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A gauche après l'asile, S01E02-03 : Le Magicien d'Orz - Trois hommes et un dauphin

De
56 pages

Comment décrire l’indescriptible ? Il se passe beaucoup de choses à Arkham, ce qui n’est pas pour déplaire à Casey Bolton, détective privée de l’occulte à la tête d’une agence qui se voit confier d’étranges enquêtes. Entourée de curieux spécimens plus ou moins aptes à mener à bien les noirs desseins des Grands Anciens, la jeune femme doit démêler d’extravagantes affaires... sans jamais perdre son style (tout le reste pourra être négocié).



Deux nouveaux épisodes pour cette série déjà culte ! À ceux qui ont toujours su qu’HPL n’était pas devenu fou pour rien, ce livre va vous donner raison : aucune chance que vous sortiez indemne de la lecture des aventures de Casey Bolton. Les éditeurs et surveillants du Walrus Institute déclinent quant à eux toute responsabilité concernant la perte de vos points de santé mentale, mais s’engagent à prodiguer les meilleurs soins à Jessie, l’auteure de cette truculente fresque haute en couleur.




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À GAUCHE APRÈS L’ASILE
— Saison 1, ép.2 et 3 —
« Le Magicien d’Orz »
« Trois hommes et un dauphin »

skull

une série pulp de

Jessie

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Walrus 2016  - tous droits réservés

SOMMAIRE

Présentation

Épisode 02 : Le magicien d’Orz

Épisode 03 : Trois hommes et un dauphin

Remerciements

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Crédits

Présentation

Comment décrire l’indescriptible ?


Il s’en passe des choses à Arkham. Ce qui n’est pas pour déplaire à Casey Bolton, détective privée de l’occulte, à la tête d’une agence qui se voit confier d’étranges enquêtes. Entourée de rares spécimens, tous plus ou moins adaptés aux mystères et aux noirs desseins des Grands Anciens, la jeune femme doit démêler d’extravagantes affaires.

Sans jamais perdre son style.

Tout le reste pourra être négocié…


À tous ceux qui ont toujours su que HPL n’était pas devenu fou pour rien, les aventures de Casey vont vous donner raison. Aucune chance que vous sortiez indemne de la lecture des cinq épisodes de cette première saison.

Les éditeurs et les surveillants du Walrus Institute déclinent toute responsabilité sur la perte de vos points de santé mentales, mais il s’engage à prodiguer les meilleurs soins à Jessie,  l’auteure de cette truculente fresque haute en couleurs.

Le magicien d’Orz
Saison 01, épisode 2

skull

 

 

 

 

Lundi 3 mai, Bolton & Associés, 20 h 15

 

 

— Ouais Miss Shard, au sujet de ce dont on a causé y’a dix minutes, laissez tomber. J’ai toutes les réponses nécessaires juste sous le nez.

Ça faisait deux mètres de haut, portait un imper miteux pour tenter de dissimuler son teint verdâtre, et se découvrit à mon arrivée comme la bienséance l’exigeait, à l’aide de sa langue préhensile longue comme un tuyau d’arrosage.

Tout de suite su que quelque chose clochait. Moins en voyant Xavier qui m’avait précédée, ressortir immédiatement du bureau pour m’annoncer que m’attendait un rendez-vous de dernière minute qu’en la voyant remballer son donut à moitié consommé. En ouvrant à mon tour la porte vitrée qui donnait directement sur l’unique pièce de mon QG — en excluant les toilettes — je reproduisis sans tarder la chorégraphie réalisée par ma comparse peu avant. Convaincue de la potentielle dangerosité de toute forme de vie dont la bouche prenait naissance entre ses deux épaules, se riant de ces petits détails anatomiques que l’on appelait le cou et le menton, je réitérai mon entrée en vidant compulsivement les chargeurs de mes deux Browning FN sur tout ce qui bougeait ou non, ne laissant aucun mur, accessoire ou meuble intacts. C’était ma méthode à moi pour ouvrir le dialogue. Mais généralement à ce stade, il n’y avait plus grand monde pour taper la discut’.

Généralement.

La cible initialement visée me souriait toujours de son ballon de rugby buccal orné de canines trop nombreuses pour être honnêtes.

Penser à faire réviser ses flingues.

Xavier ayant rapidement retrouvé contenance et les bonnes manières qui l’accompagnaient, proposa une tasse de café à notre curieux invité pendant que je passais un rapide coup de fil sur un téléphone miraculeusement épargné. Rosalie n’aurait pas cette chance. On avait beau enterrer trois fois la même machine à écrire, l’émotion restait toujours aussi vive. Me remémorant un certain été au Caire et sa funeste rencontre avec des fesses de dromadaire, je commençais à entrevoir la raison à ses décès répétés en son cycle karmique.

Un peu comme le mien m’obligeait à côtoyer des résidus de fausses-couches.

— J’accepte votre modeste offrande, sympathique cloporte.

Je m’assis lourdement dans mon fauteuil, face à mon interlocuteur et son tabouret bancal dont il débordait de tous les côtés. Il me faudrait plus que de la caféine pour finir la journée.

— Est-ce que t’as été récemment en contact avec des humains ? Parce que c’est pas forcément la meilleure technique d’approche.

Au bout de langue qu’il frottait contre sa lèvre inférieure d’un air interrogatif, je devinais que le problème dans la formulation lui échapperait encore longtemps.

— Le café, on doit aller le chercher à la brasserie du coin. Et c’est pas cadeau, ça se rajoute au tarif de la consultation.

Il considéra la réponse un instant.

— Si ce n’est mon offrande, quelle est-elle ?

Liqueur de coco, mon amie.

— C’est bien bête, j’ai refourgué ce matin mon dernier cadavre d’orphelin.

— Ciel ! J’ai bien quelques voisins encore très attachés aux traditions, mais je ne verse plus là-dedans depuis quelques millénaires, je suis un progressiste. Les vieilles légendes ont la peau dure, je n’arrête pas de répéter à mes confrères l’importance d’un Necronomicon révisé.

Le sourire en demi-lune et la confession d’une nécrophagie passée ne me rassuraient que moyennement.

— Peut-être pouvez-vous déjà me faire part de votre requête, afin de définir un prix adapté.

Après un long moment à se fixer mutuellement dans le blanc de l’œil et des dents, il finit par capter le vide astral de mon regard.

— Je vois qu’elle est fermée, c’est bien vous qui m’avez invoqué ? s’enquit la chose en pointant du doigt le coffret du Trapézohédron au-dessus de mon armoire en fer.

— Un vrai nid à poussière. Votre café.

Xavier, de retour dans le bureau et dans la conversation. Je devais au moins lui reconnaître le sens du timing, une qualité appréciable dans son métier de tueur à gages. Le sens de l’ordre aussi, mais curieusement, ça entraînait toujours plus de problèmes que ça n’en réglait. Cette fois encore.

Le souffle sinistre d’une menace latente vint me lécher la colonne vertébrale.

Du moins, jusqu’à ce que la chose ne trempouille joyeusement son appendice lingual dans sa boisson pour me rappeler de fermer la fenêtre.

— Oh, de l’italien, mon préféré.

Le meilleur moment resta sans nul doute celui où elle ravala le contenu de la tasse régurgitée cinq minutes auparavant au terme de gargarisations appréciatives.

Plus grand-chose ne soufflait dans cette pièce si ce n’était le vent du désespoir.

— Bonne température, bon dosage du sucre, un peu trop d’eau cependant.

— Vous devriez vous mettre au thé, commenta simplement Xavier.

— Ce n’est pas une mauvaise idée. Que me conseilleriez-vous ?

— Dépend du moment de la journée.

— Hum… je suis quelqu’un d’actif, j’ai besoin de tonus tout au long de…

— Ça va la confrérie des vieilles filles, on peut retourner au sujet qui nous occupe avant de parler litière pour chat ? Quel est le petit génie qui a décidé qu’on invoquait un démon en fermant une boîte ? Vous avez un problème avec les conventions ?

— Ça remonte à loin, on avait décidé ça entre potes.

— Décidé ça avant ou après la cuite ?

Slurp, slurp. Voilà que notre invité s’était mis en tête d’aspirer méthodiquement la substantifique mœlle des trois morceaux de sucre qui accompagnaient le breuvage.

— On trouvait ça complètement avant-gardiste, on voulait prendre tout le monde à contre-pied.

Slurp, sluuuuurp.

— Je reconnais qu’avec le temps, les plaintes se sont accumulées.

Sluuuuuuuuuuuuuuuuurp.

— Tonton Georges aussi il était avant-gardiste en tentant le saut à l’élastique sans élastique. Autant te dire que je n’ai jamais plus touché un steak tartare de ma vie, et arrête de faire ce putain de bruit, c’est insupportable !

Rosalie traversa la pièce. Pardon Rosalie.

— Vous êtes drôlement tendue. Heureusement que j’ai des réflexes, j’aurais pu me la prendre dans la tête.

— C’était le but !

Le silence qui suivit laissait supposer que l’argument fit mouche. Où qu’il se trouvât — et je préférais demeurer dans l’ignorance — son cerveau semblait en état de marche.

— C’est quoi ces 20 cents ?

— Le dédommagement pour le café.

— Tu me prends pour une souillon ? C’est 1 dollar.

— 1 dollar ?! C’est cher payé pour la qualité du serv…

— J’ai cru entendre l’ébauche d’une plainte ou ce sont mes acouphènes qui me reprennent ? Parce que ça me contrarierait beaucoup. Et quand je suis contrariée, je brûle des boîtes. Je crois en avoir vu une pas loin…

— Une plainte ? De qui ? Certainement pas de ma part !

— Tu es donc tellement satisfait que tu vas m’expliquer comment ça marche. Je ferme la boîte et je danse autour en récitant une incantation en hyperboréen, mon calbute sur la tête ?

— Oh non, rien de tout ça. Ouvrez-la et refermez-la et vous voilà en contact avec moi.

— Et c’est tout ? Le code inscrit sur le pourtour du coffret, c’est pour faire joli ? Et Jœ Damon, le gars qui a passé des mois à tenter de le craquer, ça ne te dit rien ? Celui Qui Hante Les Ténèbres non plus, évidemment ?

J’agitai un carnet débordant de notes et de croquis sous sa langue, faute de pouvoir le faire sous son nez. On pouvait clairement déceler les traces d’un malaise, ce qui requérait un certain talent de la part d’un individu dépourvu de visage.

— C’est une partie de ma substance dans cette boîte, pour ça que j’y suis toujours plus ou moins relié. Et les inscriptions, c’était une mauvaise plaisanterie pour éviter qu’on en abuse, elles ne veulent absolument rien dire.

Encore une décision lumineuse prise lors de la fête de la bière.

— Quelle partie ?

Un toussotement.

— Je n’ai pas saisi.

— … aire…

— J’ai beaucoup de patience mais pas quand je dois en faire preuve alors accouche !

— Ma vésicule biliaire !

Pour le côté sombre et mystérieux, on repassera. J’aurais dû mettre des gants.

— Je suppose d’après cet interrogatoire que vous ignorez qui je suis, aussi permettez-moi de me présenter. Je suis connu sous de nombreuses formes et de nombreux noms, pour vous je serai La Langue Sanglante, messager de puissances supérieures et inconcevables par votre esprit étriqué que nous nommerons simplement Dieux.

Il s’inclina humblement, avec une élégance qui me surprit, rapidement atomisée par un gloussement idiot.

— Ça fait tout bizarre, ça ne m’était pas arrivé depuis un bail. Appelez-moi Francis, j’ai horreur de tous ces surnoms, c’est tellement anxiogène.

— De nombreuses formes, tu dis. T’as rien de moins discret que celle d’un clodo verdâtre avec une écharpe en peau de langue ?

— Je suis tenu à des codes géographiques, vous savez. Nous serions en Égypte, ma forme se fondrait dans la foule.

— Quoi, tu te déguiserais en Pharaon ?

S’il avait pu, il aurait ouvert de grands yeux admiratifs.

— C’était pas des blagues votre licence de détective.

J’osais à peine imaginer sa forme française. Louis XIV ?

— Si tu es le facteur des dieux, tu dois connaître La Chèvre Noire.

— Une divinité mineure.

Pan, dans tes dents.

— Elle a ses propres serviteurs, je ne m’occupe pas de ses affaires.

— Tu ne peux donc pas me renseigner sur son petit trafic de lait dans la région.

— Oh, ce n’est pas dangereux si c’est la question. C’est du lait de chèvre tout ce qu’il y a de plus normal. C’est une belle initiative, je trouve. C’est bio et bénéfique à l’économie locale.

— Tu dis ça comme si tu avais testé le produit.

— Je suis intolérant au lactose et aux noix de cajous, ça me donne des flatulences. Mais des copains me l’ont assuré.

Le genre de menace qui vous recadrait sur votre place dans l’univers.

— Et mis à part souffler des systèmes solaires dans un pet malheureux et distribuer le courrier, on peut espérer quelque chose de toi ?

— J’exauce les souhaits. Je ne fais pas de miracles bien sûr, mais je peux donner un petit coup de pouce à condition que la personne soit très précise sur ce qu’elle désire. Comme cette femme qui désespérait de tomber enceinte. Comment s’appelait-elle encore… Ipanema ? Non… Ah ! Hypatia ! Elle n’avait jamais précisé qu’elle souhaitait accoucher d’un rejeton humain. C’est un vrai problème ce manque de précision. Mais ne vous inquiétez pas, elle a su trouver une porte de sortie dans le suicide.

Il y avait une dimension à la fois pathétique et inquiétante chez ce bon Francis.

— Merci du tuyau, je vais être extrêmement pointilleuse sur la quantité de pèze que je désire. Tu peux prendre des notes.

— Ah, mais je ne suis pas tenu d’aider tout le monde, j’ai encore le droit de choisir les bénéficiaires.

— Tant mieux parce que j’ai le choix de me servir ou pas de ta langue comme tambour de machine à laver.

Joignant le geste à la parole ou l’utile à l’agréable — c’est selon — j’enroulai la muqueuse autour de mon poignet et demandai un couteau à Xavier.

— Fas la lanbe f’il vous blait, fa fait drès mal !

Je relâchai l’anguille.

— Je suis pour le vivre-ensemble, je suis certain que nous pouvons parvenir à un arrangement.

Il sortit un tas de prospectus de son imper et me les tendit.

— Si vous pouviez les distribuer autour de vous et surtout chez vos commerçants de proximité, vous me rendriez grandement service. En échange, je serai votre informateur privilégié.

— « Donnez un sens à votre vie, préparez la fin du monde » ?

— Vous n’imaginez pas comme il est difficile de recruter des adeptes pour les cultes annihilateurs.

— Je ne te voyais pas dans ce genre de trip.

— Mon père.

— Oh.

— Comme vous...

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