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Aelfic

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Le voyage initiatique d'un jeune adolescent dans le monde des elfes, entre danger et émerveillement

Comme chaque été, Ael profite des vacances avec ses parents.

Hélas, cette année, elles tournent rapidement au drame.

Projeté dans le monde des Neuf Forêts, Ael croit d'abord faire un cauchemar. Puis il s'interroge. Est-il fou ? Est-il mort ? Ni l'un ni l'autre. Lylidra, la jeune apprentie magus, Mouk, l'étrange ouistiti qui parle, Queen Mama et tous les autres elfes existent vraiment.

Prisonnier de cet univers fait de magie, de dangers, de traîtrises, Ael doit survivre et sauver ses parents. N'importe quel garçon de quatorze ans échouerait. Mais Ael est désormais Aelfic, mi-humain, mi-elfe. Et il compte bien se montrer à la hauteur de l'enjeu !


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Couverture

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4ème de couverture

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© 2017 Scrineo

8, rue Saint-Marc, 75002 Paris

Diffusion : Volumen / Interforum

Couverture réalisée par Noëmie Chevalier

Mise en pages : Clémentine Hède

ISBN : 978-2-36740-518-6

Dépôt légal : mai 2017

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AU BOUT DU RÊVE

Ael aimait bien le changement. Et il y en aurait sans tarder, puisque son père venait d’obtenir un poste à l’université de Rennes. Après un brillant parcours en classe de troisième, Ael poursuivrait donc ses études dans une nouvelle ville et entouré de nouveaux camarades.

Mais d’abord, en ce milieu du mois d’août, il découvrait l’Angleterre. L’occasion de perfectionner son anglais en profitant des vacances, disaient ses parents. Une surprise très excitante pour Ael qui s’était régalé de traverser la Manche et visitait maintenant le comté du Wiltshire.

– Où sommes-nous ? demanda-t-il joyeusement en s’agrippant aux dossiers des sièges avant.

– Près d’Amesbury, répondit sa mère avec un sourire plein d’amour. Nous allons rejoindre la route qui mène à Salisbury.

– C’est là-bas, notre hôtel ?

– Oui.

– Dans combien de temps y serons-nous, maman ?

– Vers midi, je pense. N’est-ce pas, chéri ?

– Mmh, grommela le conducteur…

Ael jeta un coup d’œil à son père qui écoutait les indications du GPS. Maître de conférences, professeur d’histoire, chercheur en religions antiques, c’était un homme aimable et poli. Mais peu bavard, car toujours la tête dans ses travaux. Le contraire de son épouse. Architecte d’intérieur souvent surbookée, elle savait, elle, oublier son métier une fois la journée terminée.

– Regardez ça ! lança Ael en montrant du doigt les formes
titanesques qui s’élevaient loin à droite de la route.

– Ce sont les monolithes de Stonehenge, un site archéologique célèbre.

– On pourra le visiter, maman ? Euh… C’est normal, ce brouillard vert ?

– Vert ? répéta son père d’un ton qui trahissait une soudaine tension.

Ael n’eut pas le temps de confirmer l’information. Naissant de la base des monolithes, l’étrange nappe de brume s’était déjà étendue et enveloppait la Rover. Autour de l’habitacle, Ael ne distinguait plus rien, à part cette purée de pois mouvante qui s’accrochait aux vitres. La voiture fit une embardée, vira sèchement à droite et quitta la route pour bondir dans un champ.

Cramponné à sa ceinture de sécurité, Ael croisa le regard de sa mère. Il y lut une inquiétude similaire à la sienne. Secoué par des cahots incessants, il constata que ce brouillard persistait, les suivait à la trace. Mains crispées sur le volant, son père tentait de reprendre le contrôle du véhicule. D’un coup de frein désespéré, il parvint à éviter le large fossé qui s’ouvrait au-devant. Emportée par sa course folle, la Rover bascula et fit plusieurs tonneaux, pendant lesquels la brume se dissipa enfin. Dans un tourbillon d’images, le ciel lourd de nuages se renversa, prit la place de l’herbe et Ael éprouva un choc terrible.

Dix secondes à peine s’étaient écoulées depuis l’apparition du brouillard vert. La tête en bas, retenu par sa ceinture, Ael sentit un liquide chaud lui couler sur le front. Sa vue se troubla et l’obscurité tomba sur le monde. Mais le tourbillon d’images continua malgré ces brusques ténèbres. Exactement comme dans un drôle de rêve.

***

Des oiseaux pépiaient dans les frondaisons. Ael les entendait distinctement, même si ses yeux demeuraient fermés. Pourtant, il n’y avait pas de forêt près du champ. Cette incohérence le tira de sa torpeur. Il sentit qu’il était couché à plat ventre et releva ses paupières engourdies. La pleine lune lui indiqua que des buissons touffus l’entouraient. Il faisait nuit. Ael jeta un coup d’œil à sa montre, dont les aiguilles étaient bloquées sur onze heures du matin. L’heure approximative à laquelle ses parents et lui roulaient au niveau de Stonehenge. Il était donc resté très longtemps évanoui…

– Maman ! Papa ! Où êtes-vous ? hurla-t-il en regardant de tous côtés.

Seul le chant des oiseaux répondit et Ael réalisa que des nuées de moineaux n’auraient pas donné un tel concert nocturne. Ils vivaient le jour et dormaient la nuit, comme les humains.

– Maman, papa ! Vous m’entendez ? Je suis là !

Passant une main tremblante sur son front, Ael sursauta d’effroi à la vue de ses doigts tachés de sang. Il avait été blessé et éjecté de la voiture, malgré sa ceinture de sécurité. Mais non. Impossible, puisque aucune forêt n’existait dans le coin. Alors, il pensa qu’il rêvait, du fond de son sommeil d’accidenté. Ou bien…

Ael se leva, le corps entier douloureux. Ses craintes se confirmèrent. Le sang poissait son tee-shirt. Il n’était pas en train de rêver. Simplement, il n’avait pas survécu au choc. Se trouvait-il dans les jardins du paradis ? Selon son père, le prénom Ael représentait la forme bretonne du mot « ange », il venait du grec «eggelos» qui signifiait « messager ». Désormais, Ael méritait vraiment son prénom. À seulement quatorze ans, il était devenu un ange, parmi les nombreux qui peuplaient sans doute cet endroit. Il fit quelques pas hésitants et contourna les buissons. Des arbres gigantesques hérissaient la ligne d’horizon. Ael leva la tête et aperçut la cime de l’un d’eux à plus de trente mètres de haut. Ou plutôt cinquante mètres, corrigea-t-il en plissant les yeux.

Brusquement, le garçon se sentit chuter debout. Il cria de peur. Pour rien. Ses pieds étaient toujours plantés dans le sol moussu. Cette impression horrible n’avait duré qu’un instant. Haletant, au bord de la panique, il avança prudemment, craignant de voirencore la terre se dérober sous ses pas. Devant, derrière, à droite, à gauche, il n’y avait que des arbres, des fougères, des buissons. Même dans la profondeur de cette nuit, les jardins du paradis semblaient immenses. Et si ses parents étaient invisibles, cela voulait sûrement dire qu’eux avaient survécu.

Un peu consolé par cette idée, Ael s’adossa à un arbre pour mieux réfléchir. À quoi bon marcher sans but, à quoi bon s’épuiser davantage, harcelé par cette douleur incessante ? Ne valait-il pas mieux attendre que les anges viennent jusqu’à lui ?

Ael s’aperçut qu’il peinait à se décoller du tronc. Une matière souple s’accrochait à son blouson. Il eut un mouvement sec et s’arracha à l’étreinte molle, avant d’observer ce curieux arbre parsemé de coulées similaires à du caoutchouc.

Un long grognement l’arracha à sa contemplation. Tombées de l’inaccessible cime, deux ombres suspendues à des lianes arrivaient sur lui. Percuté par une paire de jambes tendues, Ael roula dans les herbes hautes.

– Laissez-moi ! jeta le garçon en se redressant. Qui êtes-vous ? Que me voulez-vous ?

Avec leur petite taille, leurs faces velues, leurs traits évoquant un mufle, ces êtres ne possédaient rien de la représentation qu’on se faisait des anges. Ils évoquaient plutôt des gnomes maléfiques. En tout cas, quelle que soit leur origine, ils étaient agressifs et visiblement décidés à ne pas en rester là. Bouche bée, Ael les vit lâcher leurs lianes élastiques qui remontèrent à grande vitesse vers le sommet de l’arbre. Le paradis réservait décidément un drôle d’accueil à ses nouveaux arrivants.

Et Ael n’était pas au bout de son épreuve. Les monstres écartèrent leurs doigts et de fines lianes en jaillirent. Elles s’envolèrent dans les airs pour finalement s’enrouler autour du garçon. Ce dernier s’écroula une deuxième fois, immobilisé par les liens qui se resserraient autour de ses membres.

– Que voulez-vous ? Vous comprenez ce que je dis ? s’exclama-t-il en se tortillant vainement.

Ses parents étaient loin d’ici, dans le monde des vivants, sans doute hospitalisés après ce terrible accident. Ils ne pourraient l’aider. Personne ne pourrait aider l’âme d’un mort promise à de cruels tourments. Les gnomes se frottaient les mains de contentement. Bientôt, ils coupèrent une longue branche à l’aide des poignards jusqu’alors passés dans leurs ceinturons. Quand ils le saisirent sous les genoux et les aisselles, Ael comprit. Ils venaient de fabriquer une solide tige à laquelle ils allaient le suspendre par les chevilles et les poignets. Ainsi, ils le transporteraient aisément. Pour l’amener où ? Le garçon n’en avait pas la moindre idée, puisque ses ravisseurs s’obstinaient à garder le silence. Mais il savait maintenant qu’aucun ange n’interviendrait. Il n’y avait pas d’anges dans cette forêt parce qu’elle n’appartenait pas au paradis, tout simplement. Son âme défunte s’était plutôt perdue en enfer. Le comble lorsqu’on portait un tel prénom…

***

L’obscurité persistait et les gnomes marchaient sans faire de halte depuis plusieurs heures. Au bout de sa branche, Ael saignait toujours. La forêt résonnait de milliers de bruits inquiétants. Ses kidnappeurs se dirigeaient d’un pas sûr, tandis que lui distinguait juste des formes fugaces, surgissant parfois des fougères avant de se fondre à nouveau dans la nuit.

Quittant un chemin grossièrement taillé, les gnomes longèrent une vaste clairière. Au fond de celle-ci, des gens assis en cercle mangeaient, buvaient, chantaient ou dansaient. Des femmes, des hommes, des adolescents, tous pourvus d’oreilles pointues. Cette caractéristique les faisait ressembler à des elfes, cependant très différents des guerriers élancés vus dans les films qu’aimait la mère d’Ael. Ces elfes-là avaient plutôt l’allure de lutins, ils lui arrivaient à peine au menton.

Ce fut pourtant un autre détail qui le plongea dans l’incrédulité. La petite troupe se prélassait sous une trouée… en plein jour. Inimaginable. Ici, l’obscurité totale régnait. Là-bas, le soleil brillait.

– Au secours ! J’ai été capturé par des monstres ! glapit Ael qui, d’instinct, préférait confier son âme à ces silhouettes baignées de lumière.

Mais les elfes faisaient trop de bruit, ils n’entendaient pas. Sauf une jeune fille aux longs cheveux bruns et bouclés qui, fronçant les sourcils, pointait son joli nez en direction d’Ael.

Du côté nocturne de la forêt, un bourdonnement sourd commençait à couvrir le chant des oiseaux. Au fur et à mesure qu’il grossissait, les deux ravisseurs d’Ael ralentissaient. Soudain, ils lâchèrent la branche. Après un rude retour au sol, Ael écarquilla les yeux de stupeur. Les liens de caoutchouc se détachaient de lui et voltigeaient dans les airs, à la poursuite de leurs propriétaires qui déguerpissaient à toutes jambes. Des lianes vivantes… Les jardins de l’enfer regorgeaient d’imprévus. Ael repoussa la branche et scruta anxieusement l’obscurité. Ce qui avait terrorisé les gnomes allait-il venir jusqu’ici et s’attaquer à lui ? Non… Le bourdonnement s’éloignait. Il finit par disparaître et seul le pépiement joyeux des oiseaux redevint perceptible. Rassuré, Ael tourna la tête vers le bout éclairé de la clairière. La jeune fille s’était avancée à la limite de l’obscurité, elle regardait sans paraître rien voir. Normal, se dit le garçon, avec de pareilles ténèbres. Ce fut sûrement ce qu’elle estima elle aussi, car elle leva un bras et un halo bleu surgit de sa main. Il se changea bientôt en un cercle vertical atteignant deux mètres de circonférence. Ici, il y avait les ténèbres et un terrible danger poussant à la fuite des gnomes eux-mêmes redoutables. En face, des gens qui s’amusaient et semblaient sympathiques. Ael n’hésita pas longtemps et il courut jusqu’à traverser le cercle scintillant.

– Ha ! Je savais que quelqu’un appelait au secours ! triompha la jeune fille en s’écartant pour laisser passer Ael qui venait d’apparaître du côté lumineux.

– Ce n’est pas un elfe ! constata une voix suraiguë venue de l’arbre près duquel elle se tenait.

– Je le vois bien, il fait jour ! rétorqua la brune en haussant les épaules avec agacement.

Ael jeta un regard en arrière. Le cercle bleu s’était évaporé. Au-devant, il y avait juste ceux qui festoyaient à dix mètres de là, près d’une rivière. Plus cette fille aux yeux clairs et au mignon nez retroussé, vêtue d’une tunique serrée par un gros ceinturon, de bottes montantes, l’ensemble évoquant les habits des films de fantasy. Et, perché sur une branche, un ouistiti à visage humain, le nez surmonté de binocles, son maigre torse encombré d’une bandoulière à laquelle pendait une épée. C’était lui qui possédait cette voix criarde et non l’arbre, constata Ael en se disant que, tout compte fait, tant d’absurdités pouvaient exister seulement dans un rêve.

– Il est mal en point, déclara le singe. Ça ne m’étonnerait pas qu’il meure à tes pieds.

– C’est vrai, alors ? Je ne suis pas encore mort ? demanda Ael.

– Eh non, répondit la brune, puisque tu me parles.

– Je te parle parce que tu fais partie de mon rêve. Au point où on en est… Saurais-tu comment quitter cet endroit qui n’existe pas ?

– Ce que je sais, c’est que tu m’as l’air de perdre la tête, objecta-t-elle en braquant ses grands yeux bleus sur Ael. À cause de ton état, sans doute. Je t’assure que cette clairière existe réellement, autant que toi et moi. Que t’est-il arrivé ? Qui t’a fait ça ?

– Ça quoi ? hoqueta Ael en palpant sa poitrine avec angoisse. Si je ne suis pas en train de rêver, où sommes-nous ? Où sont mes parents ?

– Holà, holà, du calme, gamin ! lança le ouistiti. On ne les connaît pas, tes parents ! C’est plutôt à toi de nous dire d’où tu débarques. Enfin, si t’en as le temps, hein…

– Tais-toi un peu, Mouk ! vociféra la brune. Il est terrorisé, n’en rajoute pas !

Ael se laissa choir et se mit à sangloter, cédant enfin à la tension et à la douleur. La jeune fille s’accroupit à ses côtés et lui prit les mains avec douceur.

– Tu es humain, n’est-ce pas ? murmura-t-elle, tandis qu’Ael reniflait bruyamment. Comment as-tu pu arriver jusqu’aux Neuf Forêts ? Aucun de tes semblables n’en a la possibilité…

– Impossible qu’il soit humain ! Plutôt un sortilège qui aura raté ! Un des tiens, peut-être…

– Tais-toi, Mouk ! Je ne rate jamais mes sortilèges ! Je les confonds parfois, c’est différent !

– Ah, comme le serpent de mer qui a inondé la salle à manger du vieux Barnanar ?

– Suffit ! Tais-toi ou je te transforme en craptule !

La menace produisit son effet et le singe remonta en vitesse au sommet de l’arbre. Ce dialogue était si surréaliste qu’Ael en oublia momentanément sa détresse.

– Tu… tu voulais dire en crapaud, je présume, dit-il en essuyant ses larmes.

– Non, en craptule. C’est pareil qu’un crapaud, mais avec tellement de pustules qu’on ne distingue plus ni les yeux ni les pattes. Qu’est-ce qui t’est arrivé ?

– Un accident…

– Un accident ?

– Oui, sur la route de Stonehenge… J’étais en voiture, avec mes parents…

– En voiture ?

– Tu comptes répéter tout ce qu’il dit ? se moqua la voix criarde. Ce n’est pas ainsi que tu le sauveras !

– Tais-toi, Mouk !

– Si… si cet endroit existe vraiment, où sont mes parents ?

– Je l’ignore, répondit la jeune fille en se relevant. Je connais de réputation le lieu nommé Stonehenge. Des forces très puissantes vivent là-bas. Ce sont sûrement elles qui t’ont transporté du monde des humains jusqu’ici.

– Tu… tu es une elfe ?

– Pour les filles, on dit elfée.

– C’est quoi, « ici » ?

– Le Pays du Petit Peuple, aussi appelé les Neuf Forêts. Tu arrives de l’Obscure, un pays éternellement plongé dans les ténèbres. Je t’ai fait franchir une barrière magique et tu te trouves à présent dans la Merveilleuse, où de nombreux prodiges se révèlent à ceux capables de les voir. Tu n’as rencontré personne dans l’Obscure ?

– Si… deux gnomes velus qui sont tombés des arbres et m’ont capturé.

– Des Pillards des cimes ! précisa le ouistiti en pointant la tête hors des feuillages. Je me demande pourquoi ces brigands ont laissé filer leur proie…

– Euh… Ils se sont enfuis en entendant un bruit bizarre, précisa Ael. Ça ressemblait à un essaim de guêpes, mais en beaucoup plus bruyant…

– Les Bourdonnantes !

– Mmh… Peu probable, Mouk, contesta la jeune fille, elles ne peuvent pas sortir de la Dévoreuse. Bon, laissons les Deux Écarlates à leurs sales affaires. Il faut soigner l’humain… si c’est encore possible.

– Qu’est-ce que vous appelez les Bourdonnantes et les Deux Écarlates ? interrogea Ael en accomplissant un gros effort pour se lever.

Instinctivement, il chercha à se retenir. De nouveau, il venait d’avoir la sensation de chuter debout, comme s’il descendait d’un palier.

– Va voir si Obéron est réveillé, Mouk ! cria la brune en accourant vers Ael.

– Tu ne menaceras plus jamais de me transformer en craptule ? Tu le promets ?

– Oui ! Dépêche-toi !

– Vous n’existez pas… C’est ridicule… Je continue de rêver… Qui est Obéron ? souffla Ael, suivant des yeux le ouistiti qui filait d’arbre en arbre, emporté par ses longs bras.

– Notre chef. Lui seul pourra t’aider. C’est dommage, là, il a mangé trop de mirlytiryons. Tu ne connais pas. Ce sont des baies sucrées. Si on en abuse, on s’endort et on ronfle. Et Obéron est gourmand…

Tout en s’expliquant, la fille avait saisi Ael par un poignet. Ses jambes mollissaient, mais le garçon parvint à courir avec elle jusqu’aux elfes, qui ne s’arrêtèrent pas de manger et de danser. Quelques-uns désignèrent juste Ael avec une mine désolée. Il frissonna. C’étaient ses blessures qui provoquaient de telles réactions. En effet, son sang chaud mouillait toujours son front, son dos et sa poitrine étaient comprimés, il respirait avec difficulté. Pourtant, il n’avait pas perdu la vie, selon ces incroyables créatures. Il n’était pas un fantôme, il était vivant. Il rectifia mentalement en se laissant entraîner vers la rivière. La brune, le singe et les autres n’existaient que dans son rêve. Dans la réalité, il ne courait pas. Il était peut-être cloué sur un lit d’hôpital. L’expression « coma dépassé » surgit dans son esprit. Absurde. Il se laissait rassurer par un rêve lui affirmant qu’il n’était pas mort. Pas mort jusqu’à quand ? Il imagina ses parents blessés au milieu des tôles tordues de la Rover et sa gorge se serra. Cette brune et son singe avaient parlé de sortilèges… Un rêve idiot, donc. Les sortilèges ne fonctionnaient que dans les films et Ael n’était plus un gosse croyant à n’importe quoi. Il songea aux joies de l’été, à la belle maison dans laquelle sa famille venait d’emménager, à l’amour que lui portaient sa mère, son père. Et, brusquement, il eut peur de tout perdre. Vers qui se tourner ? Il n’avait plus son I-phone, sûrement tombé de sa poche pendant les tonneaux effectués par la Rover. Il le regretta, avant de se raviser. Téléphoner ne servait à rien dans un rêve.

– Obéron ! Tu es réveillé ! clama l’elfée brune en s’arrêtant au bord de la rivière.

– Oui, grogna l’intéressé qui se frottait énergiquement les yeux. Et j’aurais bien dormi un jour entier si Mouk ne s’était pas acharné à me chatouiller les narines ! J’espère que vous avez une bonne raison d’agir ainsi !

Intrigué, Ael observa le chef elfe pendant que ce dernier se penchait vers l’eau afin de s’asperger la face. Affublé d’un bonnet aussi pointu que ses oreilles, d’un nez aussi gros que ses moustaches blanches, Obéron prêtait davantage à rire qu’à trembler. Sauf quand on s’attardait sur la petite lueur dure qui brillait au fond de ses pupilles, estima Ael. Lui faiblissait de seconde en seconde. Il tituba, prêt à s’écrouler. Des elfes aux allures de lutins, des gnomes, des singes parlants… Puisqu’il rêvait, pas de raison de continuer à endurer des événements imaginaires.

– Cet humain est mal en point, Obéron ! Seule, je n’arriverai à rien. Tu crois…

– Je crois qu’il va mourir, oui ! coupa le moustachu en se jetant sur Ael.

L’attaque fut si brusque que le garçon n’eut pas le temps de crier. Deux mains noueuses se refermèrent sur son cou, deux bras musclés l’amenèrent au sol, lui plongèrent la tête dans la rivière. Ael chercha à défaire l’étreinte qui le maintenait sous l’onde tranquille. Mais à un moment, il fut obligé de respirer et l’élément liquide le submergea. Il cessa de gigoter en vain et songea qu’une noyade était la plus sinistre façon d’arriver au bout d’un rêve.

***

– Tu as de la chance ! certifia Obéron. Je suis à la fois guérisseur et Magus. Mage, si tu préfères. Sans cela, tu n’aurais pas survécu.

Crachant son trop-plein d’eau, Ael regardait le moustachu et la brune. Derrière eux, les elfes s’étaient rassemblés et contemplaient le garçon comme une bête curieuse. S’il n’avait plus mal nulle part, Ael était trempé jusqu’à la ceinture. Pas par du sang, au moins, se consola-t-il.

– Cette rivière prend sa source à la fontaine de Santé, continua Obéron. Elle soigne les blessures les plus graves… sous réserve qu’un Magus sache animer les rites nécessaires.