce termedésigne l'instantoù les
deux mondes se sont confondus, n’en créant plusqu'unseul.
Longtempsles apparitions, lesrevenants,les fantômes... étaient
considérés comme desaberrations de l'esprit.Des fantaisies du genre
humain.Delasuperstition.
Mais maintenant,c'est toutautre. Il ya unmonde desesprits
19–ouplutôt,ily avait.
Ce mondeétait l'«endroit»où lesâmesdes défuntsallaient,
aprèsdestructiondeleurscorpsmatériels.
Unesorte de mondeparallèleàlaTerre.
Acause d'une raisonquiest encore inconnuedes hommes, le
mondematérieldes hommesetlemonde desesprits se sont rejoints–
ou plutôtconfondus, d’où estné unnouveau mondequifutnommé
Vériduria.
Sonnomvient dumot« Vérité»etdumot« Dualité».
«Vérité» en référenceau fait qu'enfin,ilya unsiècle, la vérité
surl'existence d'unmonde desesprits futpercéeà jour. Le «je
crois»,« je ne croispas»n'existantplus, lesgenssontdésormais
forcés de reconnaîtrel'existence desfantômes.
Et«Dualité» du fait quelemonde matériel deshommesetle
mondespirituel desesprits étaientautrefoisdeux.Opposés.
Distincts.
Maintenant,Véridurian’est qu’un. Lesesprits sont parmiles
hommes,maisles hommes ne les voientpas.Seulesquelques très
rarespersonnes ontlacapacitéde voirles espritsquisontdésormais
parminous.
Ce sont lesEclaireurs.
Franck Anakronest de cesgens-là.
Il existaità ce jourdeux «catégories» de spectres. Il en
existaitdes pacifiques,comme ceux quirejoignaientles famillesqu'ils
avaientdélaissées, ou leurs descendants,afinde veillersureux.Ces
espritslàétaient bénéfiques,ils apportaientlasérénitéetl'harmonie
auseindeslieuxqu'ils fréquentaient.C’était lesIlluminations.
Lesplus vieux revenants,comme ceux dessiècles antérieurs,
n'étaientpas dans le mondedes esprits– le Deuxième Ciel.Ils
n'étaientdonc pasmaintenantdanslemonde matériel.Onignorait
encore ce quedevenaientles âmes desdéfuntsau boutd'unsiècle
d'errance.
LesEclaireurs avaientégalementvulgariséla réincarnation.
En effet, il s'avéraitquenombred'esprits,quiétaient présents
lors de la conception d'unindividu,pénétraient dans le corpsdel a
femmeetn'enressortaitplus, jusqu'àla naissance dubébé.
Mais après une longueétude–réaliséepar desEclaireurs–il
avaitété montré queles espritsnepossédaient qu'untrèscourt laps
de tempsavantdes'installerdanslenouvel hôte.Celapsdetemps
avoisinait une seconde. C’était une desraisons pourlaquelle de
nombreuxespritsfréquentaient souventleshôpitaux.
Au boutdecentannées d’existenceàl’étatd’esprit,ces corps
spirituelsdisparaissaientsanslamoindreraison.
Il futdit queles espritsétaient dotésd’une «espérance de
20vie»d'unsiècle. Durant cescentprintemps, ils pouvaientsoitse
réincarner,soitattendreetainsi,découvrircequ'ilyavaitAprès.
Le TroisièmeCiel.
Ou autre?
Ilexistait, selonles lois de la dualité universelle,des fantômes
quiaimaientà provoquer le malautourd'eux.Ils avaientlacapacité
de posséder unêtre vivantetainsi provoquer desréactions
inattendues et néfastes autourdu pauvre possédé. C'estcequiétait
arrivéà Jeff. Franck l'avaitcompris.Ces mauvaisesprits étaient
appelésles Négations.
Franck dépossédaitles gens de cesparasites.Maisça, ce
n'étaitplusunsecret.
La connaissance desesprits et de leurnature étaitouverte à
tous; malgré toutpersistaientdes individusrefusant de croireàce
qu'ils considéraientdes aberrations. Vériduria, poureux,n’était
qu’uneincroyableconspirationgouvernementale.
Le commissaireJack Anderson ne possédaitquetrèspeu de
savoirà ce propos.Ilreconnaissait simplement quelaTerre possédait
unnouveau nom, cardes spectres ouunnouvel OrdreReligieux
l’avaitsommé…
Quedubla-bladecroyantd'aprèslui.
Mais au moins, il reconnaissaitles grands talentsdeson plus
douédesinspecteurs.
Franck était unEclaireurintelligent et respectueux.Ilavait
toujours su résoudreles missions qu'onluiconfiait. Mais ce cher
inspecteurn'avaitaucuneidée de cequil'attendait.
213
Il arrivaau centraldepoliceàprécisément huit heures
cinquante-quatreminutesettrente-sept secondes.
C'estalors quetoutcequisetrouvaitdanslehalldu posteà
ce moment-làfutembrassépar sonregard. Aucundétailmouvantne
luiéchappait.
Le stagiairemaladroit qui venaitderenverserson café surles
dossiers;« le dur»,lepolicierleplus« casse-cou»du postequi
fumait soncigare, lespieds surson bureau,affalé surson siège.Cinq
policiers devantleurbureauentraindemanipulerdes documents.
Riend'anormal, si ce n'étaitl'agitationinhabituelleàFranck.
8H55.
L'inspecteursedirigea verslebureau du commissaire, en
slalomantentrelesdossiersetles chaisesd'employés.
Sonindéchiffrablepetit sourire toujours surleslèvres.
Uneminute plustardilouvritlaporte de sonlieu de
destination.
-Vousdésiriez me voircommissaire? déclaraFranck, surunton doté
d'unepointe d'ironie.
Sonsupérieursursauta;lenez dans sesdossiers, il n'avaitpas
remarquél'arrivée desonnouvelenquêteur.
-Ehbien, inspecteurAnakron... Toujours aussiponctuelàcequeje
vois.
-Arrêtonsnouslàpourles formalités voulez-vous? annonçat-il, en
saisissant une chaise mais sans s’asseoir. On se connaîtdepuis assez
longtempspoursetutoyer non? Bien quecelafasse près de quatre
moisquel'onnes'est pas vu... HeinJack ?
-Hey,iln'yavaitriendesusceptibled'intéresserunEclaireur...
-Dois-je conclure que vousavezune importante affairesurles bras ?
luirétorqual’impatient convoquéavecmaliceetdédain.
-Eneffet...Tiens,je vaistoutt'expliquer,assieds-toi.
Tu ne m'expliquerasrien du tout:jesuisdéjà au courantdetoutce
qu'ily a à savoir. Et ce grâce à un desmes«amis» quiterendsouvent
visitedanston bureau...
Seul unEclaireuraurait pu le voir, mais il y avaitaussi un
esprit dans la pièce, quisetenaitjustederrièrelecommissaire,
pendantqu'ildéblatéraitàproposdel'affaired'enlèvement. Il se
nommaitJacob et étaitleplusfidèle– et le seul- informateurde
l'inspecteur. Il l'avaitrencontré au hasard d'une enquêteil yaquelque
tempsetils'avéraitêtre unancienpolicier. Servir la loi, même mort,
23étaitencoreunplaisirselonlui.
-Donc ça y est, tu es au parfum... Quandcommenceras-tuàenquêter
?Je veux dire:des gens disparaissent, enlevés sans raison apparente
!Ilfauttrouver pourquoi !
Franck se levaetdéclara,d'untonsûr:
-Chef. Je vouspromets de fairetoutmon possible pourmener cette
enquêteà bien,trouver lescoupables,qu'ils soient vivants ou
mortsc'estlecas de le dire-etles arrêterdansleurs mauvaisesactions.
Tant quejeseraiaprèseux,ils auront biendusouciàsefaire...
-Eux ?Voyons, tu n'as même pascommencéquetu parles déjà
comme s'ilsétaient plusieurs ?Etsitoute cetteaffaire n'était
orchestrée queparune seule personne?Ou mêmeparune... Négation,
quisait.
Franck observason supérieurd’unœil lourd de prisede
conscience.
-Etbien, d'aprèsmoi,ilnepeut y avoir une seule personne
responsabledetoutça. Regardebien, entreladatedu premier
enlèvement, le premiermarsetledeuxième,cemêmejour, une
demiheure s'estécoulée.
«Or, personne,en une heure,nepeutsedéplacerdecet endroit-ci (il
balayad'une main le bureau du chef afin de rendre la cartedela
région visible et indiqual'endroit du premieracte),à celui-ci (il
désigna unsecondlieu 500 km plusloin, puis levaletête versson
supérieur).Ecorèsest une grande,trèsgranderégion. Pourl’instant,
ils n’opèrentqu’ici,maisimaginez dans unmois, s’ilsdécidentde
s’attaquerà une autrerégion, en plusdelanôtre?Bref, revenons-en
aux transports…Ilne peuty avoirunseulhomme…
-Etles transportsaériens ?
-Impossible. Réfléchis unpeu,Jack. Comment veux-tu qu’untype
prenne un vol aussi vite? Parconséquent, àmoins de trouver u n
moyen de se déplacer plus vitequecegenre de machine, je ne vois
absolument pascomment il aurait pu faire. Pourcontinuer,Négation
ou pasNégation, telleest la question…(Il étouffa unpetit rire
satisfaitetcontinua.) Bref,quecesoit unmauvaisesprit, ou
plusieurs,nemedérange pasplus. Ilsne valentpas mieux queles
êtreshumains, mauvaisdenature et pervertispar la société.
D'ailleurs je ne sais même passiles bons existent... Enfin, nous
n'allons paspartirsur undébat philosophique. Surce, je vouslaisse
«Chef»,finit-ilavecunclind'œil.
-AurevoirFranck...
Il venaitdequitterlecommissariat avec lesprécieux
documentsdel'enquête. Consciencieux de menerà bien sa mission, il
se devaitdecommencer parrecueillir lui-même lestémoignages des
24témoins.
Disparitions... Négations... Sectes... Voilàquiallaitluidonner
biendufilà retordre…
La Terreen2115,Vériduria, comportait,encomparaisond'il y
aprèsd'unsiècle, de nombreusesforêts. La nature avaitreprisses
droits...Grâceàl’Homme.Eneffet,les êtreshumains, dans lesannées
2020 étaientfiers d’avoirdécouvertlemoyen de vivre surMars– que
l'on pouvaitdésormais atteindreentrois heuresgrâce
àl'hyperespace.Bienquecette découverte eûtété exposéeau grandjoura u
débutdu siècle, elle n’avaitpu être mise en placequeplustard. Des
chercheurs américains,après de longues recherches,avaienttrouvéle
moyen d'introduiredel'oxygène surlafameuse planèterouge.La
colonisation de la Lune ayantété entrepriseàpartirde 2015 par
l’implantation de baseslunaires,Marsseraitalors la secondecolonie
humaine.
Lesprocédéstechniques,biologiques,chimiques,physiques et
mathématiques quiavaientservià cettecolonisationdemeuraient
incompréhensiblesau commundes mortels. Sans doute queles
scientifiques de géniequiétaientàl’origine de la colonisation étaient
bien sceptiques quantau nombre de personnescapablesderépondre
àleurs appels. Mais la scienceavaitservilacause de l’Homme– une
fois de plus- et désormais, Mars appartenaità l’homme comme
Véridurialuiappartenait.
Cinq décennies aprèsledébutdelacolonisations'y trouvaient
près d'unmilliardetdemid'êtres humains.
Despopulationshumaines étaientsélectionnées selonleur
taux de chômageetdenatalité. Ainsi, lespopulationsqui
présentaient desexcèsdechômeurs se voyaientmigrer versMars via
l'Organisation d’Implantation de ViesurMars.
Arrivésàdestination,ils trouvaientlogementettravaildans
l'OIVMet participaientà l'aménagementdelaplanète.
Tousceux quidésiraientserendresurlanouvelle colonie
pouvaient- si leurcasierjudiciaire et leurdosserd’étatcivil le
permettaient -serendreà l'Organisation et demander àêtre
transportés.
Leslistes devolontairesétaientlongues.
Lespopulationshumaines allaient jusqu'à être pratiquement
répartiesdemanière équitable entres lesdeux planètes.Marsn'était
pasencoreVériduriaetVériduriaétait loind’êtreMars.
Aprésent,quandles nouvellesgénérations apprenaientqu’il
n’y apas si longtempsMarsétait invivable,lastupéfactionles
frappait commesicelarelevaitdel’absurdité.
La naissancedelanouvelle colonieavaitpermisà Vériduria
de prospéreretdedevenir une planètedontlafaune et la flore
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