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À GAUCHE APRÈS L’ASILE
— Saison 1, ép.4 et 5 —
« Vol au-dessus d’un nid de chelous »
« Secte à la maison »

skull

une série pulp de

Jessie

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Walrus 2016  - tous droits réservés

SOMMAIRE

Présentation

Épisode 04 : Vol au-dessus d'un nid de chelous

Épisode 05 : Secte à la maison

Remerciements

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Crédits

Présentation

Comment décrire l’indescriptible ?


Il s’en passe des choses à Arkham. Ce qui n’est pas pour déplaire à Casey Bolton, détective privée de l’occulte, à la tête d’une agence qui se voit confier d’étranges enquêtes. Entourée de rares spécimens, tous plus ou moins adaptés aux mystères et aux noirs desseins des Grands Anciens, la jeune femme doit démêler d’extravagantes affaires.

Sans jamais perdre son style.

Tout le reste pourra être négocié…


À tous ceux qui ont toujours su que HPL n’était pas devenu fou pour rien, les aventures de Casey vont vous donner raison. Aucune chance que vous sortiez indemne de la lecture des cinq épisodes de cette première saison.

Les éditeurs et les surveillants du Walrus Institute déclinent toute responsabilité sur la perte de vos points de santé mentales, mais il s’engage à prodiguer les meilleurs soins à Jessie,  l’auteure de cette truculente fresque haute en couleurs.

Vol au-dessus d’un nid de chelous
Saison 01 : épisode 4

skull

"À gauche après l’asile",
une série Pulp de :

Jessie

logo

Walrus 2016

 

 

 

 

Mardi 20 juillet, 9 h 02.

 

 

Je poussai le portail, surprise qu’il ne grinçât pas.

Un petit groupe de sportifs en pyjama trottinait en cercle autour d’une fontaine, encouragés par le sifflet de leur instructeur. Ils ne remarquèrent pas mon arrivée, mais l’homme me reconnut instantanément comme membre de sa caste et me salua. L’air pète-sec et la jupe en velours à l’imprimé écossais ne devaient pas y être étrangers. Pétunia avait été une grande source d’inspiration.

L’un des athlètes, victime d’un lacet défaillant, trébucha sur celui-ci et finit piétiné par ses petits camarades, concentrés sur leur tâche.

Pas évident de se relever avec les manches attachées dans le dos.

Le manoir qui les hébergeait, pourtant foyer du tout-venant, contrastait par son immensité et son clinquant. Je me dirigeai vers l’annexe, sa réplique miniature.

Rattaché à ces bâtiments, un vaste jardin d’où provenait une certaine agitation. Sur un terrain délimité à la louche autant qu’à la craie, un échantillon représentatif de la population locale se soumettait à une expérimentation de régression primitive conduite par un duo de blouses blanches vissés à leur porte-bloc-notes.

L’artefact ovoïde tant convoité, propulsé dans les cieux, décrivit un arc de cercle dans sa chute pour atterrir entre mes mains.

Six paires d’yeux coulissèrent dans ma direction.

« Ne bouge pas ma fille, leur vision est probablement basée sur le mouvement », me rassurai-je.

Vraiment très con comme réflexion. Je me retrouvai plaquée au sol sous un amas humanoïde et boueux.

Soudain, alors que je sentis la vie peu à peu fuir ce corps qui était le mien, l’horizon s’éclaircit, laissant apparaître un demi-dieu.

De ses deux mains comptant chacune cinq extrémités tentatrices, il se saisit de la balle pour la remettre en jeu.

Ce que j’aurais fait, mes gènes d’enclume n’eussent-ils pris le dessus.

Son visage se pencha sur le mien. « Stagiaire n° 1 » pouvait-on lire sur son badge, douce promesse de bien des délices et dernière chose que je vis avant de sombrer dans le néant.

 

 

 

 

 

9 h 43. Réception.

 

 

J’émergeai doucement.

La main que je passai sur mon visage arrêta brusquement son parcours sur ma joue. Sous mes doigts, là où s’étendait d’ordinaire une peau ferme et soyeuse, une substance molle, visqueuse et passablement fraîche.

— Putain de merde, c’est quoi ça ! m’exclamai-je décontenancée en me redressant d’un bond.

Un vieux bout de bidoche me dégoulina de la face.

— Je peux me tromper, mais ça ressemble à s’y méprendre à une escalope.

Je relevai la tête en direction de la voix inamicale prenant conscience que sa dominance venait du fait que j’avais tout simplement le cul à terre. Regagnant les hauteurs avec la grâce d’une lady, je fus saisie de la ressemblance vestimentaire avec mon interlocutrice et d’un violent mal de crâne.

— Dr Bolton je présume, constata la secrétaire Winnifred qui devait être en fonction depuis l’aube de l’humanité et dont on pouvait apprécier en direct le processus de fossilisation, sans détacher les yeux de son compte-rendu. Vos clés pour le bureau du premier étage en face des escaliers, les dossiers des patients, votre planning.

Son taille-crayon concentrait davantage de chaleur humaine.

— Comment je me suis retrouvée là  ?

— Un stagiaire vous a déposé. Il m’a demandé de vous remettre ceci, dit-elle en me notifiant la chose du menton.

Je dus m’approcher pour m’assurer que je ne rêvais pas.

— Un biscuit ?

— Il a dit que vous aviez été très courageuse.

Ooooookay. C’est un début… positif ? Je crois ?

— Était-il concerné, souriant ou taquin ce faisant ?

— J’aurais pu vous répondre s’il donnait l’impression de ressentir quoi que ce soit. Revenu de tout à même pas trente ans… La jeunesse d’aujourd’hui est une génération perdue.

Taciturne, hein ? J’aimais bien ça.

C’était encore meilleur quand ils suppliaient.

 

 

 

 

 

9 h 52. Bureau du Dr Fraud.

 

 

Retourner la pièce à la recherche d’un indice quelconque fut aussi aisé que vain.

Notes dactylographiées empilées sur un coin du bureau, ma main s’égara bien malgré moi sur le cas Francis. « Besoin maladif d’attirer l’attention. Profondément philanthrope, il s’intègre facilement et les activités de groupe sont ses favorites. Sens moral altéré ». Il avait bien cerné l’animal.

Son goût pour l’ameublement spartiate et la déco douteuse n’avaient pas changé. Juste une montée en puissance dans l’absurde comme cette tache orangée sur le mur, vomi devenu œuvre par le cadre qui l’entourait. De l’art figuratif au sens abscons, on était passé à l’art contemporain.

Sa bibliothèque ne valait pas mieux « Scatophilie et introspection » nous vendait du rêve. De la lecture pour le Penseur sur sa cuvette de chiottes qui trônait en plein milieu du bureau.

La plupart de ses patients n’avaient pas encore dépassé le stade anal, mais lui non plus.

Sale petit bâtard chauve, pourquoi avais-je appris ta disparition de la bouche d’une inconnue ?

 

 

 

 

 

9 h 57. Salle des infirmières.

 

 

— Étudiants ou docteurs, ils sont un peu tous pareils. De grands professionnels, mais parfois on se demande où ils ont la tête, ils n’ont aucun sens commun. Mettez ça sur votre nez, ça va vous soulager.

À l’odeur que le cataplasme dégageait, j’en étais certaine.

— C’est ce que j’adorais chez le Dr Fraud. Pas toujours très au fait des médications, mais profondément humain. Les patients ne s’y trompaient pas, tous le regrettent.

Je commençais à l’apprécier, la blondasse. Une sympathie qui démarrait sur de bonnes bases lorsqu’elle m’avoua préférer les mecs avec des expressions faciales. Ça éliminait la concurrence. Certes toujours moins que ne devaient l’apprécier ses collègues. C’était vraiment réglementaire la minijupe et les escarpins en cuir rouge ? J’aimais aussi son sens mesuré de la pudeur que l’on retrouvait dans le petit gilet qui recouvrait ses bras. Attention, pas une traînée, la meuf.

Ah mince. J’avais dit que je l’appréciais.

— Vous y croyez au motif de son licenciement ?

Petit rire et roulement d’yeux.

— Et vous ?

Non vraiment, elle gagnait des points.

— Le Dr Fraud n’aurait pas volontairement abandonné ses patients. Mais le Dr Jervis n’ayant jamais manifesté la moindre antipathie envers qui que ce soit, je crois qu’il n’y a là-dessous aucune réelle volonté de se retrouver seul aux commandes de l’annexe, juste une simple divergence d’opinions. Je pense que d’une façon tordue, il a cherché à préserver l’image de son confrère. Au moins devant ses patients. Il aurait été si commode de mettre son départ sur le compte d’un salaire plus attractif.

Pas sûre qu’il y ait gagné au change avec cette rumeur de harcèlement sexuel sur la personne du factotum. Lequel, au passage, mesurait deux fois sa taille en long comme en large.

— Et l’homme à tout faire a réellement rendu son tablier ?

— Je dirais plutôt qu’on l’a démissionné. Je ne sais pas ce qui l’a conduit à la crise de nerfs, mais une chose est sûre, il n’était plus en mesure de prendre quelque décision que ce soit quand on l’a sorti de la chaufferie. Mais je m’interroge encore sur son coûteux transfert vers New York. Ce n’est pas comme si nous n’étions pas armés pour faire face à ce genre de cas.

Quelqu’un dans ces murs n’aimait pas les bavards.

— Ce qui me fait penser, ne soyez pas surprise si vous voyez un des patients errer dans le bâtiment un tournevis à la main. C’est le Dr Jervis qui lui a donné le poste. Oh, on ne lui confie rien de bien compliqué ou dangereux, mais c’est bon pour lui de se sentir utile.

Jina avec un « J » m’apprit bien des choses sur les us et coutumes du pays durant cette petite réunion informelle. Notamment l’interdiction de monter au deuxième étage — réservé à Jervis et ses étudiants — ou de descendre au sous-sol, me précisant que si des rumeurs étranges circulaient, je ne devais réellement m’inquiéter que lorsque le poste de radio de la réception se mettait à grésiller.

Dans la pile de dossiers de ma patientèle, j’en trouvai un à son nom.

 

 

 

 

 

10 h 11. 1er étage.

 

 

Bureau de Jervis, bibliothèque, six chambres individuelles pour attardés fortunés.

Un silence entrecoupé de rires hystériques me tint compagnie durant mon inspection.

Ascenseur en panne depuis des lustres. Les escaliers, ça faisait travailler les fessiers.

 

1

 

 

 

 

0 h 39. Rez-de-chaussée.

 

 

Ces escaliers auraient ma peau. Je soufflais comme les pales d’un ventilateur encrassé.

Archives, douches, réfectoire… bref tout ce qu’on ne pouvait pas caser au premier.

À la voix mélodieuse de Winnifred au standard téléphonique se mêlaient des bruits de pas et de cageots. Quelque part, on était raccord avec le thème. Deux armoires à glace entreposaient dans la chambre froide légumes et autres denrées fraîches récoltées du jour. Les résidents préparaient eux-mêmes le repas du midi mais le repas du soir était confié aux mains expertes d’un traiteur local.

Quelques notes épinglées sur le tableau de liège dans la salle des infirmières attestaient du passage de Khézia et de son absence prolongée. À Jina comme aux autres on avait prétexté une maladie.

Impossible, m’avait prévenue Sœur Marie, Khézia n’était pas humaine.

 

 

 

 

 

11 h 23. Cuisine.

 

 

Idée lumineuse que celle du boucher de nous livrer les pieds de porc encore rattachés à leur propriétaires d’origine bien vivants et bien décidés à le rester.

Avec pour seule aide celle du quaterback qui m’avait plaquée au sol un peu plus tôt, je coursai et ceinturai l’un des deux dodus animaux dans — et c’est une chance — l’indifférence générale.

La prise d’assaut du porc d’Arkham ne fut pas le moment le plus glorieux de ma carrière.

 

 

 

 

 

12 h 05. Réfectoire.

 

 

Patates mi-cuites et chou bouilli. Sortis tout droit du terreau des efforts conjugués d’un écrivain qui nous bassina de ses citations culinaires dans l’espoir que l’on oubliât son allergie à l’effort, d’un schizophrène s’acharnant à découper sa patate en cube après l’avoir taillée en allumette dans une quête illusoire du tubercule parfait, et de deux montagnes de muscles aux régimes alimentaires irréconciliables qui s’entendaient néanmoins pour se mettre sur la gueule à coup d’épluche-légume et de presse-purée.

Attablés parmi les patients, oubliant le temps des repas leurs prérogatives, Jervis et ses stagiaires engloutirent le contenu de leur assiette sans que ne s’imprimât sur leurs traits la plus discrète moue de dégoût. Ou le plus petit frémissement de babine satisfaite.

C’était gratifiant de voir que la qualité importait peu.

À résultat égal, je préférai encore donner du caviar aux cochons.

Ce n’était pas Zadig et Voltaire chahutant joyeusement sur la pelouse qui allaient s’en plaindre.

 

 

 

 

 

13 h 27. Toilettes du 1er étage.

 

 

— Maitwesse, ô ma maitwesse~ Ne touche pas à mes twesses~ Je veux bien twavailler, en couws pawticuliers~

Renseignements pris sur le tableau des corvées accroché dans la salle du personnel, ici on se partageait les tâches ménagères par binôme et par roulement hebdomadaire. Pour la « cohésion sociale » disait-on. Je soupçonnais davantage l’avarice du directeur.

Je ne distinguais pas trop ce que je nettoyais sous cette lumière tamisée, ce qui dans mon cas n’était pas forcément un mal. La couche de crasse qui venait de me demander l’heure pouvait encore passer pour une hallucination.

Restait à espérer une...

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