"Agar" d'Albert Memmi

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Agar, second roman d'Albert Memmi après La Statue de Sel, par-delà son thème principal centré sur les difficultés du couple mixte, aborde la cohabitation, les conflits des cultures et leurs répercussions sur la vie des individus. Cet ouvrage procure une information synthétique et précise non seulement sur la structure du roman, mais aussi sur le contexte de sa composition, ses références judaïques, tunisiennes ou plus généralement maghrébines, la biographie de son auteur et son apport à la littérature francophone, la réception de son oeuvre.
Publié le : mardi 1 mai 2007
Lecture(s) : 64
EAN13 : 9782296170766
Nombre de pages : 69
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Afifa Marzouki

Agar d'Albert Memmi

L 'HARMATTAN

<Ç) 'Harmattan L

2007

S-7 rue de l'École Polytechnique; Paris Se www.librairieharmattan.com harmattan 1@wanadoo.fi diffusion.harmattan@wanadoo.fi ISBN: 978-2-296-03082-4 EAN : 9782296030824

QUELQUES REPÈRES mSTORIQUES

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Notes sur la présence de la communauté juive en Tunisie à l'époque de la publication du roman de Memmi

Après avoir été, depuis 1574, une province de l'Empire ottoman, la Tunisie devient, dès 1881, un Protectorat français sous occupation militaire, ce qui signifie que, même si le Bey reste le souverain en titre, c'est le résident général français qui contrôle toute la politique du pays. Les Juifs, comme leurs concitoyens musulmans, sont des sujets du Bey. La présence des Juifs en Tunisie est mentionnée depuis la destruction du premier Temple mais aussi avec les expéditions commerçantes des Phéniciens et depuis l'époque romaine. A Tunis, la «Hara », quartier juif du nord-ouest de la médina, date du onzième siècle. Mais, dès le 17èmesiècle, à la communauté juive autochtone, une autre communauté juive venue du Portugal en passant par Livourne, est venue s'installer à Tunis. Plus évolués, ces Juifs européens se sont mal intégrés à la communauté autochtone juive, ce qui explique qu'en 1741, ils avaient leurs propres tribunaux rabbiniques, leurs synagogues particulières et même, en 1850, leurs cimetières spécifiques. Ce n'est qu'en 1944, qu'un décret beylical a fini par unifier les deux structures communautaires.

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Entre 1948 et 1953, la tendance sioniste qui a beaucoup d'adeptes parmi les Juifs les plus démunis, se renforce et se manifeste par 15 000 départs en Israël mais, par ailleurs, des intellectuels et des Juifs de gauche s'engagent sur place, au même titre que leurs concitoyens musulmans, dans la lutte sociale et anticoloniale. Plusieurs Juifs de Tunis ont joué un rôle actif dans la lutte nationaliste tunisienne, certains sollicités par le parti nationaliste tunisien, le Destour, d'autres intégrant la première Section communiste de Tunisie. Lors de la deuxième guerre mondiale, les troupes allemandes débarquent à Tunis en novembre 1942 et occupent le pays. Malgré l'opposition de Moncef Bey, les Allemands imposèrent à la communauté juive de fortes amendes, la synagogue fut transformée en dépôt allemand, tous les jeunes juifs de 18 à 28 ans furent envoyés dans les camps de travail. Après avoir été le dernier bastion des Nazis en Afrique du nord, la Tunisie sera libérée en mai 1943 par les troupes alliées. Le régime colonial, très favorable aux colons européens, va durer jusqu'en 1955, date de l'autonomie interne du pays. Ce n'est qu'en mars 1956 que la Tunisie accède à l'indépendance. La République est instaurée en 1957 après deux siècles et demi de beylicat et de pouvoir dynastique husseinite. Le code du statut personnel stipulant l'égalité juridique de I'homme et de la femme est promulgué dès 1956. Les Juifs sont appelés à prendre part aux élections de l'assemblée constituante en tant que candidats et électeurs. En 1956, le premier gouvernement de l'indépendance compte un député et un ministre juifs tunisiens. C'est la guerre franco-tunisienne de Bizerte, en 1961, et, en 1967, la guerre israélo-arabe qui accélérèrent le départ des Juifs de Tunisie vers Israël et surtout vers la France.

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De nos jours, on ne compte plus que deux mille juifs tunisiens résidant à Djerba, Tunis, Sousse, Nabeul, Sfax et Gabès.

Les langues en Tunisie à l'époque coloniale

Depuis la fondation de Kairouan (670), première ville musulmane du Maghreb, une révolution linguistique s'amorce: le pays habité par des idolâtres, des Juifs et des chrétiens et dominé par la langue berbère, s'islamise et l'arabe se répand. Progressivement, c'est l'arabe dialectal qui devient la langue de tous les citoyens tunisiens, juifs et musulmans confondus. N'ont accès à l'arabe classique, langue officielle, celle de l'écrit et de la grande littérature, que ceux qui l'ont apprise à l'école. C'est ce qui explique que, dans Agar, le narrateur et ses parents analphabètes échangent dans la langue tunisienne, l'arabe dialectal. Quant au français, langue dans laquelle Memmi écrit et qu'il a apprise sur les bancs de l'école, il était enseigné dès le primaire avant et après l'indépendance. Il devient dès 1881 la langue de prestige donnant accès à l'enseignement moderne et la marque de l'élite sociale mais il est présent à l'École militaire du Bardo dès le début de la seconde moitié du XIXè siècle. A côté de l'institution religieuse musulmane, la Zitouna, dispensant un enseignement exclusivement en langue arabe, est créé, en 1875, le collège Sadiki par le premier ministre réformiste du Bey Mohamed Sadok, Khéreddine. Cette école axe son enseignement sur les langues et les sciences exactes. En 1878, s'ouvre à Tunis la première école de l'Alliance israélite universelle où Memmi effectuera ses premiers 7

apprentissages et dont les programmes accordent une place importante à la langue et à la culture françaises. Cette école assurait ainsi à la jeune génération la possibilité de continuer ses études dans les écoles et universités françaises, comme ce sera le cas pour Albert Mernrni.

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