À l'état brut

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L’homme est le plus dangereux des prédateurs...

Samantha n’aurait jamais cru rencontrer un amant comme Nick Brodie. C’est à Las Vegas qu’elle fait la connaissance de cet ancien policier, aussi fort que fruste, qui a quitté son poste en Alaska. Et la nuit torride qu’ils ont passée ensemble a laissé à Samantha un souvenir inoubliable.

De retour au pays, Nick y invite la jeune femme. Le séjour se passerait sans encombre si Samantha et Nick ne se retrouvaient pas mêlés à une affaire de kidnapping et de meurtre. Impossible d’appeler la police – le couple est surveillé, et la vie d’une femme et d’un enfant est en jeu.

« Une splendide lecture. » RT Book Reviews

« Un mélange bien dosé de romance et de suspense » Publishers Weekly


Publié le : mercredi 6 mai 2015
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782820521071
Nombre de pages : 480
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couverture

Kat Martin

À l’état brut

Meurtres en Alaska – 2

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Pascal Tilche

Milady Romance

 

Aux hommes et aux femmes des forces de sécurité publique,

qui travaillent si dur pour nous protéger.

Chapitre premier

— Oh, homme ! Souviens-toi que tu n’es que poussière et que tu retourneras à la poussière…

Un coup de tonnerre couvrit la voix du pasteur.

Nick Brodie releva le col de son manteau pour se protéger du vent et de la pluie qu’annonçait le ciel plombé, avant de reporter son regard sur Jimmy Evans, le gamin de douze ans qui se tenait bien droit devant la tombe de son père.

Jimmy et son père vivaient non loin de l’endroit où Nick avait acheté, quelques mois plus tôt, le chalet qu’il louait depuis des années pour ses week-ends de pêche. Celui-ci était bâti sur un terrain isolé près de Fish Lake, petite communauté rurale à une centaine de kilomètres au nord d’Anchorage, en Alaska.

Il avait rencontré Jimmy un été et l’avait engagé pour surveiller le chalet après l’école et le week-end, et pour réaliser de menus travaux dans la propriété. Pour son âge, Jimmy était grand et de bien des façons beaucoup plus mûr que ce à quoi on aurait pu s’attendre. Il avait perdu sa mère dans un accident de voiture quand il avait six ans, et, à présent, c’était son père qui venait de disparaître, à quarante-quatre ans, à la suite d’une crise cardiaque. Le pauvre gosse n’avait vraiment pas eu de chance.

Nick eut un accès de pitié pour ce gamin que le sort poursuivait.

Il décela dans la voix du pasteur quelque chose de la tristesse qu’il ressentait lui-même.

— Que le Seigneur bénisse et garde sous sa protection cet homme, Alexander Evans, arraché si tôt à l’amour des siens, qu’Il soit bienveillant envers lui et qu’Il lui donne le repos éternel. Amen.

Debout au premier rang de l’assistance, Jimmy alla jusqu’à la tombe. Ses cheveux noirs ébouriffés, sa peau cacao et ses yeux en amande lui venaient du sang indigène de sa mère. Mais c’était de son père qu’il avait hérité sa taille au-dessus de la moyenne et sa charpente. Le mélange faisait de lui un beau garçon, certes encore un peu potelé, mais sur le point de perdre les traits de l’enfance.

Jimmy se pencha et ramassa une poignée de terre qu’il jeta sur le cercueil, avant de se retourner vers sa tante, qui le rejoignait. Mary George, la sœur de sa mère, était une jolie femme aux cheveux noirs, d’une trentaine d’années. Elle habiterait avec Jimmy dans la maison paternelle jusqu’à ce que la succession soit réglée et que les dispositions lui permettant de devenir sa tutrice légale soient prises. Posant une main sur l’épaule du garçon, Mary le détourna de la tombe.

L’assistance se dispersa, et Nick, face au vent, se mit en route vers le grand Ford Explorer noir qu’il avait garé devant le cimetière. Il lança un dernier regard de compassion au gamin, qui avançait, l’air abattu, vers la petite Subaru blanche de sa tante. Il ne savait pas grand-chose de la famille de Jimmy, mais le garçon semblait bien aimer sa tante, et il y avait une chance pour qu’ils puissent continuer à vivre tous les deux dans la maison près du lac.

En tout cas, Nick l’espérait. Si Jimmy n’avait pas à changer d’école, il aurait peut-être moins de mal à s’adapter à sa nouvelle vie. Ayant lui-même perdu sa mère alors qu’il n’était encore que collégien, puis son père quelques années plus tard, Nick savait combien la vie peut être difficile lorsqu’on n’a plus ses parents. Sans ses deux frères aînés, Dylan et Rafe, il aurait certainement été un adolescent très solitaire.

Il pleuvait beaucoup en septembre, même en tout début de mois. En octobre, la neige commencerait à tomber. Un vent glacial se glissait déjà le long des pentes des montagnes proches, qui seraient bientôt couvertes de neige pour les longs mois d’hiver à venir.

Nick démarra et quitta le bas-côté de la route. Il avait deux ou trois trucs à faire avant de rentrer chez lui. En particulier, il fallait absolument qu’il passe chez le teinturier.

Ses costumes et ses chemises étaient restés accrochés dans son placard depuis qu’il avait quitté la police d’Anchorage cinq mois auparavant. Il les avait fait nettoyer et repasser en prévision du voyage qui l’attendait. Demain, il quitterait l’Alaska, filant vers le sud pour prendre enfin les vacances dont il rêvait depuis des années.

Jusqu’à ce que l’aîné de ses frères, Rafe, lui fourre un billet d’avion dans les mains et exige qu’il s’en serve, Nick s’était contenté de parler de ces congés. Mais, à présent qu’il avait pris sa décision, il était impatient de partir.

En pensant à sa destination, une ville qu’il ne connaissait pas mais où il désirait se rendre depuis longtemps, Nick se sourit à lui-même. Avant de quitter son boulot, il travaillait comme inspecteur à la brigade criminelle d’Anchorage. Grâce à la vente du ranch texan dont il avait hérité avec ses frères, il avait à présent l’opportunité d’explorer d’autres possibilités.

Et cette démission ne lui avait pas coûté, loin de là. La dernière affaire dont il avait eu à s’occuper concernait les meurtres de trois fillettes par un tueur en série. Le regard hanté des parents, les images impossibles à oublier de ces petits corps torturés, le sang et l’atmosphère délétère dans laquelle il lui avait fallu patauger pour résoudre les crimes avaient été la goutte d’eau qui avait fait déborder le vase.

Il en avait fini une bonne fois pour toutes avec les histoires de meurtres, et rien ne le ferait changer d’avis. Il accéléra, la vision déjà emplie des lumières étincelantes de Las Vegas.

 

L’après-midi tirait à sa fin. Jimmy Evans errait comme une âme en peine à travers la maison, pensant à son père et à l’enterrement, et essayant de rassembler son courage.

Il fallait qu’il parle à Nick. Nick Brodie était le seul en qui il pouvait avoir confiance, la seule personne à qui il pouvait dire la vérité sur la mort de son père. Mais, même s’il le faisait, Nick n’était plus flic, et Jimmy n’était pas sûr qu’il serait prêt à l’aider.

Refermant la porte de sa chambre, le garçon se laissa tomber sur son lit. À travers le mur de la pièce, il entendait dans le salon sa tante dire au revoir aux derniers des amis qui avaient assisté à l’enterrement de son père avant d’accompagner la famille à son domicile. Avec les cartes de condoléances et les fleurs, ils avaient apporté des salades et des petits plats faits maison ; de quoi nourrir un régiment.

Jimmy n’avait pas faim. Rien que l’odeur de la nourriture le rendait malade. Il essaya de ne pas penser à son père, à la façon dont il l’avait trouvé, quatre jours auparavant, renversé contre le dossier de son fauteuil de bureau, les yeux ouverts fixés au plafond. Les médecins avaient parlé de crise cardiaque. Mais Jimmy ne les croyait pas. Il connaissait la vérité. Ou, en tout cas, il était presque sûr qu’il s’agissait de la vérité. C’était bien là qu’était le problème. Comment en être certain ? Et, si c’était bien la vérité, qu’adviendrait-il de lui si quelqu’un découvrait qu’il en avait parlé ?

Ses yeux le brûlaient. Son père était mort. Il fallait qu’il fasse quelque chose. Le regard rivé aux nuages gris qui couvraient les montagnes, il se sentait seul et nauséeux. Mais il allait attendre le lendemain pour demander son aide à Nick. Ça lui donnerait un petit peu plus de temps pour réfléchir, pour essayer d’y voir plus clair dans sa tête.

Demain, se répéta-t-il.

Mais, lorsqu’il se rendit chez Nick le jour suivant, la maison était verrouillée. Nick Brodie était parti.

Chapitre 2

Las Vegas était vraiment unique au monde. Il y avait tellement de néons qu’on en avait mal aux yeux, même en plein après-midi. En septembre, la température cessait d’avoisiner les 40 °C pour chuter d’une dizaine de degrés, et cette fraîcheur relative poussait les touristes à sortir dans la rue, qui était bondée.

D’immenses panneaux d’affichage lumineux faisaient défiler les noms d’artistes célèbres comme Garth Brooks, Céline Dion, Shania Twain et une demi-douzaine d’autres. Même certains disparus, comme Michael Jackson et Elvis Presley, étaient immortalisés par d’énormes shows.

Mais Samantha Hollis n’était pas à Las Vegas pour s’amuser. Après une longue journée de travail au centre de conférences du Mandalay Bay, elle rentrait à l’hôtel du même nom, vers 17 h 30, pour rejoindre sa chambre, située dans l’une de ses étincelantes ailes dorées. Même à l’intérieur, lumières et sons assaillaient les sens. Il y avait là, aux tables de black-jack, des gens qui riaient de bonheur en ramassant leurs gains, d’autres que leurs pertes faisaient râler distinctement, et on entendait les membres d’un groupe, agglutinés autour d’une table de craps, qui encourageaient bruyamment le joueur à faire un sept.

Samantha rejoignit sans s’arrêter l’énorme batterie d’ascenseurs. Heureuse de voir l’une des portes s’ouvrir tout de suite, elle pénétra dans la cabine et appuya sur le bouton du treizième étage. Certes, la journée qu’elle venait de passer au centre de conférences avait eu des résultats positifs, mais elle en payait à présent le prix. Ses pieds la faisaient souffrir, et le bruit incessant des machines à sous lui avait donné mal à la tête.

Cela faisait à peine deux jours qu’elle était à Las Vegas, et l’endroit commençait déjà à perdre de son lustre pour elle. C’était probablement parce qu’elle était là pour le boulot et pas pour le plaisir. Elle était venue pour le Super Pet Zoo, le plus important des salons consacrés à l’industrie des animaux domestiques. Samantha était copropriétaire d’Au Chiot idéal, une chaîne de quatre salons de toilettage pour chiens dans la région de la baie de San Francisco.

Sa meilleure amie, Abigail Dunstan, la femme qui avait créé la société et en était la principale actionnaire, était restée à San Francisco pour faire tourner la boutique. C’était Abby qui gérait l’entreprise au quotidien, s’assurait que la qualité du travail fourni restait au top dans tous les salons, que les chiens étaient toilettés comme il le fallait et la clientèle satisfaite.

Samantha, elle, s’occupait du marketing. C’était grâce à son expérience d’Internet que l’entreprise était passée d’un unique salon à quatre établissements à la réussite éclatante. Il n’y avait rien que de très logique qu’elle soit venue à Las Vegas voir quelles étaient les nouveautés du secteur et les possibilités de continuer à faire croître la société.

Elle aurait bien aimé toutefois que son amie soit là avec elle. Le séjour aurait certainement été beaucoup plus amusant. Mais Abby avait récemment rencontré quelqu’un – qu’elle désignait comme « Monsieur Grand-Blond-et-Beau » –, et Samantha était quasi certaine que c’était lui qui constituait la vraie raison pour laquelle elle avait insisté pour rester à San Francisco.

La porte de l’ascenseur s’ouvrit avec un tintement.

— Treizième étage, annonça une voix féminine numérisée.

Samantha sortit et s’engagea dans le couloir moquetté, ne s’arrêtant que le temps de se débarrasser de ses talons hauts, histoire de délasser ses pieds fatigués.

Avec un soupir de soulagement, chaussures à la main, elle continua alors son chemin jusqu’à sa suite.

Comme le centre de conférences était sur le même site que l’hôtel et que les participants au salon avaient droit à des tarifs très étudiés, Samantha avait décidé de se faire un petit plaisir et de séjourner dans l’une des somptueuses suites du Mandalay. Celle-ci comportait une salle de bains de marbre avec un grand Jacuzzi, qu’elle était impatiente de remplir pour y plonger les pieds et le reste de son corps las.

Elle avait presque atteint sa porte lorsqu’elle vit se diriger vers elle un grand type musclé, qui vacillait un peu sur ses jambes. Il avait un costume froissé, et ses cheveux bruns ébouriffés retombaient sur son large front. À l’évidence, il était saoul.

Samantha vit un sourire lubrique s’étaler soudain sur son visage rougeaud lorsque, l’ayant repérée, il se mit à tituber dans sa direction. Elle prit peur, ouvrit son sac et commença à fouiller frénétiquement dedans pour en sortir sa clé magnétique. Elle était encore en train de chercher lorsque l’homme s’arrêta devant elle.

— Salut, mon cœur. Vous êtes sacrément mignonne !

Faisant mine de l’ignorer, Samantha continua à fouiller dans son sac. Pas moyen de trouver cette foutue carte magnétique ! Pourvu qu’elle ne l’ait pas laissée dans la chambre.

— Pas causante, hein ? Je m’appelle Howard. (Il tendit une grosse paluche, qu’elle ignora, et finit par la laisser retomber.) Vous voulez un coup de main pour trouver votre clé ?

— Non merci.

Pour une fois, elle aurait bien voulu que son sac ne soit pas aussi grand.

— Dites, pourquoi est-ce qu’on n’irait pas prendre un verre en bas ensemble ? Il y a tout un tas de bons restaurants dans l’hôtel. Ça vous dirait que je vous invite à dîner ?

La voix de l’homme était pâteuse et légèrement ralentie, mais Samantha eut le sentiment qu’il n’était pas aussi saoul qu’elle l’avait d’abord cru.

— J’ai déjà des projets pour ma soirée. (Comme faire longuement trempette dans le Jacuzzi de marbre et se coucher tôt.) Laissez-moi tranquille, s’il vous plaît.

Cet emmerdeur de Howard fronça les sourcils, qu’il avait très fournis.

— Dites donc, y a pas de quoi me parler sur ce ton.

Il se pressa contre elle, la forçant à se coller le dos à la porte. Elle n’était pas très grande, et il la dominait d’une tête.

Il se rapprocha encore et lui arracha ses chaussures des mains.

— Alors, qu’est-ce qu’on dit ?

— Je vous ai dit de me laisser tranquille. (Samantha posa les paumes sur la poitrine solide de l’homme et tenta de le repousser.) Si vous ne partez pas tout de suite, j’appelle la sécurité. (Elle poussa encore, mais il ne bougea pas d’un pouce.) Je vous en prie… Ça ne m’intéresse pas, voilà tout.

— Allons, mon cœur, il ne s’agit que d’un verre.

Il l’avait complètement coincée contre la porte, mais, malgré l’accélération de son rythme cardiaque, elle était plus en colère qu’effrayée. Il y avait des caméras de surveillance partout dans l’hôtel, et elle allait se mettre à crier d’un instant à l’autre.

Et elle l’aurait peut-être fait si Howard ne s’était pas retrouvé, d’un coup, arraché à elle comme un sauteur à l’élastique pour être violemment projeté contre le mur opposé. Une seconde plus tard, il faisait face à la paroi, jambes écartées et l’un de ses bras musclés tordu derrière le dos.

— Il est temps de rentrer à la maison, mon gars. La dame a d’autres projets.

— Et en quoi est-ce que ça te regarde, connard ?

Le deuxième homme, grand et large d’épaules, avec des cheveux noirs ondulés, raffermit sa prise, arrachant un sifflement de douleur à l’ivrogne.

— Je t’ai dit que madame avait d’autres projets.

— Ne lui faites pas de mal, intervint Samantha. Il est juste saoul.

Un regard bleu comme elle n’en avait jamais vu se tourna dans sa direction.

— C’est un ami à vous ?

— Certainement pas ! J’étais juste en train d’essayer d’ouvrir la porte de ma chambre quand il m’a accostée.

Son sauveur revint à ce bon vieil Howard, qui semblait avoir compris que le jeu était terminé.

— Si je vous laisse partir sans appeler la sécurité de l’hôtel, c’est à madame que vous le devez. Ce que vous avez de plus intelligent à faire, à présent, c’est de filer jusqu’à votre chambre pour cuver votre vin.

Howard se raidit. L’autre homme augmenta encore un peu la pression sur son bras. Howard siffla et hocha la tête.

— Excellent choix !

L’homme aux cheveux noirs se détendit un peu, lâcha l’ivrogne et s’écarta. Avec un dernier regard de colère, Howard s’éloigna en titubant le long du couloir du côté où il était venu.

— Ça va ? demanda son sauveur à Samantha.

Il était beau à couper le souffle. Avec ses yeux bleus, ses pommettes hautes et son nez bien droit, c’était l’un des plus beaux spécimens de mâle qu’elle ait jamais vus. Et l’ombre d’une légère barbe le long de sa mâchoire lui donnait une apparence légèrement inquiétante, qui ne le rendait que plus attirant.

Elle parvint à s’arracher à ce regard bleu hypnotisant et à retrouver sa voix.

— Grâce à vous, tout va bien. Vous êtes policier ou quelque chose du genre ?

— Je l’étais. Nick Brodie. Content d’avoir pu vous aider.

Elle sourit.

— Je m’appelle Samantha Hollis. Vous êtes arrivé juste à temps. Je vous en suis vraiment reconnaissante. La plupart des gens se seraient contentés de passer leur chemin.

— Pas d’où je viens.

— Vraiment ? Et d’où venez-vous ?

— D’Alaska. Là-haut, les gens s’entraident. C’est parfois une question de vie ou de mort. (Il la considéra de la tête aux pieds.) Vous n’êtes pas très grande. Ce salopard était deux fois comme vous.

— Comme je l’ai déjà dit, il était surtout bien imbibé.

— Je suppose que vous avez raison.

Essayant d’ignorer le malaise qui s’installait en elle, elle ouvrit le sac qu’elle avait à l’épaule et recommença à chercher sa clé. Elle sentait ces fantastiques yeux bleus l’observer avec intérêt.

— J’espère que ça ne ressemble pas trop à ce que vous a dit le type qui vient de nous quitter, mais y aurait-il la moindre chance pour que vous ayez envie de vous joindre à moi pour un verre ?

Surprise, elle reporta le regard sur lui.

— Sérieusement ? Vous êtes ici tout seul ?

Impossible, se dit-elle, qu’un si bel homme soit seul à Las Vegas.

Il haussa les épaules, qu’il avait larges. Il portait un jean, une chemise de bûcheron à boutons-pression d’un blanc impeccable, mais des chaussures noires – pas des bottes de cow-boy.

— J’avais besoin de faire une pause, répondit-il. En plus, mon frère m’a acheté un billet d’avion, et je n’avais pas vraiment le choix. Alors, ce verre ?

Elle aurait probablement dû dire non. En effet, elle n’avait pas l’intention de lui donner ce qu’il cherchait peut-être. D’un autre côté, un type de cette prestance n’aurait probablement aucun mal à trouver une partenaire.

Et puis elle lui était redevable d’être venu à son secours.

Samantha leva les yeux sur Nick Brodie et sourit.

— Vous savez, après mon match contre King Kong, un verre me semble vraiment une bonne idée.

Nick eut un grand sourire, tout en dents blanches, si séduisant qu’elle sentit son estomac se nouer. Oh, mon Dieu ! Elle commettait peut-être une erreur.

— Parfait, reprit-il. Allons-y, alors.

Il n’était pas très sûr de savoir pourquoi il lui avait fait cette proposition. Il n’était pas vraiment à la recherche d’une compagnie féminine. Ou peut-être, tout simplement, qu’il n’avait pas trouvé qui que ce soit qui en vaille la peine. Il était venu pour se changer les idées, voir cette ville qui l’avait toujours attiré, se reposer, voire jouer un peu, mais pas trop.

Samantha, qui remettait ses chaussures à talons hauts, fit la grimace. Nick se rappela qu’elles étaient par terre devant la porte quand il était arrivé. Comme il avait peur de l’effrayer, il hésitait à lui suggérer d’ouvrir la porte et d’aller chercher une autre paire de chaussures dans sa suite. Mais il voulait qu’elle soit à son aise.

— J’ai comme dans l’idée que ces chaussures vous font un mal de chien. Pourquoi n’irais-je pas vous attendre près de l’ascenseur ? Ça vous donnerait le temps de passer dans votre chambre pour vous changer.

Elle lui adressa un sourire si chargé de gratitude qu’il se dit qu’il venait de marquer un nouveau point, après celui qu’il avait obtenu pour l’avoir arrachée des pattes du grand connard.

Elle ouvrit une nouvelle fois son sac, y trouva du premier coup la clé qu’elle avait tant cherchée en vain, la glissa dans la serrure et ouvrit la porte.

— Merci, Nick. J’arrive tout de suite.

Il fronça les sourcils. Cette femme était bien trop confiante. Il aurait pu la pousser à l’intérieur et faire d’elle tout ce qu’il aurait voulu. On aurait pu espérer que la leçon avait porté, avec le malabar qui venait de la malmener. Mais non.

Les traits de son visage se détendirent, et il se mit à sourire. Bizarrement, il trouvait sa naïveté rafraîchissante. N’empêche, s’il en avait l’opportunité, il lui en reparlerait, histoire de lui faire comprendre qu’elle devait se montrer plus prudente avec les gens qu’elle ne connaissait pas. Il était clair que son instinct de flic était loin d’avoir disparu. Il ne disparaîtrait probablement jamais.

Les minutes passaient. Debout près de l’ascenseur, Nick vérifia sa montre. Cela faisait un quart d’heure qu’elle était entrée dans sa chambre, lorsque enfin il la vit venir vers lui dans le couloir. Elle avait échangé son tailleur de lin pêche contre une jupe noire courte, un haut rose et noir, et une autre paire de chaussures, aux talons tout aussi hauts que les autres mais ouvertes au niveau des orteils, et visiblement plus confortables.

— Merci d’avoir attendu, déclara-t-elle. J’ai travaillé toute la journée, et ça fait du bien de se mettre sur le dos quelque chose qui ne soit pas froissé.

Il la parcourut des yeux.

— Vous êtes superbe.

Et il n’y avait rien de plus vrai. Il l’avait tout de suite trouvée attirante avec son visage en cœur et ses yeux marron si chaleureux. À présent, il voyait bien qu’elle était beaucoup plus que jolie. Elle avait une silhouette de rêve, avec des courbes aux bons endroits et juste une amorce de décolleté. Elle avait enlevé ses barrettes, laissant les boucles châtains qui cascadaient dans son dos retomber doucement autour de son visage. Il aurait voulu lui passer la main dans les cheveux pour voir s’ils étaient aussi soyeux qu’ils le paraissaient.

Ils pénétrèrent dans l’ascenseur et descendirent jusqu’au niveau du casino. Il avait choisi l’hôtel sur Internet et avait obtenu un bon prix pour sa suite, qui avait une salle de bains de marbre et offrait un panorama sur la ville. Ils rejoignirent l’un des nombreux bars, dans lequel il s’était rendu le soir précédent et qui se trouvait à proximité des ascenseurs.

— Que diriez-vous de celui-ci ? proposa-t-il. Il n’est pas aussi bruyant que certains autres.

— Ce sera parfait. (Elle sourit.) Comme ça, je pourrai enfin reposer mes pieds.

Il sourit à son tour et la mena jusqu’à un coin tranquille. Samantha commanda un verre de vin blanc tandis qu’il se décidait pour un whisky Coca. En temps ordinaire, il buvait surtout de la bière, mais bon…, on était à Las Vegas, non ?

Le serveur apporta leurs boissons, et Nick but une gorgée, dont il apprécia la brûlure en même temps que ce qu’il contemplait de l’autre côté de la table. Plus il regardait Samantha, plus il aimait ce qu’il voyait. Elle avait un petit nez mutin, légèrement en trompette, de grands yeux marron doré, des lèvres pleines et une peau lisse légèrement rosée.

Il la regarda siroter son vin et prit une nouvelle gorgée de whisky.

— Vous disiez que vous étiez là pour le travail. Alors, dites-moi, qu’est-ce que vous faites dans la vie ?

Samantha sourit, et il eut un petit coup au cœur.

— Je possède des parts dans une chaîne de salons de toilettage pour chiens dans la région de San Francisco. Nous en avons quatre pour l’instant. La société s’appelle Au Chiot idéal. Je suis chargée du marketing. Je suis ici à l’occasion du Super Pet Zoo, dans l’espoir de trouver quelques idées nouvelles. Nous avons l’intention de nous agrandir.

Il l’imagina en train de tondre un caniche ou de laver un grand saint-bernard et réprima un sourire.

— Amoureuse des chiens et femme d’affaires : en voilà un joli mélange !

— À vrai dire, ça n’est pas vraiment ce que j’avais prévu de faire de ma vie. Lorsque j’étais enfant, je voulais être vétérinaire, mais je me suis retrouvée à court d’argent avant d’avoir terminé la fac. J’ai alors accepté un boulot avec une amie, et ça s’est transformé en carrière. Et vous ? Vous avez dit que vous étiez policier, au passé. Que faites-vous à présent ?

— Pour l’instant, rien. Je travaillais comme inspecteur à la brigade criminelle. J’en ai eu assez d’avoir affaire à des violeurs et à des meurtriers. Je suis en train de réfléchir à ce que je veux faire.

Et ce pourrait être n’importe quoi pourvu que son nouveau travail n’ait rien à voir avec la violence, le sang et la mort.

Elle contempla un moment l’endroit, son architecture moderne, son plafond haut et ses lustres de verre, les lampes rouges qui éclairaient une infinité de bouteilles d’alcool dans le fond du bar. Nick entendait en arrière-plan les bruits du casino, les sonneries des machines à sous, les milliers de rouleaux qui tournaient dans les appareils.

— Peut-être alors avez-vous choisi le bon endroit, dit-elle. Il y a ici plein de choses à faire pour arrêter de penser aux horreurs dont vous avez eu à vous occuper.

— C’est exactement ce que m’a dit mon frère. (Il sourit.) Et, cerise sur le gâteau, maintenant je vous ai rencontrée. (Il leva son verre.) Aux nouveaux amis et à un séjour agréable à Las Vegas !

Samantha leva son verre de vin et trinqua avec lui.

— Aux nouveaux amis et aux plaisirs de Las Vegas ! lança-t-elle pour répondre à son toast.

Nick considéra la belle femme assise en face de lui et se dit que la chance commençait à lui sourire.

Chapitre 3

Samantha était si bien en compagnie de Nick qu’elle ne se rendit compte que l’heure avançait que lorsqu’elle jeta un coup d’œil à sa montre.

— Oh, mon Dieu, il est presque 21 heures ! Je dois travailler demain. Il vaudrait mieux que j’y aille.

Elle fit mine de se lever, mais Nick lui prit le bras.

— Nous n’avons dîné ni l’un ni l’autre, dit-il d’un ton raisonnable. Il y a un excellent restaurant de viande à l’hôtel… Enfin, si vous aimez la viande évidemment. Pourquoi ne pas dîner ensemble ?

Samantha examina l’homme assis en face d’elle. Jusque-là, Nick Brodie s’était montré un parfait gentleman. Ils ne quitteraient pas l’hôtel, elle ne serait donc absolument pas en danger ; et puis elle passait un très bon moment.

Comme pour emporter la décision, son estomac se mit à gargouiller.

— D’accord. Je mange surtout du poisson et du poulet, mais je suis sûre que je trouverai quelque chose que j’aime.

Nick se leva et lui tendit la main. Samantha y plaça la sienne et se sentit tout à coup un peu mal à l’aise. Depuis combien de temps qu’un homme ne l’avait-il pas attirée autant que Nick Brodie ? Pas depuis Justin. Elle s’était laissé complètement séduire par Justin Chapman III, subjuguer par sa beauté blonde, son éducation bourgeoise et son charme. Et Justin s’était révélé un parfait salaud.

Ce souvenir lui rappelait qu’elle devait se montrer prudente.

Ils entrèrent dans un restaurant au style traditionnel, avec chaises rouges rembourrées et nappes blanches, et aussi extrêmement cher.

Lorsqu’elle vit les prix sur la carte, son estomac se serra. Elle se dit qu’elle était à Las Vegas et qu’elle avait bien le droit de se faire plaisir. N’empêche… Mais ses pensées devaient se lire sur son visage, car Nick se pencha en avant et posa la main sur la sienne.

— L’idée était de moi. C’est moi qui invite. D’accord ?

Elle secoua fermement la tête.

— Hors de question. Je ne vais pas vous laisser payer ma part. Vous n’avez même pas de boulot.

Nick partit d’un rire rauque et sexy, et Samantha sentit une petite boule de chaleur dans le ventre.

— Je peux me le permettre, répliqua-t-il. Et, à part ça, je suis un ex-flic, je viens d’Alaska et je suis bien trop macho pour laisser une femme payer.

Samantha sourit. Elle voyait bien à son air buté qu’il n’en démordrait pas.

— Entendu. Mais vous ne direz pas que je n’ai pas proposé de payer ma part.

Il sourit à son tour.

— Vous m’offrirez un verre au bar après dîner, qu’en dites-vous ?

C’était une astuce pour l’empêcher de remonter dans sa chambre, mais c’était désormais bien égal à Samantha. Elle aimait de plus en plus la compagnie de Nick et elle adorait l’idée de se retrouver avec un homme qui l’intriguait comme aucun ne l’avait fait depuis bientôt deux ans.

À aucun moment du dîner la conversation ne retomba. Elle eut plaisir à entendre les anecdotes de Nick sur l’Alaska et à l’écouter parler de ses deux frères, qui vivaient eux aussi dans le Nord. Ils rirent ensemble aux histoires de salon de toilettage de Samantha, ce qui représentait pour elle une différence notable par rapport à sa relation avec Justin, qui semblait toujours gêné par le travail qu’elle faisait.

Et, par-dessus tout, il y avait cette attirance, qu’elle ressentait chaque fois qu’elle regardait dans ces étonnants yeux bleus.

Lorsqu’ils quittèrent le restaurant, Nick lui demanda si elle voulait aller écouter un peu de jazz dans un des bars-salons. Oubliant toute prudence, Samantha accepta.

Il était 3 heures lorsque Nick la raccompagna à la porte de sa suite. La sienne était au même étage, plus loin dans le couloir.

— Je sais qu’il est tard et que vous devez travailler demain, déclara-t-il. Mais j’ai vraiment passé un moment formidable et j’ai du mal à dire bonne nuit.

Elle non plus n’avait pas envie que la soirée se termine. Mais les aventures sans lendemain avec un type qu’elle ne reverrait jamais, ce n’était pas son genre.

— J’ai passé un très bon moment. Je suis contente de vous avoir rencontré, Nick.

— Moi aussi, je suis content de vous avoir rencontrée, Samantha.

Elle se pencha vers lui, se dressa sur la pointe des pieds et déposa un léger baiser sur ses lèvres. Avant qu’elle ait pu s’écarter, Nick la prit dans ses bras et l’embrassa de la manière dont elle avait rêvé toute la soirée : avec douceur d’abord, puis avec une véritable passion. Lorsqu’il commença à l’embrasser dans le cou, un petit gémissement lui échappa.

— Vous pourriez m’inviter à entrer, dit-il d’une voix douce, la tentant bien plus qu’elle ne l’aurait imaginé.

Samantha s’écarta.

— Je pourrais, mais je ne vais pas le faire. J’ai passé une soirée merveilleuse avec vous, Nick, une soirée que je n’oublierai pas. Peut-être que, si nous avions le temps d’apprendre à nous connaître, les choses seraient différentes. (Elle se retourna, fit passer sa carte magnétique dans la serrure et ouvrit la porte.) Bonne nuit, Nick.

Il la rattrapa par le bras avant qu’elle disparaisse à l’intérieur de la chambre.

— Promettez-moi de ne pas ouvrir votre porte de cette façon lorsque vous êtes avec un inconnu. C’est vraiment dangereux.

Samantha leva les yeux sur lui, heureuse de savoir qu’il s’inquiétait pour elle.

— Vous n’êtes plus un inconnu, et puis vous étiez flic.

— Soyez prudente, c’est tout. D’accord ?

Comme elle acquiesçait, il pencha la tête et l’embrassa de nouveau doucement sur les lèvres.

— À quelle heure finissez-vous demain ?

Elle sentit la surprise l’envahir. Même en sachant qu’elle n’avait pas l’intention de coucher avec lui, il avait envie de la revoir.

— Vers 17 heures, 17 h 30.

— C’est la première fois que je viens à Las Vegas. Que diriez-vous si je nous prenais des billets pour l’un des spectacles ? Je me disais que celui du Cirque du Soleil sur Michael Jackson serait une bonne idée. Ou quelque chose d’autre si vous préférez. J’aimerais vraiment vous revoir.

— Vous êtes… vous êtes sûr ?

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