AFFRANCHIS RECIT

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Elle a toujours aimé les contes, les "histoires à rêver", les écrits de la Bible, les grands textes d'aventures... Geneviève Chincholle-Quérat, analyste junguienne, voyageuse et artiste, nous livre quelques réflexions poétiques avec les rêves, les contes et, en filigrane, l'initiation d'Ulysse à la recherche de sa terre.
Publié le : vendredi 1 avril 2011
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EAN13 : 9782296801189
Nombre de pages : 100
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Les Affranchis
 
 
 
 
  
Geneviève Chincholle-Quérat      
 
Les Affranchis  Récit                    
 
Du même auteur  Fin de folie, faim de vie Éditions Terres de braise (épuisé)  La Lézarde Éditions Espace santé (épuisé)  Site Internet : http://genevievechinchollequerat.com          
       
 
    
© LHarmattan, 2011 5-7, rue de lEcole-Polytechnique, 75005 Paris  http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr  ISBN : 978-2-296-54190-0 EAN : 9782296541900 
Avant-propos
Nos chaos et nos épreuves se chargent de nous rappeler que nous ne serons jamais quen chemin. A travers lhistoire de lesclavage, saffranchir passait par couper les chaînes qui vous maintenaient loin et hors de votre pays, de votre histoire et de votre identité. Cet affranchissement passe par la reconnaissance des parties les plus sombres de notre humanité, ce qui signifie que saffranchir passe par la reconnaissance de nos multiples « possessions ». Cest dans la connaissance et la reconnaissance de tout ce qui nous compose que nous nous affranchissons du besoin de voir le mal toujours ailleurs quen soi, graine de tous les racismes. Saffranchir enfin de lillusion de croire que lon peut être lUn sans être lAutre.  
 
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Introduction
Je vais vous raconter une histoire. Elle mest arrivée il y a une trentaine dannées, mais dans ma mémoire, cest totalement présent et scintillant comme tout ce qui est à la fois dans le temps et hors du temps. Je rentrais dAfrique et traversais le désert avec un camion trans-portant des moutons et quelques hommes, clandestins, commerçants changeant de pays, fuyards de quelques guerres, je ne sais pas trop. Un jour que le camion était en panne, nous attendions du secours. Cétait au « beau milieu de nulle part », évidemment loin de toute civilisation. Le voyage était dur, autant physiquement que psychologiquement. Javais trop chaud et trop soif. Il y avait un homme bon parmi cette dizaine de personnes en partance vers ces destinations inconnues. Il était long, maigre, avec des yeux profonds, vifs, qui avaient toujours lair de rigoler un peu, tout en étant le plus sérieux du monde. Il moffrait souvent un peu de thé quil fabriquait de façon étrange, lente et cérémoniale. Le soir, il disparaissait à lhorizon du désert qui pour moi était insondable, et revenait avec un peu de bois, alors il faisait du thé, et ça durait des heures, des heures, des heures Tout devenait essentiel, la mise en route du feu, leau de la théière, le thé et la menthe, le sucre. Les verres étaient minuscules, mais ils étaient immenses Après quelques heures de soleil brûlant, un camion passa sur la piste, je métais levée, sûre dêtre sauvée, mais le camion ne sarrêta pas. Le temps que défilent toutes les émotions que vous pouvez imaginer, lhomme cria et rit, il me fit signe que nous étions « Maintenant », que ce qui était passé était fini, et il
 
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riait, riait de mon attitude dépitée Je pris alors conscience quil vivait dans un temps infiniment plus resserré et présent que le mien. Lui, il vivait comme si chaque instant était à la fois le premier et le dernier, ou plutôt le dernier et le premier Pas moi ! Ce quil y avait de plus étonnant pour moi, cest que cet homme parlait toujours à Dieu, comme à un ami cher. Parfois, il prenait Dieu à témoin des comportements agressifs des hommes fatigués par la route et la poussière. Cet homme restait distant, car jétais une femme, mais en même temps, il fut mon guide et il madopta comme sa petite protégée. Cet homme vivait le moment présent. Quand je me mettais en avance ou en retard sur le temps que nous partagions, il éclatait de rire, criait « OH OH » ! et je revenais au « Maintenant » et à la vie qui nous traverse. Cétait un Seigneur de la Terre, un « Citoyen du Maintenant », léger et impeccable dans sa présence, et cest à lui, que je ne revis jamais à la sortie du désert, que je dédie ce livre.  
 
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