Abracada-masques

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Fleur, écolière pétulante, vit entourée de masques à la langue bien pendue lorsque personne ne les écoute. Mais le jour du carnaval arrive. Baé, masque coréen facétieux raconte cette histoire où, par le sortilège de la malle, les masques du monde recouvrent leur pouvoir originel et peuvent le transmettre. Attention, la magie des masques n’est pas nécessairement bienveillante. Iris, masque papou colérique est là pour en témoigner.
Un roman d’aventures palpitant et franchement drôle où les pouvoirs surnaturels de vrais masques du monde rencontrent des enfants prêts à en découdre avec les maléfices et autres mauvais sorts.
Publié le : lundi 18 avril 2016
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EAN13 : 9791026205142
Nombre de pages : non-communiqué
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Mathilde Tellier

Abracada-masques

La mamascarade

 


 

© Mathilde Tellier, 2016

ISBN numérique : 979-10-262-0514-2

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Internet : www.librinova.com


 

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PREMIÈRE PARTIE – Le temple des mascaras

 

 

CHAPITRE 1 – Pantalon au nez court

 

La semaine dernière le pauvre Pantalon s’est fait ratiboiser le nez. Près de trois centimètres de moins ! Il s’appelle Pantalon, bon, mais ce n’est pas parce qu’il porte un nom ridicule (il pourrait s’appeler caleçon rayé ou culotte à pois verts, tant qu’on y est !) que c’est une raison suffisante pour lui réduire les narines.

 

Bien sûr Abou, mon meilleur copain, a utilisé tous ses mots d’argot préférés pour qualifier son nez et justifier que Fleur le lui réduise presque de moitié. Et Abou, il est imbattable question vocabulaire fleuri : « Moi je la comprends Fleur, Pantalon il avait une vraie patate de concours agricole, un groin de sanglier préhistorique, un blaze phénoménal, un baigneur digne du Pacifatlantique… » Là, j’ai poussé un soupir qui l’a fait taire. Mais il m’a tué du regard. Abou n’a pas de nez, alors forcément, ça le fascine. Et puis on a éclaté de rire.

 

Fleur, l’auteure du crime nasal, est ébéniste. Amateur. Douée, mais débutante. Normal, vu son âge. Souvent, le samedi, elle taille des sortes de cubes de bois massif. Et ensuite elle sort du papier de verre à grain fin, et elle frotte le bois pour l’arrondir. Fleur, experte en rondeur, est d’ailleurs bien joliment replète. Elle se trouve « grasse comme une merveille », ces beignets de mardi gras. Moi je la trouve juste sucrée. Et merveilleusement belle.

 

Pantalon (celui qui s’est fait rectifier le nez) a passé une petite semaine ici et il s’en souviendra. On a fait connaissance et on s’est vite bien entendus, toute la clique et lui. Et au final, Fleur a bien travaillé. La chirurgie boisée a opéré !

Je n’ai même pas eu mal, a commenté Pantalon, devant nos regards incrédules. Il faut dire que le bout de mon nez était complètement piqué par des vers à bois.

Abou n’a pas pu s’empêcher de dire : non mais mon frère, c’est toi qui es complètement piqué, marteau, zinzin, fou. (Je t’avais prévenu, Abou comme il aime les mots et de préférence les gros mots, il les utilise toujours groupés. Un seul mot ne lui suffit jamais.) Pantalon, tu te fais raboter le nez à coup de ciseau à bois et tu réussis à trouver ça bien !

— Oh, tu sais, il y a des tas d’humains qui se refont faire le nez et qui sont contents ;

— Oui, mais les humains, ici, on sait tous qu’ils sont fous, ce n’est plus à prouver.

— Bon, je me rends compte qu’il y a de bonnes chances pour que toi, petit lecteur, tu fasses partie des humains. Mais alors je ne dis pas que c’est parce que Abou a dit ça qu’il faut le croire. Moi j’en connais des tas des humains chouettes. Fleur est la première d’entre eux. Mais tu verras aussi qu’il y a une personne que j’appelle même la chouette tellement je trouve qu’elle n’est pas du genre à se faire raboter le nez pour faire son intéressante. Mais je grille les étapes. Pantalon, de toutes les façons, il n’a pas un visage hyper souriant. On peut même dire qu’avec sa barbiche qui rebique sur son menton en galoche, il n’a pas l’air commode. Je m’en fiche pas mal de savoir si son nez raccourci est bien. Et toi aussi, je parie. Ce qui me fait plaisir, c’est qu’il n’ait pas eu trop mal.

 

Quand Mara est venue récupérer son Pantalon, les inséparables copines se sont retranchées dans la chambre de Fleur où l’on n’entendait plus que quelques éclats de rires. Juste avant de s’éclipser, Mara est repassée par le couloir, d’où elle a lancé :

 

— Fleur, tu me sauves. Grâce à ton talent, demain, je pourrai venir avec mon Pantalon.

— Et avec ta jupe ? Ahah, je blague. En tout cas, ce qui est sûr, c’est que ça va être dur d’être plus belle que toi, maintenant.

— Ah ? Parce que j’ai besoin de ce Pantalon pour prouver ma grâce italienne ?

— Mara, c’est ton grand-père qui était toscan. Tu crois que toi tu es vraiment italienne ? Tu le parles à peine l’Italien !

— Les racines, ça peut changer de terre, mais au fond, le bois reste le même. Tu en sais quelque chose Madame la tailleuse de bois.

— Non, je n’en sais rien. Mais je sais que ton père il fait les pizzas comme personne ;

— Eh oui, un talent qui se transmet de père en fils et de père en fille.

— Alors demain, tu nous en fais une ?

— D’accord, allez, je te dois bien ça.

Quand Mara a mis son Pantalon, elle s’est ravisée d’un coup :

— Ayo ! Houlala ! Non, mais tu sais pour la pizza je crois que je n’aurai pas le temps. En ce moment je suis crevée. Et ces pizzas, c’est énervant, tout le monde m’en réclame, mais il y a ceux qui ne veulent pas de champignons, ceux qui détestent les anchois…

— Moi j’aime tout ! Allez ! Arrête de râler. T’as intérêt à la faire cette pizza, sinon, sinon. Sinon, je ne sais pas. Mais ça me ferait tellement plaisir. Au fait, passe-moi ton Pantalon.

Mara n’a pas eu le temps de rétorquer quoi que ce soit, Fleur s’en est emparé. Elle l’a épousseté et l’a glissé dans un petit sac en feutrine noir.

Mara a alors lancé :

— Et toi tu t’es décidée ?

Fleur s’est retournée vers nous avec un petit air mystérieux dont j’aurais naturellement tendance à me méfier :

— Pas encore, mais j’ai bien ma petite idée !

— Hâte de voir ça demain ! Sur ce, je file.

 

CHAPITRE 2 – Avant la magie

 

Quand Mara est partie, le silence a résonné sur les murs. Jusqu’à ce que Fleur opère une sélection musicale… énergique. Beaucoup de batterie dans le morceau qu’elle a choisi. Ça tombe bien, nous on adore les tambours de toutes sortes.

 

Rien à voir avec le djembé, mais vu d’ici, le mur est un peu craquelé, un peu moins blanc qu’il n’y paraît. Pourtant la clarté de cet écru un peu taché donne de la lumière au couloir. Les fissures minuscules le décorent drôlement, comme des zébrures. Il y a aussi des traces à droite, en haut des escaliers, car le vélo de Fleur y est entreposé tous les jours. Parfois, ruisselant, ce vélo laisse sur le mur des souvenirs du chemin parcouru : un zigzag de boue pile au niveau de la roue arrière. J’adore quand ces marques changent. Et ça arrive à chaque fois qu’une pluie digne d’une bonne mousson tombe sur le nez de ma petite cycliste. Comme au théâtre, pendant un entracte, on change le décor ! A côté du vélo, une pile de manteaux et de chaussures crottées et de courriers multicolores. Ça fait une montagne, et ça me rappelle mon pays. En plus petit quand même. Au plafond, un vieil abat-jour en paille donne une petite teinte légèrement jaunie que j’aime beaucoup. Parce que c’est comme s’il y avait un champ de riz pas trop loin. Au fond, deux portes demeurent toujours entrouvertes. Enfin, entre ces deux portes, trône une grande caisse en métal noire brillante. Voici mon temple, mon abri, mon logis, mon chez-moi, quoi !

 

Il faut dire que le corridor, je le connais plutôt par cœur. Car j’habite dans le couloir depuis… Bon, comme je ne sais pas compter, je ne peux pas dire depuis combien de temps exactement, mais je dirais depuis au moins très, très, très longtemps. Je me souviens avoir vu naître Fleur et cette année il y avait beaucoup de bougies sur son gâteau. Combien exactement ? Là, je sens que j’ai affaire à un lecteur tatillon. Elle a moins de 100 ans, voilà. Et moi je vis sur un mur blanc. Compris ?

 

Par terre, il y a un carrelage noir et blanc, en damier. Moi aussi je suis un peu noir et un peu blanc, alors j’aime bien ce damier. Mais moi, mon visage alterne les points blancs sur fond noir, et pas les carrés. Mais j’aime bien ce sol, car j’adore voir les enfants marcher toujours religieusement seulement sur les carrés noirs en évitant les blancs. Comme si les dalles blanches ouvraient sur les entrailles de la terre. Comme si le pied posé sur la surface claire allait se faire avaler et happer le corps tout entier de l’enfant imprudent au fond d’un trou sans fond. Pourtant, c’est tout simplement noir et blanc, plat, et pas dangereux du tout. Je le sais, j’ai bien observé. Le père de Fleur, il n’a jamais fait attention où il mettait les pieds et il a l’air plutôt lourd. Pas que ses blagues. Aujourd’hui encore il est parfaitement là, jamais tombé. En tout cas : un damier sans magie, je trouve ça décevant.

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